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Full text of "Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule"

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FASTES ÉPISCOPAUX 



DE 



L'ANCIENNE GAULE 



TOULOUSE. — IMP. LAGARDE ET SEBILLE, RUE ROMIGUIÈRES, 2. 



FASTES ÉPISCOPAUX 



L'ANCIENNE GAULE 

PAR 

MEMBRE Dli L'INSTITL'T 



TOME PREMIER 

FT^OVIIVCES DU SUD -EST:" 



DEUXIÈME EDITION 

REVUE ET CORRIGÉE 




PARIS 

ANCIENNE LIBRAIRIE THORIN ET FILS 

ALBERT FONTEMOING, ÉDITEUR 

LIBRAIRE DES ÉCOLES FRANÇAISES d'aTHÈNES ET DE ROME 

DE L'l^STlTl■T FRANÇAIS H'AKCllÉOLOGlE ORIENTALE DU GAIKE 
DU COLLÈGE DE FRANCE ET DE L'ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE 

4, RUE LE GOFF, 4 

1907 




11-/5/ 



PRÉFACE 



Après avoir publié le Liber Pontificalis de Rome et 
étudié à ce propos les plus anciens documents de la chro- 
nologie et de l'historiographie des papes, j'ai cru bon 
d'entreprendre un travail du même genre pour les sièges 
épiscopaux de l'ancienne Gaule. 

Le livre classique, sur ce sujet, le Gallïa christiana, est 
resté, on le sait, assez en deçà de la perfection. Il serait 
bien à désirer que quelque corps savant reprît cette grande 
œuvre sur des bases plus larges et avec une méthode plus 
précise. En attendant qu'un tel travail puisse être entre- 
pris, je présente au public le résultat de mes recherches 
sur la partie la plus ancienne de notre histoire épiscopale. 
Les auteurs du Gallia rhristiana ne s'étaient guère occupés 
des catalogues traditionnels ou prétendus tels. Us usaient 
de ces pièces, comme des légendes de fondation, avec une 
circonspection un peu irrésolue, craignant de s'y arrêter, 
comme pressés de quitter la région épineuse des origines 
pour arriver à des temps plus aisés à connaître et plus 
commodes à raconter. 

Il m'a semblé qu'il y avait quelque chose à faire sur ce 
point ; que le premier devoir, quand on aborde l'histoire 
d'une église locale, est de s'enquérir de ses traditions et 
d'en définir nettement la valeur. La tradition, cjuand elle 
existe, telle doit être la pierre angulaire. Mais elle n'existe 



VI PREFACE. 

pas toujours ; et souvent, en son lieu et place, on nous 
offre des fictions sur lesquelles, il est vrai, beaucoup de 
siècles ont passé, mais qui n'en sont pas moins des fictions. 
Séparer, dans ce domaine, le bon grain d'avec l'ivraie, 
n'est pas toujours chose facile. Je me suis risqué à 
l'essayer. Ma première préoccupation a été de rechercher 
les catalogues épiscopaux, les diptyques, les vies des pre- 
miers évoques, les légendes de fondation. En ce qui re- 
garde les catalogues, j'ai trouvé de précieuses indications 
dans un mémoire de M. Léopold Del isle. Toutes les pièces 
signalées par mon illustre confrère sont publiées ici et 
accompagnées des commentaires opportuns. Quant aux 
écrits hagiographiques, comme ils sont d'accès facile, je 
me suis abstenu de les reproduire ; mais je n'ai pas omis 
d'en déterminer l'autorité et, au besoin, de les discuter 
en détail. 

J'ai voulu en outre, par la môme occasion, rassembler 
les données éparses qui nous sont restées sur la chronolo- 
gie de nos évêques jusqu'à la fin du IX* siècle. De cette 
façon, mon livre pourra être considéré comme une revi- 
sion du Gallia chrlstïana, en ce qui regarde la plus an- 
cienne moitié des séries épiscopales. 

Cette revision était particulièrement à désirer pour les 
provinces du sud-est, auxquelles est consacré ce premier 
volume. Depuis l'apparition des tomes du Gallia qui leur 
correspondent, beaucoup de documents nouveaux ont été 
mis au jour. Ni les bénédictins, ni leur continuateur, 
M. Hauréau, n'avaient été à même d'en tenir compte. En 
première ligne je dois signaler les signatures des conciles 
d'Orange (441) et de Vaison (442), publiées seulement 
en 1870. Ces signatures, outre qu'elles fixent beaucoup de 
points intéressants, ont eu pour effet de ruiner définitive- 
ment le crédit d'un faussaire dont les productions avaient 
laissé des traces fort nombreuses dans le tome I" du G^«//i«. 
Je veux parler de Polycarpe de la Rivière, chartreux 



PREFACE. VU 



d'Avignon. 11 serait à souhaiter que ses manuscrits, con- 
servés à la bibliothèque de Garpentras, fussent étudiés à 
fond par une personne compétente et décidée à dire la vé- 
rité. Empêché d'entreprendre ce travail, j'ai dû me borner 
à constater que les déterminations de sièges épiscopaux 
qui ne résultent que des documents censés découverts par 
cet auteur sont invariablement démenties par les pièces 
authentiques publiées après lui. Il y a lieu, dès lors, non 
pas de marquer d'un timide signe de doute telle ou telle 
assertion polycarpique, mais de les écarter toutes, sans 
miséricorde. C'est ce que j'ai fait. 

J'ai cru devoir aussi, pour cette région du sud-est. étu- 
dier de plus près la formation des ressorts métropolitains. 
On sait que, dans cette partie de la Gaule, les circons- 
criptions ecclésiastiques ne coïncidèrent que tardivement 
avec les anciennes circonscriptions administratives de 
l'empire romain et qu'il se produisit à leur propos beau- 
coup de conflits. 

De toutes ces recherches il est résulté un livre qui a 
plutôt l'aspect d'un recueil d'études détachées que celui 
d'une synthèse régulièrement ordonnée. Ni le sujet ni la 
documentation ne comportaient autre chose. J'ai fait mon 
possible pour connaître ce qu'il m'importait de connaître ; 
s'il m'a échappé quelques inexactitudes, ce dont je ne 
doute guère, elles me seront signalées et je m'empresserai 
de les corriger. 

Trois des chapitres de ce volume ont déjà paru, le cha- 
pitre préliminaire et celui sur la primatie d'Arles, dans 
les Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de 
France, t. L et LU ; le dernier, celui qui traite des légen- 
des provençales, dans les Annales du Midi, n" de jan- 
vier 1893. 






AVERTISSEMENT 



SUFÎ LA SECOIVDE EDITION 



Treize ans se sont écoulés depuis la première publication 
de ce volume. Dans la réédition j'ai dû tenir compte de quel- 
ques études publiées dans l'intervalle sur certains points par- 
ticuliers et rectifier çà et là les erreurs de détail qui m'ont été 
signalées. M. Georges de Manteyer, si versé dans l'histoire du 
Dauphiné et de la Provence, a bien voulu me prêter pour cela 
un concours précieux dont je ne saurais trop le remercier. Le 
vœu que je formais, dans ma préface, d'une refonte complète 
de notre Gallia christiana semblait, il y a quelques années, 
toucher à sa réalisation. Feu l'abbé Albanès avait entrepris 
cette œuvre sous le titre de Gallia christiana nouissima. Il n'a 
pu l'exécuter que pour la province d'Aix. Héritier de son 
dessein, M. l'abbé Ulysse Chevalier a cru devoir se borner, 
pour les églises dont il s est occupé jusqu'ici, à la publication 
des documents. Je ne pouvais manquer de m'aider de ces 
volumes pour contrôler et, au besoin, rectifier mes conclu- 
sions. C'est ce que j'ai fait. 

Ces conclusions ont soulevé d'abord, et je m'y attendais 
bien, beaucoup de protestations. J'ai retenu celles qui m'ont 
paru sérieuses et dégagées de toute préoccupation de clocher. 
A celles-là seulement j'ai répondu dans la mesure où je pou- 
vais répondre, un livre comme celui-ci ne pouvant être une 
arène de controverse. Sur un point seulement j'ai modifié mon 
attitude première; après mùr examen il m'a semblé que les 
signatures jointes au faux concile de Cologne méritaient d'être 
traitées avec plus de considération que je ne l'avais fait d'abord. 
Aussi n'ai-je plus hésité à m'en servir, soit pour l'établissement 
des séries épiscopales, soit comme repères pour les cata- 
logues. 



FASTES ÉPISCOPAUX 



DE 



L'ANCIENNE GAULE 



CHAPITRE PRÉLIMINAIRE 

DE l/ORIGINE DES DIOCÈSES ÉPISCOPAUX DANS l'aNCIENNE 

GAULE 

L'antiquité de nos églises est, comme on sait, une ques- 
tion des plus rebattues. Deux systèmes sont depuis long- 
temps en conflit : l'un, qui se réclame de légendes long- 
temps soutenues par leur appropriation liturgique, reporte 
au premier siècle la fondation de la plupart des sièges 
épiscopaux de la Gaule ; l'autre, qui se fonde principale- 
ment sur un passage de Grégoire de Tours, abaisse de deux 
cents ans environ ces origines ecclésiastiques. Bien que ce 
second système ait toujours semblé aux gens rassis plus 
solide que le précédent, on pouvait trouver un peu étroite 
sa base de documents. Des textes peu précis de Sulpice 
Sévère, de la passion de saint Saturnin de Toulouse, une 
date assez arbitrairement établie par Grégoire de Tours, 
c'était à peu prés tout ce qui représentait l'ancienne tra- 
dition de l'église des Gaules sur ses propres origines. Les 
légendes offraient un ensemble plus imposant. Leur nom- 
bre, leur concordance apparente — apparente seulement 
— ne laissaient pas de faire impression sur les personnes 
qui, pour une raison ou pour une autre, n'étaient pas en 

1 



2 FASTES EPISCOPAUX DE L ANCIENNE GAULE. 

situation de se rendre compte de leur véritable valeur tra- 
ditionnelle. 

Aujourd'hui, il est manifeste que cette valeur tradition- 
nelle est entièrement nulle, que toutes les compositions 
dont il s'agit sont postérieures, et quelques-unes de beau- 
coup, à l'avènem.ent de Charlemagne, qu'elles s'inspirent, 
non de souvenirs antérieurs, mais de prétentions présentes 
et d'intérêts de clocher. Elles n'ont même pas ce degré 
inférieur d'autorité qui s'attache aux traditions populaires 
à quelques siècles des événements. Ce ne sont que des 
conjectures artificielles, des fictions de lettrés. En tenir 
compte , dans quelque mesure que ce soit , c'est aller 
contre les règles les plus essentielles de la méthode scien- 
tifique (1). 

Mais ces pièces fausses étant écartées du dossier tradi- 
tionnel, est-il possible de les y remplacer par des témoi- 
gnages sincères qui n'auraient pas été produits jusqu'ici ou 
qui ne l'auraient été que d'une manière incomplète? Je le 
crois. 

Bien des églises de France avaient conservé d'anciennes 
listes de leurs évêques. Plus modestes que les légendes de 
fondation , ces documents sont aussi beaucoup plus sûrs , 
beaucoup mieux fondés en tradition. Le plus souvent on 
n'y trouve autre chose que les noms et la suite des évê- 
ques, dans l'ordre de succession. C'est peu de chose sans 
doute, mais c'est quelque chose, surtout dans la question 
chronologique dont je m'occupe ici. On peut mesurer ces 
séries, voir à quelle date (approximative, bien entendu) elles 



(1) Ceci doit être bien entendu. S'il y a encore des personnes à qui il 
faille démontrer que les fausses décrétales ne sont pas authentiques, que 
Denys l'Aréopagite n'a pas écrit une ligne des écrits qui se réclament de 
lui, ni été évéque de Paris, que la papesse Jeanne n'a jamais existé, etc., 
ces personnes ne doivent pas lire mon livre. Ce n'est pas pour elles qu'il a 
été écrit. Sans doute, il y est question de légendes, mais en tant qu'elles 
peuvent contenir un écho tel quel de la tradition, ou expliquer les défor- 
mations qu'elle a subies. Jamais je ne m'arrêterai à démontrer leur faus- 
seté. La chose est faite depuis trop longtemps. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 3 

reportent leurs origines respectives, comparer enfin les ré- 
sultats partiels obtenus pour chacune d'elles et en tirer des 
conclusions plus générales sur le temps de la fondation 
des églises dans l'ensemble de notre pays. 

Jusqu'à présent, ces listes d'évèques avaient été peu étu- 
diées. L'extrême dispersion de leurs textes les rendait 
presque inabordables. M. L. Delisle (1), en dépouillant les 
manuscrits qui les contiennent et en classant par provinces 
et par diocèses les textes publiés ou inédits qu'il y a ren- 
contrés, a singulièrement facilité les recherches dans cette 
intéressante catégorie de documents. 

J'espère pouvoir les publier les uns après les autres, avec 
les explications nécessaires (2). Pour le moment, je dois 
me borner à faire valoir leur témoignage dans la question 
présente. 



CATALOGUES ÉPISCOPAUX. 

Avant tout, je vais énumérer les listes épiscopales dont 
il s'agit, en me bornant à celles qui offrent des garanties 
sérieuses, et en groupant ensemble tant celles qui nous 
sont parvenues à l'état isolé que celles qui se déduisent de 
compositions plus étendues, comme ÏHistoria Francorum 
de Grégoire de Tours, VHistoria Remensis ecclesiae de Flo- 
doard, les Gesta episcoporum de la province de Trêves, etc. 
L'ordre que je suis est celui de la Notitia Galliarum. 

Lyon, Langres ; 

Rouen ; 

Tours, Angers, Nantes ; 



(1) Histoire liltéraire de la France, t. XXIX, p. 386 (1884}. 

('!) Ceci est déjà fait pour la province de Tours dans mon livre Les anciens 
catalogues épiscopaux de la province de Tours. Paris, Thorin, 1890, et, 
pour l'église de Poitiers, dans la Rpviie poitevine et saintongeaise, t. IIl. 



4 FASTES EPISCOPAUX DE L ANCIENNE GAULE. 

Sens, Chartres, Auxerre, Troyes, Orléans, Paris (1) ; 
Trêves, Metz, Toul, Verdun ; 
Reims, Châlons, Senlis, Beauvais (2); 
Vienne, Grenoble, Viviers; 
Bourges, Auvergne (3). 

Celte liste est courte. Elle ne comprend pas toutes les 
églises dont la fondation peut être rapportée à une date 
approximative assez bien déterminée, mais seulement celles 
qui ont conservé de bons catalogues épiscopaux. 

Ici il devient nécessaire, puisque je me borne aux bons 
catalogues épiscopaux, de dire un mot des autres et sur- 
tout d'indiquer à quels signes je distingue les bons d'avec 
les mauvais. 

Les mauvais sont en assez grand nombre ; ils se rencon- 
trent, comme les bons, dans des manuscrits d'âge diffé- 
rent, depuis le IX" siècle jusqu'au XIIP et au-dessous. 
Mais ici l'âge des manuscrits importe assez peu. 

En réunissant les données fournies par les récits de Gré- 
goire de Tours et quelques autres documents historiques 
du V^ au VHP siècle, en les complétant par les dates fort 
nombreuses qui résultent des signatures apposées aux 
conciles des temps romains et mérovingiens, il est aisé 
de dresser, pour la plupart des diocèses, des séries épisco- 
pales, incomplètes, il est vrai, discontinues, mais absolu- 
ment sûres. Cela fait, on compare, pour chaque diocèse, 
le catalogue avec cette série de dates. Si le catalogue omet 
des évêques certains, s'il intervertit l'ordre établi d'ailleurs, 
si ses fautes sont de telle nature qu'elles ne puissent être 



(1) J'omets le calalo^uc de Nevers, qui est de bonne note, mais qui ne 
peut remonter aux origines, ce diocèse n'ayant été démembré de celui 
d'Auxerre que vers le commencement du VI*' siècle. 

(2) La liste de Beauvais n'existe plus; mais les auteurs du Gallia cliris- 
tiana l'ont eue sous les yeux. 

(3) Il n'y a pas, pour l'église d'Auvergne (Clermont), de catalogue à l'état 
isole; mais Grégoire de Tours, en divers endroits de son llislorta l'ranco- 
rum, nous a conservé, jusqu'à son temps, toute la série des évoques de ce 
siège. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 5 

imputées à des accidents de transcription, alors il est clair 
qu'il ne mérite aucune confiance pour les parties où la vé- 
rification est impossible. C'est une compilation artificielle, 
rédigée à une époque où la tradition s'était perdue, par des 
personnes qui ne disposaient pas des documents ou de 
l'intelligence nécessaire pour la reconstituer. Do tels cata- 
logues finissent toujours par arriver à l'exactitude, en se 
rapprochant du temps où le rédacteur écrivait; mais on 
s'exposerait à de graves mécomptes si l'on se fiait à eux 
pour la période des origines. 

Il y en a de très anciens. Celui d'Arles, par exemple, 
s'est conservé dans un sacramentaire du IX° siècle. 
Mais on constate : 1° qu'il ne mentionne qu'un évêque 
avant celui qui était en fonctions en 314, Marinus, alors 
que nous en connaissons au moins deux, Trophime et Mar- 
cien ; 2° qu'il marque entre Patrocle et saint Honorât un 
Helladius, entre .î^onius et saint Césaire un Jean, qui n'ont 
sûrement pas occupé le siège d'Arles ; 3° qu'on y trouve 
la série suivante : Ambroise, Martin, Ingenuus, Augustin, 
Jérôme, dans laquelle un seul nom, celui d'Ingenuus, est 
celui d'un évêque d'Arles, les quatre autres, très vraisem- 
blablement ceux de quatre grands saints de l'Eglise latine; 
4° qu'il y manque le nom de Saturninus, évêque des 
plus certains. Ce catalogue, malgré son antiquité, doit 
donc être considéré comme inexact et écarté de la liste de 
ceux dont on peut faire état dans la question qui nous 
occupe. 

Il en est de même, pour citer un second exemple, du 
catalogue de Besançon. Certaines de ses rédactions omet- 
tent l'évêque Sylvestre, dont on a, outre la pierre tombale, 
deux signatures aux conciles de 573 et 585 ; d'autres 
rédactions du même catalogue le placent bien avant 
l'évêque Celidonius, du milieu du V*^ siècle. Il omet aussi 
l'évêque Urbicus, présent au concile de 549 ; il met les 
évêques Claude (517) et Tetradius (552, 570) après les 
évêques Nizier, Protadius, Donatus, Ternatius, qui sont 



6 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

tous les quatre du VII* siècle. Encore une pièce à exclure. 

J'en ai éliminé quelques-unes qui, vérifiées pour la partie 
afférente au VP siècle et aux siècles suivants, soulè- 
vent d'assez fortes objections pour la partie antérieure. 
Ainsi le catalogue de Noyon [civ. Veromanduorum) , qui dé- 
bute par les noms des trois grands confesseurs Hilaire, 
Martin, Germain; ainsi encore celui de Poitiers, dont le 
premier nom. Nectaire, n'est sûrement pas celui d'un évé- 
que de ce siège, et où figure, après saint Hilaire, un 
Pascentius trop évidemment suggéré par un prologue de 
Fortunat (1). 

Ayant ainsi restreint l'examen aux seuls catalogues qui 
paraissent avoir quelque valeur traditionnelle, il reste à 
s'en servir comme documents 'chronologiques. Pour cela 
il faut d'abord déterminer à quel point de chaque série 
correspond la date la plus ancienne que l'on connaisse 
par les conciles et autres documents. Cela fait, on remonte 
plus ou moins haut, suivant la longueur de la liste au-dessus 
du point d'attache. Voici un exemple. 

Au concile d'Arles de 314, seize églises de Gaule étaient 
représentées, par leurs évêques ou autrement. Sur ces seize 
églises, cinq seulement ont de bons catalogues, ce sont 
celles de Lyon, Vienne, Reims, Trêves, Rouen. Or, l'évé- 
que de Lyon, Vocius, est le neuvième de sa série; les évê- 
ques de Vienne, Reims, Trêves {Verus, Imbelausiiis, Agrœ- 
cius) occupent tous les trois le quatrième rang dans leurs 
séries respectives; l'évêque de Rouen, Avitianus, est le 
deuxième delà sienne. Si l'on tient compte de ce fait que 
le premier nom de la liste lyonnaise, celui de saint Pothin, 
est le nom d'un évéque qui mourut en 177, on conclura 
aisément que les églises de Vienne, Reims, Trêves ne 
peuvent avoir eu d'évéques avant le milieu du IIP siècle 
environ, et que l'église de Rouen est notablement moins 
ancienne. 

(1) Voir mes deux mémoires sur la liste épiscopale de Poitiers dans la 
Revue poitevine el sainloiigeaise, t. III et IV. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 7 

Saint Alhanase inséra clans son Apologie contre les Ariens 
une copie du décret rendu en sa faveur par le concile de 
Sardique, en 343; il y joignit les noms des évoques qui, 
sans avoir assisté à cette assemblée, adhérèrent à la réha- 
bilitation du métropolitain d'Alexandrie. Ces noms ne sont 
suivis d'aucune indication de siège, mais simplement grou- 
pés par contrées. Dans ce catalogue figurent trente-quatre 
évêques de Gaule , dont il n'est pas aisé de retrouver les 
sièges. L'un d'eux pourtant, Declopetus, porte un nom 
caractérisé ; c'est évidemment le même qui ouvre la série 
des évêques d'Orléans dans le catalogue de cette église. 
Ainsi l'église d'Orléans avait encore son premier évoque 
à sa tête au moment où cette signature fut apposée. Dans 
ces conditions, on ne sera pas tenté de faire remonter son 
origine au delà du règne de Constantin. 

Mais il est possible d'aller plus loin. La liste des évêques 
de Gaule, dans l'Apologie de saint Athanase, parait bien 
avoir été relevée sur un document de l'année 346, lequel 
ne se bornait pas aux noms des prélats, mais indiquait le 
siège épiscopal de chacun d'eux. En partant de là on 
constate qu'en 356 l'église de Paris en était à son sixième 
évêque [Victorinus], l'église de Metz au quatrième ou au 
cinquième [Victor], l'église de Sens au quatrième (Severinus), 
celles de Langres et d'Auxerre au troisième [Desiderius, 
Valerianus), celle de Troyes au deuxième [Optatianus], celle 
de Verdun comme celle d'Orléans au premier {Sanc- 

tinus) (1). 

Un évêque appelé Defensor est signalé par Sulpice Sé- 
vère au nombre des prélats réunis à Tours, en 372, pour 
donner un successeur à Lidoire, second évêque de cette 
église. Or, ce Defensor est marqué en tête de la liste épis- 
copale d'Angers et même désigné avec quelque insistance 

(1) Je fais ici usage du concile de Cologne, document apocryphe, sans 
doute, mais dans lequel se sont conservés des renseignements de valeur 
appréciable. Il n'en avait pas été tenu un compte suffisant dans la première 
édition. Voir la note à la fin de ce volume. 



8 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

comme le premier évêque de ce siège : Primus Defensor 
episcopus. Cette circonstance conseille de ne pas chercher 
bien au delà du milieu du lY" siècle la fondation du siège 
d'Angers. 

II 

INFORMATIONS LOCALES SUR l'ûRIGINE DES ÉGLISES. 

Après avoir expliqué le procédé par ces quelques exem- 
ples, je vais passer en revue les diocèses de l'ancienne 
Gaule, tant ceux qui ont des catalogues en bon état que 
ceux qui n'en ont pas, en indiquant pour chacun d'eux 
l'état des informations sur la chronologie des origines. 
Les noms des églises qui ont conservé de bonnes listes 
épiscopales sont marqués d'une astérisque. 

*Lyon. 

Le premier évêque la liste, saint Pothin, mourut plus 
que nonagénaire en 177 (1). On peut donc reporter jus- 
qu'au milieu du IV siècle, au moins, les origines de 
l'église de Lyon. 

Autun. 

Le plus ancien évêque que l'on connaisse est Reticius, 
qui siégea aux conciles de Rome en 313 et d'Arles en 314. 

*Langres. 

Le troisième évoque, saint Didier, est présenté par la 
tradition du pays comme une victime de l'invasion van- 
dale (407?). Son nom figurait dans le document de 346 (2). 



(1) Eusèbe, II. E., V, 1, 29. 

(2) Ces deux données sont difficiles à concilier; mais la vie du saint, 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 9 

Six noms figurent sur la liste entre le nom do Didier et 
celui d'Aprunculiis , qui quitta, vers l'année 480, le siège 
de Langres pour celui de Clermont (I). — Le siège de 
Langres aura été fondé vers le commencement du IV^ siècle. 

Chalon. 
Mâcon. 

Ces deux localités sont mentionnées dans la Notice des 
Gaules non comme cités, mais comme castra. Un Donatianus 
Cabillonorum figurait dans le document de 346. Après lui, 
le premier évêque de Chalon dont on ait connaissance 
apparaît vers l'année 470 (2); pour Mâcon, il faut descendre 
jusqu'au VP siècle. 

* Rouen (3). 

Le deuxième évêque de Rouen siégeait au concile d'Ar- 
les en 314. Le premier, Mellonus, ne peut être de beaucoup 
antérieur à l'an 300. 

Bayeuœ. 

Avr anches. 

Evreux. 

Séez. 

Lisieux. 

Coutances. 

Les listes épiscopales de ces six diocèses sont tout à fait 
incomplètes et fautives. Dans toute cette région, les plus 



écrite au commencement du VII« siècle (Acta SS., 23 mai, t. V, p. 245), a 
pu confondre l'invasion vandale avec une incursion plus ancienne, comme 
le IV* siècle en vit plusieurs. 

(!) Greg. Tur., Hisl. Fnuic, II, 23, 36; III, 2, cf. Mommsen, M. Uerm. 
scripl. anliquissimi, t. VIII, p. xi.ix. 

(2) Sidoine Apoll., ep. IV, 25. 

(3) La liste épiscopale de Rouen a été publiée récemment par M. l'abbé 
Sauvage, dans les Analecta Dollandiana, t. VIII, p. 40G et suiv. 



10 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

anciens évoques auxquels il soit possible d'assigner une 
date sont du VP siècle (1). 

* Tours. 

Saint Martin, ordonné en 372, n'avait eu que deux pré- 
décesseurs. Lidoire avait siégé avant lui pendant trente- 
trois ans ; Grégoire de Tours le fait commencer son épiscopat 
en 337 ou 338. Avant cette date, il place d'abord une 
vacance de trente-sept ans, ce qui le conduit à l'an 300 en- 
viron, puis il attribue, avec quelque hésitation, cinquante 
ans d'épiscopat au premier évèque, saint Gatien. Grâce à 
ces chiffres, il rejoint la date 250, qu'il considère, proba- 
blement à tort, comme résultant d'une tradition (2). 

Le Mans. 

Le plus ancien évêque dont la date soit bien assurée est 
Victurius, qui assista au concile d'Angers en 453 (3). 

Rennes. 

Le siège de Rennes n'a pas d'attestation antérieure au 
milieu du V^ siècle (4). 

* Angers. 

Le premier évêque, Defensor^ siégeait encore en 372 (5). 

* Nantes. 

Le septième évêque de Nantes, Desiderius, était contem- 

(1) La liste de Coutances, plus longue que les autres, ne nomme que deux 
évoques avant Leonatus (Leontianus), qui assista, en 511, au concile 
d'Orléans. 

(î) Sur ceci, voyez mon mémoire Catalogues épiscopaux de la province 
de Tours, p. 22 et suiv.; cf. t. II, p. 332. 

(3) Ibid., p. 50; cf. t. II, p 3G9 et suiv. 

(4) Ibid., p. 86 et 340. 

(5) Ci-dessus, p. 7. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 11 

porain du concile d'Angers de 453 (1). La liste en arrière 
est à peine assez longue pour atteindre le commencement 
du règne de Constantin (2). 

Civitas Coriosopitum (Quimper). 

Pas de titulaire connu avant l'immigration bretonne de 
la fin du V siècle. 

Vannes. 

Le premier évêque connu, Paterniis, fut ordonné peu 
après l'année 461 (3). 

Civitas Ossismorum (S'-Pol de Léon). 

Pas de renseignements précis antérieurement à l'immi- 
gration bretonne (4). 

*Sens. 

En 346, l'église de Sens avait déjà son quatrième évêque. 
Il résulte d'une lettre de Sidoine Apollinaire (VII, .5) que 
vers l'année 475 elle en était à son treizième , Agrœcius. 
Les origines atteignent donc aisément le commencement 
du IV siècle; on pourrait même remonter un peu au delà. 

* Chartres. 
Le troisième évêque, Valentinus^ est un contemporain 



(1) Coll. conçu. Galliae, t. I, p. 573; Catalogues, p. G9; t. II, p. 358. 

(2) Sur l'objection qui résulterait de la passion des saints Kogatien et 
Donatien, voyez Catalogues, p. 71; t. II, p. 360. 

(3) Concile de Vannes (v. 465). 

(4) Les trois derniers sièges, Quimper, Vannes, civ. Ossismorum, étaient 
très probablement occupés en 453. Sur ce point, voy. Catalogues, p. 86, 
n. 1 ; t. II, p. 246. La Notice des Gaules mentionne ici une civitas Diablin- 
tum, qui fut de bonne heure unie à celle du Mans. On n'en connaît aucun 
évoque {Ibicl., p. 85). 



12 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

de saint Martin (1). Le diocèse remonte donc au temps de 
Constantin environ, comme celui de Tours (2). 

* Auxerre. 

Valerianus Autissiodorensium , le troisième évêque, paraît 
en 346. Saint Amator, le cinquième, mourut en 418. Il 
est donc peu probable que la série épiscopale remonte au 
delà du IV^ siècle. Le premier évêque, Peregj-imis, est, 
il est vrai, honoré comme martyr. Mais certaines circon- 
stances de sa légende donnent lieu de croire qu'il fut 
victime d'un tumulte populaire dans une localité rurale. 
Un tel fait a fort bien pu se produire sous les empereurs 
chrétiens. 

* Troyes. 

L5 deuxième évêque, Optatiaims, figure dans le docu- 
ment de 346. Le huitième, saint Lou[), fut installé en 426(3). 

"Orléans. 

Il a été dit ci-dessus que le premier évêque d'Orléans, 
Declopetus, apposa sa signature à un document de l'an- 
née 346. 

* Paris. 

Le sixième évêque de Paris, Victorinus, figure dans le 
document de 346. Heraclius, qui siégea en 511 au concile 
d'Orléans, est le quinzième évêque. 

M eaux. 
Aucun évêque sûrement attesté avant le VP siècle (4). 



(1) Sulpice Sévère, DiaL, III, 1. 

[T) Le Catalogue de Chartres a été publié récemment par M. René Mcrlet. 
Chartres, Garnier, 1889. 

(3) Acta SS. iuL, t. VII, p. C3. 

(4) Ici je néglige le diocèse de Nevcrs, pour la raison indiquée ci-dessus, 
p. 4, n. 1. 



de l origine des diocèses épiscopaux. 13 

* Trêves. 

Le quatrième évoque, Agrœcizis, assista, en 314, au con- 
cile d'Arles. L'église de Trêves doit remonter au milieu 
du IIP siècle environ. 

* Metz. 

Victor, quatrième ou cinquième évêque de Metz, nous 
est connu par le document de 346. De plus, la tradition 
locale, qui fait du treizième évêque, saint Auctor, un 
contemporain d'Attila, permet de le placer au temps des 
invasions du V*' siècle. L'église de Metz paraît remonter au 
déclin du IIP siècle. 

* Toul. 

Le cinquième évêque, Auspicius, figure, vers l'année 472, 
dans la correspondance de Sidoine Apollinaire (IV, 17; 
VII, 10). Le premier, Mansuetus, ne peut donc être que du 
IV* siècle. 

* Verdun. 

Le premier évêque, Sanctinus, figure parmi les signa- 
taires du document de 346. Au cinquième évoque, la série 
verdunoise rencontre une autre indication chronologique 
qui correspond au déclin du V« siècle : Pohjchronius, évêque 
de Verdun, est mentionné dans la vie de saint Loup de 
Troyes comme son disciple immédiat (1). 

* Reims. 

Eglise du IIP siècle : le quatrième évêque figura au 
concile d'Arles en 314. 

(1) Acla SS. iulii, t. VII, p. 70. 



14 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Soissons. 

Une tradition recueillie par Flodoard (l) présente les 
deux premiers évêques de Reims comme ayant été aussi 
évêques de Soissons. S'il en est ainsi, l'organisation auto- 
nome de cette dernière église remonterait aux environs de 
Tan 300. 

* Châlons. 

Le neuvième évéque, Amandinus, assistait, en 461, au 
concile de Tours. Cette donnée permettrait de remonter à 
peu prés à la même antiquité qu'à Soissons. 

Civ. Veromanduorum "N'oyon). 

J'ai dit plus haut que la liste épiscopale de Xoyon sou- 
lève quelques doutes pour le commencement. L'évêque 
Sophronius, qui assista, en 511, au concile d'Orléans, y 
figure au neuvième rang, si l'on néglige les noms des trois 
confesseurs Hilaire, Martin, Germain, par lesquels la liste 
commence, au douzième, si on les compte. En tout état de 
cause, cette liste ne permet pas de dépasser, en remontant, 
le commencement du IV* siècle. 

Ârras. 

Cambrai. 

Tournai. 

On ne connaît, pour ces cités, ravagées de bonne heure 
par les Francs, aucun évéque antérieur au VI* siècle, si ce 
n'est Superior, qualifié d'episcopus Xerviorum dans le docu- 
ment de .346. 

*Senlis. 

A Senlis, comme à Noyon, l'évêque qui figure au concile 
de 511 est le neuvième de sa série. 

(1) Hist. Rem., I, 3. 



DE L ORIGINE DES DIOCESES KPISCOPAUX. lo 

* Beauvais. 

Le catalogue de Beauvais, que les auteurs du Gallia 
christiana ont eu entre les mains, était peut être incomplet. 
En tout cas, le premier évêque de cette série qui soit daté 
est Mari7ius, qui se rencontre de 632 à 660 ; c'est le trei- 
zième de la liste. 

Amiens. 

Un Eulogius Ambianonun figure parmi les signataires du 
document de 346. Vient ensuite Edibius (511). 

Têrouannc. 
Boulogne. 

Aucun renseignement bien net avant le VIP siècle. 
L'évêque de Rouen, saint Victrice, avait évangélisé, vers 
la fin du IV^ siècle (1), le pays des Morini (Térouanne). 
Il est difiicile de dire si cette mission fut la première et 
quel rapport elle peut avoir avec l'organisation des dio- 
cèses de cette région (2). 

Mayence. 

Martinus, évéque de Mayence, est mentionné dans le 
document de 346. Après lui, le plus ancien évêque datable 
est Sidonius, connu par Fortunat (II, 11, 12; IX, 9); il vivait 
dans la seconde moitié du VP siècle. 

Strasbourg . 

Amandus episcopus Argentinensium paraît en 346. Après 
lui, Ansoald, qui figura, en 614, au concile de Paris, est 
le plus ancien évêque daté. 

(1) Paulin, Ep. 19; Migne, P. L., t. LXI, p. Î38. 

(2) Je néglige, dans cette province, le diocèse de Laon, qui fut démembre 
de celui de Reims, par saint Rcmi, dit-on. En tout cas, on n'en connaît au- 
cun évêque antérieur au VI» siècle. 



16 FASTES ÉPISCOPAUX DE LANCIENNE GAULE. 

Spire. 
Jesses Nonetwn, en 346. Puis Hildéric (614). 

Wornis. 
Victor Vnnginnum en 346 ; puis l'évêque de 614, Berthulfus. 

Cologne. 

Les catalogues, tous incomplets, s'accordent à indiquer 
Mnterniis comme le premier évêque. Il fut invité aux con- 
ciles de Rome et d'Arles, en 313 et 314. Un ^laternus se 
rencontre au troisième rang, sur la liste de Trêves : il est 
probable que c'est le même personnage. 

Tongres. 

Maternus figure aussi en tête du catalogue de Tongres, 
lequel est fort suspect, non de lacunes, mais d'interpola- 
tions. Il y a tout lieu de croire que l'église de Trêves, au 
IIP siècle, étendait son action, non seulement sur la 
civitas Treviroriim, mais sur la Germanie inférieure, où se 
trouvaient les cités de Cologne et de Tongres. Au com- 
mencement du IV^ siècle, l'évêque Maternus, après s'être 
donné un successeur pour la cité de Trêves, se sera 
consacré lui-même aux régions septentrionales. Après lui 
seulement aura eu lieu la fondation d'une église spéciale 
pour la cité de Tongres. L'évêque saint Servais était déjà 
en fonctions en 346. 

Besançon. 

Pancharius (Ilaxaxo; ?) Vcrsonlionensiiim , en 346. Après 
lui, le plus ancien titulaire de ce siège qui soit sûrement 
connu en dehors du catalogue (1^ est Chelidonius, contem- 
porain de saint Hilaire d'Arles (v. 445). 

(1) Voy. plus haut, p. 5, ce qu'il faut penser de l'autorité de ce catalogue. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 17 

Civ. Equeslrium (Belley). 

Le premier évêque certain, Vincenthis, assistait, en 552, 
au concile de Paris. 

Civ. Helvetiorum (Windisch (l), Avenches, Lausanne). 

Pas d'évêque connu avant Bubulcus, qui siégea, en 517, 
au concile d'Epaone. 

Bâle. 

Justinia7ius Rawicorum, en 346. Après lui, le plus ancien 
évêque bien certain est mentionné dans la vie de saint 
Gall (c. 26), à propos d'un événement de l'année 614. 

Tarantaise. 

L'évêché apparaît pour la première fois dans la lettre du 
pape saint Léon, portant délimitation entre les juridictions 
métropolitaines de Vienne et d'Arles (2). Cette lettre est de 
l'année 450. 

Civitas Vallensium (Octodurum, Sion). 

Théodore, évêque d'Octodurum, le premier que l'on con- 
naisse, assista, en 381, au concile d'Aquilée. 

*VlENNE. 

L'évêque Verus^ quatrième de la série, figura au concile 
d'Arles en 314. Le siège a donc été fondé dans le courant 
du IIP siècle. 

Genève. 
Le premier évêque connu est Isaac., dont parle saint Eu- 



(1) Sur les vicissitudes de ce siège épiscopal, voyez ce que j'ai exposé 
dans le Bulletin de la Société des antiquaires de France, 1888, p. 193. 

(2) Jafifé, 450. 

2 



18 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

cher de Lyon dans le prologue de la passion des martyrs 
d'Agaune. D'après ce qu'il en dit, Isaac a dû vivre aux en- 
virons de l'an 400. 

* Grenoble. 

Domninus, premier évêque de Grenoble, assista, en 381, 
au concile d'Aquilée. 

*Civ. Alhensium (Viviers). 

Venantius, neuvième évêque de Viviers, d'après le cata- 
logue, assista aux conciles d'Epaone en 517 et d'Auvergne 
en 535. Autant qu'on en peut juger par cette indication, le 
siège remonterait au IV® siècle. 

Die. 

Un évêque de Die, Nicasius, assista au concile de Nicée, 
en 325. 

Vale7ice. 

Le plus ancien évêque de Valence dont on ait le nom est 
Émilien, qui assista au concile tenu en 374 dans sa ville 
épiscopale et qui, antérieurement à cette date, prit part à 
l'ordination du premier évêque d'Embrun, saint Marcel- 
lin (1). 

Civ. Tricastinorum (Saint-Paul-Trois-Châteaux). 

L'histoire ancienne de ce siège est très obscure. On ne 
trouve pas de date certaine et précise avant le concile 
d'Epaone, en 517, où figure l'évêque Florentins. 

Vaison. 
Siège existant en 314 : l'évêque Daphnus assista au con- 
cile d'Arles. 

(1) Vie de saint Marcellin, Acla. SS. april., t. II, p. 751 (20 avril). 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 19 

Orange. 

Même observation : l'église d'Orange fut représentée au 
concile d'Arles. 

Cavaillon. 

Asclepius, évêque de Cavaillon, assista aux conciles de 
Riez (439) et d'Orange (441). Avant lui on place un saint 
Genialis, premier évêque; c'est peut-être l'évêque de ce 
nom qui assista au concile de Nimes en 396. 

Avignon. 

Nectarius est le plus ancien évoque d'Avignon dont on 
ait connaissance; il assistait au concile de Riez (439). 

Arles. 

L'église d'Arles était déjà organisée au milieu du 
IIP siècle. Un évêque Marcianus est mentionné dans la 
correspondance (1) de saint Cyprien comme ayant suivi le 
parti de Novatien (vers 254). Ce n'était pas le premier 
évêque d'Arles : dès le commencement du V^ siècle , la 
tradition reconnaissait ce titre à saint Trophime. 

Marseille. 

Le premier connu des évêques de Marseille, Oresius, as- 
sista au concile d'Arles en 314. 

Carpentras. 

Carpentras n'est pas mentionnée dans la Notice des Gau- 
les ; il est sûr toutefois que cette localité avait eu rang de 
cité sous le haut empire. Son église n'apparaît pas avant le 
concile de R,iez (439), auquel Tévêque Constantianus se fît 

(1) Cypr., Ep. 68. 



20 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

représenter; mais il est possible que la fondation du siège 
remontât au temps où la cité fonctionnait, c'est-à-dire 
au delà du V siècle. 

Toulon. 

Toulon n'eut jamais rang de cité. Son évéque Augiistalis, 
le premier que l'on connaisse, assista aux conciles de Riez 
(439), d'Orange (441) et de Vaison (442). Dans ces deux 
derniers conciles le siège de ce prélat est désigné par l'ex- 
pression loco Telojiensi, tandis que les autres évêques em- 
ploient la formule civitate. 

Nice. 

L'église de Nice fut représentée au concile d'Arles, en 
314. Nice, n'étant qu'une dépendance de Marseille, n'est 
pas mentionnée dans la Notice des Gaules. Au concile, les 
représentants de l'évêque se disent, non eœ civitate, mais 
ex portu Nicaensi. 

"Bourges. 

La plus ancienne date que l'on puisse marquer sur la 
liste épiscopale de Bourges est celle du concile d'Angers 
(453), où figura le douzième évêque, Léon. Grégoire de 
Tours assigne à la fondation de l'église de Bourges une 
date postérieure à la mission des sept évêques. Cette don- 
née, quoique un peu vague, s'accorde cependant avec les 
indications de la liste pour écarter toute idée d'une anti- 
quité plus haute que le déclin du IIP siècle (1). 

Civ. Arvernorum (Clermont). 
La suite des premiers évêques d'Auvergne nous est 



(1) Grégoire n'est pas bien net en ce qui concerne Bourges. Dans VHis- 
toire des Francs (I, 31), il attribue la fondation de cette église à « des dis- 
ciples » des sept évêques; dans le De gloria confessorum, c. 79, il nomme 
saint Ursin, le fait ordonner et envoyer en Gaule, a discipulis aposlolo- 
rum, expression qui, dans l'espace, ne peut désigner que le pape. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 21 

connue par Grégoire de Tours. Le quatrième, saint Illidius 
(Allyre), mourut en 384 ou 385 (1). Il est difficile de croire 
que le premier, saint Austremoine , remonte beaucoup au 
delà de l'an 300, s'il y remonte. Grégoire le nomme parmi 
les sept évêques envoyés en 250; mais ici, comme pour 
saint Gatien de Tours, sa chronologie se heurte aux indi- 
cations de la série épiscopale. 

Rodez. 

Il n'est pas question de l'église de Rodez avant le 
V® siècle. Dans une lettre écrite vers l'année 475 (VII, 6), 
Sidoine la range parmi celles que les Goths laissaient pri- 
vées d'évêques. On ne saurait dire si saint Amans, le plus 
ancien évêque de Rodez qui soit connu, est antérieur ou 
postérieur à ce temps-là. S'il est antérieur, ce n'est sûre- 
ment pas de beaucoup, car sa vie le représente comme 
ayant précédé de peu d'années l'évèque Quintien, lequel 
est du commencement du VP siècle (2). 

Albi. 

Le plus ancien évêque dont on ait connaissance est Dio- 
genianus, mentionné dans un texte du commencement du 
V^ siècle, que Grégoire de Tours cite dans son Histoire 
des Francs (II, 13). 

Cahors. 

Un évêque de Cahors, Alithius, est nommé dans le texte 
dont je viens de parler. La tradition locale présente comme 
premier évêque un saint Genulphus, lequel aurait reçu sa 
mission du pape Sixte II (3). 



(1) Vilae pp., II, 1 : cf. Hisl. Fr., I, 46. 

(2) M. Germ. scr. antiquissimi, t. IV, part. 2, p. 62. 

(3) Voir les vies de ce saint publiées par les Bollandistes au 17 janvier , 
voir aussi l'inscription de Saint- Genou, publiée par "SI. Palustre dans le 
Bulletin monumental de 1889, p. 67. 



22 FASTES ÉPISCOPAUX DE LANCIENNE GAULE. 

Limoges. 

Saint Martial, fondateur de l'église de Limoges, est un 
des sept évêques de Grégoire. On a vu que ce fait ne com- 
porte pas une date bien précise. Il n'est plus question en- 
suite de l'église de Limoges jusqu'au temps de Sidoine 
Apollinaire (VII, 6). 

Civ. Gabalum (Mende). 

Cette église fut représentée au concile d'Arles, en 314. 
Le martyre de l'évêque saint Privât autoriserait peut-être 
à remonter plus haut, s'il était mieux daté ; mais on ne 
sait s'il doit être placé au IIP siècle ou au V* ; encore cette 
dernière date est-elle beaucoup plus probable que l'autre. 

Civ. Vellavorum (Le Puy). 

Il s"est conservé au Puy une liste épiscopale , mais en 
très mauvais état. Le plus ancien évêque pour lequel on 
ait une date, Aurelius, siégeait en 591 (1) ; c'est le trei- 
zième ; mais, encore une fois, la liste n'est pas sûre. 

Bordeaux. 

L'évêque Orieritalis assista au concile d'Arles, en 314. 
C'est le premier, ou tout au plus le second évéque de Bor- 
deaux. Ceci résulte, non d'une liste épiscopale, mais d'un 
passage de Fortunat où il est dit que l'évêque Léonce II 
était le treizième de sa série. Or, avant Léonce II, on con- 
naît déjà trois évêques du VP siècle, deux ou trois (2) du 
V% deux du IV% dont Orientalis. Il est difficile de croire 
qu'il n'y en ait pas eu quatre autres à répartir entre le IV® 
et le V^ siècle. De cette façon, la série épiscopale de 
Bordeaux ne peut guère avoir commencé avant l'année 300. 



(1) Grégoire, Hist. Fr., X, 25. 

(2) Suivant que l'on compte ou non saint Seurin. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 23 

Agen. 

Phœbadius, évêque d'Agen dès l'année 357, est le plus 
ancien que l'on connaisse pour ce siège. 

Angoulême. 

Un évêque Dynamius , du premier tiers environ du 
V* siècle, est mentionné dans un texte contemporain, cité 
par Grégoire de Tours {Hist. Fr., II, 13). La tradition con- 
serve le nom d'un saint Ausone , massacré par les Van- 
dales peu avant Dynamius. 

Saintes. 

Le plus ancien évêque de date certaine est Pierre, qui 
siégea en 511 au concile d'Orléans. Mais on connaît le nom 
du premier évêque, saint Eutrope. S'il fallait ajouter foi à 
ce que dit Grégoire de Tours, il est vrai avec un fertur (1), 
Eutrope aurait été ordonné et envoyé en Gaule par saint 
Clément de Rome. Saintes est la seule église pour laquelle 
Grégoire revendique une antiquité aussi démesurée. Il est 
vrai qu'il enlève lui-même toute autorité à son dire en 
ajoutant que nul ne connaissait l'histoire de saint Eutrope 
avant la translation de ses reliques, laquelle arriva vers 590. 

Poitiers. 

Saint Hilaire était évêque de Poitiers en 355. La liste 
épiscopale de cette église lui donne huit prédécesseurs : 
mais j'ai dit plus haut qu'elle est, pour cette partie, sujette 
à caution. Il convient d'ajouter que la tradition ne présente 
nullement saint Hilaire comme le premier évêque de 
Poitiers. 

Périgueux. 
Un évêque de ce siège, Paternus, fut déposé, vers l'an- 

(1) Glor. mari., c. 55. 



24 FASTES ÉPISCOPAUX DE l"aNCIENNE GAULE. 

née 361, pour cause d'hérésie (1). La tradition locale, con- 
statée dès le IX® siècle, réclame un autre fondateur, saint 
Front, dont la date est indéterminée. 

Eauze. 

L'évêque d'Eauze Mamertinus assista au concile d'Arles, 
en 314. 

Daœ. 

Aucun évêque certain avant Gratianus, qui siégea au 
concile d'Agde, en 506. 

Lectaure. 

Même situation. En 506, l'évêque s'appelait Vigilius 
(concile d'Agde). 

Civ. Convenarum (Saint-Bertrand de Comminges). 

Cette église est au nombre de celles dont Sidoine 
{Ep. VII, 6) déplore l'abandon. Le premier évêque connu, 
Suavis, est aussi de 506. 

Civ. Consoranorum (Saint-Lizier). 

Le premier évêque, Valerius, est mentionné par Grégoire 
de Tours (2), sans indication de date. Après lui vient Gly- 
cerius (saint Lizier), l'évêque qui prit part au concile 
d'Agde (506). 

Civ. Benarnensium (Lescar). 

Aucun évêque certain avant Galactorius ^ qui siégea au 
concile d'Agde (506). 



(1) Sulpice Sévère, Chron., II, 45. 
(î) Gl. conf., 83. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 25 

Civ. Aturensium (Aire). 
Même cas. L'évèque de 506 s'appelait Marcellus. 

Bazas. 

Un récit de Grégoire de Tours (1), relatif à l'invasion 
vandale du commencement du V^ siècle, fait mention de 
l'évèque de Bazas sans que son nom soit indiqué. 

Tarbes. 
On ne connaît aucun évèque avant celui de 506, Aper. 

Oloron. 
Même cas ; l'évèque de 506 s'appelait Gratus. 

Civ. Boatium. 

On n'en connaît qu'un évèque, dont le nom, ....idius, 
s'est à moitié conservé dans un débris d'inscription du 
commencement du V« siècle environ (2). 

Auch. 

Il est bien difficile de déterminer exactement l'époque du 
premier évèque connu, saint Orientius ; mais il y a tout 
lieu de croire qu'il n'est pas antérieur au commencement 
du V^ siècle (3). 

Narbonne. 

Le premier évèque, saint Paul, est un des sept de Gré- 
goire de Tours. Encore que la date que Grégoire assigne 



(1) Gl. mart., \1. 

(2) Comptes rendus de l'Acad. des Inscr., 1905, p. 73. Inscription trouvée 
à Andernos (Gironde). 

(3) Corpus script, eccl. lat., t. XVI, p. 193 et suiv. 



26 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

à tout le groupe soii très vraisemblable pour ce qui regarde 
la capitale de l'ancienne Gallia D/arbonensis, il faut recon- 
naître qu'elle n'est confirmée par aucun autre document. 

Toulouse. 

La passion de saint Saturnin assigne la date de 250 (1) 
au début de la mission de cet évéque, le fondateur de 
l'église de Toulouse. Il est peu probable que l'on ait con- 
servé un souvenir aussi exact de l'année où il commença 
ses travaux apostoliques. On est porté à croire que la date 
doit plutôt se rapporter au martyre de Saturnin et que la 
fondation de l'église de Toulouse est antérieure de quel- 
ques années à l'an 250. 

Béziers. 

Paulmus, évéque de Béziers, est mentionné en 419 dans 
la Chronique d'Idace. La légende de saint Paul de Narbonne 
lui attribue à lui-même la fondation de l'église de Béziers, 
qui aurait été gouvernée après lui par saint Aphrodise. 

Nimes. 

Il se tint un concile à Nimes {in ecclesia Nemausensi) en 
396. On ne sait qui était alors évéque de cette cité. Le 
premier évéque certain est celui qui siégeait au concile 
d'Agde en 506, Sedatus. 

Lodève. 
Le siège de Lodève est mentionné dans une lettre pon- 



(1^ C'est aussi la date acceptée par Grégoire de Tours {Hist. Fr., I, 30). 
Dans son De Gloria martyruiin,c. 47, il s'exprime d'une façon plus vague : 
ab apostolorum discipulis ordinatus. Ici encore (cf. ci-dessus, p. '20, note 1^ 
par discipuli aposlolorum il faut entendre les papes. Quand on voudrait 
admettre que Grégoire se contredit, il est clair qu'il faudrait, entre ses 
deux façons de parler, sacrifier la plus vague à la plus précise. Je ne crois 
pas, quant à moi, qu'il y ait contradiction. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 27 

tifîcale de 422, à propos d'une ordination d'évêque célébrée 
indûment par le métropolitain d'Arles (1). 

Uzès. 

Cette localité est marquée comme simple castrum dans 
la Notice des Gaules. L'évèque apparaît dés l'année 442, 
au concile de Vaison [Cons tan tins). 

Agde. 

Agde, non plus que les évêchés suivants, ne figure dans 
la notice. Il y avait un évêque d'Agde en 506, Sophronius . 

Elue (Perpignan). 
Maguelonne (Montpellier). 
Carcassonne. 

Ces trois évéchés n'apparaissent que dans la seconde 
moitié du VI® siècle; le premier est mentionné en 571 
dans la chronique de Jean de Biclar ; des deux autres on 
ne connaît aucun titulaire avant ceux qui siégèrent au 
concile de Tolède, en 589. 

Aix. 

On ne connaît aucun évêque d'Aix antérieur au V® siè- 
cle ; le plus ancien dont on ait le nom est Lazare, qui fut 
évincé de son siège en 412. 



^o^ 



Apt. 

L'église d'Apt était représentée au concile d'Arles en 
314. 

Riez. 
L'évèque Maxime, qui siégeait au concile tenu en 439 

(1) Jaffé, 362. 



28 FASTES ÉPISCOPAUX DE l"aNCIENNE GAULE. 

dans sa ville épiscopale, est le plus ancien que l'on 
connaisse. 

Fréjiis. 

Le concile de Valence (374) fournit un document de 
l'existence du siège de Fréjus au IV« siècle. On n'a rien 
de plus ancien. 

Gap. 

On ne connaît aucun évêque de Gap qui soit certai- 
nement antérieur au concile d'Epaone (517), où siégea 
Conslantius. 

Sis ter 071. 

On ne connaît aucun évêque de ce siège avant Jeati, 
dont il est question dans la vie de saint Marins (1) comme 
d'un contemporain du roi Gondebaud (f 516). 

Antibes. 

Le plus ancien évêque connu, Armentarius, apparaît au 
concile de Vaison, en 442. 

Embrun. 

Saint Marcellin, premier évêque d'Embrun, fut, nous dit 
son biographe (2), ordonné par saint Eusébe de Verceil, 
c'est-à-dire, suivant toute vraisemblance, peu après l'année 
362, en tout cas, peu avant l'année 355. 

Digyie. 

Le même auteur nous renseigne sur les origines de 
l'église de Digne, qui doit sa fondation à deux disci[)les 
de saint Marcellin, saint Domnin et saint Vincent, et 



(1) Migne, P. L., 1. LXXX. p. 27. 

(2) Acla SS. april , t. II, p. 751. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 29 

par suite ne remonte qu'au troisième quart environ du 
IV® siècle. 



Civ. Rigomagensium. 

J'ai identifié (1) cette cité avec la civitas Eturamine (Tho- 
rame, Basses-Alpes\ dont l'évêque, Severianus, assista au 
concile de Vaison, en 442. C'est le seul évèque que l'on 
connaisse pour ce siège, qui fut sans doute supprimé peu 
après. 

Civ. Salinensium (Castellane). 

Même situation. Un évêque, le seul connu, Claiidius, 
assista au concile de Riez en 439 et se fit représenter, en 
441 et 442, à ceux d'Orange et de Vaison. Le siège disparaît 
ensuite. 

Senez. 

Le premier évêque dont on ait le nom, Marcellus, assista 
au concile d'Agde en 506. Mais il résulte, je crois, des 
conciles de Riez, Orange et Vaison que chacune des cités 
de la province des Alpes-Maritimes avait un évêque en 
439 (2). 



(1) Mémoires de la Société des antiquaires de France (1882), t. XLIII, 
p. 37. 

(2) En réunissant les signatures des conciles d'Orange et de Vaison, on 
voit que six diocèses sur huit y ont été représentés. D'autre part, deux 
évêques de la même province avaient été, au concile de Riez, l'objet d'un 
blâme des plus énergiques; il leur avait été interdit de prendre part aux 
ordinations épiscopales et d'assister aux conciles. Il est à présumer que ces 
deux prélats sont précisément ceux qui manquent, les années suivantes, 
aux conciles de la province d'Arles. Si les six autres étaient tous connus, 
on pourrait indiquer avec précision les sièges des deux abstenants; mal- 
heureusement, pour l'un des évéques alpins du concile de Vaison, le nom 
de la cité a disparu de la liste des signatures, de sorte qu'il y a incertitude 
entre les trois sièges de Senez, Digne et Glandève. Deux de ces évêques, 
ceux de Senez et de Digne, ou ceux de Digne et de Glandève, ou ceux de 
Senez et de Glandève, sont probablement les auteurs de l'ordination irré- 
gulière d'Armentarius d'Embrun, cassée par le concile de Riez, et les abste- 
nants des conciles d'Orange et de Vaison. 



30 FASTES RPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Glandève. 

Même situation, sauf que le premier évêque connu est 
celui qui, en 541, se fit représenter au quatrième concile 
d'Orléans. 

Cimiez. 

Aucun renseignement avant le temps du concile de 
Riez (439), auquel assista saint Valérien, évéque de Cimiez. 

Vence. 

Le plus ancien évéque certain et daté est Severus, qui 
siégea aussi au concile de Riez. 

III 

CONSÉQUENCES DES FAITS CONSTATÉS CI-DESSUS. 

Résumons maintenant les résultats acquis dans ce long 
dépouillement des textes et des traditions locales. 

ha. Notice des Gaules mentionne 113 cités, sur lesquelles 
trois disparurent avant d'avoir fait assez parler d'elles 
pour que nous soyons à même de savoir si elles ont eu ou 
non des évêchés : ce sont les civitates Diablintum, Bono- 
niensium, Atrabatum. Quatorze localités, autres que les 
chefs-lieux des cités marquées dans la iSotice, sont devenus 
sièges épiscopaux avant la fin du VP siècle. Sur ce nom- 
bre, quatre, Nevers, Laon, Maurienne, Arisitum, ne re- 
montent pas au delà du VP siècle. Les dix autres évéchés, 
ceux de Mâcon, Chalon-sur-Saône, Carpentras, Toulon, 
Nice, Uzès, Agde, Maguelonne, Elne, Carcassonne, sont 
attestés à des dates diverses sans que l'on puisse dire 
quand ils ont été fondés. En joignant ces dix évéchés aux 
110 qui correspondent aux cités de la Notice, on atteint le 
chiffre de 120. C'est sur ces 120 évéchés qu'il convient de 
porter nos investigations. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 31 

Je les diviserai en deux groupes : 1° les évêchés dont la 
date de fondation ne peut être déterminée ; 2° les évêchés 
dont la fondation peut être rapportée à une date approxi- 
mative. 

Les premiers sont au nombre de 87, dont 26 seulement 
ont des attestations du IV® siècle. Je nommerai ceux-ci, en 
les rangeant dans Tordre des dates connues : 

Arles, IIP siècle, première moitié ; 

Autun, 313 ; 

Apt, 314; 

Eauze, 314; 

Marseille, 314; 

Mende, 314; 

Nice, 314; 

Orange, 314; 

Vaison, 314 ; 

Die, 325 ; 

Amiens, 346; 

Bâle, 346; 

Besançon, 346; 

Cambrai, 346 ; 

Chalon-sur-Saône, 346; 

Mayence, 346 ; 

Spire, 346 ; 

Strasbourg, 346; 

Worms, 346; 

Poitiers, 355 ; 

Agen, 357; 

Périgueux, 361 ; 

Fréjus, 374; 

Valence, 374; 

Sion, 381; 

Nimes, 396. 

On peut assigner des dates approximatives à la fonda- 
tion d'environ 33 églises. Sur ce nombre, une seule, celle 



32 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

de Lyon, apparaît au IP siècle. Pour les quatre cités de 
Toulouse, Vienne, Trêves, Reims, on remonte jusqu'au 
milieu du IIP siècle, sans pouvoir dépasser de beaucoup 
cette limite. Un peu plus tard, aux abords de l'an 300, 
se présentent les églises de Rouen, Bordeaux, Cologne, 
Metz, Bourges, Paris, Sens. Sur les 21 autres (1), bien peu 
ont des chances de remonter au commencement du 
IV^ siècle. Presque toutes paraissent être du temps de 
Constantin, au plus tôt. Quelques-unes, celles d'Embrun, 
Digne, Grenoble, sont de la seconde moitié du siècle. 

Et ici il faut bien remarquer que ce sont les cités les 
plus importantes qui apparaissent les premières : Reims et 
Trêves, les métropoles des deux Belgiques ; Cologne, chef- 
lieu de la Germanie inférieure ; Rouen, métropole de la 
deuxième Lyonnaise; Bourges et Bordeaux, les métropoles 
aquitaniques; Toulouse et Vienne, deux des principales 
villes (le l'ancienne Gaule Narbonnaise ; Paris, Metz, Sens, 
Tours, localités considérables au IV siècle. Si, pour des 
cités de cette importance, l'organisation ecclésiastique 
autonome a été retardée jusqu'au milieu, au déclin, à la fin 
du IIP siècle, il y a tout lieu de croire qu'elle s'est fait 
attendre plus longtemps encore pour les cités ordinaires. 
Et c'est, en effet, ce dont nous avons la preuve directe 
pour une vingtaine de cas. 

Dans le nombre des églises sur lesquelles nous avons 
des documents antérieurs au V® siècle, sans cependant 
pouvoir assigner une date à leur fondation, il faut dis- 
tinguer les neuf qui furent représentées au concile d'Arles. 
Plusieurs, Apt, Nice, Orange, Vaison, sont des localités 
provençales, voisines d'Arles et de Marseille. Arles avait 
une église dès la première moitié du IIP siècle, et 
tout porte à croire que Marseille a été de fort bonne heure 
un centre chrétien. Aussi n'est-il pas étonnant que, 

(1) Tours, Auxcrre, Orléans, Soissons, Tongres, Clermont, Troyes, Chà- 
lons, Langres, Nantes, Angers, Chartres, Toul, Verdun, Noyon, Senlis, 
Beauvais, Viviers, Grenoble, Embrun, Digne. 



DE l'origine des DIOCÈSES KPISCOPAUX. 33 

dés le commencement du IV« siècle, on voie des églises 
filiales se grouper autour de ces métropoles. C'est sans 
doute au même voisinage que se rattache l'apparition rela- 
tivement ancienne de l'église des Cabales. Des deux autres 
sièges, Eauze est le chef-lieu de la Novempopulanie, Autun 
l'une des villes les plus importantes de la Gaule. L'impres- 
sion qui résulte de l'étude des signatures d'Arles concorde 
donc parfaitement avec les données précédentes et nous 
avons le droit de conclure des renseignements étudiés jus- 
qu'à présent : 1" que l'organisation épiscopale s'est produite 
d'abord dans les centres les plus importants ; 2" que, dans 
les pays situés à quelque distance delà Méditerranée et de 
la basse vallée du Rhône, il ne s'est fondé aucune église 
épiscopale (Lyon excepté) avant le milieu du Ille siècle 
environ; 3° que, dans ces mêmes régions, la plupart des 
cités n'ont pas eu d'évêque spécial avant le IV^ siècle plus 
ou moins avancé. 

Ce développement ecclésiastique n'est guère conforme 
aux idées reçues. L'étonnement que peut causer un résul- 
tat auquel on est conduit par diverses voies, il est vrai, 
mais surtout par l'étude des listes, peut exciter quelques 
soupçons sur la valeur de ces documents. Il y a longtemps 
qu'on les a déclarés incomplets. A en croire certaines 
personnes, les meilleures listes présenteraient de nom- 
breuses lacunes. Beaucoup d'évêques, pour la période la 
plus ancienne, auraient été omis. Avant d'aller plus loin, 
je crois devoir répondre à cette objection, qui n'est, encore 
une fois, qu'un soupçon, mais un soupçon qu'il est bon de 
dissiper. 

D'abord il faut noter la concordance des témoignages. 
Les listes n'ont pas toutes la même longueur; mais aucune 
d'elles n'est assez longue pour rejoindre le I" siècle et les 
prétendues origines apostoliques. Une seule, celle de Lyon, 
permet d'atteindre le IP siècle, conformément à ce que 
nous savons d'ailleurs sur l'histoire de cette église. Il 
serait vraiment fort étrange que sur vingt-cinq catalogues 

3 



34 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE &AULE. 

épiscopaux bien conservés, bien en règle avec la chrono- 
logie depuis le V siècle, aucun n'eût échappé, pour la 
période antérieure, à des lacunes considérables. 

D'autre part, nous avons, pour trois églises, celles de 
Tours, d'Auvergne et de Bordeaux, des témoignages du 
VP siècle, d'où il résulte qu'en ce temps-là les listes 
épiscopales n'étaient pas plus longues qu'à présent, sans 
qu'il soit le moins du monde question de lacunes, d'acci- 
dents, de papiers perdus pendant les persécutions. Gré- 
goire de Tours établit la succession de ses prédécesseurs 
d'après l'idée que saint Martin a été le troisième évêque de 
son siège. Un contemporain de saint Martin est présenté 
par lui comme le quatrième évéque d'Auvergne. Fortunat 
sait que Léonce II est le treizième évêque de Bordeaux. Il 
n'aurait pas dit cela, s'il n'avait eu sous les yeux une liste 
des evêques de ce siège, et une liste tout aussi succincte 
que celles qui, pour d'autres églises, se sont conservées 
jusqu'à nous. 

Ces observations sont déjà propres à rassurer sur la va- 
leur des listes; elles sont du reste confirmées par ce fait 
que certaines églises n'ont été fondées qu'au IV siècle , 
et au IV^ siècle avancé; j'entends surtout parler de celles 
d'Orléans, Verdun, Angers (1), Grenoble, Embrun et 
Digne. 

Nous pourrions donc nous abandonner sans crainte au 
témoignage de nos listes et accepter les conséquences qui 
en dérivent. Mais je veux montrer que la principale de ces 
conséquences, c'est-à-dire la fondation tardive de la plu- 
part de nos églises, trouve un appui remarquable dans 

(1) l'our Orléans, Verdun et Angers, cette observation repose en partie 
sur les listes, qui commencont par des personnages que l'on sait avoir été 
vivants on 34G et 37'2. H n'y a pourtant pas ici de cercle vicieux, car ces 
listes peuvent être considérées comme relevant de deux traditions : l'une a 
conservé la suite des évéques, l'autre le nom du fondateur. Celte dernière 
est, en bien des cas, indépendante de l'autre. On a souvent conservé le nom 
du fondateur tout en laissant perdre la liste. Dans le raisonnement que je 
fais ici, je ne m'appuie sur la liste qu'en tant qu'elle représente la tradition 
relative au fondateur. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 35 

l'aiialoyie, dans le développement ecclésiastique bien con- 
staté d'un pays voisin du nôtre. 



IV 



ANALOGIE OFFERTE PAR LA HAUTE ITALIE. 

La haute Italie était de tous les pays voisins de la Gaule 
le mieux placé pour entretenir avec elle des rapports con- 
stants et efficaces. C'est par là que l'on communiquait avec 
Rome et avec l'Orient. Milan était la première grande 
étajje, non seulement sur la route de Rome, mais encore 
sur celle de Sirmium, Constantinople, Antioche. Dans 
mon livre sur les Origines du culte chrétien (1) j'ai mis en 
relief l'influence que cette métropole de l'empire d'Occi- 
dent exerça, au IV^ siècle, sur l'organisation et les usages 
de nos églises. Au point de vue du groupement des popu- 
lations en circonscriptions de cités, l'ancienne Gaule 
cisalpine offrait autant de ressemblance avec la Gaule 
transalpine qu'elle présentait de différence avec l'Italie 
péninsulaire. Par contre, entre celle-ci et les provinces 
africaines, il y avait, sur ce point comme sur beaucoup 
d'autres, une similitude presque absolue. Au IV*, au 
V^ siècle, les circonscriptions de cités, et, par suite, les 
évéchés, étaient fort nombreuses dans l'Italie méridionale, 
comme elles Tétaient en Afrique. Peu après l'année 250, 
le pape Cornélius et l'évêque de Carthage, saint Cyprien, 
groupaient autour d'eux, l'un soixante, l'autre quatre- 
vingt-dix évêques. Un siècle ou deux après, les sièges 
épiscopaux se comptaient par centaines de l'un et de l'autre 
côté de la mer. 

Il n'en était pas de même dans l'Italie du Nord. Entre 
les Alpes, l'Apennin et la frontière pannonienne, on ne 
compta jamais plus d'une cinquantaine d'évêchés. Les 

(1) Pages 32, 84 et suiv. 



36 FASTES ÉPISCOPAUX DE l"aNCIEXNE GAULE. 

principaux sont pourvus de listes épiscopales qui nous per- 
mettent d'en apprécier l'antiquité. Au concile d'Arles, 
en 314, figurèrent le septième évêque de Milan et le cin- 
quième évêque d'Aquilée ; au concile de Sardique, en 343, 
le douzième évêque de Ravenne, le sixième de Vérone et 
le cinquième de Brescia. 

Dans toute la haute Italie, « les sièges de Ravenne 
» (Classis), Milan, Aquilée, Brescia, Vérone sont les seuls 
» que Ton puisse faire remonter, par des arguments sé- 
» rieux, au delà du YV* siècle. Les deux premiers parais- 
» sent avoir été fondés vers le commencement du III« siè- 
» cle, ou même un peu plus tôt (i). » C'est à peu près la 
situation de Lyon et d'Arles. 

Au IV^ siècle: ces vieilles églises ne se pressèrent pas 
d'essaimer. Le célèbre saint Eusèbe de Verceil (f 370), 
qui commença son épiscopat vers le milieu du IV* siècle, 
est le premier évêque de ce siège (2). L'église de Pavie 
est à peu près du même temps : le troisième de ses évê- 
ques assista au concile d'Aquilée en 381 (3). Celle de 
Côme est postérieure, puisque son premier évêque, Félix, 
fut ordonné par saint Ambroise (374-397) (4). L'évêché de 
Novare ne remonte qu'au successeur de saint Ambroise, 
Simplicien (397-400), qui ordonna le premier évêque 
Gaudence (5). 

De ces situations connues, on peut conclure à celles sur 
lesquelles les renseignements font défaut, et cela avec 
d'autant plus de raison qu'il s'agit ici de villes importantes 
et relativement éloignées du centre ecclésiastique de Milan. 



(Il Origines du culle clirélien, p. '29, note 2. 

(2) Corpus inscr. lat., t. V, n" 6722. 

(3) A Pavie, comme ailleurs, on réclame des origines autrement antiques. 
Dans ces derniers temps, on a fait les plus grands efforts (De Rossi, Bull., 
1876, p. 77 et suiv.) pour les étayer d'un argument épigraphique. Mais ces 
efforts n'ont pas abouti. Voir, sur ce sujet, un mémoire du P. Fcdele Savio, 
publié dans le Giornale Liyustivo de 1692 (t. XIX, fasc. 11-12) sous le titre 
La leggerida di s. Siro. 

(4) Ambr., Ep. 4. 

(5) Vie de saint Gaudence, Acta SS., 22 janvier. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 37 

Si l'on a attendu jusqu'au IV« siècle plus ou moins avancé 
pour organiser les diocèses de Pavie, Verceil. Côme, il a 
dû en être de même en beaucoup d'autres endroits. Les 
fondations d'évèchés, dans l'Italie du nord, sont donc, pour 
la plupart, du IV« siècle (1). 

On voit combien cette situation ressemble à celle que 
révèle, pour les Gaules, l'étude de nos catalogues. 



V 



LE TEMOIGNAGE DE THEODORE DE MOPSUESTE. 

Mais ce n'est pas l'analogie seule qui vient confirmer 
cette manière de voir. Il est possible de produire en sa fa- 
veur un témoignage direct et considérable. Théodore, 
évêque de Mopsueste en Cilicie, nous a laissé un com- 
mentaire sur les épîtres de saint Paul. Dans ce livre, écrit 
quelques années après son élévation à l'épiscopat (392-93), 
il est amené par le texte des Pastorales à raisonner sur les 
termes de prêtre et d'évêque, qui, dans le Nouveau Testa- 
ment, se trouvent souvent employés pour désigner les 
mêmes personnes et les mêmes fonctions, mais qui, de son 
temps, se disaient de deux ordres hiérarchiques nettement 
distincts. Il explique ce changement de la façon suivante. 
Au temps des apôtres, les chrétiens, encore peu nombreux, 
étaient dirigés, dans les villes où il y en avait, par des chefs 
ecclésiastiques dont les pouvoirs correspondaient à ceux 
qui sont maintenant confiés aux prêtres; on désignait in- 
différemment ces chefs par les noms de prêtres ou d'évê- 
ques. Au-dessus d'eux, dans chaque province, il y avait un 
supérieur, que l'on appelait apôtre. Les premières généra- 
tions passées, les successeurs des apôtres primitifs ne jugè- 
rent pas convenable de conserver un titre aussi élevé ; ils 

(1) C'est ce qu'admet, avec la plus ferme décision, l'auteur d'un récent et 
remarquable ouvrage sur les évéchcs de l'Italie du nord, le P. Fedele Savio 
{Gli anliclii vescovi d'Ilalia, Turin, 1899). 



38 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

se qualifièrent simplement d'évêques et réservèrent le nom 
de prêtres aux chefs des églises locales. Ainsi, il n'y eut 
d'abord qu'un évéque par province. Son rôle était surtout 
caractérisé par le pouvoir de célébrer l'ordination. A la 
longue, on en vint à établir d'abord deux ou tout au 
plus trois évêques par province, « comme cela se prati- 
» quait il n'y a pas bien longtemps dans la plus grande 
)) partie de l'Occident, comme on pourrait encore l'y voir 
» pratiqué dans quelques provinces (1); » enfin, on mit 
des évoques dans toutes les cités et même dans des loca- 
lités de campagne où le besoin ne s'en faisait nullement 
sentir (2). 

Pour apprécier la valeur de ce témoignage, il faut tenir 
compte d'abord de la science étendue, de l'intelligence 
élevée de Théodore, des conditions particulièrement favo- 
rables où il s'était trouvé pour être bien renseigné sur les 
choses de son temps. Elevé à Antioche, il avait exercé 
longtemps le ministère presbytéral dans cette grande ville, 
dont les rapports avec l'Occident étaient continuels. Il fit 
lui-même la connaissance personnelle de quelques Latins 
de distinction ; même quand il fut éloigné d'Antioche et 
un peu confiné dans son petit évêché cilicien, il lui vint 
parfois des visiteurs occidentaux (3). Du reste, la situation 



(1) C'est seulement sur cet état de fait, contemporain, ou à peu près, de 
Théodore, que j'invoque son témoignage. Quant à sa théorie ou conjec- 
ture sur les évéques de province, je lui en laisse la responsabilité. 

(2) « 'EyévovTO ôà xai it),£Îou; ôià (lèv t^^ XP^'*^ '^° upoiTov • ûaxepov Se vnà 
çi).OTi(iîa: T(I)v TtoioûvTcov, èv àpyj^ |x£v ôûo xax' êirapx.'*^ yao\}é\tiy/ fi Tpiwv t6 
7i),£ÏTT0v (toùto 8è ÈTri x^ç èûazoic. o-j Tipo ttoXaoO (jlèv èv TiXeioTai; r,v, èv èviaiç ôè 
xat àyçii Trj: ôsùpo 7re9u>,aYjj.£'vov eûpot ti: âv) • toO ôè ypôvou Ttpoêatvovxo? où xaxà 
TcôÀiv Y'-vO(X£vwv aovov à),).à v.o.l xa-rà tôtïov èv w \i.rfiï yp^'* ^'' ^'' "«ÛTriv Ttvà titjv 
XEiToupyiav 7rpo6â),>£'76ai xaTa/aYxd^ouaa. » Theodori in epp. s. Paiili comm., 
édit. Sweete, Londres, 1882, t. II, p. 124; Cramer, Calenae gr. PP., t. Vil, 
p. 27. 

(3) Ces visiteurs ne furent pas toujours des orthodoxes, et l'on sait que 
la théologie de l'évcque de Mopsueste a soulevé beaucoup d'objections, de 
son vivant et après sa mort. Mais ici il ne s'agit pas de théologie; il s'agit 
de faits contemporains, de situations bien en vue, île choses d'organisation, 
qui n'avaient, ni directement, ni indirectement, aucune attenance avec les 
dogmes de la grâce et de l'incarnation. 



DE l'origine des diocèses épiscopaux. 39 

dont il témoigne n'était pas de celles qui ne se découvrent 
que par de longues et minutieuses investiiiations, ou qui 
exigent une enquête faite sur les lieux. Les nombreux 
conciles du IV* siècle , les ambassades épiscopales d'Occi- 
dent en Orient et d'Orient en Occident, dont il est si sou- 
vent question au temps de Constance, de Valens, de Théo- 
dose, permettaient, en dehors de la notoriété publique, de 
s'édifier d'une partie de l'empire à l'autre, sur des faits 
aussi apparents que la multiplicité ou la rareté des sièges 
épiscopaux. 11 y a donc lieu de considérer Théodore 
comme exactement informé. 

D'autre part, il est sur que les pays dont il parle, ceux 
où les évêques étaient ou avaient été jusqu'alors très peu 
nombreux, ne sont ni l'Afrique, ni l'Italie péninsulaire. Là, 
les sièges épiscopaux abondaient. Les conciles de Rimini (359) 
et de Capoue (391) avaient offert de solennelles occasions 
de le constater. C'est donc ailleurs, dans rancienne Gaule 
cisalpine, dans les provinces pannoniennes et dans les pays 
plus lointains, Gaule, Espagne, Bretagne, qu'il faut cher- 
cher la situation à laquelle se rapportent les informations 
de l'évêque de Mopsueste. On voit que ces informations 
concordent parfaitement avec ce que nous savons d'ailleurs. 



VI 



L EGLISE DE LYON AU TEMPS DES ORIGINES. 

Ainsi, le témoignage de nos listes épiscopales se trouve 
confirmé tant par l'analogie que par des renseignements 
directs. La progression suivie en Gaule dans la fondation 
des évêchés est exactement celle que nous constatons dans 
la haute Italie, celle qu'atteste un auteur grave, contem- 
porain, bien informé. Au IV» siècle encore, notamment au 
temps de Constantin, beaucoup d'églises étaient, sinon à 
fonder, du moins à pourvoir d'une organisation épiscopale 
distincte. Antérieurement, peu d'évéques et seulement dans 



40 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

les principales villes. Plus tôl encore, un évêque par pro- 
vince on région. 

Sur ce dernier point, le témoignage de Théodore n'a 
sans doute pas la même valeur que quand il parle des 
choses de son temps. Cependant, quand on l'écarterait du 
débat, il resterait celui des listes épiscopales, dont une 
seule dépasse le commencement du IIP siècle. Il en ré- 
sulte que, dans l'ancienne Gaule celtique, avec ses grandes 
subdivisions en Belgique, Lyonnaise, Aquitaine et Germa- 
nie, une seule église existait au II® siècle, celle de Lyon. 

S'il ne s'agissait que d'affirmer une simple prééminence 
de l'église de Lyon sur les chrétientés de la Celtique, on 
ne risquerait d'étonner personne. La situation politique 
hors cadre et hors ligne de la colonie lyonnaise, le fait 
qu'elle était, au point de vue du culte officiel de Rome et 
d'Auguste, non seulement le centre d'une province, mais 
le centre des trois provinces celtiques, des très Galliae^ 
l'éclat jeté par ses martyrs au temps de Marc-Aurèle, tout 
concourrait à expliquer une primauté d'honneur et même 
de juridiction. Mais il ne s'agit pas seulement de cela. Ce 
que nos documents nous apprennent, c'est que l'église de 
Lyon était, en dehors de la Narbonnaise, non la première, 
mais la seule. Tous les chrétiens épars depuis le Rhin jus- 
qu'aux Pyrénées ne formaient qu'une seule communauté; 
ils reconnaissaient un chef unique, l'évêque de Lyon. 

Cette situation a quelque chose de si extraordinaire qu'il 
est utile de constater qu'elle n'est démentie par aucun texte 
autorisé et que l'analogie la vérifie tout aussi bien qu'elle 
vérifie la situation du \N' siècle. 

i" La célèbre lettre de l'année 177, adressée aux chré- 
tiens d'Asie et de Phrygie, est écrite, il est vrai, au nom 
des fidèles de Vienne et de Lyon, ce qui donnerait lieu de 
croire que les deux églises de Vienne et de Lyon étaient 
alors distinctes (1). D'autre part, il est question dans cette 

(1) C'est ainsi qu'Eusèbe paraît l'avoir entendu quand il parle, à propos 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 41 

lettre d'un diacre de Vienne, ce qui donne une impression 
analogue. Mais je ferai observer d'abord que l'inlilulé de 
la lettre prouve plutôt pour que contre l'unité des deux 

églises : oî Iv Bcswy) xal AouySouvw T^; raXXt'aç TrapotxoijvTei; SouXoi Xptff- 

Tou X. T. I. C'est tout à fait l'analogue des suscri[»tions em- 
ployées, au I" et au II» siècle, par les églises de Rome, 
de Corinthe, de Smyrne , etc. 'H ÈxxXTicia toO 0£oïï •?! Ttapotxouaa 

Pwa-zjv TY) IxxXvjcria Toîi 0eou tv] TrapoLxoûffv) Kdp'.vOov (1)... ; lIoXuxapTioç... 
TY) exxXridia to'j 0£OÛ t^ TrapotxoudY) ^hù.iinzoïç (2)... H exxX-^ai'a toù 0£oG i\ 
Trapoixoïïffa 2,u.upvav ty) ÈxxXrjTt'a toû ©soîi x^ Trapotxoua-/^ ev OcXo(jlï)Xi(j) (3)... 

Cette formule semble [)lutôt désigner un- groupe ecclé- 
siastique que deux groupes ayant chacun son organisation 
distincte; en tout cas, elle n'offre rien de contraire à l'in- 
distinction des deux églises. Il en est de même de la cir- 
constance qu'un diacre de Vienne figura au nombre des 
martyrs de Lyon. On peut même remarquer que ce diacre 
est introduit par la formule « le diacre de Vienne, tov Sid- 
xovov àiTo Bt£vvï]ç, )) qui s'expliquerait difficilement s'il s'agis- 
sait de l'un des diacres d'un évêquc de Vienne, mais qui 
devient très naturelle si l'on y voit la désignation d'une 
fonction locale, d'une direction déléguée, exercée à Vienne 
au nom de l'autorité ecclésiastique de Lyon (4). Celte situa- 
tion d'un diacre chargé du gouvernement spirituel d'une 
chrétienté éloignée de la mère-église, pour extraordinaire 
qu'elle nous paraisse, n'a rien que de conforme aux usages 
antiques. Le concile d'Elvire (v. 300) la vise clairement 
dans son 77® canon : Si guis diaconus regens plebem sine 
episcopo vel presbytero aiiquos baptizaverit, etc. Au VP siècle. 



de celte lettre, des églises les plus en vue dn pays ; « al x^ôe ôiasavéoTaTai 
exxXïiffîai » (H. E., V, 1). 

(1) /. Clem., 1. 

(2) Polyc, 1. 

(3) Martyr. Polyc 1. 

(4) Un autre diacre do Vienne, Demctrius, était nommé en tète et comme 
destinataire d'un ouvrage perdu de saint liénée, irepl mmeui;, dont il nous 
reste deux citations dans les œuvres de saint Maxime (Migne, P. G., t. VII, 
p. V231; cf. Harnack, Gesch. d. altchristl. Literalur, [" partie, p. '276, 283; 
Chronologie, p. 520). 



42 FASTES ÉPISCOPAUX DE LANCIENNE GAULE. 

on voyait encore, en Gaule, des paroisses rurales ainsi gou- 
vernées. Grégoire de Tours parle d'un diacre qui dirigeait 
l'église du viens Iciodorensis {\9,^o']re) {[]. 

Quant au fait que deux villes aient eu le même évéque, 
il ne faut pas s'imaginer qu'il soit sans exemple. Au milieu 
du IIP siècle f?) un même évéque dirigeait les églises de 
Léon et d'Astorga [Legio et Asturica), en Espagne, et cette 
situation se maintint jusqu'au IX* siècle. Au concile 
d'Ephèse (3), en 431, les évéques de la province d'Europe 
certifient que, d'après un ancien usage, ctiacun d'eux a 
deux ou trois cités sous sa juridiction. La province de 
Scythie, où les villes étaient fort nombreuses, n'a jamais 
eu qu'un évéque, celui de Tomi. 

"^^ Saint Irénée, dans son trailé contre les hérésies (4), 
insiste sur l'uniformité de la foi et de la tradition dans les 
pays les plus divers. A ce propos, il atteste les « églises » qui 
sont en Germanie, chez les Ibères, les Celtes, les Libyens. 
11 est clair qu'il vise ici, non l'état plus ou moins avancé 
de l'organisation ecclésiastique, mais la diffusion du chris- 
tianisme ou plutôt la diversité des pays où il a déjà fait des 
conquêtes. Par les Celtes, il entend sans doute Lyon et 
les dépendances de cette église dans la Gaule celtique ; par 
Germanie, les provinces militaires de Germanie (5). Or, la 
Germanie supérieure commençait à peu de distance de 
Lyon : à quelques lieues au nord de Chalon-sur-Saône, on 
était déjà, au temps de saint Irénée, dans la Germanie ad- 
ministrative : Langres et Besançon en faisaient partie. 

3° Eusébe, énumérant, dans son Histoire ecclésiastique {6 , 



(1) « Cautinus.. in diaconato suo ecclesiain vici illius rexit » ^Gl. conf., VJ). 

(2) Cypr., ep. t)7. 

(3) Hardouin, t. I, p. 16-28. 

(4) I, X, 2. 

(5) S'il en était autrement, il y aurait ici une forte exagération, car il ne 
subsiste, pour la période antérieure au IV' siècle, à tout le moins, aucune 
trace dévangclisation des Germains indépendants, à plus forte raison au- 
cune trace d'organisation ecclésiastique, dans le pays situé à l'est du Rhin 
et au nord du Danube. 

(6) V, 23. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 43 

les lettres épiscopales qui furent écrites vers raniiée 195, 
à propos de la question de la Pàque, mentionne une lettre 

Tcov xarà FaXXtav irapoociùlv âç Eipv)va"toç èiîeffxOTrei. Bien que le mot 

irapotxi'a'. ait souvent (1) le sens de diocèse épiscofial etqu'Eu- 
sèbe l'emploie ainsi dans le même chapitre, il est néces- 
saire de lui donner ici une autre signification. En etïet, 
Eusèbe présente Irénée comme étant l'évêque de toutes 
les Trapotxtai doiit il parle. Le verbe IxtaxoTOïv ne saurait s'en- 
tendre d'une simple présidence, comme serait celle d'un 
métropolitain à la tête de son concile. Cetle dernière si- 
tuation est visée dans le même passage d'Eusèbe; en par- 
lant de l'évêque Théophile, qui présida le concile de Pa- 
lestine, de l'évêque Palmas, qui présida celui du Pont, il se 
sert de l'expression TrpouTÉTaxTo. En prenant Ttapoixtat dans le 
sens de groupes détachés, dispersés, d'une même grande 
église, ce texte d'Eusèbe correspond parfaitement à la 
situation de l'église des Gaules vers la fin du IP siècle : 
plusieurs groupes de chrétiens, épars sur divers points du 
territoire; un seul centre ecclésiastique, un seul évêque, 
celui de Lyon (2). 



(1) Les documents ecclésiastiques du IV' siècle l'emploient couramment 
pour désigner un groupe rural, une paroisse soumise à l'église épiscopale. 

(2) M. Harnack (Die Mission, p. 3'28) a contesté cette interprétation, en 
alléguant deux textes d'Eusèbe (H. E., VII, 26 et VII, 32, g 26), relatifs, le 
premier à un évéquc Basilide, de la Pentapole libyenne, l'autre à un évê- 
que Méléce, du Pont. Pour désigner le premier, Eusèbe ne dit pas : 6 y.a-rà 
n£vTâ7To),iv Ttapotxtwv ÈirtaxoTto; (citation de M. H.); son texte ne contient pas 
l'article ô. Il y a seulement : Ba(Tt),eiôi!) xàiv xaTà trlv nsvxàTroXiv Trapoixiôv iniu- 
xÔTtto Ypàçtov (l)enys d'Alexandrie). C'est exactement la iiiéme formule que 
pour Méléce, xwv xa-rà JIôvtov èxx^vidtàiv eTtîuxoTto;. Eusèbe a voulu dire 
« évèque d'entre ceux de Pentapole, du Pont », et non « le métropolitain 
de Pentapole, du Pont. » Il n'y avait du reste, aux temps considérés ici, 
ni métropole civile ni métropole ecclésiastique de Pentapole libyenne ou du 
Pont. L'objection est donc sans fondement. — Il n'y a pas davantage à tirer 
de deux autres textes d'Eusèbe, relatifs à deux lettres de Denys de Co- 
rinthe adressées en Crète et dans le Pont. Dans la première, adressée, dit 
Euscbe, TY] èxx/ri'TÎa xiri TrapoixoÛTr] Fôpxuvav à[ia xaï; /.oiiraï; xaxà KpiQ-rriv Txapoi- 
xtai:, ... 4>î).i7r7Vov ètcîtxottov aùxwv àTroôsyeTat. Denys envoie l'aulio, -zri sxx/TTTÎa 
Tîj Trapoixoy'j'»] "Afia'îxpiv à[j.a xaï? xaxà llôvxov, Èixto-xoTrov aùxwv ôvojxaxi IIâ),|xav 
ÙTtoTYiiJLatvwv. M. Harnack voit là deux métropolitains. Pourtant, quant à 
Palmas, cette situation est exclue. Au temps de la querelle pascale, il pré- 



44 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

4° Peu après la persécution de Dèce, et vers l'année 254, 
une lettre de saint Cyprien parle des évêques des Gaules, 
qui étaient alors un certain nombre. L'évêque de Lyon, 
Faustin, avait écrit au pape Etienne, en son nom et au 
nom de ses collègues [tam ab eo quam a ceteris coepiscopis 
nostris in eadem provmcia constitutis) , pour protester contre 
l'attitude de l'évêque d'Arles dans la question du schisme 
de Novatien. Ni les noms de ces céleri coepiscopi ni leur 
nombre ne sont indiqués. Les listes, nous l'avons vu, 
permettent de croire qu'alors il y avait des évêques à 
Trêves, Reims, Vienne; l'église de Toulouse était égale- 
ment organisée ; on ne peut douter qu'il n'en ait été de 
même de celle de Marseille, peut-être de celle de Narbonne. 
Cela sulïii'ait déjà pour expliquer l'expression de saint Cy- 
prien. Il est d'ailleurs probable que d'autres églises avaient 
déjà été fondées dans la région du Bas-Rhùne et sur le lit- 
toral de la Méditerranée. Comme il s'agit ici d'une affaire 
qui intéressait cette contrée, il est naturel de croire que les 
évêques qui s'associaient à la démarche de Faustin étaient 
des évêques voisins d'Arles et de Marseille (1). 



sidait les évêques du Pont comme doyen el non en vertu des préroga- 
tives de son siège. Or il est diflScile de croire que, vingt ans auparavant, 
il fût déjà doyen. Les deux a-jTwv d'Eusébe ne sauraient donc avoir le sens 
précis qu'on leur attribue. En parlant des exemples fournis ci-dessus pour 
Basilide et Méléce, on leur donnera une explication plus satisfaisante. Les 
lettres ont été adressées aux églises de Gortyne et d'Amastris avec prière 
de les communiquer aux autres églises de la région. — Sur le Pont 
dWmastris, v. Hisl. anc. de l'Eglise, t, L p. 436. — Eusèbe est coutumier de 
ce langage peu précis; c'est ainsi qu'il présente, à deux reprises (H. E,, 
VII, 14, '28), saint Grégoire le Thaumaturge et son frère Athénodore comme 
évêques des églises du Pont; il semblerait qu'ils les eussent gouvernées 
toutes, à eux deux ; en fait ils étaient, dans lo Pont, évêques de deux 
églises déterminées. 

(1) Je n'aurais rien à ajouter à ce passage de ma première édition, si l'on 
n'avait essayé de faire valoir contre les idées que j'expose ici une singu- 
lière exégèse de ce texte de saint Cyprien. Suivant M. Harnack (Die Mis- 
sion, p. 316), pvovincia signifierait ici la province lyonnaise et il en résul- 
terait que, vers le milieu du III* siècle, cette province comptait, en dehors 
de Lyon, plusieurs évéchés organisés. A la vérité, je n'ai rien a priori 
contre l'existence de c^s évéchés; mais je demande qu'on l'établisse par 
d'autres arguments que ce passage de saint Cyprien. Que le terme pro- 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 45 

5° D'autres églises que celle de Lyon ont eu d'abord un 
cercle de rayonnement très étendu et ne se sont en quel- 
que sorte subdivisées qu'après une indivision d'assez lon- 
gue durée. Rome parait bien avoir été assez longtemps la 
seule église d'Italie, Alexandrie la seule église d'Egypte, 
ce qui n'exclut nullement une certaine dissémination du 
christianisme dans ces deux pays et même l'existence, en 
diverses localités, de groupes de fidèles, rattachés à la 
communauté centrale. Saint Ignace ne se qualifie pas seu- 
lement d'évêque d'Antioche en Syrie, mais d'évêque de 
Syrie (1). Vers la fin du IP siècle, un de ses successeurs, 
Sérapion, se comportait, à l'égard des chrétiens de Rhossos, 
en Cilicie, comme s'il eût été leur propre évêque (2). Le 
ressort d'Antioche s'étendait donc, même alors, bien au 
delà du territoire de celte grande ville. Sur la côte du 
Pont-Euxin, le christianisme eut de bonne heure des fidèles 
en très grand nombre. Les souvenirs antiques des églises 
de Sinope et d'Amastris, la lettre de Pline sur les chrétiens 
de sa province, l'histoire d'Alexandre d'Abonotique, le 
prouvent abondamment. Le progrès de la foi, ou tout au 
moins de l'organisation, n'avait pas été aussi rapide à 

vincia, chez Cyprien, ait une signification précise, exactement d'accord 
avec l'état des circonscriptions administratives du temps où il vivait, c'est 
ce que je ne vois nulle part dans ses écrits. Les provinces africaines, Pro- 
consulaire, Numidie, Mauritanies, forment pour lui une seule province, qui 
s'oppose aux pays transmarins (Ep. XLIII, 3; XUV, 1; XLVIII, 3); c'est 
le style du concile de '256 : Cum... convenissenl... episcopi plurimi ex 
provincia Africa Niimidia Maurilania. Du reste, en ces temps anciens, le 
système provincial de l'empire n'avait pas encore été adopté comme régie 
des rapports ecclésiastiques {Origines du culte chrétien, p. 18, 3* éd. . Hist. 
ancieyine de l'Eglise, t. I, p. 526); une exégèse aussi rigoureuse que celle 
de M. Harnack ne se suppose pas; elle doit être démontrée pour chaque cas. 
Dans celui-ci, il me semble clair que les expressions coepiscopis nostris 
in eadem provincia conslitutis, ... coepiscopos noslros in Gallia constitu- 
lo!-.. in provinciam, ne peuvent désigner qu'un seul et même groupe 
épiscopal, celui des évéques de Gaule, sans distinction de Lyonnaise, Nar- 
bonnaise, etc. Il ne faut pas perdre de vue qu'à bien des égards, pour les 
douanes, par exemple, les provinces gallicanes formaient un ensemble plus 
codipact que les provinces africaines. 

(1) Rom., 2. 

(2) Eusèbe, H. E., VI, 12. 



46 FASTES ÉPISCOPAUX DE l" ANCIENNE GAULE. 

l'intérieur du pays. C'est à saiuL Grégoire le Thaumaturge 
que, vers le milieu du IIP siècle, les gens de Comaiie 
demandèrent leur premier évêque; lui-même avait été le 
premier évêque de son église de Néocésarée; il avait été 
désigné pour ces fonctions par l'évêque d'Amasie, Phédime. 
Amasie, Néocésarée, Comane, sont assurément les villes 
les plus célèbres et les plus importantes de la région mon- 
tagneuse qui forma, au IV« siècle, avec l'adjonction d'une 
partie du littoral, les provinces de Pont Polémoniaque et 
d'Hélénopont (1). 

Mais je reviens à la Gaule. 

Les conciles du IV* siècle, même ceux sur lesquels 
nous avons des renseignements explicites, ne peuvent 
guère aider à suivre les progrés de l'inslilution des dio- 
cèses. Au concile d'Arles, en 314, seize diocèses seulement 
sont représentés. Six appartiennent à la province où se 
tient le concile, ce sont ceux de Marseille, Nice, Arles, 
Vienne, Orange, Vaison. Des douze autres provinces alors 
existantes (2), deux, la Lyonnaise [)remière et l'Aquitaine, 
sont représentées chacune par deux évéques, six par un 
seul. Enfin quatre provinces, la Germanie première 
(Mayence), la Séquanaise, les Alpes Grées et Pennines, les 
Alpes Marilimes, ne sont pas représentées du tout. Cela 
peut tenir à ce qu'elles ne contenaient pas encore d'églises 
autonomes. On a même vu plus haut qu'il en est sûrement 
ainsi des Alpes Maritimes, dont la méli-opole, Embrun, ne 
reçut son premier évêque que vers le milieu du IV^ siè- 



(1) Dans U première édition de cet ouvrage j'avais allégué ici un fait re- 
latif à l'église d'Ancyre et à ses rapports avec les chrétientés du Pont. Je 
le retire, car il provenait d'une mauvaise leçon d'un texte d'IJusèhe {H. E., V, 
17), xaxà nôvTov pour xaxà xôitov. Cf. Harnack, Die Mission, p. 320. Mais 
l'auteur de la rectification a eu tort de me met re en contradiction avec 
moi-même en me reprochant d'avoir perdu de vue l'existence d'.\masfris et 
autres églises du Pont. Il y a Pont et Pont. Celui d'Amastris n'est pas le 
même que celui de Néocésarée. Cf. Hisl. anc. de l'Eglise, i. I, p. 436, 
note v!. 

(2) Les provinces de Lyonnaise I et II, d'Aquitaine et de Xarbonnaisc 
n'avaient pas encore été dédoublées. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 47 

cle, au plus tôl. Quoi (\u'[\ en soit, il semble que les 
invilalioiis au concile aient été faites, sauf quelques excep- 
tions (1), sur le pied d'un évêque par province. Certaines 
églises, dont l'existence en 314 est ou attestée ou fort 
probable, comme celles de Toulouse, Narbonne, Paris, 
Bourges, Clermont, ne furent pas repi'ésentées. Il y a donc 
lieu de considérer le nombre des évéques présents comme 
sensiblement inférieur à celui des évéchés existants. 

Les signatures épiscopales que saint Athanase réunit dans 
les Gaules en 346 se montent au chiffre de 34. Ici encore, 
nous sommes fort au-dessous du nombre des sièges déjà 
fondés. Bien que l'on n'en puisse juger que par les noms 
des titulaires, quelques lacunes se laissent aisément recon- 
naître. Les séries épiscopales de Vienne, de Tours, d'Au- 
vergne, i»résentent. vers le milieu du IV* siècle, des noms 
différents de ceux que saint Athanase a enregistrés; les 
séries de Chartres, de Nantes, de Châlons, qui remontent 
probablement au delà de 346, donnent lieu à des observa- 
tions analogues. 

Je ne vois ailleurs aucun document (2) dont on puisse 



(Ij La présence de l'évéque d'Autun s'explique par le fait que, l'année 
précédente, ce prélat avait été l'un des trois évéques envoyés de Gaule à 
Rome pour traiter l'affaire des donatistes. 

(2) Je n"ignore pas l'usage que l'on a voulu faire à ce propos des conciles 
de Sardique (343) et de Riniini (359), et même du concile d'Arles (314). 
Celui-ci porte dans certains manuscrits la dénomination de « concile des 
600 évoques ; » mais ce n'est là qu'une rubrique do copiste ou de collec- 
teur ; les manuscrits qui la contiennent dérivent d'un même exemplaire, 
du VI" siècle; ils ne valent à eux tous que ce que vaut cet exemplaire, 
c'est-à-dire rien du tout, le chiffre en question étant démenti par tout ce 
que nous savons sur le concile d'Arles, soit parles pièces conciliaires elles- 
mêmes, soit par les documents contemporains. A Sardique. il y avait à peu 
prés 90 évéques de l'empire d'Occident, dans ses limites d'alors, qai com- 
prenaient rillyricum. Ce pays fournit au moins le tiers des prélats; l'Italie 
en envoya une dizaine, l'Espagne, six; le reste se répartit entre la Panno- 
nie, qui dut être assez largement représentée, la Gaule, la Bretagne et 
r.\frique. On voit que ce concile est peu propre à démontrer que les sièges 
épiscopaux fussent nombreux dans notre pays. Au concile de Riraini, les 
documents les plus autorisés (Sulpice Sévère, Citron., II, 41; saint Atha- 
nase, De Synodis, S. 33; saint Jérôme, Adv. Lucif., 18) attestent la présence 
de plus de 40U évéques, pour la même étendue ds pays que représentaient 



48 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIEXNE GAULE. 

s'autoriser pour évaluer exactement le nombre des sièges 
fondés à un moment quelconque du IV* siècle. Il faut 
donc reconnaître que l'histoire de ce développement ne 
peut être reconstituée. 



VII 



LE SOUVENIR DES ORIGINES DANS L HISTOIRE ET DANS 
LA LÉGENDE. 

Ainsi, la tradition de nos églises, en tant qu'elle est re- 
présentée par les listes épiscopales et non par des combi- 
naisons légendaires, a pour elle l'analogie du développe- 
ment ecclésiastique dans les j)ays voisins et le témoignage 
d'un écrivain du IV» siècle, écrivain bien informé. Elle 
ne heurte aucun fait connu d'ailleurs et concorde avec les 
renseignements assez rares qui nous sont restés sur la 
situation de nos églises jusqu'au temps des fils de Cons- 
tantin. 

Je puis aller plus loin. Nos origines religieuses ne sont 
pas sans avoir laissé trace dans la littérature historique ou 
légendaire de l'ancienne Gaule chrétienne. Ce sont là des 
vestiges épars et peu apparents; pourtant, ce que l'on ren- 
contre en ce genre concorde si bien avec mes conclusions 
que je ne puis m'empêcher de signaler l'accord. 

Dès la fin du IV siècle, Sul[)ice Sévère sait que le 
christianisme s'est introduit tardivement en Gaule : serins 
trans Alpes Dei religione suscepta (1). Un peu plus lard, le 
même sentiment se révèle dans la passion de saint Satur- 
nin ; la prédication apostolique y est représentée comme 

les 90 du concile de Sardique. Celte fois, des émissaire.- impériaux avaient 
battu l'Occident d'un bout à l'autre et forcé tout le monde à se rendre au 
concile. L'Afrique et la basse Italie fournirent sans doute une quantité 
considérable dévéques. D'ailleurs, r^en ne prouve, comme on l'a supposé 
sans l'ombre d'un témoignage, que les cvéques de Gaule aient eu la majo 
rite dans ces conciles. 
(1) Chron., II, 32, 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 49 

tardive; au temps de l'empereur Dèce, il n'y avait encore, 
et cela dans quelques cités seulement, que de petits grou- 
pes chrétiens très peu nombreux, comme noyés dans le 
paganisme dominant (1). En 567, les sept évéques du con- 
cile de Tours qui écrivirent à sainte Radegonde une let- 
tre (2) souvent citée dans la question qui nous occupe, as- 
signent aux origines chrétiennes de la région de l'ouest 
une date peu antérieure à l'épiscopat de saint Martin. Au 
temps du célèbre confesseur, l'enseignement des mystères 
chrétiens n'avait encore, suivant eux, qu'un petit nombre 
d'adeptes. 

Ces textes sont assez clairs, assez concordants, assez di- 
vers d'origine, pour témoigner que, dans la Gaule des der- 
niers temps romains et même des temps mérovingiens, on 
avait l'impression d'origines assez tardives. Les légendes 
les plus anciennes donnent tout à fait la même note, avec 
un peu plus de précision dans le détail. Grégoire de Tours 
en a recueilli une d'après laquelle sept évéques auraient 
été envoyés de Rome en Gaule, au temps de l'empereur 
Déce et du pape Xyste II (3). C'est ainsi qu'auraient été 
fondées les églises de Tours, Arles, Narbonne, Toulouse, 
Paris, Clermont, Limoges. On ne sait d'où lui vient cette 
tradition (4). Elle est d'ailleurs inexacte sur certains points, 
on ne peut en douter. Il est sûr, en effet, que l'église d'Ar- 
les existait avant la date indiquée, très probablement aussi 
celle de Toulouse ; d'autre part, les églises de Tours et 

(1) « Postquam sensira et gradatim in omnem terram Evangeliorum sonus 
exivit tardoque progressa in regionibus nostris Apostolorum praedicatio 
coruscavit; cum rarae in aliquibus civitatibus ecclesiae paucorum christia- 
norum devotione consurgerent, a etc. 

(21 Hist. Fr., IX, 39. 

(3) Au temps de Grégoire, on ne distinguait pas entre les persécutions 
de Dèce et de Valérien. Cette confusion, qui rattache à la persécution de 
Déce le martyre des saints Xyste et Laurent, se rencontre déjà dans saint 
Jérôme. 

(4) Fortunat, II, 8, dit, comme Grégoire de Tours, que saint Saturnin 
était venu de Rome à Toulouse. Ce détail de provenance n'est pas marqué 
dans la passion du saint, Fortunat connaissait peut-être, comme Grégoire 
ou par Grégoire, la tradition de la mission romaine des sept évéques. 



50 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

d'Auvergne semblent, d'après les séries épiscopales dres- 
sées par Grégoire lui-même, notablement postérieures au 
milieu du IIP siècle. 

Telle qu'elle a été recueillie par Grégoire, cette légende 
témoigne à sa manière d'une certaine modération dans les 
revendications relatives aux origines. Le même esprit se 
révèle dans un passage de la Visio Mamertini , interpolée 
avant le IX® siècle dans la vie de saint Germain d'Auxerre. 
Ici encore, on ne réclame pour le premier évêque que la 
mission du siège apostolique au temps du pape martyr 
Xyste II (1). J'ai dit plus haut que la date de la persécution 
de Déce et plus précisément celle de Tannée 250 avait été 
déduite par Grégoire de la passion de saint Saturnin. Mais 
le fait que pour lui Xyste II est un contemporain de Dèce 
donne lieu de rapprocher sa date des sept évèques de celle 
de saint Pérégrin d'Auxerre. Réunies, ces deux légendes, 
qui ne dépendent nullement l'une de l'autre, donnent lieu 
de soupçonner un courant d'opinion ou de tradition qui 
aurait rattaché au temps de Dèce et de Valérien un déve- 
loppement soudain de l'organisation ecclésiastique dans les 
Gaules. 

Ce n'est pas invraisemblable, surtout si l'on corrige lé- 
gèrement la date assignée par les légendaires et si l'on re- 
porte à la période intermédiaire entre les persécutions de 
Valérien et de Dioclétien ce qu'ils rattachent à la première 
des deux (2). 

En ce qui regarde une région plus voisine du centre 
lyonnais, il y a lieu de tenir compte d'une légende ou plu- 



(1) Neues Archiv, t. XXIX, p. 161 (Levisou). C'est aussi le système adopté 
à Cahors pour le premier évéque, saint Genou. Cf. ci-dessus, p. 21. 

(2) La légende grégorienne fut plus tard retouchée de diverses façons par 
les hagiographes, dans l'intérêt des prétentions locales. Dans les Gestes des 
évéques d'.\uxerre, les sept envoyés sont les évéques d'Auxerre, Sens, 
Paris, Bourges, Limoges, Toulouse et Châlons. Dans la légende de saint 
Ursin de Bourges (Paillon, Monum. inédits, t. II, p. 423), cet évêque est 
substitué à saint Martial de Limoges. La vie de saint Julien du Mans, par 
Létalde (Migne, P. L., t. CXXXVII, p. 785), ajoute Julien et saint Pothin de 
Lyon aux sept saints grégoriens. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 51 

tôt d'un groupe de légendes qui n'ont pas été étudiées jus- 
qu'ici à ce point de vue. Je veux parler des légendes de 
Valence, Besançon, Langres-Dijon et Autun-Saulieu ; et 
d'abord je vais montrer que tous ces récits sont sortis de 
la plume d'un seul et même hagiographe. 

Commençons par les deux premières (1). 

Leur parenté est de toute évidence. Elles débutent par 
le même récit. Saint Irénée, évêque de Lyon, envoie k 
Besançon le prêtre Ferréol et le diacre Ferjeux, pour fon- 
der l'église , ad fundandam ecclesiam ; en même temps, il 
dirige sur Valence, pour la même fin, le prêtre Félix et les 
deux diacres Achillée etFortunat. Ces missionnaires s'ins- 
tallent modestement aux environs de leurs villes respec- 
tives (2) et se livrent aux travaux de l'apostolat. Au bout 
d'un certain temps ils ont des visions, dont ils s'informent 
mutuellement par lettres (en style du V«-VI« siècle) ; ce 
sont des avertissements divins qui leur annoncent que 
l'heure du martyre est arrivée. A Valence, on voit cinq 
agneaux paissant dans une prairie émaillée de lys; une 
voix céleste les appelle : « Venez, disciples d'Irénée, ve- 
nez recevoir le prix de vos peines, » etc.; à Besançon, 
cinq couronnes d'or, brillantes de pierres précieuses, appa- 
raissent dans les airs et le même appel se fait entendre : 
« Venez, disciples d'Irénée, » etc. Suit, dans chacun des 
deux textes, le récit de la passion (3), qui a lieu sous l'em- 
pereur Aurélien. 

Entre les passions de sainte Bénigne (4) et des saints de 
Saulieu (5), Andoche, Thyrse et Félix, la parenté littéraire 



(1) SS. Ferréol et Ferjeux, Acla SS. iun., t. III, p. 7 (IG juin); ss. Félix, 
Fortunat et Achillée, Acta SS. apr., t. III, p. 98 (23 avril), 

(2) Ceux de Besançon in crypta parvula lalere solebant ; ceux de Valence 
extra civitatem Valeiitiam contra Orientem sibi tuguriunculun^ de lignis 
contexlum in locum oralorii dedicaverunt. 

(3) Pour les saints de Valence, le texte des Bollandistes n'est, à partir 
d'ici, qu'un remaniement de la rédaction primitive. 

(4) Acta SS. nov., t. I, p. 155 (1" novembre). 

(5) Acla SS. sept., t. VI, p. 675 (24 septembre). 



52 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

n'esl pas moins évidente. Le P. van Hoof l'a signalée (i) en 
rapprochant des phrases, des expressions tout à fait iden- 
tiques. On peut même dire que ces deux histoires ont dû 
être disposées d'abord exactement comme les deux précé- 
dentes : un début commun, des finales spéciales. Le début 
est ordinairement rattaché à la passion des saints Andoche 
et Thyrse. La nuit d'après son martyre, saint Irénée appa- 
raît à saint Polycarpe encore vivant (2). Il lui apprend que 
les massacres de la persécution de Sévère ont désorganisé 
le personnel ecclésiastique de la Gaule et le presse d'y 
envoyer un renfort de missionnaires. Saint Polycarpe 
s'empresse de désigner deux prêtres, Bénigne et Andoche, 
avec un diacre, Thyrse. Les trois apôtres débarquent bien- 
tôt à Marseille et arrivent à Autun, où ils sont reçus chez 
le sénateur Fauste. Après avoir baptisé son fils Symphorien, 
ils se séparent : Andoche et Thyrse demeurent sur le terri- 
toire d'Autun, Bénigne s'en va à Langres. Alors on entre 
dans l'histoire spéciale des deux apostolats et des deux 
passions. 

Ces légendes de Saulieu et de Dijon ne sont pas seule- 
ment parentes entre elles ; elles sont du même auteur que 
deux autres compositions hagiographiques du même pays, 
je veux parler des recensions locales de la passion de saint 
Symphorien d'Autun et de celle des Trois Jumeaux honorés 
à Langres. 

La passion primitive de saint Symphorien est une pièce 
du V^^ siècle, notablement antérieure à tout le cycle 
que nous considérons. Dans son meilleur texte, celui que 
Ruinart a inséré parmi ses Acta sincera, elle n'offre pas la 
moindre allusion aux saints Bénigne, Andoche, etc. Mais 
dans certains manuscrits on la trouve pourvue de com- 
pléments, manifestement rapportés, qui ont pour effet de 



(1) Acta SS. nov., t. I, p. 138. 

(2) L'anachronisme est de taille ; saint Polycarpe, qui subit le martyre 
en 155, est représenté comme ayant survécu à saint Irénée, lequel vécut 
jusqu'aux environs de l'an 200. 



DE l'origine des DIOCÈSES KPISCOPAUX. 53 

la raccorder aux légendes postérieures. Saint Bénigne y 
intervient pour célélirer le baptême du jeune Syraphorien. 

La légende actuelle (1) des Trois jumeaux de Langres 
est le produit d'une adaptation analogue, mais bien autre- 
ment hardie. Dans le récit primitif, attesté par toute la 
tradition du texte grec et même par une version latine (2), 
tous les événements se passent en Cappadoce. Nous avons 
évidemment affaire à un groupe de martyrs cappadociens 
dont le culte, par une voie ou par une autre, s'introduisit 
à Langres au IV^ ou au V^ siècle. Le légendaire a imaginé 
de déplacer le théâtre de l'histoire et de le transporter à 
Langres même. Dans son adaptation, qui n'est pas tou- 
jours très adroitement exécutée, il a conservé l'ensemble 
de la rédaction cappadocienne ; mais il a donné un rôle à 
saint Bénigne. C'est le même qu'il joue à Autun à l'égard 
de saint Symphorien, celui de baptiseur (3). A ce propos 
reparait le récit de la mission envoyée par saint Polycarpe 
dans les circonstances que j'ai rapportées plus haut. 

Il n'est donc pas possible de méconnaître la parenté des 
quatre légendes (ou remaniement de légendes) des saints 
de Saulieu, Dijon, Autun et Langres, et celle des deux 
légendes de Besançon et de Valence. 

Maintenant, que les deux groupes soient apparentés en- 
tre eux de la manière la plus étroite, c'est ce qui résulte 
de la comparaison des textes. Je ne citerai qu'un exemple, 
emprunté à certaines réflexions des persécuteurs. 

Passion de saint Bénigne (4) : Passion des ss. Ferréoi et Ferjeux : 

Si eum dimiserimus, magnum O invictissimi dei, ut quid vir- 



(1) C'est celle qui fut envoyée à l'évéque de Paris, Céraune, vers le com- 
mencement du VIP siècle, par un clerc de Langres appelé Warnachaire 
(Acta SS. ian. [17 janvier], t. II, p. 76). 

(2) Texte grec, publié par H. Grégoire, Saints jumeaux et dieux cava- 
liers (1905), p. 10 et suiv.; texte latin, ibid., et Acta SS. ia»i., (. c, p. 74; 
cf Analecia Boll, t. II, p. 379. 

(3) La légende originale suppose que les trois saints sont morts caté- 
chumènes. 

(4) Acta SS. nov., t. I, p. 15G; iun., t, III, p. 8; comparez encore les cha- 



54 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

malutn patriae nostrae accroscet, tûtes vestrae ad nibilum redigun- 

et decrum nostrorurn despeclio su- \.u\\ ut iam nullus locus sit in quo 

blevatur... Noveritis quod diis nos- despectio vestra per huius cbristia- 

tris non placet ista conversio, nec nitatis titulum non sublevelur ?.., 

miscelur lex illa chrislianoritm le- Nec lex illachristianorum aliquandu 

gibus deorum nostrorurn. commisceri poLest legibus deorum 

nostrorurn. 



Le lecteur pourra s'administrer lui-même, en se repor- 
tant aux tomes et aux pages indiqués en note, le supplé- 
ment de démonstration qui lui paraîtrait nécessaire. Il est 
du reste à noter que, dans les deux groupes de légendes, 
c'est toujours par l'empereur Aurélien que l'on date. L'an- 
cienne passion de saint Sympliorien aura fourni ce détail. 

Ainsi nous sommes en présence d'un ensemble de lé- 
gendes sorties de la même plume, et ces légendes ont une 
même prétention, celle de raconter les origines d'églises 
importantes, situées à diverses distances autour de Lyon. 
C'est ce dessein commun qui leur attire en ce moment mon 
attention. Avant d'aller plus loin, il faut se renseigner sur 
la date d'un cycle aussi intéressant. 

Parmi les manuscrits qui nous ont conservé ces textes, 
il y en a de très anciens, du IX® siècle au moins; les six 
légendes, sans exception, figurent au martyrologe d'Adon. 
Mais on peut remonter plus haut. Le Missale gothicum, 
sacramentaire mérovingien copié au commencement du 
VIII® siècle et vraisemblablement pour une église du 
diocèse d'Autun, présente deux traits qui sont des allu- 
sions aux deux groupes légendaires. Dans la messe des 
saints Ferréol et Ferjeux, la collectio ad pacem mentionne 
la vision des couronnes : iUi coronas insignes gemmis et 
lapidibus pretiosis martyrii virlule meruerunt (1) ; dans la 
messe de saint Symphorien, la [)réface (/w77io/a^zo) parle de 



pitres VI et viii de la passion de saint Bénigne avec les chapitres vi et vu 
de celle des saints Ferréol et Ferjeux. 

(1) Passion des saints Ferréol et Ferjeux : « Vidi... quinque coronas niiro 
» splendore fulgentes, auro genimisque insignibus adornatas. » 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 5') 

ses rapports avec les saints Aiidoche et Bénigne : Qui 
beatos patres Andochiiim Benignumque secutus... 

Ainsi, (lès la fin du VII« siècle, cet ensemble de légendes 
avait un passé si respectable qu'on en tirait des dévelop- 
pements littéraires pour les compositions liturgiques. 

Remontons un siècle au delà (l). Le martyrologe hiéro- 
nymien, dans sa recension gallicane arrêtée à Auxerre vers 
l'année 595, marque les six fêtes de Besançon, Valence, 
Autun, Saulieu, Dijon et Langres. Il ne fait, il est vrai, 
aucun emprunt formel aux textes des légendes ; mais il est 
clair qu'il dépend de celle de Langres, je veux dire du re- 
maniement langrois de la passion cappadocienne. En effet, 
il place à Langres le supplice des Trois Jumeaux et de 
leurs compagnons : XVI kal. febr. Linr/ojiis, passio sancto- 
rum martyrum geminorum Speusippi, Helasippi, Melasippi, 
Leonellae, lunellae, Neonis. ' 

Nous voici donc reportés au VP siècle. D'ailleurs Gré- 
goire de Tours (2) connaissait évidemment la légende de 
saint Bénigne ; il témoigne aussi (3) avoir eu sous les 
yeux une passion des saints de Besançon. Dans ce qu'il dit 
de saint Symphorien, je ne puis découvrir de trace spéciale 
de la recension retouchée. Des autres martyrs, il ne parle 
nulle part. 

C'est lui cependant qui va nous renseigner sur l'origine 
de toute cette littérature. 

Il y avait (4) à Dijon un tombeau que les paysans véné- 
raient comme celui d'un saint. Grégoire, évéque de Lan- 
gres, en résidence à Dijon, ne partageait pas leur enthou- 
siasme. Il résista longtemps à l'impression que l'on cherchait 
à produire sur lui en lui racontant divers miracles opérés 
devant ce sarcophage. Enfin, le saint prit en main sa pro- 



(1) L'envoi de "Warnachaire (ci-dessus, p. 53, note 1) se place dans cet 
intervalle; il ne concerne directement que la légende de Langres. 

(2) Gl. mar., 50. 

(3) Ibid., 70. 

(4) Ibid., 50. 



56 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

pre cause, apparut à l'évêque et le décida à lui rendre les 
honneurs auxquels il avait droit. Grégoire fit réparer la 
crypte funéraire qui était en mauvais état. Cependant on 
ignorait encore qui avait été ce bienheureux, lorsque, 
quelques années s'étant écoulées, des gens qui étaient al- 
lés en Italie rapportèrent à l'évêque l'histoire de sa pas- 
sion (1). 

Il est peu probable que l'Italie eût conservé des notions 
spéciales sur un saint qui était absolument inconnu dans 
son propre pays. Mais on a pu faire croire au digne évêque 
que la passion de saint Bénigne avait été trouvée dans 
quelque bibliothèque d'outre-monts (2). Quoi qu'il en soit, 
'il est sûr que ce petit écrit lui fut présenté. Comme son 
épiscopat se place entre 505 et 540 et que, d'autre part, la 
passion de saint Bénigne, telle que nous la possédons, ne 
saurait différer beaucoup de celle qu'on lui fit accepter, 
nous devons faire remonter jusqu'à la première moitié du 
VP siècle, non seulement cette passion, mais tout le cycle 
légendaire auquel elle tient si étroitement. 

L'auteur de cette collection de faux était sûrement bien 
intrépide dans le mensonge. On conçoit qu'il ait osé « re- 
trouver », c'est-à-dire fabriquer de toutes pièces les histoi- 
res des saints de Saulieu, Dijon, Besançon, Valence : il 
ne se heurtait ici à aucune tradition et surtout à aucun 
texte. Mais transporter dans la cité gallo-romaine de Lan- 
gres toute une histoire arrivée en Cappadoce, et, cela, 
alors que cette histoire n'était nullement à l'état de tradi- 
tion orale plus ou moins vague, alors que depuis long- 
temps elle avait été fixée par l'écriture, traduite en latin 
et répandue dans le pays, c'était là une entreprise tout à 



(1) « Post paucos autem annos ab euntibus in Italiam passionis eius his- 
toriam adlatam beatus confesser accepit. » 

(2) L'évêque de Troyes fut victime d'une supercherie semblable, à propos 
de saint Patrocle. Grégoire de Tours {Gl. mart., 63) raconte cette histoire 
avec une candeur admirable. Il y a, du reste, bien des raisons de croire 
que la passion de saint Patrocle est de la même main que celles qui nous 
occupent ici. 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 57 

fait audacieuse. Pour l'aborder il fallait être doué d'une 
rare confiance dans son propre talent de persuasion et dans 
la crédulité de ses semblables. 

Cette confiance ne fut pas trahie ; le légendaire du temps 
des rois burgondes créa une tradition qui dure encore. 
Mais ceci importe peu. Si j'exprime mes doutes, ou, pour 
parler net, mon incrédulité absolue à Tégard de ses ré- 
cits (1), je n'ai nullement besoin, pour Tusage que j'en 
veux faire ici, qu'on les apprécie comme je le fais. Véridi- 
ques ou mensongers, ils me fournissent un argument. 

Dans la seconde hypothèse — qui est pour moi la seule 
admissible — notre auteur avait, en ce qui regarde les 
fondateurs des églises d'Autun, Langres, Besançon, Va- 
lence la plus grande liberté d'invention. Nulle tradition 
ne l'empêchait de grouper ses personnages comme il l'en- 
tendait, de leur donner telle ou telle qualité, de les mettre, 
soit entre eux. soit avec d'autres, dans les rapports qui ca- 
draient le mieux avec ses idées. Une telle tradition eût- elle 
existé d'une façon plus ou moins confuse (2) qu'il était 
homme à la corriger s'il le jugeait opportun. Dés lors, sa 
façon de concevoir les origines ecclésiastiques de sa ré- 
gion devient très remarquable. Sans s'en douter, il nous a 
transmis une expression des idées qu'il avait ou que l'on 
avait autour de lui sur la fondation des églises dans un 
rayon assez étendu autour de la métropole lyonnaise. 

Selon lui, Autun, Langres, Besançon, Valence sont des 
églises filiales de celles de Lyon. Sauf pour Valence, dont 
je reparlerai de suite, il n'y a là rien que de très naturel. 
Mais ce qui est singulier, c'est qu'au lieu d'attribuer le ca- 
ractère épiscopal aux fondateurs de ces quatre églises, il 
les présente comme de simples prêtres. Ceci est tout à fait 



(1) Je dis ses récits; mes objections ne vont pas plus loin; elles n'attei- 
gnent en aucune façon les traditions de culte que le faussaire a trouvées en 
vigueur et qu'il a exploitées. 

(î) Ce n'est pas le cas pour saint Bénigne, car il est sur qu'ici tout pro- 
cède de la légende. 



58 FASTES ÉPISCOPAUX DE l" ANCIENNE GAULE. 

en dehors du style ordinaire des légendes. Dans celles-ci 
les fondateurs d'églises sont le plus souvent des évêques. 
Comment notre auleur a-l-il pu rompre ainsi avec l'usage, 
s'écarter à ce j)oint de la règle? Avait-il souvenir d'un 
temps où les églises en question n'avaient à leur tête que 
des prêtres rattachés au diocèse épiscopal de Lyon ? On a 
vu ci-dessus que cette organisation, si différente de celle 
du V siècle, a en réalité fonctionné au IP siècle et peut- 
être au III*. La coïncidence est assez remarquable pour que 
je me garde de la négliger. 

Un trait non moins frappant, c'est l'absence de toute men- 
tion de l'église de Vienne. Vienne est située entre Lyon 
et Valence ; au V« siècle, l'église de Valence relevait, non 
de la métropole de Lyon, mais de celle de Vienne. 
Les relations ecclésiastiques du temps, d'accord avec la si- 
tuation géographique, devaient portera rattacher à Vienne, 
et non à Lyon, l'évangélisation du pays de Valence. Sur 
ce point, notre légendaire nous offre une anomalie tout à 
fait inattendue. Et cette fois encore, sa dérogation aux 
usages est d'accord avec la réalité historique tlu IP-III" siè- 
cle, alors qu'il n'y avait pas encore d'église de Vienne dis- 
tincte de celle de Lyon. 

Ces deux coïncidences se fortifient l'une l'autre. Sans y 
ajouter plus d'importance qu'il ne convient, j'hésiterais à 
les considérer comme fortuites. 

Si maintenant on voulait prendre les légendes au pied 
de la lettre, l'argument qui s'en déduirait serait beaucoup 
plus Sjiécieux. Il faudrait nécessairement admettre qu'il 
n'y avait point d'église de Vienne au temps de saint Iré- 
née, car conmient croire que cette église eût laissé à l'évê- 
que de Lyon le soin d'envoyer des missionnaires à Va- 
lence ? Il faudrait admettre, en second lieu, que les églises 
de Besançon et de Valence, au temps de saint Irénée, 
étaient dirigées par des prêtres; et l'on en devrait dire au- 
tant de celles de Langres et d'Autun. 

Je donnerais beaucoup pour avoir au service de ma thèse 



DE l'origine des DIOCÈSES ÉPISCOPAUX. 59 

OU de mon hypothèse, comme on voudra l'appeler, une 
preuve de fait aussi considérable que serait celle-là. Mai--, 
encore une fois, il m'est impossible de prendre pour de bon 
argent ces légendes bourguignonnes. Je ne fais pas fond 
sur elles, mais seulement sur l'état d'esprit et d'informa- 
tion dont leur auteur témoigne involontairement. 

Mais j'admets que Ton trouve toute cette exégèse beau- 
coup trop subtile et que l'on range au nombre des cas 
fortuits la double coïncidence entre nos légendes et l'orga- 
nisation ecclésiastique de la Gaule vers la fin du IP siè- 
cle. Il est au moins certain que, si ces légendes ne con- 
firment pas les itlées que j'ai exposées à propos de cette 
organisation, elle ne les contredisent pas non plus. Il 
était de mon devoir, en tout cas, d'interroger, dans ce dé- 
bat, un document qui, tout légendaire qu'il puisse être, n'en 
est pas moins d'une assez haute antiquité, puisqu'il est no- 
tablement antérieur à Grégoire de Tours. 

Les autres anciennes légendes, jusqu'à la fin du VHP siè- 
cle environ, ne donnent ici que des renseignements peu 
importants. On peut dire, d'une manière générale, qu'elles 
ne contredisent en aucune façon l'idée d'une évangélisa- 
tion tardive. Dans la province de Reims, à Soissons, Saint- 
Quentin, Amiens (1), Beauvais, Tournai, il y a comme un 
cycle de légendes martyrologiques, rédigées au plus tard 
au VHP siècle ; elles paraissent avoir pour prototype celle 
de saint Quentin. Les seules dates que l'on en puisse 
déduire résultent du nom de l'empereur persécuteur, 
Maximien ou Julien. Vers la fin du VHP siècle, on 
commença à grouper ces martyrs, non pas autour de la 
métropole de Reims et de ses fondateurs, mais autour de 
saint Denys , dont le sanctuaire jetait alors beaucoup 
d'éclat (2). 



(1) Je n'ai ici en vue que la passion des saints Fuscien et Victoric ; les 
légendes des saints Firniin sont postérieures au VIII' siècle et remplies d'in- 
cohérences. 

(2) Cette idée apparaît d'abord dans la passion des saints Fuscien et Vie- 



60 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Quant à l'idée de réclamer des origines tout à fait an- 
ciennes, de se rattacher aux apôtres ou à leurs disciples 
immédiats, elle ne se fait jour, avant la fin du VHP siè- 
cle , que dans un très petit nombre de textes. Grégoire 
de Tours prononce le nom de saint Clément à propos du 
premier évêque de Saintes; mais il ne le fait pas sans hé- 
sitation, et la façon dont il en parle montre bien qu'il n'a der- 
rière lui aucune tradition écrite ou orale, mais une simple 
conjecture. Cette conjecture, néanmoins, prouve que, dès 
ce temps-là, les têtes étaient déjà travaillées par la manie 
des origines antiques. Bien avant Grégoire, vers le milieu 
du V^ siècle, les évêques des environs d'Arles, écrivant 
au pape saint Léon (1) pour obtenir le rétablissement de 
leur métropole, se fondent sur cet argument que la ville 
d'Arles fut la première de toutes les cités des Gaules à 
posséder un évêque, et que cet évêque, saint Trophime, 
lui aurait été envoyé par saint Pierre en personne. Déjà, 
sans doute, au temps du pape Zosime (417-418), saint Tro- 
phime avait été invoqué en faveur des prétentions de 
l'église d'Arles; mais on ne disait pas alors qu'il eût été 
un disciple immédiat de saint Pierre. Les évêques signa- 
taires de la lettre à saint Léon paraissent bien avoir été les 
premiers patrons de cette idée. Ils ne réus.-irent pas à la 
faire accepter du pape; celui-ci, dans sa réponse, ne lui 
fait pas même l'honneur d'une allusion et fonde la décision 
qu'il donne sur des considérations tout à fait étrangères à 
saint Trophime, à sa mission et à son antiquité. 

En dehors des deux cas de saint Eutrope et de saint 
Trophime, je ne trouve, avant le VHP siècle, aucune re- 
vendication d'origines a[)Osloliques ou quasi-apostoliques. 
Au VHP siècle, la fondation de l'église de Paris est placée 



toric d'Amiens: on la retrouve dans une lettre des évêques réunis en con- 
cile à Paris, en 8Î5 (Baronius, ad hune annum). La passion des saints Fus- 
cien et Victoric est antérieure à cette date, car il nous en reste un 
manuscrit de la fin du VIII* siècle, le Pavisinus l'2598. 
(1) Leonis M. Ep., 65. 



DE l'origine des DIOCÈSES KPISCOPAUX. 6Î 

SOUS les auspices de saint Clément; à Metz, à Beau vais (1), 
dans les premiers temps de Charlemagiie, on remonte jus- 
qu'à saint Pierre lui-même. Depuis le siècle précédent, à 
tout le moins, les princes francs étaient censés descendre 
de Priam et des héros troyens. Le progrés de la littérature 
dans les écoles carolingiennes répandit le goût des ori- 
gines antiques et mit à la portée de tout le monde les pro- 
cédés par lesquels on se les procure (2). Les églises, les 
grands monastères, furent bientôt pourvus d'ancêtres par 
des généalogistes plus ou moins exercés, dont les fantai- 
sies, converties en traditions par un usage plusieurs fois 
séculaire, trouvent encore créance aux yeux de certaines 
personnes. 

Nous n'avons pas à suivre ce développement tardif. Ab 
initio non fuit sic. La vraie tradition, celle qui se mani- 
feste dans les documents susceptibles de témoigner de ce 
que l'on pensait en Gaule au IV® siècle, au V«, au VP et 
même au delà, ne connaît pas ces prétentions. Elle con- 
firme en somme, avec plus ou moins de netteté, les con- 
clusions que j'ai produites ici. Avant la fin du IIP siècle, 
— sauf toujours la région du bas Rhône et de la Méditer- 
ranée, — peu d'évêchés en Gaule et cela seulement dans 
les villes les plus importantes. A l'origine, au premier siècle 
chrétien pour notre pays (150-250), une seule église, celle 



(1) Pour Paris, voy. J. Havet, Les Origines de Saint-Denis, p. 33, dans 
la Bibl. de VEcole des chartes, t. LI (1830): pour Metz, il suffit de citer Paul 
Diacre et le catalogue métrique qui lui a fourni le cadre de ses Gesta epp. 
Melensium ; pour Bcauvais, la deuxième rédaction de la passion de saint 
Lucien, conservé'^ dans le ms. Parisinus 12;.'98; cf. Mémoires de la Société 
des antiquaires de Picardie, 3' série, t. VI, p, 490. Ici, bien que le saint 
ait été envoyé par l'apôtre Pierre, il est néanmoins persécuté par le césar 
Julien (l'Apostat). 

(2) Les officines de généalogie fonctionnent encore à l'heure qu'il est. 
Tout citoyen français peut, en y mettant le prix, se procurer une lignée 
d'ancêtres jusqu'aux croisades, pour ne rien dire de plus. Beaucoup de 
prétentions de famille sont fondées sur des documents de cette provenance. 
Inutile de dire que les intéressés n'admettent pas le moindre doute sur la 
valeur de leurs parchemins. 



62 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

de Lyon, réunissant dans un même cercle d'action et de 
direction tous les groupes chrétiens épars dans les diverses 
provinces de la Celtique. 



PREMIÈRE PARTIE 

LES PROVINCES DU SUD-EST : GAULE NARBONNAISE , 
RÉGION DES ALPES. 



CHAPITRE PREMIER 



GÉNÉRALITÉS 



LA GAULE NARBONNAISE 



La colonie phocéenne de Marseille (1), fondée vers l'an- 
née 600 avant notre ère, couvrit de ses comptoirs le litto- 
ral entre les Pyrénées et les Alpes. En arrière de cette 
zone de culture hellénique, s'étendaient les cantons indi- 
gènes, sur lesquelles Marseille agissait par son commerce. 
Ces voisins étaient parfois incommodes. Quand ils devin- 
rent dangereux, Rome, alliée de la cité grecque, intervint 
pour la défendre. Cette tâche, ainsi que les exigences 
de leurs communications avec l'Espagne, entraîna les Ro- 
mains à s'établir, eux aussi, au delà des Alpes. Dès l'an- 
née 122 avant J. C. une forteresse fut construite à Aix, 
tout près de Marseille; bientôt après, on en bâtit une autre 
sur les bords de la Garonne, à Toulouse. Outre ces instal- 
lations militaires, une colonie de citoyens romains vint 
occuper Narbonne (118). Pendant les soixante et dix ans 
qui suivirent il n'y eut point, en Gaule, d'autre cité ro- 
maine. Le territoire marseillais avait été fort élargi par ses 
défenseurs; il comprenait maintenant tout le pays entre la 
mer et la Durance; au delà du Rhône, il s'étendait jus- 



(1) Pour la description des provinces romaines et de leurs cités, je ren- 
voie une fois pour toutes aux notices insérées par M. O. Hirschfeld dans le 
t. XII du C. I. L. On y trouvera tous les textes utiles à consulter. 



66 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aXCIENNE GAULE. 

qu'aux Céveiiiies; Nimes et Béziers en faisaient partie. Ce 
qui restait de territoire entre les Cévennes et les Alpes, 
jusqu'au Rhône supérieur et au lac Léman, formait, avec 
la région voisine de Narbonne et de Toulouse, une pro- 
vince romaine, dans laquelle, pourtant, les populations in- 
digènes conservaient leurs institutions nationales. 

De grands changements furent amenés par la guerre 
entre César et Pompée. Marseille avait pris fait et cause 
pour le Sénat : César l'assiégea, la prit (49 av. J.-C.) et lui 
enleva presque tous ses États; une mince banlieue et quel- 
ques présides sur la côte, entre le Rhône et les Alpes, ce 
fut tout ce qu'on lui permit de conserver. Sur le territoire 
ainsi conquis, et aussi en d'autres parties de la province, 
s'élevèrent bientôt des « colonies « romaines, dont quel- 
ques-unes seulement (1) devaient ce titre à l'établissement 
de colons réels; pour les antres, la population demeura la 
même, les institutions seules ayant été latinisées. 

Du reste, l'assimilation fit des progrès rapides. Dès le 
temps d'Auguste, toute la province était de droit latin ou 
même romain; les mœurs se transformèrent très vite; la 
langue indigène se perdit; les dieux locaux s'agrégèrent 
tant bien que mal au Panthéon des vainqueurs. A Mar- 
seille seulem(,'nt et dans ses dépendances maritimes, l'hel- 
lénisme opposa une résistance plus longue. La vieille cité 
phocéenne avait aussi gardé une certaine autonomie poli- 
tique ; elle avait le rang de civitas libéra et foederala^ et ne 
relevait pas des gouverneurs. Le même privilège fut re- 
connu à la nation des Voconces. Le reste du territoire 
était réparti, le plus souvent d'après les anciennes déli- 
mitations indigènes, entre les colonies de César et d'Au- 
guste, et celles-ci ressortissaient au gouverneur de la 
province. 



(1) Orange, Arles, Béziers, Fréjus, qui, dans leur titulature, conservaient 
les numéros des légions II*, VI^, VU» et VIII^, dont elles avaient accueilli 
les vétérans. Les trois dernières furent établies dans des localités qui 
avaient été soumises à Marseille. 



LA GAULE NARBONNAISE. 67 

La province relevait du Sénat, auquel Auguste la 
remit, en 22 av. J.-C, après en avoir terminé l'organisa- 
tion; elle était administrée par un proconsul en résidence 
à Narbonne (1). C'est aussi à Narbonne que s'élevait l'autel 
provincial de Rome et d'Auguste. 

Il est impossible de dresser avec précision la liste des 
cités comprises, aux deux ou trois premiers siècles de 
notre ère, dans les limites de la Gaule narbonnaise. Les 
listes de Pline et de Ptolémée, la première surtout, sont 
loin de distinguer comme il le faudrait les respublicae des 
vici ou des territoires. 11 y eut, du reste, de temps en 
temps des changements assez notables. Au commencement 
du V® siècle, la Notitia Galliarum nous offre une liste offi- 
cielle et précise : mais elle vient bien tard. A ce moment, 
l'ancienne Gaule narbonnaise avait été divisée en trois 
provinces. Dans la description qui va suivre, je tiendrai 
compte des changements arrivés aux différentes époques. 

En commençant par le nord, on rencontrait d'abord l'an- 
cien territoire des Allobroges, qui s'étendait sur un espace 
immense, entre le lac Léman, le Rhône et l'Isère, jus- 
qu'aux hautes vallées des Alpes; un appendice, sur la 
rive droite du Rhône, portait jusqu'aux Cévennes sa fron- 
tière occidentale. Le chef-lieu était à Vienne, dès le temps 
des rois indigènes ; il y fut maintenu par les Romains. 
Vienne s'élevait comme une métropole au-dessus d'un 
grand nombre de localités moins importantes ou vici; deux 
de celles-ci, Cularo, sur le haut Isère, et Genève, à l'en- 
droit où le Rhône sort du lac Léman, finirent par devenir 
les sièges d'organisations municipales indépendantes de 
Vienne. Au temps de la Notitia (v. 400), le territoire allo- 
broge formait les trois civitates Viennensium, Genavensium^ 
Gratianopolitana. Cularo avait changé de nom et pris celui 
du jeune empereur Gratien à une date qui se place entre 367 

(1) M. O. Hirschfehl (C. /. L., t. XII, p. xii) conjecture que, depuis Anto- 
niu le Pieux, la rcsiilcuce oinlinaire des proconsuls fut plutôt Ninies que 
Narbonne. 



68 FASTES ÉPISCOPAUX DE l"aNCIENNE GAULE. 

et 381 ; mais il est possible que rélévaliou des deux vici 
au rang de cité remonte notablement [ilus haut. 

Au sud de l'Isère, entre cette rivière et la Drôme, Va- 
lence {Valentia) était le chef-lieu des Segovellauni^ dont le 
territoire s'étendait aussi, comme celui de Vienne, entre le 
Rhône et les Cévennes. Plus bas encore, l'ancien peuple 
des Tricastini se groupait autour d'une localité appelée 
Noiomagus ou Augusta, dont le nom spécial se perdit par 
la suite : dans la Notitia, cette cité s'appelle civitas Tricas- 
tinorum. 

En arrière de ces deux cités riveraines, l'état libre des 
Voconces occupait, dans la région montagneuse, une éten- 
due de pays presque aussi considérable que le territoire 
allobroge. On n'y comptait pas moins de vingt et un op- 
pida, dont les plus importants étaient Vaison [Vasio], cen- 
tre politique, résidence ordinaire des magistrats, et Luc 
[Lucus Augusti), sanctuaire national, situé à l'intérieur du 
pays, dans la haute vallée de la Drôme. A la longue, la 
prééminence de Luc passa à un autre lieu sacré de la 
même vallée, Dea Augusta (Die , ainsi ap[)elée, non pas du 
propre nom de la grande déesse voconce, qui était Andarta, 
mais du titre qu'on lui donnait habituellement. En 333, on 
le voit par l'itinéraire de Jérusalem, Die était une civitas, 
Luc une simple mansio. Ainsi le territoire voconce formait 
déjà deux cités, celle de Vaison et celle de Die. Au com- 
mencement du V* siècle, il y en avait quatre, les civitates 
Vasensium, Deensium, Vappincensium et Seg ester icorum. 
Ces deux dernières avaient pour centres les localités de 
Gap et de Sisteron, l'une dans l'est, l'autre dans le sud de 
la région voconce. 

En 333, Gap n'était encore qu'une mansio. et il y a lieu 
de croire, par analogie, qu'il en était de même de Siste- 
ron. Quand on en fit des cités, elles furent agrégées, non 
à la province de Viennoise à laquelle appartenaient Die et 
Vaison, mais à celle de Narbonnaise IP, organisée au temps 
de Valentinien ou un peu plus tard. 



LA GAULE NARBONNAISE. 69 

A la hauteur du mont Veiitoux commençait le pays des 
Cavares (Cararz), qui s'étendait, le long du Rhône, jusqu'à 
la Durance; en arrière, sur les premières pentes des mon- 
tagnes, habilaient les Memini et les Vulgieiites. Orange 
{Ai^ausin), colonie de César, Avignon {Avennio) et Cavaillon 
[Cabellio) se partageaient, du nord au sud, le territoire 
cavare ; Car[)entras {Carbantorate ou Carpentorate) était le 
chef-lieu des Memini, Apt [Apta) celui des Vulgientes. La 
cité de Carpentras semble avoir disparu au déclin de 
l'empire; elle n'est pas marquée dans Va Notitia [{). 

La Durance limitait, au nord, le pays des Salluvii, oîi 
s'élevaient les trois importantes cités de Marseille, d'Aix 
et d'Arles. Le territoire d'Aix était assez restreint; celui 
de Marseille ne comprenait que quelques localités côtières; 
c'est aux magistrats de la colonie d'Arles que ressortissait 
la plus grande partie de la population de ces contrées, 
jusqu'à la hauteur des îles d'Hyères. Arles avait été extrê- 
mement avantagée par César; elle ne cessa de grandir et 
de faire à Marseille une concurrence de plus en plus grave. 

A l'est de cette région, dans le bassin de l'Argens, se 
trouvait le pays des Commoni, qui fut attribué à la colo- 
nie de Fréjus [Forum luUi). A l'est, Antibes {Antipolis), 
d'abord colonie marseillaise, devint, sous l'empire, le chef- 
lieu des Deciates. Plus au nord, entre lo Verdon, la Durance 
et l'Asse, Riez {Reii) eut pour territoire l'ancien pays des 
Albici et Digne [Dinia] celui des Bodiontici, c'est-à-dire la 
vallée de la Bléonne. Le territoire de Digne faisait d'abord 
partie des Alpes Maritimes; Galba l'en détacha pour l'an- 
nexer à la Gaule narbonnaise; il revint, par la suite, à sa 
province primitive, à laquelle il est attribué dans \diNotitia. 

Au delà du Rhône, le territoire des Helviens {Helvi ou 

(1) C'est sans raison valable que Mommsen (M. G. Aucl. antiq., t. IX, 
p. 560) suppose ici un accident de transcription. Le fait qu'il y eut des évé- 
ques de Carpentras dès le cinquième siècle ne prouve nullement en faveur 
de la perpétuité de la cité. Les sièges épiscopaux d Uzès, Toulon, Nice, 
sont aussi anciennement attestés que celui de Carpentras et cependant ces 
localités n'ont jamais été des cités. 



70 FASTES KPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Helvii) avait pour chef-lieu une ville appelée Alba (Aps), 
qui donne son nom à la cité dans le catalogue de la Noti- 
tia : civitas Alheiisium. Au sud s'étendait, de l'Ardèche à 
l'Hérault, l'immense région des Volques Arécomiques, 
dont la capitale était à Nimes (Nemausus); son ressort 
comprenait vingt-quatre localités [oppida) de moindre 
importance. 

Entre l'Hérault et l'Aude on trouvait, dans la région ma- 
ritime, la colonie de Béziers [Baelerrae], dans la montagne, 
la cité de Lodève (Luteva) (1 . Leurs territoires, relative- 
ment peu étendus, paraissent avoir été démembrés du pays 
des Volques Tectosages. Celui-ci comprenait tout le pays 
entre l'Hérault et les Pyrénées, et, au delà des Corbières, 
les vallées supérieures de la Garonne et du Tarn. 

Par delà l'Aude, Narbonne eut d'abord des voisines, 
Ruscino (Castel Roussillon) au sud, Carcassonne [Carcasso) 
à l'ouest. Mais ces fondations ne dépassèrent pas beaucoup 
le siècle des Antonins. Sous l'empereur Gordien^ toute la 
côte, jusqu'aux Pyrénées, relevait de Narbonne (2). Ruscino 
avait disparu comme organisation municipale; il en était 
de même de l'antique lUiberris, qui déjà, du temps de 
Pline, n'était guère plus qu'un souvenir, magnae quondam 
urbis tenue vestigium. Au IV^ siècle, Illiberris ressuscita 
sous un autre nom, celui de castrum Helenae. dont l'origine 
constantinienne est évidente. C'est là que périt l'empereur 
Constant, en 350 (3). Mais ce n'était qu'une forteresse, 



(1) Dans cette contrée, quelques localités, Aijatha (Agde), Cessera (Saint- 
Thibéry), Piscinne (Pézenas), ont pu avoir, sous le Haut-Empire, une orga- 
nisation municipale indépendante; mais cela n'est pas bien prouvé. Il est 
sur, en tout cas, qu'elles l'avaient perdu avant le cinquième siècle, car 
elles ne sont pas mentionnées dans la Nolilia. L'itinéraire de 333 marque 
Cessero [Cessarone) comme une simple mansio. 

(2) C. /. L.. t. XII, n» 5366, inscription de l'année 239, trouvée à iSaint- 
André de Surède. entre Elne et CoUioure; elle mentionne les decumani 
Narbonenses. 

(3) Eutrope, Brev., X, 9. Le terme de caslrum est celui dont se sert Eu- 
trope. Zosime {llisl. nova, II, 42) emploie celui de 7to),tyviov; Orose (Hist., 
VII, 29), celui d^oppidum. 



LA GAULE NARBONNAISE. 71 

sans auLonomie municipale; EIne ne figure pas dans la 
Notitia. Il en est de même de Carcassonne, qui fui certai- 
nement, sous le haut empire, une cité indépendante de 
Narbonne, mais que l'ilinéraire de 333 mentionne comme 
un simple fort, caslellum Carcassone. 

Le reste du pays tectosage, c'est-à-dire le bassin supé- 
rieur de la Garonne el du Tarn, avait son centre municipal 
à Toulouse. 

La province de Gaule Narbonnaise fut subdivisée, pro- 
bablement sous Dioclétien. Les signatures du concile d'Ar- 
les, tenu en 314, mentionnent — c'est son premier docu- 
ment — une provincia Vietinensis, à laquelle appartenaient 
les cités de Vienne, Vaison, Orange, Arles et Marseille. 
Cette province viennoise avait été démembrée de la Nar- 
bonnaise. Mais les textes du IV® siècle, jusqu'en 381, ne 
parlent jamais que d'une seule Narbonnaise. Au concile 
d'Aquilée, en 381, apparaît, pour la première fois, la Nar- 
bonensis fP. Il y a lieu de croire qu'elle était alors assez 
récente (1). 

La Narbonnaise T^ avait Narbonne pour métropole; elle 
comprenait toutes les cités à l'ouest du Rhône inférieur, 
Toulouse, Narbonne, Lodéve, Béziers, Nimes. La Nar- 
bonnaise IP eut Aix pour chef-lieu; outre cette cité, on 
lui attribua celles d'Apt, Riez, Fréjus, Antibes, et, de plus, 
les deux vici voconces de Gap et de Sisteron, élevés au 
rang de cité. La Viennoise eut les cités les plus voisines du 
Rhône : Vienne, sa métropole, avec ses deux filles, Genève 
et Grenoble, puis Viviers, Valence, Die, Trois-Châteaux, 



(1) L'intitulé du De synoOis de saint Hiloire ne marque qu'une seule Nar- 
bonnaise ; ce livre est de 358; Ammien (XVIII, 1,4: XXII, 1, 1) mentionne 
aux années 359 et 361 des redores Narbonensis; la province manque au 
BreviaLrium de Rufus Festus (3G9). Du reste, des expressions comme celles 
de vicàrius ou rationalis quinque provinciarum, employées antérieure- 
ment ou concurremment à celles de vicarius ou rationalis septem provin- 
ciarinn, prouvent qu'une subdivision de l'Aquitaine et de la Narbonnaise 
s'est produite après l'introduction du système des diocèses. La circulaire 
du concile de Valence (374) est adressée fratribus per Gallias et V provin- 
cias; celle du concile de Nimes (396) episcopisper Gallius et VU provincias. 



72 FASTES ÉPISCÛPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Vaison, Orange, Avignon, Cavaillon, Arles et Marseille. 
C'est, je crois, sous Valentiiiien, peut-être sous Gratien, 
que les derniers remaniements furent opérés et que le 
système provincial prit la forme S;"us laquelle l'empire le 
léofua à l'Eglise. 



LES PROVINCES ALPINES 



La haute vallée de l'Isère, autrement dit la Tarantaise, 
forma de bonne heure (1) une province procuratorienne 
sous le nom d'Alpes Atractianae ou Graiae. Elle avait à 
Axima (Aisme) un centre d'administration pour la popu- 
lation d'alentour, les Ceutrones^ bien plutôt qu'un foyer de 
vie municipale. Depuis Marc-Aurèle, on réunit à ce gou- 
vernement celui des Alpes Penninae^ c'est-à-dire de la haute 
vallée du Rhône (Valais), qui jusque-là avait fait partie de 
la Rhétie. Dans la vallée Pennine, on distinguait quatre 
groupes de population, les Illl cAvitates des Uberi, Seduni 
(Sion), Varagri (Martigny), Nantuates (Saint-Maurice). La 
réorganisation provinciale de la fin du III' siècle ne changea 
rien à cet état de choses en ce qui regarde les limites du 
gouvernement des Alpes Grées et Pennines. Toutefois il 
se produisit, soit alors, soit un peu plus tôt ou plus tard, 
uno modification dans le groupement municipal. Les quatre 
cités du Valais furent fondues en une seule qui eut son 
centre à Octodurus Varagrorum\ dans la vallée de l'Isère, 
une cité fut organisée, non plus à Axima, mais un peu 
plus bas, à Darantasia (Moutiers en Tarentaise). Dans la 
Notice des Gaules, ce canton est désigné par le nom du 
peuple qui l'habitait : civitas Ceutronum. 

En arrière du pays des Voconces, la haute vallée de la 
Durance jusqu'au-dessus d'Embrun formait, avec celle de 
rUbaye (Barcelonnette), la civitas Calurigum, dont le nom 
se conserve dans celui de la localité de Chorijes. Son 



■b'' 



(1) La date précise est encore incertaine, mais elle ne doit pas être pos- 
térieure au premier siècle. 



LES PROVINCES ALPINES. 73 

chef-lieu était (1) à Embrun, Ebrodunum ou Eburodiimim, 
qualifié de xcôix-/) par Strabon, mais qui reçut plus tard une 
organisation municipale (2), Plus haut encore, près des 
sources de la Durance, on trouvait un autre municipe, Bri- 
gantio (Briançon). Ptolémée le groupe avec Suse et attribue 
ces deux localités aux Ségusiens (3). Sous le haut empire, 
Embrun et Briançon appartenaient à la province des Alpes 
Cottiennes, dont le centre était à Suse, sur le versant ita- 
lien. Il est bien probable que cette province comprenait 
aussi la vallée de Maurienne, où Ton place, sans en être 
bien sûr, le territoire des MeduUi. Depuis Dioclétien, 
Embrun , avec le territoire des Caturiges, fut annexé à la 
province des Alpes Maritimes (4); il est douteux qu'il en 
ait été de même pour Briançon (5). La Maurienne, en tout 
cas, relevait, au commencement du VP siècle, de l'évêché 
de Turin , tout comme la ville de Suse et le reste de la 
province des Alpes Cottiennes. Ce fait montre que la limite 
occidentale de la province ne fut pas re[)orlée systémati- 
quement au sommet des Alpes. Il y a lieu de croire que, 



(1) Ptol., IIÎ, 1. 39. 

(2) C. /. L., t. V, n» 7259; t. XII, n" 84. Dans la première de ces inscrip- 
tions, la civilas Ebroduniensis est nommée; l'autre a été trouvée à Embrun 
même. D'autres inscriptions (t. XII, 81, 82, 83) mentionnent simplement la 
cité ou ses magistrats; le n" 78 porte CIVIT . OATVR. Ainsi, on employait 
tantôt le nom du chef- lieu, tantôt celui de la cité indigène. 

(3) Loc. cit. : « Kaxoupîywv èv taî; Tpaïai; 'AÎ.TtEcrtv 'Eêopoôouvov, IcYO'jijiavwv 
èv rpaïaiç "A),irei7iv I,f^o<)a\.ov, BpiyâvTtov. » L'attribution des trois localités aux 
Alpes Grées est considérée par Mommsen, et, je crois, avec raison, comme 
une erreur de copiste (C. /. L., t. V, p. 810). Toutefois M. do Mantcyer (La 
Provence du I" au XII' siècle, p. 8) pense que le rattachement eut lieu en 
réalité et qu'il dura jusqu'au delà de l'année 333. 

(4) C. I. L., t. XII, n° 78. 

(5) L'inscription n<» 94 du Corpus est en trop mauvais état pour être con- 
cluante. Elle comprenait deux fragments d'une table de bronze dont la date 
et la provenance sont inconnues. Il est peu probable que le Conslan... qui 
s'y trouve nommé soit un empereur. La province des Alpes Maritimes y 
est marquée dans un endroit; on y lit aussi le nom Brigantionis; mais est-il 
sûr que ce soit celui de notre Briançon? Il ne faut pas oublier loido Brig... 
dont il va être question ci-dessous. Quand il serait prouvé que ce monu- 
ment est du quatrième siècle, qu'il a été trouvé à Briançon et qu'il men- 
tionnait cette localité, on pourrait encore se demander s'il la mentionnait 
comme appartenant à la province des Alpes Mai ilimes. 



"4 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

dans la vallée de la Dnrance, comme dans celle de l'Arc, 
elle descendait notablement au-dessons du faite, et que 
Briançon s'y trouvait comprise (1). 

Quoi qu'il en soit , les municipalités d'Embrun et de 
Briançon ne tardèrent pas à disparaître; ces deux localités 
n'étaient plus, en 333, que de simples mansioy-ies. 

La suppression ne fut pas définitive en ce qui concerne 
Embrun. La cité fui réorganisée avant la fin du 1V« siècle; 
elle obtint même le rang de métropole des Alpes Maritimes, 
comme on le voit dans la Notice des Gaules. 

Au temps de Ptolémée, la province des Alpes Maritimes 
comprenait, sur le versant gaulois, quatre cités : celles de 
Vintium (Vence), de Salinae (Castellane) , de Cemenelum 
(Cimiez), et de Sanitium (Senez). Ce nombre fut modifié 
depuis. A Briançonnet, dans l'ancien diocèse de Glandève, 
on a trouvé des inscriptions (2) du temps de Valérien et 
d'Aurélien, gravées au nom d'un ordo Brig. La finale de 
ce nom est inconnue (3) ; mais il y a lieu de croire que 
cette organisation municipale s'est continuée dans la civi- 
tas Glannativa de la Notice. Celle-ci mentionne encore une 
autre cité, la civitas Rigomagensium, dont la situation pré- 
cise n'est pas établie d'une manière bien sûre. Si, comme 
le veut M. Longnon (4), cette civitas tloit être identifiée 



(1) Le diocèse de Mauricnne, qui comprit, outre le val de Suse, tout ce 
qui restait des Alpes Cottiennes à l'occident des Alpes, s'étendit d'abord 
jusqu'à Rama, ancienne station (mulatio) de la voie romaine entre Embrun 
et Briançon, à peu près à mi-distance. Ceci résulte d'un document (Billiel, 
Mémoire sur les premiers évêques de Maiiriei^ne, p. 35) relatif aux limites 
de ce diocèse. Il y est dit que du temps de l'évéque Leporius (v. 650), pour 
terminer les conflits entre les évéques d'Embrun et de Maurienne. le duc 
Mero, par commission royale, fit planter une borne à un mille de la civila- 
lula appelée Rama. Or, il n'y a pas, dans cette région, d'autre Rama que 
la station postale (J. Roman, Tableau historique du déparlemeitl des Hau- 
tes-Alpes, t. I, p. XI). Sur l'àgc et lautonté du document, v. de Mantcyer, 
La Provence, p. 182 et suiv. 

(2)C, J. L., t. XII, 57, 58. 

(3) Une inscription de provenance suspecte (iUid., GO; cf. ^\d(Z.) donnerait 
lieu do croire qu'il faut développer en Brig\omu]gensium. Le mieux est de 
s'abstenir de toute restitution. 

(4) Mélanges Renier, p. 395 et suiv. 



L KVANGKLISATION. Va 

avec la vallée de Barcelonnelte, il y aurait lieu d'en faire 
remonter l'origine jusqu'au U" siècle, en lui rattachant une 
inscription de ce pays qui mentionne un duumvir (1). Je 
crois plutôt que son chef-lieu doit être placé à Thorame, 
dans la vallée voisine : un évêque de ce lieu, se qualifiant 
episcopus civitatis Eturamine, assista au concile de Vaison, 
en 442 (2). 

A ces cités, au nombre de six, il en fut ajouté deux au- 
tres avant la fin du IV® siècle, celle d'Embrun^ détachée 
des Alpes Cottiennes, comme il vient d'être dit, et celle de 
Digne, démembrée de la Narbonnaise. 

Les provinces que je viens de décrire ne furent pas 
toutes classées par Dioclétien dans la même circonscrip- 
tion diocésaine. On sait que l'ancienne Gaule forma, à 
partir de la fin du III^ siècle, deux ressorts diocésains, celui 
du pracfectus praeùorio Galliarum^ en résidence à Trêves, et 
celui du vicarius V provinciarum (ou VU prov.), en rési- 
dence à Vienne. Au premier de ces deux ressorts apparte- 
nait la petite province des Alpes Grées et Pennines ; les 
autres faisaient partie du diocèse des V (ou VII) provinces. 
Quant aux Alpes Cottiennes, elles furent attribuées au dio- 
cèse d'Italie ; aussi ne figurent-elles point dans la Notice 
des Gaules. 

l'évangélisation 

En dehors de tout témoignage positif, il serait déjà vrai- 
semblable que le pays voisin du Rhône a été évangélisé 
de bonne heure. Les relations commerciales de Marseille 



(1) C. /. L,, t. XII, 8î. L'inscription marque la tribu. 

(2) M. Longnon pense que ce pourrait être l'cvéque de Senez. C'est un 
peut-être. D'autre part, il signale un paaiis ou vallis Rigomagensis dans le 
testament d'Abbon (726), et l'identifie avec la vallée de Barcelonnette. M. de 
Manteyer (La Provence, p. 172) a démontré que la vallée de Barcelonnette 
figure bien dans ce document, mais sous un autre nom; quant au pagus 
Rigomagensis, il le retrouve dans le pays de Chorges. 



76 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

s'étendaient à toute la Méditerranée. S'il n'est pas possible 
d'accepter, comme ayant une valeur traditionnelle quelcon- 
que, les légendes relatives à sainte Madeleine et à d'autres 
personnages soi-disant émigrés de Palestine en Provence, 
il est naturel de supposer que, parmi tant de navires qui 
vinrent, aux tem[)S les plus anciens du christianisme, jeter 
l'ancre dans le port de Marseille, il s'en est trouvé qui au- 
ront débarqué des évangélistes. Au milieu du II« siècle, il 
y avait à Lyon et à Vienne un assez grand nombre de 
chrétiens, qui paraissent avoir formé d'abord une seule 
et même église. La région maritime nous offre deux mo- 
numents qui semblent bien remonter à des temps tout 
aussi anciens, une inscription actuellement conservée à 
Marseille (1), et un sarcophage trouvé à laGayole, dans les 
limites du territoire d'Aix (2). On peut considérer comme 
attesté que les églises d'Arles, Toulouse, Vienne, exis- 
taient au milieu du IIP siècle, et il est probable qu'elles 
n'étaient pas les seules. Les souvenirs martyrologiques re- 
latifs à saint Saturnin de Toulouse, saint Ferréol de Vienne, 
saint Gênés d'Arles, saint Victor de Marseille, constatent 
des faits du IIP siècle, ou. au plus tard, des premières an- 
nées du IV®. Au concile d'Arles de 314 furent représen- 
tées les églises de Vienne, Vaison, Orange, Apt, Arles, 
Marseille, Nice; un évéque de Die assista, en 325, au con- 
cile de Nicée. 11 est bien probable que. pour la plupart, les 
cités énumérées un siècle après dans la Notice avaient dès 
lors des églises et des évéques. Ceci, cependant, doit s'en- 
tendre de l'ancienne Gaule narbonnaise, et non point des 
provinces alpines, dont l'évangélisation ne semble pas re- 
monter si haut. 

Dans les Alpes gauloises, deux centres de rayonnement 

(1) C. /. L., t. XII, n" 489; Leblant, n° 548a; reproduction très soignée 
dans le livre de l'abbé Albanès, Armoriai et Sigillographie des évéques 
de Marseille, p. 4. Cependant, il n'est pas absolument sûr que cette inscrip- 
tion ait été gravée à Marseille même. 

(2) Leblant, Sarcophages <-hréUens de la Gaule, p. 1.57, pi. Lix, 1. L'ins- 
cription est rapportée. 



l'kvangélisation. 77 

chrétien se manifesteiil au IV" siècle. La vallée Pennine 
honorait dés lors, à Agaunum {Taniaiae Nantuatium) , un 
grand souvenir à la fois martyrologique et militaire. En 377, 
le pays était assez christianisé pour que le gouverneur de 
la province pût faire graver le monogramme du Christ sur 
rinscri[ition dédicatoire d'un monument public (1). L'évê- 
que à.'Octodurus (Martigny) assistait, quatre ans plus tard 
(381), au concile d'Aquilée. 

En ce qui regarde l'évangélisation des Alpes Cottiennes, 
nous sommes dépourvus de tout renseignement. Les val- 
lées de Maurienne et de Briançon ressortissaient au siècle 
suivant, avec toute la province, au siège épiscopal de 
Turin, dont la date est inconnue, mais qui n'apparaît pas 
avant le V^ siècle. 

Quant aux Alpes Maritimes, c'est surtout par la mer que 
ces districts communiquaient avec l'extérieur. C'est de 
Nice, en effet, que leur vint le christianisme. Nice avait 
une église organisée dès le temps du premier concile d'Ar- 
les (314). Vers le milieu du IV® siècle, il en sortit des mis- 
sionnaires, les saints Marcellin, Domnin et Vincent, aux- 
quels les églises d'Embrun et de Digne doivent leur 
fondation. Aucune tradition, même légendaire, ne s'est 
conservée sur l'origine des six sièges compris dans l'an- 
cienne province. Il y a lieu de croire, toutefois, que, lors 
du coTicile de Riez (439), chacune des huit cités avait son 
évêque (2). 

Deux de ces sièges, ceux de Rigomagus et de SaUnae, 
disparurent dans la suite, à une date incertaine (3). 



(1) C. /. L., t XII, n° 138. Inscription trouvée à Sion. 

(2) Cf. ci-dessus, p. 29, n. 2. 

(3) On ne saurait affirmer que quelques uns de leurs titulaires n'aient pas 
siégé aux conciles de la province dWries au temps de saint Césaire. Au 
concile provincial de 554, dix-huit évéques furent présents ou représentés. 
La province en possédait alors 24 ou 22 (Uzès exclu); suivant que l'on 
compte ou non les deux cités en question Les sièges de ces évéques sont 
tous connus; un seul, celui dEmeterius, reste incertain. Il n'est nullement 
sûr que l'on doive y voir un évéque de Rigomagus ou de SaUnae; il pour- 
rait tout aussi bien être revendiqué pour les sièges de Trois -Châteaux, 



78 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Il est vraisemblable que. dés les dernières années du 
IV« siècle, chacune des cités existantes avait son église et 
son évéque. Pour un bon nombre, cela est attesté directe- 
ment. Dans le tableau suivant, je reproduis le texte de la 
Notice des Gaules pour les cinq provinces considérées ici, 
en le complétant [lar l'indication des localités épiscopales 
qui n'y figurent point. Les noms de celles-ci sont impri- 
més en italique, accompagnés du qualificatif locus^ civitas, 
castrum, etc.. qu'ils portent dans les plus anciens textes 
où il en est question. J'y joins l'énumération des sièges 
épiscopaux d'Italie et d'Espagne qui furent rattachés, pas- 
sagèrement ou non, aux métropoles gallicanes, depuis le 
VP siècle et le VHP. En regard de chacun de ces noms 
figure la date du plus ancien document où l'évêché se 
trouve mentionné. Quand il a été possible de déterminer, 
avec quelque approximation, la date de la fondation du 
siège, c'est cette date qui est marquée, mais elle est 
accompagnée d'un astérisque. 

VlENNENSlS. 

metrop. civ. Viennensium v. 250*. 

civ. Genavensium v. 400. 

civ. Gratianopolitana v. 381*. 



re 



s 



civ. Albensium I\' 

civ. Deensium 325. 

civ. Valentinorum 374. 

civ. Tricastinorum 517. 

civ. Vasensium 314. 

civ. Arausicorum 314. 

civ. Cabellicorum 396. 



Marseille, Riez, Embrun. On ne trouve pas d'évéque de nos deux sièges aux 
conciles nationaux de 541 et .149 où figurèrent en grand nombre les prélats 
de la province d'Arles. — Severianus , évéque d'Eluramine, c'est-à-diro 
probablement de Rigomagus, figura encore, en 45n, parmi les prélats qui 
sollicitèrent le rétablissement de la métropole d'Arles. Depuis lors, il n'y 
a aucun document certain de la persistance de ce siège et de celui de 
Salinae. 



l'évangélisation. 79 

civ. Aveiiiiicorum 439. 

civ. Arelatensium 254. 

civ. Massiliensiuiii 314. 

cil). Carpentoratensifi 439. 

locus Telonensis 439. 

portus Nicaensis 314. 

Narbonensis prima. 

metrop. civ. Narbonensium v. 250*. 

civ. Tolosatium v. 250*. 

civ. Beterrensium 418. 

civ. Nemausensium 396. 

civ. Luteveiisiuni 422. 

castrum Uceliense 442. 

civ. Agathensis 506. 

ecclesia Elenensis 571 . 

ecclesia Carcassonensis 589. 

ecclesia Magalonensis 589. 

viens Arisitensis 572. 

Narbonensis secunda. 

melrop. civ, Aquensium v. 408. 

civ. Aplensium 314. 

civ. Regensium 439. 

civ. Foroiuliensium 374. 

civ. Vappincensium 517. 

civ. Segesteriorum v. 500. 

civ. Antipolitana 442. 

Alpes Maritimae. 

metrop. civ. Ebrodunensium v. 365*. 

civ. Diniensium v. 370*. 

civ. Rigoinagensium 442. 

civ. Saliniensium 439. 

civ. Sauitiensium 506. 

civ. Glannativa 541. 



80 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

civ. Cemenelensium 439. 

civ. Viiitiensium 439. 

Alpes Graiae et Poeninae. 

civ. Ceutronum 450. 

civ. Vallensium 381. 

DiOECESis Italica. 

ecclesia Mauriennatis v. 575*. 

civ. Aufjuslana 450. 

DiOEGESIS HiSPANIARUM. 

Urgellum. 
Ausona. 

Barcino (Egara) . 
Gerunda (Empuriae). 

DIVISIONS POLITIQIES APRÈS l'eMPIRE ROMAIN 

Peu d'iinnées après la rédaction de la Notitia Galliarum 
commença l'occupation de l'ancienne Narbonnaise par les 
barbares Goths et Burgondes. Les premiers, cantonnés, 
dés 419, dans l'ouest de l'Aquitaine, obtinrent en même 
temps la cité de Toulouse, qui fut la première résidence 
de leurs rois. En 443, les Burgondes s'installèrent dans la 
Sapaudia, c'est-à-dire, sans doute, dans le territoire de 
Genève (1). De ces deux points extrêmes, l'occupation bar- 
bare s'avança dans la direction du Rliône et de la métro 
pôle d'Arles. Les Goths entrèrent à Narbonne en 462, 
grâce à la trahison du gouverneur, le comte Agrippinus (2). 
En 463, on voit les Burgondes se mêler aux affaires ecclé- 
siastiques de Die, ce qui suppose qu'antérieurement ils 



(1) Il faut noter aussi, vers ce temps (44(1), l'établissement d'une colonie 
d'Alains dans les campagnes de Valence; elle y commit, deux ans aprt'S, 
des violences fort graves contre les propriétaires gallo-romains [Chronique 
de k52 [Prosper Tiio], édit Mommsen, p. G60). 

(2) Chronique d'Idace. 



DIVISIONS POLITIQUES APRÈS l'eMPIRE ROMAIN. 81 

avaient occupé Grenoble (1). Les années suivantes ils firent 
de grands progrès; cependant Vaison tenait encore en 
474 (2). A la chute définitive de l'empire, en 47G ou en 480, 
le roi des Goths, Euric, s'installa à Arles. Il avait alors 
sous son autorité, outre les trois Aquitaines, toute la Nar- 
bonnaise P", plus la cité des Helviens, c'est-à-dire toute la 
rive droite du Rhône ; de plus, les parties méridionales de 
la Viennoise, delà IP Narbonnaise et des Alpes Maritimes; 
la Durance formait la limite de ce côté. Aux Burgondes 
était échu le reste du pays compris entre le Rhône et les 
Alpes (3). 

Ces arrangements furent troublés par la guerre de 507, 
entre les Francs, alliés aux Burgondes, et les Goths d'Ala- 
ric II. Indépendamment de l'Aquitaine, les Francs acqui- 
rent alors la cité de Toulouse, les Burgondes celle des 
Helviens (4). 

D'autre part, le régime romain fut rétabli en Provence 



(1) L'un des continuateurs de Prosper {Contin. Haviiiensis) marque à 
l'année 457 : « Gundiocus rex Burgundionum cum gente et omni praesidio, 
annuente sibi Theuderico ac Gothis, intra Galliam ingressus, societate et 
aniicitia Gothorum functus. » 

(?) Sidoine, Ep. V, 6. 

(3) Pour ce qui va suivre, je renvoie, en général, au livre de M. Longnon, 
Géographie de la Gaule au sixième siècle. Si, sur certains points, mes con- 
clusions différent de celles de mon savant confrère, cela tient à ce que je 
n'ai point fait usage : 1° du colloque de Lyon, de 499, cette pièce ayant été 
démontrée fausse postérieurement à la publication de M. Longnon (J. Ha- 
vet, dans la Bibliollièque de l'Ecole des chartes, t. XLVI, 1885, p. '205 et 
suiv.); 1° du concilium Arvernense de 549, qui n'a pas plus de valeur que 
le document précédent; 3° de certaines compositions hagiographiques peu 
propres, eu égard à leur date, à fournir des renseignements précis dans des 
questions comme celles-ci. 

(4) Peut-être aussi celle d'Uzès. L'évêque d'Uzès figure, en 506, au con- 
cile d'Agde; on ne le voit pas, en 517, au concile d'Epaone, ce qui donne- 
rait à croire que son diocèse n'avait pas encore été annexé au royaume 
burgonde. Il n'apparaît dans les conciles francs qu'en 541, en même temps 
que les évèques de Provence jusque-là soumis aux rois d'Italie Entre 506 
et 541, on n'a aucun indice sérieux sur l'attribution politique de ce pays, 
de sorte qu'il est difficile de dire de quelles mains les Francs l'ont reçu, si 
c'est des Wisigoths, ou des Ostrogoths, ou des Burgondes. — La guerre de 
507 valut aussi aux Burgondes une occupation plus complète de la cité 
d'Avignon. 



«•2 FASTES EPISCOPAUX DE L ANCIENNE GAULE. 

par le roi Théodoric, et son domaine, d'abord restreint aux 
cités situées au sud de la Durance, fut étendu, en 523, 
jusqu'à la Drôme, de sorte que les cités burgondes les 
plus méridionales étaient alors celles de Die, Valence et 
Viviers. 

En 534, le royaume burgonde passa aux mains des Francs ; 
en 536, ils héritèrent aussi de la province romaine. Depuis 
lors, ils furent les maîtres de toute l'ancienne Gaule, sauf 
la partie de la Narbonnaise T^ qui demeura sous l'autorité 
des rois wisigoths d'Espagne, c'est-à-dire les anciennes 
cités de Narbonne, Lodève (1), Béziers et Nimes. C'est ce 
qu'on appela la Septimanie (2). Elle suivit les destinées de 
l'Espagne, jusqu'à l'invasion musulmane du VIII® siècle. 
Les Sarrasins parurent, en 720, au delà des Pyrénées i 
depuis lors jusqu'en 759, ils furent presque toujours en 
état de guerre avec les Francs. En 759, Pépin le Bref prit 
Narbonne et porta sa frontière jusqu'aux Pyrénées. Mais 
l'ancienne province wisigothique conserva son individua- 
lité; sous les noms de Septimanie ou de Gothie, elle forma 
une circonscription spéciale de l'empire franc et plus tard 
du royaume de France. Au delà des montagnes, les con- 
quêtes de Charlemagne et de Louis le Pieux amenèrent la 
fondation de la marche de Barcelone, où se trouvèrent 
comprises les anciennes cites d'Urgel, Ausona, Empuriae, 
Gerunda, Egara et Barcelone. Cette province transpyré- 
néenne doit être mentionnée ici, car elle entra, pour un 
temps, dans l'orbite ecclésiastique de Narbonne. 

Le groupe formé au delà du Rhône par les provinces de 
Viennoise, de Narbonnaise II®, des Alpes Grées et Penni- 
nes, des Alpes Maritimes, s'arrondit, vers 575, par l'an- 
nexion de l'ancienne province des Alpes Cottiennes et de 



(1) LoUève fut quelque temps soumise aux Francs; son évcquc assista, en 
535, au concile austrasicn de Clermont. En 589 et depuis il figure réguliè- 
rement aux conciles d'Espagne. 

(2) Ce nom se trouve déjà, et pour désigner le pays où nous sommes, 
dans Sidoine, £/v., III, 1. 



DIVISIONS POLITIQUES APRÈS l'eMPIRE ROMAIN. 83 

la cité d'Aosle. De ce côlé, l'empire franc déborda un peu 
le faîle des Alpes (1). 

Les partages successifs entre les princes mérovingiens 
introduisirent ici, à certains moments, quelques différences 
dans l'appartenance politique. La civitas Helviorum passa, 
dès 534, au royaume d'Austrasie; elle demeura, dans les 
partages subséquents , annexée au groupe des provinces 
que ce royaume possédait au delà de la Loire et dont 
l'Auvergne formait le centre. Il en fut de même d'Uzès, 
soit alors, soit depuis 536, ou encore depuis la mort de 
Clotaire (561). Ces deux cités ou diocèses sont sur la rive 
droite du Rhône. La rive gauche, autant qu'il est possible 
de s'en assurer ("2), passa tout entière, en 534 et en 536, 



(I) A partir de ce temps-là, les notices des provinces italiennes, tout en 
conservant le nom des Alpes Colliae, le transportent à un pays différent, à 
la région sud-ouest de la Ligurie administrative du quatrième et du cin- 
quième siècle, c'est-à-dire à la vraie Ligurie ancienne. Paul Diacre suit ce 
système, mais il avait des racines anciennes, que P. Fabre a fort bien mises 
en évidence dans son mémoire sur le patrimoine des Alpes Cottiennes {Mé- 
langes de l'Ecole de Rome, t. IV, 1884, p. 402 et suiv.) et que Mommsen 
(Auct. ant., t. IX, p. 536) a eu tort de négliger. 

(1) En ce qui regarde le partage de 534, Marins d'Avenches y fait inter- 
venir Clotaire : « Childebertus, Chlotarius et Theudebertus Burgundiam 
obtinuerunt, et fugato Godomaro rege, regnum ipsius diviserunt. » Mais 
Grégoire de Tours nous a conservé le souvenir d'une campagne de Childe- 
bert et de Théodebert contre Clotaire [Hist. Fr., III, '28); il représente {III, 
24, 31) Ghildebert comme très intime avec Théodebert, très mal disposé, au 
contraire, pour Clotaire. Il n'est pas possible de prouver qu'aucune cité 
burgonde (pour Vienne, voir plus loin) ait été soumise à Clotaire avant 
qu'il n'eût hérité de l'Austrasie (555) et du royaume de Paris (558). Childe- 
bcrt céda, en 534, plusieurs cités importantes à Théodebert (Bourges, Sens 
[ville], Auxerre); de plus, il lui laissa s'adjuger, dans le partage de la Bur- 
gondic, les cités d'Autun, Chalon-sur-Saône, Langres, Avenches, Viviers, 
probablement encore celles de Nevers et de Besançon. En lui attribuant le 
reste du royaume conquis, c'est à peine si on lui fait part égale. M. Lon- 
gnon {loc. cit., p. 231) assigne à tort le Valais à Théodebert, en se fondant 
sur la présence de l'évéque Grammatius au concile austrasien de Clermont 
(535); Grammatius était évéque de Vindonissa et non du Valais. — En 536, 
Clotaire e=t, il est vrai, mentionné par les historiens grecs comme ayant 
traité avec Vitigès; mais Grégoire de Tours (III, 31) rapporte que l'argent 
versé par les Goths fut partagé entre Childebert et Théodebert, et r|ue Clo- 
taire n'en toucha rien; il ne dit mot des provinces; je suis bien porté à 
croire qu'il en fut d'elles comme de l'argent. Théodebert s'attribua les pro- 
vinces riiotiques et poussa ses conquêtes jusqu'en Norique et en Panuouie; 



84 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aXCIENNE GAULE. 

aux mains de Childebert, fils de Clovis. Clotaire y régna 
ensuite (558-561), puis Gontran (561-592). 

Au temps de Gontran, toutefois, le royaume d'Austrasie 
s'étendait jusqu'en Provence, où il possédait Avignon, Aix 
et la moitié de Marseille (1). 

Cette extension austrasienne , ce dédoublement de la 
Provence entre deux obédiences politiques, se reproduisit 
ensuite, chaque fois qu'il y eut en même temps un roi 
d'Austrasie et un roi de Bourgogne, c'est-à-dire de 595 à 
612, de 639 à 656, de 663 à 678. Depuis 678 jusqu'en 855, 
toutes les provinces entre les Cévennes et les Alpes de- 



le lot de Childebert eût été maigre si on ne lui eût pas donné toute la Pro- 
vence. — Théodebertet Childebert sont les seuls rois de ce temps que l'on 
voie en rapports avec l'Italie; le premier se mêle activement à la guerre 
gothique; le second traite avec le pape pour les affaires du vicariat d'Ar- 
les. Il était sûrement le souverain d'Arles et de Lyon; aucune cité de la 
rive gauche du Rhône n'est indiquée, dans un document sérieux, comme 
relevant de Théodebert ou de Clotaire. Si celui-ci a gagné quelque chose 
aux acquisitions faites par les Francs en 534 et en 536, c'est, sans doute, 
par voie de compensation : il était aisé de l'avantager en Aquitaine ou 
même ailleurs. 

(!) Marseille était partagée {Hist. Fr., IV, 44; VI, 2, 11. 31, 33; et le par- 
tage s'étendait vraisemblablement à la ville et au port lui-même. La ville 
d'Avignon était austrasienne (Hist. Fr., IV, 30; VI, 1), mais une partie du 
pays appartenait au royaume de Gontran (VI, 43, 45). L'évêque d'Aix était 
sujet de Sigebert (GL conf., 60). Toulon relevait sûrement de Gontran; son 
évéque assista, en 573, au concile de Paris, où ne figura aucun prélat aus- 
trasien (on n'en peut dire autant du concile de Màcon, en 585). Pour Fré- 
jus, que M. Longnon attribue à l'Austrasie, il n'y a aucune raison de le 
faire si ce n'est q«e son évéque ne figure à aucun des conciles de Gontran : 
cela n'est pas suffisant. Pour Vence, le texte allégué (Hist. Fr., IX, 24) 
n'est pas non plus très concluant. L'évêque d'Agde, Phronimius, abandonne 
le pays wisigoth pour se réfugier auprès du roi d'Austrasie, Childebert II; 
neuf ans après, en 588, le siège de Vence étant devenu vacant, il y est 
nommé rege laryiente. Est-il sur qu'il s'agisse ici du même roi que dans la 
phrase précédente, et, en cas d'affirmative, ne peut-on pas admettre que le 
crédit de Childebert II auprès de son oncle, avec lequel il était alors très 
bien, ait suffi pour lui permettre de caser dans le royaume de Gontran un 
prélat persécuté en Septimanie pour son dévouement à la nation franque ? 
En tout cas, on voit très bien pourquoi les Austrasiens tenaient à Mar- 
seille, ainsi qu'aux territoires d'Aix et d'Avignon, qui reliaient ce grand 
port à Uzès et à leurs domaines d'Aquitaine; mais on ne voit nullement 
pourquoi ils auraient recherché la possession de Vence, petit canton alpin, 
sans valeur propre et séparé de leur territoire par des cités sûrement bour- 
guignonnes, .\ntibcs, Glandève, Riez, etc. 



DIVISIONS POLITIQUES APRÈS l'eMPIUE ROMAIN. 85 

meurérent soumises aux mêmes princes mérovingiens 
puis à Pépin le Bref, Charlemagne, Louis le Pieux, Lo- 
thaire. A la mort de celui-ci, le groupe principal passa à 
l'un de ses fils, Charles de Provence. Cependant, il y eut, 
sur le pourtour occidental et septentrional , quelques 
changements d'attributions. Aoste fut rattachée, en 855, 
au royaume d'Italie (Louis II); Genève et Sion furent un 
moment (855-859) annexées à celui de Lothaire II ; Ta- 
rantaise, qui appartint aussi, de 855 à 858, à Lothaire II, 
rentra, en 858, dans le domaine du roi Charles. Celui-ci 
étant mort en 863, ses états passèrent à son frère Louis II, 
sauf Uzès, Viviers, Vienne et le pays de Sermorens (Voi- 
ron), démembré de Grenoble; ces contrées tombèrent aux 
mains de Lothaire II, puis, en 870, de Charles le Chauve. 
Celui-ci ayant hérité, en 875, de son neveu Louis 11, 
l'union se reconstitua. Mais elle ne prit sa forme définitive 
qu'à partir de la proclamation de Boson comme roi de Pro- 
vence à l'assemblée de Mantaille, le 15 octobre 879. 

Les trois cités de Genève, du Valais et d'Aoste restèrent, 
il est vrai, aux mains de Charles le Gros et firent partie, 
depuis 888, du royaume de Bourgogne [regnum lurense) ; 
mais dans le reste des provinces alpines et dans l'ancienne 
Gallia Narbonensis^ jusqu'à Uzès et Arles, on reconnut 
l'autorité du nouveau souverain. 



CHAPITRE II 

LES MÉTROPOLES DU SUD-EST ET LA PRIMATIE d'aRLES (1) 

On ne saurait étudier la formation de la province ecclé- 
siastique d'Arles sans s'occuper en même temps d'une 
institulion d'un caractère bien différent, le vicariat ponti- 
fical dont les evêques d'Arles ont été investis à diverses 
époques. Je vais donc, dans les pages qui suivent, traiter 
des deux choses à la fois : du vicariat et de la province ; 
du vicariat, dont il ne fut régulièrement question qu'au 
V^ et au W siècle; de la province, qui se constitua au 
V siècle et se maintint depuis avec diverses vicissitudes. 

Le jeudi saint 22 mars 417, le pape Zosime, ordonné 
quatre jours auparavant, délivra à l'évéque d'Arles Palrocle 
une lettre (2) qui lui attribuait ou lui reconnaissait, à lui 
et à ses successeurs, des pouvoirs considérables. L'évéque 
d'Arles devenait métropolitain , non seulement de la pro- 



(1) Les questions traitées dans ce chapitre ont été étudiées récemment 
par M. W. Gundlach en deux articles du Neues Archiv (t. XIH, p. Î50 ; 
t. XIV, p. 9), lesquels ont été ensuite réunis en volume, avec quelques com- 
pléments, sous le titre Der Slreit der Bisthûmer Arles und Vienne, Ha- 
novre, Hahn, 1890. Au lieu de m'arrcter à discuter les points sur lesquels 
mon avis diffère de celui de M. Gundlach, j'ai cru devoir m'en tenir à l'e.x- 
position de mes propres idées. Les sources sont assez accessibles pour que 
le lecteur qui en aurait le désir puisse y recourir aisément et se faire une 
opinion personnelle. — La même observation s'applique à la thèse singu- 
lière de M. E. Babut sur le concile de Turin, dont il fait deux conciles, 
l'un tenu vers 405, l'autre en 417 [Le concile de Turin, Paris, 1904). J'ai 
exposé dans la Revue Idslorique, t. LXXXVII (1905), p. 279, les raisons 
pour lesquelles ce système me paraît absolument inacceptable. 

(2) Jaffé, 328. 



LES MÉTROPOLES DU SUD-EST ET LA PRIMATIE d'aULES. 87 

vince de Viennoise, à laquelle appartenait sa ville épisco- 
pale, mais encore des deux provinces de Narbonnaise P^et 
de Narbonnaise II® (1). De plus, le pape faisait de lui une 
sorte d'intermédiaire entre l'épiscopat des Gaules et le 
siège apostolique. Désormais aucun évêque, aucun clerc 
des pays gallicans ne devait être admis auprès du pape s'il 
n'était porteur de lettres testimoniales {lillcrae formatae) 
délivrées par l'évêque d'Arles. Toutes les affaires ecclésias- 
tiques de Gaule devaient être déférées à l'évoque d'Arles, 
à moins que leur gravité ne nécessitât l'intervention du 
pape lui-même. 

Cette lettre de privilège n'est pas isolée. Tant que Zo- 
sime vécut, il maintint à Patrocle la situation prééminente 
qu'il lui avait attribuée aux premiers jours de son pontifi- 
cat. Mais Zosime ne siégea pas deux ans. Dès l'année 419, 
Boniface, son successeur, entra dans une voie différente 
où marchèrent aussi les papes suivants, de sorte que la 
primalie d'Arles, à peine inaugurée, s'éclipsa. De ces né- 
gociations, cependant, il subsista quelque chose. Si les 
évêques de Narbonne et de Vienne parvinrent à se faire 
reconnaître comme métropolitains, Arles garda dans son 
obédience tout le midi de la Viennoise, avec les deux pro- 
vinces de Narbonnaise IP et des Alpes Maritimes. Un 
instant même, le pape Hilaire (461-468) reprit le dessein de 
constituer à Arles une sorte de siège primatial des Gaules. 
Mais ce projet, contrarié par les circonstances, fut bientôt 
abandonné. La Provence, occupée par les Wisigoths, se 
vit séparée de Rome. La primatie d'Arles cessa de faire 
parler d'elle aussitôt que les grandes administrations ro- 
maines dont Arles était le centre, se furent repliées sur 
l'Italie (480). 

Mais ces administrations se réinstallèrent, une trentaine 



(1) Oa ne parle pas de la province des Alpes Maritimes; mais il y a lieu 
de croire qu'elle aussi était considérée comme rattachée à la métropole 
d'Arles. Cette situation était déjà traditionnelle lors ilu concile de Riez, 
en 439; elle se maintint jusqu'à la fin du VllI' siècle. 



88 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

d'années plus tard, après l'effondrement du royaume des 
Wisigoths (507). Le roi de Ravenne, Théodoric, qui conti- 
nuait en Italie le régime impérial, en étendit le bénéfice à 
la partie de la Gaule qu'il s'était annexée à la faveur des 
derniers événements. Arles revit le préfet du prétoire des 
Gaules et tout son cortège de dignitaires administratifs. 
On crut le moment opportun pour y installer aussi un vi- 
cariat pontifical : l'évéque Césaire reçut (1), avec le pal- 
lium, la mission de représenter le pape auprès de l'epis- 
copat des Gaules et de l'Espagne. Ce dernier pays était 
alors soumis en fait à Théodoric, comme tuteur du jeune 
roi Amalric. On ne voit pas que Césaire ait jamais usé de 
ces pouvoirs, soit dans la Gaule gothique, soit surtout dans 
les pays soumis aux Burgondes ou aux Francs. Quand il 
mourut, en 542, la Gaule, sauf la Septimanie, était tout 
entière franque; la ville d'Arles reconnaissait l'autorité du 
roi Childebert. Le lien était tranché entre elle et l'Espa- 
gne, y compris la Narbonnaise I", Narbonne, Béziers, Ni- 
mes, etc. Les successeurs de saint Césaire, Auxanius. Au- 
rélien, Sapaudus , n'en furent pas moins soucieux de se 
faire reconnaître à Rome comme vicaires pontificaux et de 
se faire décorer du pallium. Mais il n'y avait plus là que 
des formes. Sous le régime franc, le vicariat d'Arles ne 
rendit au saint-siège aucun service appréciable. En dehors 
d'Arles et de la Provence, on ne voit pas que le pallium 
des successeurs de saint Césaire leur ait valu beaucoup de 
prestige. Dans les conciles nationaux, on les traitait tou- 
jours comme des métropolitains ordinaires. Passé le 
VP siècle, il n'est plus question du vicariat. 

Telle est l'histoire du vicariat, dans ses grandes lignes. 

Venons maintenant au détail, et, tout d'abord, concen- 
trons notre attention sur l'origine de celte institution, au 
temps de Zosime et de Patrocle. Il y a là, je crois, une si- 
tuation historique dont on n'a pas tenu jusqu'ici un compte 

(1) Jaffé, 769. 



LES ORIGINES. 89 

suffisant. Dans son entreprise pour rattacher jtlus étroite- 
ment au saint-siège l'épiscopat des Gaules, le pape Zosime 
n'a pas rencontré le succès; on peut même lui re[)rocher 
d'avoir mal choisi son princi[)al instrument, l'évoque Pa- 
trocle. J'irai plus loin et je reconnaîtrai sans détour que, 
dans cette affaire comme dans plusieurs autres, se trahit 
le naturel inquiet, agile, du personnage qui occupait alors 
le siège pontifical. Ce n'est pas à dire pour cela qu'il ait 
agi sans raisons, qu'il ait engagé à l'aveugle l'autorité dont 
il était dépositaire, qu'il ail été en tout le jouet d'un prélat 
ambitieux et bien en cour. 



LES ORIGINES 

Quelles avaient été à l'origine, quelles étaient au com- 
mencement du V siècle, les relations entre le saint-siège 
et les évoques des Gaules? 

A l'origine, la chose est aussi claire que possible. Les 
seuls documents qui nous restent sur l'histoire de nos 
églises avant Constantin, ce sont les lettres des martyrs de 
Lyon de l'année 177, les écrits de saint Irénée, la lettre QS" 
de saint Cyprien. Rien n'est plus propre que ces pièces à 
nous montrer l'étroite union qui régnait entre Rome et les 
églises de Gaule , notamment celles de Lyon et d'Arles. 
Les martyrs de 177 sont en rapports épistolaires avec le pape 
Eleuthère ; ils lui écrivent (1) à propos des prophéties 
montanistes, l'appelant leur i)ére, llarsp 'EXeuOspe, et lui re- 
commandant le porteur de leur lettre, le prêtre Irénée, en 
termes qui supposent des relations antérieures et un cer- 
tain crédit. Quant à saint Irénée lui-même, très mêlé aux 
affaires intérieures de l'église romaine, très au courant de 
son histoire, c'est peut-être celui de tous les Pères de 

(l) Eusèbe, H. E., V, 3, 4, 



90 FASTES ÉPISCOPAUX DE LANCIENNE GAULE. 

l'Église qui a prononcé les plus fortes paroles sur la né- 
cessité de se tenir en union avec le siège apostolique. Au 
milieu du IIP siècle, la lettre de saint Cyprien nous le 
prouve, s'il se produisait un désordre grave dans l'église 
de Gaule, on avait soin d'en informer le pape, on consi- 
dérait que sa responsabilité était engagée, on lui attribuait 
le droit et le devoir de pourvoir au remplacement d'un 
évêque dévoyé (1). 

Sed liaec fuere prius. Au IV^ siècle, on ne rencontre rien 
de semblable. Sans doute, le concile d'Arles de 314 nous 
a laissé une lettre empreinte des sentiments les plus res- 
pectueux à regard du pape Silvestre et du saint-siège ; 
mais cette pièce émane d'une assemblée de tout l'épiscopat 
d'Occident : bien qu'il convienne d'en tenir compte, on 
doit noter qu'elle n'exprime pas spécialement les senti- 
ments de l'épiscopat gallo-romain. Celui-ci devenait très 
nombreux. A la faveur de la liberté religieuse, les évéchés 
se multipliaient rapidement : il y en eut bientôt un dans 
chaque cité. Quelle influence le saint-siège eut-il sur ce 
développement et sur le progrès de l'organisation ecclé- 
siastique au cours du IV* siècle? Il serait impossible de le 
dire, les documents faisant complètement défaut. Toutefois, 
s'il s'était produit quelque événement extraordinaire, il en 
serait bien resté trace, au moins dans la Chronique de 
Sulpice Sévère. 

Pendant la crise arienne (353-360), l'épiscopat du midi, 
de l'ancienne Gaule narbonnaise, paraît s'être rallié autour 
de l'évêque d'Arles, Saturninus, favori de l'empereur Cons- 
tance; les autres évêques avaient pour chef moral saint 
Hilaire de Poitiers. Mais ces groupements sont dus à des 
circonstances personnelles; ils n'impliquent aucune préé- 
minence des sièges d'Arles et de Poitiers. Ces villes, du 



(1) Le même sentiment se retrouve dans les plus anciennes légendes sur 
l'évangélisation des Gaules. C'est de Rome que Grégoire de Tours fait en- 
voyer ses sept missionnaires, ainsi que saint Eutrope de Saintes; c'est aussi 
{le Rome qu'était venu à Auxerre saint Pérégrin. 



LES ORIGINES. 91 

reste, n'avaient alors aucune prééminence officielle. C'est 
à Trêves et à Vienne que l'importance était échue ; la 
vieille métropole lyonnaise, très entamée dès le IIP siècle, 
ne conservait que le souvenir de son ancienne splendeur. 
A Trêves résidait l'empereur, quand il y en avait un pour 
les pays transalpins; en tout cas, il y avait là un préfet du 
prétoire, duquel relevaient les gouverneurs de province 
depuis la frontière d'Ecosse jusqu'au delà du détroit de 
Gadès. Bien d'autres admininistrations importantes y avaient 
leur centre. Vienne était le siège du vicariat des cinq (plus 
tard des sept) provinces entre lesquelles se subdivisait la 
Gaule du centre et du midi. Dans cette dernière région, 
Narbonne faisait encore quelque figure comme chef-lieu de 
province. Quant à Arles, elle avait le relief d'une ville im- 
portante par son commerce et sa population, tout comme 
ses voisines. Ni mes et Marseille. 

Il semble que, du moment où les vieilles traditions 
allaient en s'effaçant, du moment où l'on se détachait de 
la mère-église de Lyon, on aurait dû chercher à se rallier 
autour de Trêves et de Vienne. Il n'en fut rien. Les rares 
documents où apparaît alors l'épiscopat des Gaules le cir- 
conscrivent beaucoup plus qu'ils ne le groupent. L'expres- 
sion consacrée pour le désigner c'est Episcopi GalUarum et 
V (ou VII) provinciorum. On la rencontre dans les lettres 
synodales des conciles de Valence (375), de Nimes (396), 
de Turin (v. 400), ainsi que dans la correspondance des 
papes Zosime et Boniface. Aux conciles de Valence et de 
Nimes, dont nous avons les signatures, ou trouve, comme 
président, le plus ancien évêque et non celui d'un siège 
déterminé : Lyon, Trêves, Arles, Vienne, n'ont ici aucune 
préséance. Il y a plus ; l'institution des métropoles, qui 
fonctionnait depuis longtemps en Orient, ne se révêle pas 
encore dans les décrets de Valence et de Nimes. C'est au 
concile de Turin qu'il en est question pour la première 
fois, et comme d'une chose j)eu définie. Les évéques de ce 
concile ne savent pas si c'est à révéque d'Arles ou à celui 



92 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

de Vienne que doivent être attribuées les fonctions de 
métropolitain dans la province à laquelle appartiennent ces 
deux sièges. L'évêque de Marseille, vraisemblablement en 
vertu d'un ancien usage, est considéré comme le métropo- 
litain de la Narbonnaise IP, bien que sa ville épiscopale 
soit en Viennoise. Nous sommes évidemment aux origines 
du système métropolitain, en ce qui regarde la Gaule 
ecclésiastique. 

Mais, cet épiscopat si peu groupé, si peu hiérarchisé, 
quelles sont ses relations extérieures ? 

Ici, on doit signaler une situation nouvelle. A l'origine, 
on ne s'adressait qu'à Rome; maintenant il y a une ten- 
dance à s'adresser aussi, et peut-être plus volontiers , à 
Milan (1). 

L'épiscopat des Gaules avait délégué deux de ses mem- 
bres au concile d'Aquilée, tenu en 381, par saint Ambroise, 
pour le règlement de certaines affaires ecclésiastiques de 
rillyricum. A ce concile, le pape ne fut ni présent ni re- 
présenté. C'était avant tout le concile du diocèse d'Italie, 
c'est-à-dire de la haute Italie, dont le chef était l'évêque de 
Milan. En 390, les évêques des Gaules, divisés à propos de 
l'ordination de l'évêque de Trêves, Félix, allèrent porter 
leur querelle devant le même concile, tenu cette fois à 
Milan, toujours sous la présidence de saint Ambroise. C'est 
après la mort de celui-ci que se réunit le concile de Turin, 
lequel, bien entendu, est toujours le concile d'Italie, le 
concile de l'évêque de Milan. Sa principale occupation fut 
de régler un certain nombre d'atfaires que les prélats de 
la vallée du Rhône et même des autres régions de la Gaule 
vinrent soumettre à son autorité. 

Ainsi le pli se prenait; il était même déjà pris. Toutes 
les fois que l'on avait entre soi un dissentiment grave, que 
l'on désespérait de régler en Gaule, on le portait à l'évêque 



(1) Sur ceci, voyez mon livre Origines du culte chrétien, p. 32 et suiv. ; 
cf. p. 84-89. 



LES ORIGINES. 93 

de Milan et à son concile. Ce n'était pas que l'on mésesti- 
mât le siège apostolique, sa tradition, ses lumières; mais 
on croyait apparemment que les évoques de la haute Italie 
étaient mieux renseignés sur l'état des choses en Gaule, et 
l'on s'adressait à eux plus volontiers. Ce que l'on deman- 
dait à Rome, c'était plutôt* de la législation : on la consul- 
tait sur des cas de morale ou de discipline générale; une 
église aussi ancienne, aussi importante, était en situation 
de donner de bons conseils. Ici, nous pouvons citer, pré- 
cisément pour le temps qui nous occupe, le Synodus Roma- 
norum ad Gallos episcopos, avec les deux lettres du pape 
Innocent aux évoques Victrice de Rouen et Exupère de 
Toulouse (1). Ce ne sont que des réponses à des consulta- 
tions écrites ou même orales ; ce ne sont pas des décisions 
judiciaires. L'autorité traditionnelle, en fait de discipline, 
c'était toujours la vieille église de Rome; mais l'autorité 
pratique, le juge en cas de conflit, c'était le concile de 
Milan. 

Une telle situation était peu faite pour agréer aux papes ; 
et cela d'autant moins que les recours à Milan tendaient à 
passer en usage, même en d'autres pays que la Gaule. Les 
Africains et les Espagnols, en diverses occasions, étaient 
allés demander conseil à Milan tout aussi bien qu'à Rome. 
Milan était depuis plus d'un siècle la résidence ordinaire 
de l'empereur d'Occident. Cette circonstance avait évidem- 
ment influé sur le prestige de son évéque. Allait-on voir, 
en Occident comme en Orient, l'épiscopat graviter autour 
de la ville impériale? Déjà les Africains étaient organisés 
et formaient autour de l'évêque de Carthage un faisceau 
très serré : Carthage n'était guère moins autonome 
qu'Alexandrie. N'était-ce pas une Constantinople italienne 
qui se dessinait à Milan? Que deviendrait alors le prestige 
du siège apostolique? Le sénat de Rome n'était plus 
qu'une grande curie municipale ; autrefois maître du 

(1) Jaffé, 286, 293. 



94 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENXE GAULE. 

monde, il ne jouissait plus que d'un majestueux honora^ 
riat. Etait-ce là le sort que l'avenir réservait au siège de 
saint Pierre? 

Que les papes se soient préoccupés de cette situation et 
que leurs inquiétudes se soient exprimées dans leur lan- 
gage et dans leurs actes, c'est ce qu'il y a de plus naturel. 
A cet égard, la lettre du pape Innocent à l'évéquede Rouen, 
Victrice, est très intéressante à étudier. 

Innocent prévoit le cas où un conflit éclate entre des 
clercs , même d'ordre supérieur, c'est-à-dire évoques. Il 
veut qu'alors le débat soit jugé dans la province même et 
non pas en d'autres provinces (1). Sur ce point, il n'admet 
qu'une exception, c'est le cas où l'on s'adresserait à Rome. 

Le terme de «. province » est ici un peu vague. Il n'est 
pas sûr que le pape ait entendu par là des provinces admi- 
nistratives comme celles que vise le canon 5® du concile 
de Nicée. Le régime des provinces ecclésiastiques calquées 
sur les circonscriptions civiles n'avait point été introduit 
en Italie; on peut même dire qu'il ne le fut jamais. Les 
ressorts métropolitains de Rome, de Milan, de Ravenne, 
ne coïncident nullement avec des provinces administrati- 
ves. Je crois plutôt que le pape considère ici la Gaule 
comme une vaste province et qu'il engage les évoques de 
ce pays à terminer leurs querelles chez eux, sauf le cas 
où ils préféreraient recourir au saint-siège. En toute hypo- 
thèse, il est clair qu'une pareille prescription exclut, pour 
les églises de Gaule, la compétence du concile de la haute 
Italie. 

Innocent présentait cette prohibition comme très impor- 
tante : l'enfreindre, c'était, selon lui, se mettre dans le 
cas d'être déposé et puni comme coupable d'une grave in- 



(1) a Congregatis eiusdem provinciae episcopis iurgium terminetur, nec 
alicui liceat — sine praeiudicio tamen Romanae ecclesiae cui in omnibus 
causis débet reverentia custodiri — relictis his sacerdotibus qui in eadeni 
provincia Dei Ecclesiam nutu divino gubernant, ad alias convolarc provin- 
cias. M Jafifé, 28(3, c. 5. 



PATROCLE. 95 

justice (1). Cependant sa décision ne se produisait pas avec 
une solennité suffisante pour que l'on en pût espérer beau- 
coup d'effet. Elle fait partie d'un petit liber regulanim, 
donné par lui, sur sa demande, à l'évêque de Rouen. Ce- 
lui-ci est bien chargé de le répandre autour de lui , mais 
Innocent s'en rapporte sur ce point au zèle de Victrice. Il 
n'adresse pas sa consultation à l'épiscopat gallican tout en- 
tier, episcopis per Gallias et septem provincias. Ce n'est pas 
avec cette démonstration timide que Ton fût venu à bout 
de détourner le courant qui portait vers Milan les procès 
des évêques transalpins. 



II 



PATROCLE 

Zosime, successeur d'Innocent, eut recours à des voies 
beaucoup plus pratiques. 

Si les évêques de la haute Italie avaient tant de crédit 
aux yeux de leurs collègues de Gaule, c'est qu'ils étaient 
groupés, organisés, hiérarchisés, et que leur chef était 
l'évêque d'une ville de très grande importance. Qu'une 
autorité de cet aspect se rencontrât à l'ouest des Alpes, 
c'en serait assez pour que les procès gallicans ne franchis- 
sent pas les cols. Que cette autorité tînt ses pouvoirs du 
siège romain et se prêtât à être au besoin l'intermédiaire 
entre le pape et le clergé des Gaules, c'était autant qu'il 
en fallait pour calmer les inquiétudes des pontifes aposto- 
liques et renouer l'antique tradition des rapports avec Rome. 
Or, précisément au moment où nous sommes, la situation 
politique prenait une tournure très propre à favoriser une 
institution de ce genre. 

Les promenades militaires des Goths à travers l'Italie 



(1) « Quod si quis forte praesumpserit, et ab ofBcio clericatus submotus 
et iniuriaruin reus ab omnibus iudicetur. u 



% FASTES ÉPISCOPAUX DE l" ANCIENNE GAULE. 

avaient contraint renipcreur latin à délaisser momentané- 
ment Milan [)onr chercher dans les marécages de Ravenne 
un asile plus sur, plus voisin de sa ligne de retraite sur 
Consiantinople. En même temps, les barbares de Germanie 
violaient à chaque instant la frontière du Rhin et le pres- 
tige de Trêves. Il n'était plus possible de maintenir en un 
lieu si exposé le centre du gouvernement transalpin. Les 
provinces de Bretagne avaient été laissées à elles-mêmes. 
En se repliant vers le sud, on s'était arrêté à Arles, à por- 
tée de l'Espagne, dont on ne désespérait pas encore, et 
de l'Italie, où était toujours le centre de gravité politique. 
Arles avait été capitale d'empire sous le gouvernement de 
l'usurpateur Constantin (407-411). Reconquise, après un 
long siège, par le favori d'Honorius, le général Constance, 
elle avait su faire oublier son opposition momentanée. 
C'était évidemment, pour l'avenir, le centre de l'influence 
romaine au delà des Alpes, la capitale de ce que l'empire 
pouvait espérer conserver de ses anciennes provinces en 
Gaule et en Espagne. 

II n'y avait pas besoin d'être très perspicace pour voir 
clair dans cette situation. Le pape Zosime la comprit tout 
de suite et s'empressa d'en profiter. Mais, en cette affaire 
comme en plusieurs autres, s'il aperçut clairement le but 
à atteindre, il ne montra pas le même discernement dans 
le choix des moyens et l'appréciation des personnes. 

Au moment de son élection, la grande influence politi- 
que, dans l'empire d'Occident, c'était le [latrice Constance, 
le vainqueur d'Arles, devenu le [irotecteur et comme le 
père de cette cité, conquise par ses armes ou sa diploma- 
tie. Au-dessous de lui, dans les avenues qui conduisaient 
à ses bonnes grâces, un autre Artésien de rencontre, l'évo- 
que Patrocle, faisait volontiers parade de sa faveur. C'était 
un assez triste personnage. Au temps de l'usurpateur Cons- 
tantin, Arles, comme plusieurs autres villes des Gaules, 
avait à sa tête un évêque du type de saint Martin, un de 
ses disciples : il s'appelait Héros. Ce saint homme avait 



PATROCLE. 97 

eu le tort de ne pas sacrifier Coiislanliii alors que tout le 
monde l'abandonnait. Quand la ville fut livrée au général 
d'Honorius, il avait été sti[)ulé que le malheureux prince 
aurait la vie sauve. Les serments de Constance ne suffisant 
pas à le rassurer, l'évèque lui donna dans son église la 
protection de l'asile religieux; pour plus de sûreté, il crut 
devoir l'ordonner prêtre. Cela ne le sauva pas. On l'arra- 
cha de l'autel, et, peu de jours après, sa télé fut expédiée 
au « légitime » empereur, à Ravenne. 

Quant à l'évèque Héros, on ne se donna pas même la 
peine de lui faire son procès : on l'expulsa purement et 
simplement. Son collègue d'Aix, Lazare, un autre disciple 
de saint Martin, fut évincé par le même procédé. On eût 
sans doute agi de la même façon à l'égard de l'évèque de 
Marseille, le vénérable Proculus ; mais celui-ci était un 
homme de tête, très aimé de sa population, peut-être plus 
habile que ses collègues. Il conserva son siège. 

On ne sait quel fut à Aix le successeur de Lazare. En 
revanche, on ne connaît que trop le successeur d'Héros 
sur le siège d'Arles. Les contemporains (1) le représentent 
non seulement comme l'âme damnée du patrice Constance, 
mais encore comme un prélat simoniaque, qui mit bientôt 
à l'encan, dans un commerce infâme, les sièges épiscopaux 
du midi de la Gaule. Ces témoignages n'existeraient pas 
que l'on ne serait déjà que trop fondé à se scandaliser de 
son élévation à l'épiscopat. Accepter ces fonctions du 



(1) Témoignage de saint Prosper, Chron., a 412 (Migne, P. L., t. LI, 
p. 590): «Héros, vir sanctus et b. Martini discipulus, cum Arelatensi oppido 
episcopus praesideret, a populo ciusdem civitatis insons et nulli insimuia- 
tioni obnoxius pulsus est, inque eius locum Patroclus ordinatus, amicus et 
familiaris Constantii magistri militum, cuius per ipsum gratia quaerebatur; 
eaque res inter episcopos regionis illius magnarum discordiarum causa fuit. » 
— Témoignage de la Chronique do 452, rédigée en Provence par un con- 
temporain de saint Prosper, avec des préoccupations théologiques opposées 
à celles du célèbre disciple de saint Augustin; Migne, l. c, p. 862 : « Pa- 
troclus Areiatensis episcopus infami niercatu sacerdotia venditare ausus. » 
Cf. la récente édition de Mommscn, M. G. Auctores anliqiiissimi, t. IX, 
p. 46G, 054. 



98 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULË. 

vivant d'un évéque dont la destitution n'avait été pronon- 
cée par aucun tribunal ecclésiastique, cela décèle une 
conscience des moins timorées. 

Patrocle se trouvait à Rome au moment de l'élection de 
Zosime. Eut-il quelque influence sur le choix du nouveau 
pape ? On n'en sait rien. Ce qui est sûr, c'est que, dès le 
{)remier jour, il fut persona gralissima et que son crédit 
demeura intact pendant les vingt et un mois de ce ponti- 
ficat. Ce que l'on peut dire de plus favorable pour Zosime, 
c'est que la grande situation officielle de Patrocle ferma 
les yeux de son supérieur ecclésiastique sur l'irrégularité 
de sa promotion et l'étrangeté de sa conduite. 

Jusqu'à sa mort il demeura obstinément attaché à l'évé- 
que d'Arles, s'en rapporta toujours à sa parole et trans- 
forma ses moindres désirs en décrets du saint-siège. 

Les désirs de Patrocle étaient nombreux et variés. 
Comme ils ont beaucoup d'intérêt pour l'histoire de l'orga- 
nisation ecclésiastique en Provence, je dois les énumérer 
en détail (1). 

Le premier concernait son propre diocèse épiscopal. Il 
contestait à l'évêque de Marseille deux paroisses, Citha- 
risla et Gargarius, qu'il disait appartenir au « territoire de 
son église. » Ces deux localités, actuellement Ceyreste et 
Saint-Jean-de-Garguier, sont situées l'une au sud-est, l'au- 
tre à l'est de Marseille; entre Marseille et Gargarius, il 
n'y a guère plus de quatre lieues. On peut s'étonner que 
la cité d'Arles se soit étendue aussi loin; cependant, il 
n'est pas possible d'en douter. Une inscription de Garga- 
rius (2) mentionne les pagani pagi Lucreti qui sunt finibus 
Arelatensium loco Gargario. Elle est du temps d'Antonin le 
Pieux. D'autres inscriptions, moins significatives, il est 
vrai, permettent cependant d'atïïrmer que Hyéres et Toulon 



(1) Sur ceci, voir les lettres de Zosime (Jaffé, 328-341). 
(î) C. /. L., XII, 594. 



PATROCLË. 99 

relevaient aussi, sous le haut empire, des magislrals ar- 
lésieiis (1). Marseille n'avait alors qu'une banlieue fort 
étroite, qui ne ooai[)renait pas même Allaucli et Aubagne, 
C'est, avec quelques localités de la côte, comme les îles 
d'Hyéres, Nice et Monaco, tout ce qui lui restait de Tim- 
mense territoire perdu par elle dans la guerre entre César 
et Pompée. 

On peut se demander, toutefois, si ces délimitations 
demeurèrent invariables, et si, au moment où Patrocle 
s'engageait sur ce point dans un conflit avec l'évéque de 
Marseille, le territoire de la cité marseillaise n'avait pas été 
notablement agrandi. Une chose est certaine, c'est que le 
diocèse de Marseille, dès le haut moyen-âge, comprenait 
les deux localités réclamées en 417 par l'évéque d'Arles; 
de plus, le diocèse de Toulon, à l'est de celui de Marseille, 
s'étendait sur des régions qui, au III® siècle encore, étaient 
artésiennes ; enfin, le diocèse d'Aix est plus grand que le 
territoire de l'ancienne colonie d'Aquae Sexliae (2). Comme 
les diocèses du moyen-âge correspondent sensiblement 
dans ces contrées aux cités de la fin de l'empire, on est 
fondé à croire que, postérieurement au II« siècle, et pro- 
bablement vers le temps de la réorganisation des provinces 
par Dioclétien, le territoire d'Arles fut considérablement 
diminué, du côté de l'est, au bénéfice d'Aix et de Marseille. 
Un cas semblable se présente pour Lyon. Lyon, sous le 
haut empire, n'avait qu'une mince banlieue ; on lui forma 
un territoire aux dépens de la cité éduenne. 

Ces remaniements sont toujours désagréables à ceux qui 
en font les frais. Quand les querelles des cités furent de- 
venues des querelles d'évêques, on vit souvent les évoques 
d'Arles en froid avec leurs collègues d'Aix et de Marseille. 
Ceci nous ramène à Patrocle. 



(1) C. 7. L., XII, 388, 696 (cf. Add., p. 817); C. Jullian, dans le Bullelin épi- 
grapliique de la Gaule, t. V, p. 166. 

('2) Sur les limites de ce territoire, voir C. /. L., XII, 531. Cf. Jiilli.m 
Bull, épigr., t. V, p. 12'2; t. VI, p. 172. 



100 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Il est assez étonnant qu'il n'ait pas réclamé Toulon, lo- 
calité sur laquelle il avait tout autant de droits que sur 
Citharista et Gargarius. L'évèque de Toulon assiste tou- 
jours aux conciles arlésiens du V* siècle, tandis que les 
èvêques de Marseille et d'Aix s'en abstiennent systémati- 
quement. Son siège avait peut-être été fondé par quelque 
évêque d'Arles. Sur ceci, cependant, les documents n'of- 
frent aucune indication, et le diocèse de Toulon peut fort 
bien avoir été démembré de celui de Marseille dans le 
courant du IV^ siècle. Nous savons au moins qu'à Mar- 
seille on était assez porté aux fondations de ce genre, et 
que l'on avait érigé en sièges épiscopaux ces deux vici de 
Citharista et de Gargarius, maintenant réclamés par l'évè- 
que d'Arles. On ne dit pas si ces fondations remontaient 
à une date antérieure au conflit ou si c'est à lui qu'elles 
devaient leur origine. 

Toujours est-il que Patrocle fît reconnaître par le pape 
son droit épiscopal sur les paroisses en litige. Il ne tarda 
pas à se débarrasser des évéques envoyés de Marseille. 
L'un d'eux, Ursus, se laissa effrayer et consentit à donner 
sa démission; l'autre, Tuentius, fut apparemment chassé 
sans trop de cérémonie ; tous les deux se virent réduits à 
l'exil, comme Héros et Lazare. Patrocle avait ses raisons 
de craindre les discours qu'ils pouvaient tenir sur son 
compte ; il les diffama si bien auprès du pape que celui-ci 
invita, par lettre (1) encyclique, l'épiscopat du monde entier 
à les repousser et à les considérer comme des scélérats. 

Il n'est pas douteux que l'évèque d'Arles ne se soit mis 
en possession de Citharista et de Gargarius. La première 
de ces localités faisait encore partie du diocèse d'Arles au 
temps de saint Césaire (2). A la longue, cependant, il in- 

(t) Jaffé, 331. 

['!) Vie de saint Césaire, II, 17 (Migne, P. /.., t. LXVII, p. 1033) : Cutn ad 
CitayislanHm parocliiam venissel [Gaesarius] oisilandi gralia... Dans l'in- 
tervalle, saint Ililaire d'Arles avait fait des concessions sur certaines de ses 
paroisses. Le pape Hilaire, saisi de cotte affaire par l'évèque Léonce, qui 
dcsirait rentrer en possession, remit le règlement au concjle provincial 




PATROCLE. 101 

terviiit un accord, sur la date duquel nous ne sommes pas 
renseignés, et l'évêque de Marseille reconquit ce qu'il avait 
perdu au temps du pape Zosime. 

Il est à noter ici que Zosime, dans les deux pièces rela- 
tives à cette affaire, ne dit pas que Citharista et Gargarius 
appartiennent présentement à la cité d'Arles. Il est ques- 
tion d'abord, dans sa première lettre, du territoire de 
Véglise d'Arles, non du territoire de la cité. 

Un peu plus bas, il est dit qu'en raison de sa dignité 
spéciale, la ville métropolitaine d'Arles ne doit subir aucun 
préjudice; qu'elle doit revendiquer toutes les paroisses 
qu'elle a possédées jadis, dans quelque territoire qu'elles 
soient situées, même en dehors de la province (i). Ce der- 
nier trait vise probablement le diocèse d'Aix , auquel Pa- 
trocle avait aussi quelques réclamations à faire. Dans la 
seconde lettre, il est dit qu'Ursus et Tuentius avaient été 
ordonnés évoques territoriis indebitis, ad Arelatensium ci- 
vitatem antiquitus pertinentibus. 

Si le pape était entré plus avant dans ce genre de con- 
cessions, s'il avait provoqué partout le remaniement des 
diocèses épiscopaux d'après les circonscriptions de l'ancien 
régime impérial, c'eût été un bouleversement universel (2). 



(Jaffé, 555). On peut admettre que Citharista et Gargarius sont visées dans 
cette lettre sans être nommées, que le concile arlésien les remit, en effet, 
sous l'autorité de Léonce, et que c'est en vertu de sa décision que saint 
Césaire y exerçait son ministère pastoral. Un arrangement postérieur dut 
intervenir, car les deux localités rentrèrent dans le diocèse de Marseille. 

(1) « Sane quoniam metropolitanae urbi vêtus privilegium minime dero- 
gandum est... ideirco quascumque paroecias in quibuslibet territoriis, 
etiam extra provincias suas, ut antiquitus habuit, intemerata auctoritate 
possideat. » 

[1) Patrocle ne fut pas le seul <à bénéficier de ces changements. Un évé- 
que Rémi (Remigius) reçut du pape Zosime une lettre, datée du 3 octo- 
bre 417, qui l'autorisait à réclamer contre les usurpations de Proculus de 
Marseille et de plusieurs autres évéques. Cette lettre (Jaffé, 337), publiée 
pour la première fois en 1870 (Maassen, Quellen, t. I, p. 955), est encore peu 
connue; elle a d'ailleurs été mal ponctuée par Maassen, si bien que le se- 
cond éditeur des Regesla ponlificum en donne une anal^'se qui est un véri- 
table contresens. Je crois donc devoir la reproduire ici : 

« Dilectissimo fratri Remigio Zosimus. Licet proxirae scripta dederimus 



10Î FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Le mieux était évidemment de s'en tenir aux délimitations 
du IV^ siècle; c'est ce que l'on fit en général, et, même en 
Provence, la nature des choses finit par l'emporter sur des 
prétentions surannées. 

Mais ce n'était pas seulement Patrocle qui s'autorisait, 
en cet ordre de choses, de relations anciennes. Son adver- 
saire, Tévéque de Marseille, cherchait de son côté à per- 



secuti canonum disciplinam traditionemque maiorum ne quis parrocias in 
altcrius territorio civitatis crederct rctinendas, tamen, quoniam libello tuo 
id egisti ut etiam ad te scripta specialiter mittcrentur, eas de quibus que- 
reris ecclesias per Proculuni et Domninum ceterosque dctineri nostra auc- 
toritate, hoc est apostolicae sedis statuto vel canonum, renioto omni prae- 
iudicio, dilectionem tuam ad se volumus revocare, frater carissinie; ita ut 
et ipse contentus parrociis iure tibi debitis alterius non usurpes. Deus te 
incolumem custodiat, frater carissirae Dat. v non. octobris, Ilonorio Aug. 
et Constanlio v. c. iterum conss. » 

11 serait intéressant de savoir où ce Rémi était évéque; plusieurs autres 
documents le mentionnent, mais aucun d'eux n'indique son siège. Il signa 
au concile de Nimes en 396; quelques années après, il est mentionné au 
concile de Turin (c. 2) comme s'étant ingéré sans droit dans certaines ordi- 
nations; il semble bien que l'on doive le compter parmi les évéques de la 
IP Narbonnaise qui contestaient les droits de Proculus; le chroniqueur de 
452 (Mommsen, l. c, p. 65"2) dit que Proculus permit de lui faire un procès 
en adultère : Proculus Massiliensis episcopus clarus habetur; quo an- 
nuenle mac/na de suspeclo aduUerio Remedi episcopi quaestio agilatur. 
Ceci est marqué dans la chronique à l'année 408, c'est-à-dire à une date 
antérieure à l'avènement de Patrocle. Le quo annuente semble indiquer 
aussi que Rémi était suffragant de Proculus, c'est-à-dire évéque de la IP Nar- 
bonnaise. n n'est pas étonnant, après ces rapports, qu'on le trouve, en 417, 
au nombre des adversaires de l'évoque de Marseille. 11 est encore nommé, 
en 419, dans une lettre du pape Boniface (J. 349), et cela aussitôt après Pa- 
trocle, ce qui prouve qu'il avait une certaine importance, due sans doute 
à son ancienneté dans l'épiscopat. Ce ne fut pas un évéque d'Aix : l'his- 
toire de Lazare le prouve assez. Apt et Fréjus sont également impossibles, 
leurs évéques Castorius et Leontius étant nommés, avec Rémi, en tète de 
la lettre de 419. On ne voit pas quelle querelle de limites eût été possible 
entre l'évéque de Marseille et ceux de Riez, Sisteron, Gap. Reste l'évéque 
d'.\ntibes, voisin de territoires côtiers qui avaient relevé et relevaient 
probablement encore de la cité de Marseille. Cependant il faut noter que 
l'on honorait à Gap, vers la fin du VP siècle, deux anciens évéques, Teri- 
dius et Remcdius, marqués au 3 février dans le martyrologe hiéronymien ; 
d'autre part, l'église de Digne, voisine de celle de Gap, fut fondée, dans la 
seconde moitié du IV' siècle, par les deux saints Vincent et Domnin. 11 est 
assez douteux que ce dernier vécût encore en 417 et qu'il soit le Domninus 
dont parle la lettre pontificale. 



PATROCLE. 103 

pétuer des relations métropolitaines un peu archaïques, 
qui remontaient sans doute à l'évangélisatiori du pays, 
mais qui n'étaient guère conciliables avec le système des 
circonscriptions administratives. 

Il est probable, comme j'ai eu l'occasion de le dire (1), 
que la ville grecque de Marseille s'ouvrit de bonne heure 
à la prédication chrétienne. Que, dans ce grand port, si 
fréquenté des Grecs d'Asie Mineure et des Syriens, il y ait 
eu, dés les premiers temps du christianisme, je dirais vo- 
lontiers dès le temps des apôtres, un petit noyau de fidèles, 
c'est ce qui est, en soi, très vraisemblable. De là, l'Evan- 
gile se répandit à l'intérieur du pays. On peut soupçonner 
que Marseille fut pour la Provence ce que Lyon fut pour 
l'ancienne Gaule celtique, une église-mère, un foyer de 
rayonnement chrétien. Arles dut être une de ses premières 
colonies. On y trouve des évéques dès le milieu du 
IIP siècle. Suivant une tradition recueillie par Grégoire 
de Tours, Trophime, le premier d'entre eux, aurait été en- 
voyé de Rome. Cette tradition paraît avoir des racines 
anciennes. Patrocle la fit valoir auprès du pape Zosime; 
encore qu'il en ait déduit ou fait déduire des conséquences 
excessives, rien n'autorise à croire qu'il l'ait inventée. En 
tout cas, que sa fondation remontât à l'église de Rome ou 
à celle de Marseille, il est sûr que la chrétienté d'Arles 
devint bientôt assez importante pour se soustraire à l'in- 
fluence de sa voisine. Au IV siècle, les évoques d'Arles 
jouent quelquefois un rôle ; de ceux de Marseille on n'en- 
tend presque jamais parler. 

Cependant ils avaient gardé une certaine autorité, sinon 
sur tous les évoques de la région, au moins sur ceux de 
ce que l'on appelait la IV Narbonnaise, le pays situé entre 
la basse vallée du Rhône et les hautes chaînes des Alpes. 
A la fin du 1V« siècle, tous les évéques de cette région 
recevaient l'ordination des mains de l'évèque de Marseille, 

(1) Ci-dessus, p. "6. 



104 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aN'CIENNE GAULE. 

lequel, d'ailleurs, se considérait comme le fondateur de 
tous leurs sièges. Ceci était l'ancienne tradition. Malheu- 
reusement, Marseille était en Viennoise, et il semblait de 
plus en plus incongru que les relations métropolitaines ne 
fussent pas réglées par les circonscriptions provinciales. 
Les évêques de la II* Narbonnaise réclamaient donc un 
métropolitain qui fût l'un d'entre eux, et il est à croire que 
l'évêque d'Aix ne fut pas le dernier à protester contre la 
métropole de Marseille. Ce conflit fut porté devant le con- 
cile de Turin, qui reconnut en principe la justice des re- 
vendications narbonnésiennes , mais décida que l'on ne 
changerait rien tant que vivrait le vénérable évéque de 
Marseille, Proculus. Celui-ci ne se pressa pas de mourir, 
de sorte que la métropole de Marseille survécut encore 
quelques années. Peu de temps après le concile, le siège 
d'Aix étant devenu vacant, Proculus y ordonna un évoque, 
précisément ce Lazare qui fut chassé en 411 par une réac- 
tion politique. Ce conflit, assez anodin, entre Aix et Mar- 
seille, fut tranché par les évêques d'Arles. Patrocle donna 
le pli et 

mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre. 

Cependant, pour en arriver là, il lui fallut d'abord résoudre 
une autre difficulté. 

Si importante que fût devenue la ville d'Arles, surtout 
au IV* siècle, depuis qu'elle avait été comblée de faveurs 
par la maison constantinienne (1), elle avait cependant à 
compter, dans la Gaule du Rhône, avec le prestige de l'an- 
cienne cité de Vienne. Celle-ci, dont le territoire s'étendait 
autrefois jusqu'aux plus hautes vallées des Alpes et au lac 



(1) Vers la 6n du IV* siècle, Ausone, énumérant les grandes villes de 
l'empire, assigne à Arles un des premiers rangs. Avant elle il ne place, en 
Gaule, que la cité de Trêves, qui était, alors encore, résidence impériale 
(Carm. XIX, 8j. 



PATROCLE. 105 

Léman, avait été notablement diminuée par la création des 
cités de Genève et de Grenoble. En revanche, elle était 
devenue métropole de la province à laquelle son nom de- 
meui'a; de plus, on y avait installé le vicaire des Sept 
Provinces : c'était le chef-lieu d'un diocèse. Administrati- 
vement, après Trêves, Vienne était la seconde ville des 
Gaules. Mais, vers le début du V^ siècle, peut-être un peu 
plus tôt, Arles succéda à Trêves comme siège de la préfec- 
ture du prétoire. 

Ce changement se produisit juste au temps où s'intro- 
duisait au delà des Alpes le régime des métropoles ecclé- 
siastiques. Il compliqua singulièrement la situation (1). 
Comme on ne pouvait plus s'y reconnaître, on demanda au 
concile de Turin de décider entre les deux cités rivales, 
entre celle qui était indiquée par les relations administra- 
tives des cent dernières années, et celle qui venait de re- 
cevoir un si grand accroissement de situation. Le concile 
hésita. Sa sentence porte que celui des deux prélats qui 
prouverait que sa ville était la métropole devrait être con- 
sidéré comme le métropolitain de la province entière. 
C'était répondre à la question par la question. On ajouta 
un conseil pratique : diviser la province en deux obédien- 
ces, chacun des deux sièges de Vienne et d'Arles exerçant 
les droits métropolitains sur les évoques les plus voisins. 
La preuve que ce conseil était sage, c'est qu'il finit par 
prévaloir, une cinquantaine d'années plus tard, grâce à 
l'influence du pape Léon. Mais, au temps où Patrocle suc- 
céda à Héros, aucune décision autorisée n'était encore in- 
tervenue. Patrocle se chargea de régler cette affaire. 



(1) On voit par la constitution Saluberrima de l'empereur Honorius 
(Constant, Epp. Rom. pont., p. 978) que le préfet du prétoire Petronins 
avait, dés avant le temps de l'usurpateur Constantin, c'est-à-dire avant 407, 
transféré à, Arles le concile des Sept Provinces. Siquidem hoc... iam et v. 
m. praefeclus Petronins observari debere praeceperit quud interpolalum 
vel incuria temporum vel dfsidia lyrannorum reparari... decernimus. 
C'est donc à tort que Mommsen (M. G. Auct. anliq., t. IX, p. 553) dit que 
la translation eut lieu peut-être, fartasse, en 413. 



106 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Le pape Zosime lui reconnut les droits de métropolitain, 
non seulement sur la Viennoise entière, mais encore sur 
l'une et l'autre Narbonnaise. Il avait persuadé au pape que 
telle était la coutume antique. Aussi fut-il déclaré que 
l'évéque d'Arles aurait seul, sicuti semper habuit, le droit 
de présider aux ordinations épiscopales dans les trois pro- 
vinces. Quiconque contreviendrait à ce règlement serait 
considéré comme privé de l'épiscopat, et l'ordination célé- 
brée en dehors du métropolitain d'Arles ne pourrait avoir 
aucun effet. 

Un tel décret, si manifestement contraire à l'usage, ne 
pouvait manquer de provoquer la contradiction des inté- 
ressés. Il y avait alors deux évéques d'Aix, l'un en fuite, 
Lazare, l'autre, dont nous ignorons le nom, à la dévotion 
de Patrocle. Celui-ci ne dit rien. Quant à Proculus de 
Marseille, comme il ne tenait aucun compte du rescrit 
de Zosime et qu'il persistait, en s'autorisant du concile de 
Turin, à célébrer des ordinations d'évêques dans la IP Nar- 
bonnaise, il fut bientôt invité à venir s'expliquer à Rome. 
Soit qu'il se défiât d'un juge aussi prévenu que l'était Zo- 
sime, soit qu'il pensât que le texte formel du concile de 
Turin parlerait assez clairement en sa faveur, Proculus ne 
bougea pas. Exaspéré par cette attitude, conseillé par Pa- 
trocle, qui, lui, ne manquait pas les conciles romains, Zo- 
sime commença par déposer l'évéque de Marseille; il ful- 
miua ensuite une lettre où non seulement Proculus, mais 
encore Simplicius de Vienne, également absent, étaieut 
traités d'impudents et presque de faussaires. La décision 
du concile de Turin, dont ils se réclamaient, était évidem- 
ment obreptice, car comment le concile aurait-il pu aller 
contre les droits de saint Trophime et de son siège? 

Saint Trophime, déjà invoqué à propos des paroisses de 
Citharista et de Gargarius, était le grand argument de Pa- 
trocle. Il avait bien soin d'insister sur ce que cet évêque 
avait été envoyé par le siège apostolique; il ajoutait que la 
Qaule entière avait reçu l'Evangile par son intermédiaire, 



PATROCLE. 107 

ce qui était une bien forte exagération. Mais l'argument 
était fait pour plaire à Rome, alors que le saint-siège, en 
lutle contre tant de capitales officielles, se défendait inces- 
samment par le nom et la succession de l'apôtre Pierre. 
Pierre à Rome, Tropliime en Gaule : le rapprochement 
était opportun et concluant. 

On l'opposa, non seulement aux évéques de Vienne et 
de Marseille, mais encore à celui de Narbonne, Hilaire, le 
seul des prélats lésés dans leurs droits qui eût fait mine 
de protester directement. Hilaire avait allégué que sa pro- 
vince n'avait rien avoir avec celle de Viennoise, qu'il en 
était métropolitain et qu'il y présidait aux ordinations, au 
vu el au su du saint-siége, sans que son droit eût été 
contesté. Zosime lui répondit très durement (1) qu'il était 
un menteur, que ses explications ne tenaient pas compte 
de l'usage observé jusqu'en ces derniers temps ni surtout 
de saint Trophime et de ses droits. Il lui déclara que, s'il 
persistait à faire des ordinations, elles seraient tenues pour 
nulles et que lui-même serait excommunié. 

L'évéque de Narbonne se le tint pour dit. Il demeura si 
bien coi que, quand le saint-siége eut abandonné l'extraor- 
dinaire attitude du pape Zosime, ce qui ne tarda pas, on 
eut assez de peine à lui persuader qu'il était toujours mé- 
tropolitain et que ses ordinations comptaient pour quelque 
chose. Quant à Proculus, il continua de faire la sourde 
oreille et d'exercer ses droits de métropolitain. C'était un 
saint homme, en relations d'amitié avec tous les promo- 
teurs de la vie religieuse, avec les disciples de saint Martin, 
avec saint Jérôme, qui le considérait comme un miroir de 
perfection, avec saint Honorât, le fondateur de Lérins, 
qu'il essaya de retenir à Marseille, avec le célèbre Cassien, 
qu'il parvint à garder auprès de lui. Fort de sa conscience 
et de ces illustres amitiés, il laissait passer l'orage. Peut- 
être eût-il bien fait de montrer un peu plus de déférence 

(1) Jaffé, 332. 



108 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

à l'endroit du siège apostolique. Mais il faut dire à sa dé- 
charge qu'il ne lui était pas facile de contre-balancer à 
Rome et à Ravenne le crédit de son collègue d'Arles, l'ami, 
le conseiller du pape Zosime et le favori du vice-empereur 
Constance. Il avait été réglé que tout évêque ou clerc des 
Gaules qui aurait essayé de se présenter au pape sans un 
passeport de Patrocle se serait vu impitoyablement écarté. 
Patrocle était homme à profiter de cela et à ne délivrer 
qu'à bon escient des lettres de recommandation; les per- 
sonnes qu'il aurait soupçonnées d'avoir quelque chose à 
dire contre lui auraient eu sans doute des difficultés à se 
mettre en règle. 

Zosime ne vit donc venir de Marseille ni soumission ni 
explications. En revanche, Patrocle ne cessait de Texciter 
contre son collègue. Il lui représentait que ses décisions 
étaient méprisées, que l'évêque de Marseille s'entourait de 
personnes inquiètes, turbulentes, que la maison de Pro- 
culus était un foyer d'opposition au saint-siège. A ces nou- 
velles, Zosime écrivit (1) au clergé, à la curie et au peuple 
de Marseille; il leur rappela que leur évêque était déposé, 
qu'ils ne devaient plus le soutenir et que Patrocle était 
désormais chargé de leur gouvernement spirituel. 

Cette dernière lettre est du 5 mars 418. On ne sait ce 
qu'il en advint. Le pape Zosime, à qui cette année apporta 
bien d'autres déconvenues, finit par mourir, vers les fêtes 
de Noël. Son esprit inquiet, son humeur cassante, avaient 
tellement troublé le clergé romain lui-même qu'un schisme 
éclata sur sa tombe. Celui des deux candidats qui prévalut, 
le prêtre Boniface, ne continua pas sa faveur à Patrocle. 
Proculus dut respirer à l'aise. 

A ce moment prit fin l'espèce de délégation générale ac- 
cordée à Patrocle, le droit que Zosime lui avait attribué 
de délivrer des lettres formées et de connaître des litiges 
ecclésiastiques de la Gaule entière (2). Il n'est pas possible 

(1) Jaffé. 341. 

(2) « Ad cuius ^scdis Arclai.) nolitiam si quid illic ncgoUorum etuerserit 



PATROCLE. 109 

de dire en quelle forme se produisit le retrait de ces pou- 
voirs extraordinaires. Trente ans plus tard, le pape saint 
Léon (1) déclarait nettement que les pouvoirs de Patrocle 
ne lui avaient été concédés que pour un temps, et que le 
saint-siège, mieux inspiré [senlenlia meliore), les avait ré- 
voqués. Peut-être y eut-il une lettre de révocation, en 
termes formels. On ne trouve, il est vrai, aucune pièce de 
ce genre dans la collection des privilèges de l'église d'Arles ; 
mais ce recueil est éclectique; on en a exclu avec soin les 
documents désagréables. Quoi qu'il en soit de cette ques- 
tion de forme, les actes du successeur de Zosime témoi- 
gnent nettement du changement survenu. 

Un de ces aventuriers ecclésiastiques comme Patrocle 
en avait tant installé sur les sièges épiscopaux de sa nou- 
velle juridiction, Maxime, évêque de Valence, faisait la 
désolation de ses ouailles. Plusieurs de ses clercs, après 
avoir tenté vainement de le faire comparaître devant le 
concile de la province, s'adressèrent au pape Boniface. 
Celui-ci reçut de leurs mains divers procès-verbaux, des- 
quels il résultait que Maxime avait été reconnu, en concile, 
appartenir à la secte manichéenne; qu'il avait été con- 
damné pour homicide par un tribunal ordinaire; on dé- 
couvrit aussi que les papes précédents s'étaient déjà occu- 
pés de cette affaire et qu'ils s'étaient efforcés de le faire 
juger en Gaule, mais sans y réussir. Boniface écrivit (2) 
aux évoques des Gaules et des Sept provinces de se réunir 
en concile et de prononcer enfin une sentence contre lui, 
soit dans les formes ordinaires, s'il se présentait, soit par 
contumace, s'il refusait encore de comparaître. La sen- 
tence devait être communiquée au pape. 

L'adresse de la lettre est ainsi conçue : Bonifatius épis- 



referri censemus, nisi magnitude causae etiam nostrum requirat examen » 
(Jaffc, 328). — lllic se rapporte à lola.e Galliae, qui se rencontre dans la 
phrase précédente. 

(1) Jaffé, 407. Ce texte est cité plus loin, p. 116, note 2. 

(2) Jaffé, ;U9, lettre du 13 juin 4iy. 



110 FASTES ÉPISCOPAUS DE l'aNCIENNE GAULE. 

copus Patroclo, Remigio, Ma.rimo, Hilario^ Severo (etc., en 
tout 14 iioms^, et céleris episcopis per Gallias et Vil provin- 
cias constitutis (1). Patrocle est nommé le premier, mais 
c'est tout ce qu'on lui accorde. Dans le texte, il n'est pas 
question de lui. Le pape ne dit pas qu'il doive convoquer 
ou présider le concile ni que celui-ci doive se tenir à Ar- 
les ; la date seule de la réunion est indiquée, c'est le i^"" no- 
vembre. Le jugement doit avoir lieu intima provinciam, 
mais on n'indique pas les limites de cette province, si c'est 
seulement la Viennoise ou l'ensemble des trois provinces 
du sudest sur lesquelles Patrocle revendiquait l'auto- 
rité (2). 

Le langage de Zosime aurait été différent. Il est clair 
que Boniface n'a pas pour Patrocle la même estime que son 
prédécesseur. On peut même conjecturer que, si Maxime 
est si difficile à juger, c'est que le puissant évêque d'Arles 
n'en a pas souci. Quand on songe à quel trafic d'évêchés 
il fut accusé de se livrer, quand on réfléchit à la perversion 
morale que de pareils marchés supposent dans l'acheteur 
aussi bien que dans le vendeur, on est porté à soupçonner 
que nous avons en Maxime un spécimen du personnel 
épiscopal que le primat d'Arles constituait autour de lui. 

Constance mourut le 2 septembre 421, sept mois après 
son association à l'empire. Quelque temps après, Boniface 
avait une nouvelle occasion d'intervenir dans les affaires 
du primat d'Arles. Patrocle venait de faire une ordination 

\\) L'évéque de Vienne ne figure pas au nombre des prélats désignés 
nommément. 

(2) M. Lœning, Geschichte des deutschen Kirchenrechls, I, p. 471-473, 
avance, contre la teneur de cette lettre, que Patrocle y reçoit commission 
de convoquer un synode des trois provinces : or, il n'est question ni de 
convocation, ni des trois provinces. En partant de ce fait faux, M. Lœning 
trouve à signaler un changement subit dans la conduite de Boniface à 
l'égard de l'église d'Arles, et ce changement coïncide avec la mort de 
Constance, le protecteur de Patrocle. Cela n'est pas exact. Il y a change- 
ment d'attitude, sans doute, mais entre Zosime, inspiré par Patrocle, et 
Boniface, son successeur. Boniface a pu se montrer d'abord plus réservé 
envers Patrocle, du vivant du prince qui le protégeait, mais cette première 
lettre témoigne déjà qu'il n'avait pas uu grand enthousiasme pour lui. 



PATROCLE. 111 

d'évêque à Lodéve, d;uis la Narbonnaise T^, L'évêque de 
Narboiine, Hilaire, que Zbsime avait si rudement repoussé 
lorsqu'il avait voulu défendre contre Patrocle sa situation 
de métropolitain, avait cru prudent de laisser faire et n'était 
point intervenu. Mais les gens de Lodéve, clercs et fidè- 
les, réclamèrent auprès du nouveau pape. Ils en furent 
bien accueillis. Boniface (1), sans paraître se souvenir ni 
des décrets de Zosime, ni de la prétendue tradition de 
l'église d'Arles, rappela à l'évêque de Narbonne qu'il ne 
devait y avoir qu'un métropolitain par province, qu'il était 
métropolitain de la Narbonnaise T" ; que les ordinations le 
regardaient seul et non pas les métropolitains des provin- 
ces voisines. Il ajoutait qu'Hilaire aurait dû intervenir dans 
cette affaire sans y être sollicité par le siège apostolique, 
et que celui-ci l'invitait à procéder sans retard, en le sou- 
tenant de son autorité. 

C'en était fait de la primatie de Patrocle. Ce personnage 
ne tarda pas à disparaître lui-même, dans des circonstances 
douloureuses. 

Honorius était mort en 423 sans enfants. Le jeune fils 
de Constance et de Placidie, Valentinien III, se trouvait 
alors à Constantinople avec sa mère. Il y eut deux ans 
de troubles en Occident; un des ministres impériaux, 
Jean, prit la pourpre, mais Théodose II se décida à faire 
reconnaître Valentinien III et il y parvint dans le courant 
de l'année 425. Un des premiers actes de la régente Placi- 
die, ce fut de restituer au clergé les privilèges dont il avait 
été dépouillé sous le « tyran. » Une lettre adressée à ce 
sujet au préfet du prétoire des Gaules (2) ordonne en même 
temps de chasser du pays les évêques pélagiens qui pour- 
raient s'y trouver. On devra toutefois les faire mander par 
Patrocle, sacrosanctae legis antistes, lequel devra leur accor- 
der vingt jours pour faire leur soumission. Cette constitu- 



(1) Jaffé, 36'2, 9 février 422. 

(2) Const. Sirm.^ 6. 



il 2 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

tion est datée d'Aquilée, 7 juillet 4'25. Les circonstances 
ne se prêtaient pas à ce qu'il en fût fait une application 
immédiate. Les Goths étaient revenus en Gaule depuis 
l'année 419; cantonnés d'abord entre les Pyrénées, la Ga- 
ronne et la mer, ils profitèrent des difficultés politiques où 
se trouvait l'empire pour venir assiéger Arles; mais Aetius 
parvint à leur faire lever le siège. L'année suivante, 426, 
Patrocle fut assassiné par un tribun. On imputa ce crime 
au magister militum Félix, personnage important et auda- 
cieux, dont la mémoire est chargée de plus d'un fait de ce 
genre (1). 

Le pape Célestin, qui depuis 422 avait succédé à Boni- 
face, suivit dans la question de la primalie d'Arles exacte- 
ment les mêmes principes que son prédécesseur. Dans sa 
lettre du 26 juillet 428, adressée aux évêques de Viennoise 
et de Narbonnaise (2), il ratifie expressément la lettre de 
Boniface à Hilaire de Narbonne et proclame de nouveau le 
principe que chaque province doit avoir son métropolitain 
et que chaque métropolitain doit s'abstenir de tout empié- 
tement sur les droits des autres. 



m 



SAINT HILAIRE. 

Honorât, le fondateur de Lérins, avait succédé à Patro- 
cle; il ne siégea guère que deux ans et mourut le 16 jan- 
vier 429. Il eut pour successeur Hilaire, son disciple, per- 
sonnage d'une incontestable sainteté. Lérins, cette école 
de science religieuse et de vertus monastiques, faisait déjà 
sentir son influence. Au milieu des crises du V= siècle, 
l'épiscopat gallo-romain, recruté parmi les disciples de salut 

(1) Prospcr, Chron., 423-426 (Migne, P. L., t. LI, p. 593). Ce Félix fil exé- 
cuter des réparations à la basilique de Latran (De Rossi, Inscr. christ., t. Il, 
p. 149). A Rome, il avait fait massacrer un diacre appelé Titus. 

Çl) Jaflé, 3ti9. 



SAINT HILAIRE. 1 13 

Martin et de saint Honorât et souvent aussi parmi les per- 
sonnages les plus recotninandables de l'aristocratie locale, 
se montra en général à la hauteur des circonstances. 

La Gaule était encore, vers 430, au pouvoir des Ro- 
mains; les barbares, installés aux extrémités, en Savoie, 
au j)ied des Pyrénées et sur le cours inférieur des fleuves 
du Nord, étaient, du moins en principe, des serviteurs de 
l'empire. Les Cévennes et les Corbières formaient la limite 
des Wisigoths; les Burgondes n'occupaient que les mon- 
tagnes voisines du lac Léman ; les Francs ne dépassaient 
pas la Somme ; tant que vécut Aetius (f 454), général en 
chef des armées de Gaule, ces limites furent respectées. 

Un homme aussi saint que l'évéque d'Arles devait être 
vivement préoccupé de la nécessité de renforcer autour de 
lui la discipline ecclésiastique. Sous son gouvernement, 
les conciles provinciaux se multiplièrent. Trois de ces as- 
semblées nous sont connues par leurs actes ou plutôt par 
des résumés de leurs décisions, insérés dans les collec- 
tions canoniques. Ce sont ceux de Riez (439), d'Orange (441) 
et de Vaison (442). Au bas de ces pièces on lit encore les 
signatures des évoques. Ceux-ci appartenaient aux trois 
provinces de Viennoise, de Narbonnaise IP et des Alpes 
Maritimes. L'évéque d'Uzès, dont le siège était un caslrum 
dépendant de la cité de Nimes, c'est-à dire situé dans la 
Narbonnaise 1", fréquentait aussi les conciles artésiens. 
En revanche , ceux de Marseille, de Nice, d'Aix n'y pa- 
raissent point. Mais, ce qu'il y a de plus remarquable, 
c'est que l'évéque de Vienne ne faisait pas difficulté d'y 
assister. Il avait, ce semble, admis qu'Arles était la véri- 
table métropole de la Viennoise. Embrun aussi, on le voit 
par le concile de Riez, qui est fort clair sur ce point, était 
considérée comme un simple évéché, non comme une mé- 
tropole ecclésiastique. En somme, sauf la sécession de la 
Narbonnaise Y" (moins Uzès) et l'abstention platonique 
d'Aix et de Marseille, la province ecclésiastique d'Arles 
s'était constituée suivant les idées de Palrocle. 

8 



114 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Mais Hilaire ne se bornait pas à réunir les évêques et à 
leur donner, dans ses conciles, une sage direction ; il 
s'occupait aussi de recruter l'épiscopat. Ce saint homme, 
si dur à lui-môme, qui travaillait de ses mains pour ne 
pas grever le trésor de son église et le patrimoine des pau- 
vres, ne pouvait admettre que l'élection, toujours plus ou 
moins influencée par les plus terrestres intrigues, portât à 
la tête des églises des personnes de vertu médiocre. Un 
siège était-il vacant ou sur le point de l'être, on le voyait 
arriver, toujours à pied, mais néanmoins toujours le pre- 
mier. C'était un intrépide marcheur. Les fonctionnaires 
lui prêtaient volontiers leur concours; il n'avait aucune 
répugnance à en user pour ce qu'il croyait être le bien des 
populations confiées à sa sollicitude. Ses procédés som- 
maires, le peu de compte qu'il tenait des oppositions inté- 
ressées, une certaine fierté d'ascète, à laquelle il ne fallait 
pas se heurter, lui valurent quelquefois des désagréments. 
Il lui arriva de se hâter tellement qu'il donna un succes- 
seur à un évéque encore vivant. Ce prélat était fort ma- 
lade, et sans doute Hilaire le croyait déjà mort. Mais il 
s'avisa de guérir, et sa guérison causa un conflit des plus 
fâcheux. 

Du reste, le zèle d'Hilaire l'entraînait à se mêler des 
afî"aires étrangères à sa province. L'évêque Projectus, rem- 
placé prématurément, avait son siège en dehors de la 
Viennoise. Au cours d'une visite que saint Hilaire fil, 
vers l'année 444, à son ami saint Germain d'Auxerre, il 
apprit que l'ordination de l'évêque récemment installé à 
Besançon, Chelidonius, était entachée de graves irrégula- 
rités. Par ses soins un concile se réunit, probablement à 
Besançon, et, les faits ayant paru prouvés, Chelidonius 
fut déposé et pourvu d'un successeur. Cette intervention 
d'Hilaire ne paraît [las avoir été une application des pou- 
voirs concédés en 417 à son prédécesseur Patrocle. Ces 
pouvoirs d'ailleurs avaient été révoqués. Hilaire avait 
sans doute a;;i en vertu du droit et même du devoir moral 



SAINT HILAIRË. 1 1.*) 

qui incombe à tout évêquc de veiller autour de lui à ce 
que la discipline soit respectée. Il est douteux que Besan- 
çon fût aloi'S considérée comme une métropole ecclésias- 
tique ; l'organisation des métropoles, eu ces contrées, ne 
se révèle encore par aucun fait. D'autre part, de tous les 
évêques dont la sollicitude pouvait être éveillée sur une 
affaire comme celle-là, Hilaire d'Arles était le plus à por- 
tée de procurer aux sentences ecclésiastiques l'appui de 
l'administration. Il ne manqua pas d'y recourir; le préfet 
des Gaules, à sa requête, fit le nécessaire pour évincer Clie- 
lidonius et faire reconnaître son successeur Importunus. 
Mais Chelidonius ne se tint pas pour battu. Il se rendit 
à Rome et déféra au pape Léon la sentence d'Hilaire et de 
ses collègues; en même temps, il lui signala les procédés 
autoritaires et expéditifs de l'évêque d'Arles dans les no- 
minations épiscopales. Léon fit bon accueil à Chelidonius, 
l'admit à la communion ecclésiastique au rang des évê- 
ques, et ouvrit une enquête. Hilaire, à cette nouvelle, ar- 
riva bientôt à Rome, à pied et en petit équipage. Les 
explications qu'il donna au pape, dans un langage assez 
rude, n'allaient à rien moins qu'à décliner la compétence 
du saint-siège en pareille matière. Il est sûr que, en s'en 
tenant aux canons de Sardique, dont l'église romaine s'était 
déjà autorisée plusieurs fois, même dans ses instructions 
aux évêques des Gaules, la revision du premier procès 
aurait dû avoir lieu en Gaule, au besoin sous la présidence 
d'un légat du pape, mais non à Rome. Que saint Hilaire 
ait porté le débat sur ce terrain, c'est ce qui n'est nulle- 
ment attesté. Il parait s'en être tenu à des considérations 
plus générales et les avoir produites dans un style propre 
à effaroucher les oreilles romaines. Il n'avait pas jugé bon 
d'amener des témoins, de produire au moins ceux qui 
avaient décidé le concile à se [)rononcer contre Chelido- 
nius. Celui-ci, au contraire, était venu avec un dossier et 
des témoins à décharge. Il les fit valoir avec d'autant plus 
de succès que la contradiction fit complètement défaut. 



116 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Hilaire annonça hautement l'intention de s'abstenir et 
même de s'en aller. On eut beau le surveiller; grâce à la 
simplicité de ses moyens de transport, il put partir inaperçu 
et rentrer à Arles. 

Vivement irrité, le pape Léon poursuivit l'enquête; on 
établit que les incapacités opposées à Chelidonius n'étaient 
pas réelles; son siège lui fut rendu. On agit de même à 
l'égard de l'évêque Projectus, celui qui avait été pourvu 
d'un successeur pendant une maladie. Ces points réglés, 
Léon se retourna contre l'évêque d'Arles. Il adressa à tous 
les évoques de la province de Viennoise une lettre très 
dure pour Hilaire (1). Il lui reprochait sa précipitation, ses 
façons autoritaires, ses recours à la force publique, enfin 
ses empiétements sur des provinces qui ne relevaient pas 
de lui. « Quelles sont ces usurpations? Avant Patrocle, 
» aucun de ses prédécesseurs n'a exercé son autorité dans 
» de telles limites. Patrocle lui-même n'en a usé ainsi que 
« par une concession du saint-siège, concession temporaire, 
» révoquée depuis et avec raison (2). » 

En conséquence, le pape dépouille Hilaire de toute juri- 
diction, non seulement sur les provinces voisines, qui ne 
sont pas même en cause pour lui, mais sur la province de 
Viennoise elle-même. Il ne va pas jusqu'à le déposer, mais 
c'est uniquement par grâce, car il l'aurait bien mérité. 
Les ordinations d'évêques seront désormais présidées, dans 
chaque province, parleurs métropolitains respectifs. S'il y 



(1) Jaffé, 407. L'impression fâcheuse que l'attitude d'Hilaire avait faite sur 
le pape Léon se trahit très nettement, trop nettement, dans le ton de cette 
lettre. Quant aux affaires en litige, elles y sont rapportées d'après les dires 
des adversaires de l'évêque d'Arles. Voir là-dessus les explications de Tille- 
inonl, H. E., t. XV, p. 7i et suiv. Déjà, dans les affaires africaines d'Apia- 
rius et d'Antoine de Fussala, on avait vu les papes Zosime, Boniface, Cé- 
lestin, accueillir avec une étonnante facilité les récits de plaignants peu 
recoin mandables. 

(2) « Quid sibi Hilarias quaerit in aliéna provincia, et id quod nullus de- 
cessorum ipsius ante l'atroclum habuit quid usurpât? Cum et ipsum quod 
Patroclo a sede apostolica temporaliter videbatur esse concessum, postmo- 
duin sit sentenlia meliore rcvocatum. » 



SAINT HILAIRE. 1 17 

a lieu de convoquer en concile les évêques de plusieurs 
provinces, cela ne se fera qu'avec le consentement du vieil 
et vénérable Léonce (1), doyen d'âge de l'épiscopat en ces 
régions. 

Cette distribution de pouvoirs a quelque chose d'extraor- 
dinaire. Cependant il faut se rappeler que la préséance du 
doyen parait bien avoir été, en Gaule comme ailleurs, la 
plus ancienne forme de l'autorité au sein du corps épisco- 
pal. Les doyens sont antérieurs aux métropolitains. Ceux-ci, 
au temps où nous sommes, ne fonctionnaient que depuis 
un demi-siècle à peine. Du reste, l'intention évidente du 
pape étant qu'il ne devait y avoir en Gaule aucun métro- 
politain supérieur aux autres, il était naturel qu'il remît à 
un doyen d'âge, même et surtout s'il n'était qu'un simple 
évêque, le soin de faire ce qu'il pouvait y avoir à faire en 
fait d'actes interprovinciaux. 

Léon ne désigne pas expressément les métropolitains 
auxquels il remet la présidence des ordinations. Nous sa- 
vons par une autre de ses lettres (2) que, dans la Vien- 
noise, ce fut l'évêque de Vienne. Je serais porté à croire 
qu'il en fut de même des évêques d'Aix et d'Embrun pour 
la Narbonnaise II* et les Alpes Maritimes. Le pape, en 
effet, rappelle avec insistance qu'un métropolitain ne peut 
gouverner plusieurs provinces; il prévoit même le cas où 
un métropolitain serait tenté de céder son droit à l'évêque 
d'Arles; il décide qu'une telle cession est nulle, ou plutôt 
que le droit abandonné par le métropolitain passe, par le 
fait même, au plus ancien évêque de la province. 

Cette prévoyance est propre à montrer que le pape 
n'ignorait pas les tendances de l'épiscopat provençal à se 
grouper autour du siège d'Arles, sans distinction de pro- 
vinces. On craignait à Rome que la déchéance d'Hilaire 
ne fût pas acceptée au delà des Alpes et que l'on recourût 



(1) Le siège de ce Léonce est inconnu. 

(2) Jaffé, 450. 



lIcS FASTES EPISCOPAUX DE L ANCIENNE GAULE. 

à des subterfuges pour la tourner. Aussi s'ingénia-t-on à 
obstruer toutes les voies. Le pape alla plus loin II profita 
de l'occasion pour solliciter de l'empereur Valentinien III 
un rescrit (1) où la condamnation d'Hilaire était portée of- 
ficiellement à la connaissance du patrice Aetius, représen- 
tant de l'empire dans les Gaules. Afin que personne ne fût 
tonte de faire de l'opposition, on ajouta à ce rescrit une 
clause qui obligeait les évêques appelés à Rome par le 
pape à obéir à sa convocation, et ordonnait aux gouver- 
neurs de province de les y contraindre en cas de besoin (2). 
La lettre impériale est du 6 juin 445. 

Frappé de tant de foudres, le vénérable Hilaire ne son- 
gea pas même à résister. Suivant l'ordre du Pape, il se 
confina désormais dans le soin de son église d'Arles. II 
chercha même à calmer l'irritation de Léon. A plusieurs 
reprises il lui députa, d'abord le prêtre Ravennius, puis les 
évêques d'Avignon et d'Uzès, Nectaire et Constance. Ces 
envoyés étaient porteurs de lettres où Hilaire exposait les 
choses à son point de vue et faisait apparemment quelques 
concessions, mais sans se départir d'une certaine raideur 
peu propre à faciliter les négociations. Les deux évêques 
trouvèrent à Rome une ancienne connaissance, un grand 
ami d'Hilaire, Auxiliaris, autrefois préfet des Gaules (3), 
maintenant préfet de Rome ou d'Italie. Auxiliaris se mêla 
un peu de l'affaire, cherchant à concilier deux saints per- 
sonnages dont un au moins était d'un naturel peu accom- 
modant. Il parla de ses démarches à Hilaire, dans une lettre 
dont le biographe de celui-ci nous a conservé un passage 
fort curieux. « Je me suis, » dit-il, « entretenu avec le 
» saint pape Léon. Ici je vous vois froncer le sourcil. » Sui- 



(1) Nov. Valenlin., 16. 

(2) Ceci n'est pas chose nouvelle. Dès le temps de Gratien, pareille pres- 
cription avait été édictée dans un rescrit au vicaire de Rome Aquilinus 
(Coll. Avellana, 13: Hardonin, Conciles, t. I, p. 843). Ce rescrit, il est vrai, 
ne fut pas inséré dans le Code théodosien. 

(3) Nommé sur un milliaire de 435, entre Arles et Marseille (C. /. L., t. XII, 
n° 5494). 



RAVENNIUS. 119 

vent de grands compliments : Hilaire est d'un caractère 
égal, quoique inflexible; il n'a ni flel ni arrogance. « Mais 
» les hommes ne supportent pas qu'on leur parle tout à 
» fait comme on pense. Les Romains, par exemple, ont les 
» oreilles sensibles à une certaine douceur de langage. Si 
» Votre Sainteté voulait bien s'y accommoder un peu, elle 
» n'y perdrait rien et y gagnerait même beaucoup. » 

Hilaire, apparemment, ne parvint pas à se plier à cette 
teneritudo qui charma de tout temps les oreilles romaines. 
Il fut impossible de lui appliquer le Parcere subiectis ; on 
maintint contre lui le Debellare superbos. Quand il mourut, 
le 5 mai 449, la réconciliation n'était pas faite. On peut 
croire, du reste, que si, dans les quatre dernières années 
de son épiscopat, il s'était prêté à des négociations, c'était 
beaucoup moins par souci de son prestige perdu que pour 
ne pas chagriner les Artésiens. Un prêtre aussi accompli 
ne pouvait regretter qu'à demi une autorité qui, tout en lui 
donnant le moyen défaire du bien autour de lui, aggravait 
considérablement sa responsabilité. Mais les Arlésiens, 
clercs et fidèles, n'étaient pas de cet avis. Ils tenaient à 
leur métropole, et j'ai bien peur que quelques-uns n'aient 
maugréé plus ou moins ouvertement contre le saint homme 
qui l'avait compromise par son zèle et son obstination. Pa- 
Irocle, assurément, ne valait pas Hilaire. Mais quel métro- 
politain ! 

IV 

RAVENNIUS. 

Cet attachement à la métropole d'Arles était partagé par 

(1) « Locutus sum etiam cum sancto papa Leone. Hoc loco, credo, ali- 
quantulum animo perhorrescis; sed cum propositi tui tenax sis et semper 
aequalis nulloque conimotionis felle rapiaris, sicut nullis extolleris illece- 
bris gaiuliorum, ego nec minimum quidam factura beatitudinis tuae arro- 
gantiac memini contagione fuscari. Sed impatienter fenint homines si sic 
loquamur quomodo nobis conscii sumus. Aures praeterea Romanorum qua- 
dam teneritudine plus trahuntur; in quam si se sanctitas tua subiude de- 
mittat, plurimum tu nihil perditurus acquiris. » 



1"20 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

tous les Provençaux — sauf ceux de Marseille et d'Aix — 
de quelque province qu'ils fussent. On le vit bien quand il 
s'agit de donner un successeur à Hilaire, et surtout quand 
on profita de ce changement pour essayer de reconquérir 
la situation perdue. 

Les évêques qui prirent part à l'élection étaient tous, 
autant qu'on peut les identifier, du midi de la Viennoise. 
Le métropolitain de Narbonne, Rusticus, fut convoqué et 
assista à la cérémonie. Celui de Vienne, Nicétas, y vint 
aussi (I). 

Ravennius, ce prêtre d'Arles qui avait été envoyé quel- 
ques années auparavant en ambassade auprès du pape, 
réunit les suffrages et fut consacré. Les prélats adressèrent 
à saint Léon une lettre où ils lui notifiaient l'ordinalion. 
Léon était à ce moment plongé dans les plus grandes per- 
plexités à propos du concile qui se réunissait à Ephèse 
pour juger le différend entre le moine Eutychès et l'évêquo 
de Constantinople Flavien. Dans ce moment de crise, la 
nouvelle de l'élection de Ravennius, faite évidemment pour 
lui donner satisfaction, ne pouvait manquer de lui agréer 
beaucoup. Il répondit par deux lettres, l'une aux prélats 
consécrateurs, l'autre à Ravennius lui même (22 août 449). 
Quelques jours après, il écrivit encore à Ravennius pour 
désavouer un certain Petroniamus, qui, se disant diacre de 
Rome, courait les églises de Gaule et causait des troubles 
(26 août) (2). 

Dans ces lettres, il n'est fait aucune mention des ques- 
tions brûlantes. Ni les prélats qui avaient consacré Raven- 
nius, ni Ravennius lui-même n'avaient cru opportun d'en 
parler. Se voyant bien accueillis, ils s'enhardirent : dès le 
commencement de l'année suivante, ils reprirent l'affaire 

(1) A en juger par l'ordre des noms dans l'intitulé de la réponse que fit le 
pape cà la notification de l'élection (Jafifé, 434), ni l'un ni l'autre de ces deux 
métropolitains n'aurait eu la préséance. On lit, en effet : Conslanlino [Car- 
pentras), Audenlio (Die), Ruslico (Narbonne), Auspicio (Vaison), Nicetae 
(Vienne), Neclario (Avignon), etc. 

(2) Jaffé, 434, 436, 43G (22 et 26 août 449). 



RAVENNIUS. 121 

de la primatie. Une occasion se présenta. Auspicius, évê- 
que de Vaison, vint à mourir. Ravennius fit diligence, et, 
avant que l'évêque de Vienne eût pu faire valoir ses droits 
de métropolitain, il ordonna pour évêque un certain Fon- 
teius. L'évêque de Vienne prit tout naturellement la chose 
en mauvaise part. Il envoya à Rome pour se plaindre de 
cette violation flagrante de ses droits. Aussitôt Ravennius 
organisa une manifestation en sens contraire. Dix-neuf 
évêques, ceux d'Orange, Vaison, Avignon, Carpentras, Die, 
Cavaillon, Toulon, Riez, Fréjus, Antibes, Embrun, Tho- 
rame, Senez (ou Glandève), Cimiez, Uzès, et quatre autres 
dont les sièges ne peuvent être identifiés, adressèrent au 
pape une supplique (preces) en faveur des droits métropoli- 
tains de l'évêque d'Arles. Cette fois, les signataires ne sont 
pas seulement des évêques de Viennoise; il y en a de la 
seconde Narbonnaise et des Alpes Maritimes. L'évêque de 
Marseille, Venerius, et vraisemblablement celui d'Aix, ne 
prirent aucune part à cette démarche collective. Il en fut 
de même, tout naturellement, des prélats du nord de la 
province. 

Les gens de Vienne arrivèrent les premiers à Rome. 
Leur supplique est perdue, de même que la réponse que 
le pape ne manqua pas d'y faire. Mais on a encore les piè- 
ces artésiennes (1). Elles sont fort instructives. Les prélats 
commencent par les compliments d'usage et insinuent que 
Ravennius, dont l'élection a fait tant de plaisir au pape, ne 
saurait être puni pour les offenses de son prédécesseur. 
Vient ensuite l'argument de saint Trophime, qui, envoyé 
par le bienheureux apôtre Pierre, est le premier auteur de 
l'évangélisalion des Gaules; des évêques ont été institués 
par lui en divers endroits avant qu'il n'y en eût dans cette 
ville de Vienne, qui a l'impudence de revendiquer une 
prééminence à laquelle elle n'a aucun litre. Les prélats si- 
gnataires et leurs prédécesseurs ont été ordonnés par les 

(1) Migne, P. L., t. LIV, p. 879. 



122 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNXIENNE GAULE. 

évéques d'Arles; c'est une tradition invétérée qu'Arles, 
l'église de saint Trophime, jouisse en Gaule de la même 
primauté qui est reconnue à Rome sur les églises du monde 
entier. D'ailleurs cette ville a été particulièrement hono- 
rée par les empereurs chrétiens : Constantin lui a donné 
son nom [Constantina Arelas); Yalentinien et Honorius lui 
ont accordé divers privilèges. Elle a vu les consuls inau- 
gurer leur dignité; elle est le siège de la préfecture des 
Gaules et des plus hautes juridictions, et cela depuis l'ori- 
gine; sa primatie temporelle est de même date que sa pri- 
matie spirituelle. Les documents pontificaux démontrent 
que l'évéque d'Arles a le droit d'ordonner les évoques, non 
seulement de la Viennoise, mais des trois provinces, et 
qu'il est le vicaire du siège apostolique pour toutes les 
Gaules. 

Les dix-neuf suffragants de Ravennius exagéraient sin- 
gulièrement les choses. Saint Trophime peut avoir été le 
fondateur de l'église d'Arles; rien assurément n'empêche 
qu'un personnage de ce nom ait été envoyé en Provence 
par saint Pierre pour y prêcher la foi (1). Mais autre chose 
est la possibilité du fait, autre chose sa réalité. Celle-ci ne 
peut être affirmée que sur de bons témoignages. Patrocle, qui 
le premier mit en avant saint Trophime dans l'intérêt des 
prétentions artésiennes, ne souffle mot de saint Pierre. Les 
prélats de 450 sont les premiers qui aient introduit ce nom 
dans le débat. Or, leur perspicacité historique se dément 
trop clairement un peu plus loin pour qu'on ait le droit de 
croire qu'ils eussent ici science certaine et personnelle. Du 
reste, quand on admettrait l'antiquité qu'ils donnent à saint 
Trophime et son rôle d'apôtre premier et principal des 
Gaules, ou serait obligé d'écarter la tradition primatiale 
que les évêques disent s'y être rattachée dès le principe. 
Il n'y a pas trace d'une autorité spéciale exercée sur leurs 

(I) Remarquer que les évéques ne l'itlentifient pas le moins du monde au 
Trophime, disciple de saint Paul, connu par Act., XX, 4; XXI, '29, et II Tim., 
IV 20. 



RAVENNIUS. 1?3 

collègues par les évêques d'Arles comme tels avant la 
querelle portée au concile de Turin. 

Quant aux considérations sur l'importance politique de 
la ville d'Arles, elles avaient leur valeur. Bien que les pa- 
pes ne fussent guère disposés à admettre que la situation 
ecclésiasiique d'un évêque se mesure à la dignité de sa 
ville épiscojtale, il y avait lieu, surtout au milieu du 
V* siècle, alors que la dislocation de l'Etat pouvait mettre 
l'Eglise en péril, de les fortifier l'un et l'autre en resserrant 
les liens qui unissaient leurs principaux organes. Mais les 
évéques prétendaient faire remonter aux origines de l'em- 
pire une situation qui n'avait encore qu'un demi-siècle de 
durée. Cette assertion ferait peu d'honneur à leur bonne 
foi s'il n'était plus naturel de la mettre au compte de 
leur ignorance et aussi de leurs préoccupations polémi- 
ques. 

Dans sa réponse (1), datée du 5 mai 450, le pape Léon 
fait remarquer très finement que la supplique des dix-neuf 
évêques montre de quels bons sentiments ils sont animés 
à l'égard de Ravennius ; mais il est obligé de tenir compte 
des assertions et des revendications contraires de l'évéque 
de Vienne. Dans le conflit des arguments présentés par les 
deux parties, il a reconnu que les deux villes de Vienne et 
d'Arles, très illustres l'une et l'autre, ont joui tour à tour 
de la préséance ecclésiastique, bien qu'à l'origine elles 
aient été au civil exactement sur le même pied. Cette ap- 
préciation du pape nous montre ou qu'il s'était renseigné 
à bonne source sur l'ancienne organisation de la province 
ou que la requête des Viennois était mieux fondée en his- 
toire que celle de leurs adversaires. En tenant compte de 
ces faits et de la situation qu'il avait lui-même reconnue à 
l'évéque de Vienne à la suite des excès de pouvoir d'IIi- 
laire d'Arles, il juge que ce qu'il y a de mieux à faire, 
c'est de diviser la province en deux circonscriptions me- 

(1) Jaffé, 450. 



124 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

tropolitaines. L'évêque de Vienne ordonnera ceux de Va- 
lence, de Tarantaise, de Genève et de Grenoble ; les autres 
seront ordonnés par l'évêque d'Arles. 

On ne voit pas très bien ce que saint Léon entend ici 
par province. Il nomme d'abord la province de Viennoise 
en parlant de la nécessité d'y conserver la paix ; puis, 
dans les phrases où il est question du partage, il dit seu- 
ment la province. Or, Tarantaise était certainement en de- 
hors de la province Viennoise. Elle appartenait à celle des 
Alpes Grées et Pennines. Comme le pape n'énumère pas les 
sièges épiscopaux soumis à l'évêque d'Arles, on peut croire 
que, par l'expression reliquae vero civilates eiusdem provin- 
ciae, il entend, conformément à la teneur de la lettre à 
laquelle il répond, aussi bien les cités de la seconde Nar- 
bonnaise et des Alpes Maritiaies que celles de la province 
Viennoise proprement dite. 

Il n'est pas fait mention de Marseille ni d'Aix. Nous re- 
trouverons plus tard encore les traces de l'opposition ta- 
cite que les évêques de ces deux sièges persistèrent à faire 
au métropolitain d'Arles. Celte opposition, cependant, ne 
rompait pas les liens de charité et de communion. Si 
l'évêque de Marseille ne paraît jainais dans les réunions 
conciliaires ou les suffragants d'Arles traitent de questions 
disciplinaires, en revanche on le voit intervenir aussitôt 
qu'il s'agit de la foi. 

Dans toutes ces négociations, il n'est nullement question 
du vicariat. La province métropolitaine d'Arles s'étend, se 
restreint, disparaît même quelque temps ; mais depuis Bo- 
niface jusqu'à la mort de saint Léon (419-461), les métro- 
politains d'Arles sont et demeurent de simples métropoli- 
tains, sans aucune délégation permanente de pouvoirs 
supérieurs. Le vicariat, du reste, avait perdu sa raison 
d'être. Les empereurs s'étaient installés à Ravenne et ne 
semblaient pas disposés à réintégrer leur ancienne capitale, 
Milan. Ravenne était de fraîche date et comme capitale et 
comme métropole ecclésiastique ; à Rome, on la traitait 



RAVENNIUS. 125 

toujours en église directement siifFragante, et l'on ne son- 
geait guère à en prendre ombrage. On avait donc laissé 
tomber sans regret l'institution du vicariat. 

Cependant Arles demeurait un grand centre d'informa- 
tions et de communications. On s'en souvenait de temps à 
autre, quand on avait besoin de correspondre avec l'épis- 
copat des Gaules ou de lui faire observer une attitude 
commune. 

En même temps que la lettre qui lui notifiait la division 
de la province, Ravennius en reçut une autre (1), par la- 
quelle le pape lui communiquait deux pièces dogmatiques, 
sa lettre à Flavien de Constantinople et une autre adres- 
sée par saint Cyrille à Nestorius. Ravennius était prié 
de porter ces documents à la connaissance de tous les 
évêques (2). Les mêmes pièces étaient expédiées par le 
pape un peu partout. Dans la lutte qu'il soutenait à ce 
moment contre l'hérésie d'Eutychès, les violences de 
Dioscore et l'inertie de Théodose II, Léon tenait à s'assurer 
l'appui de tout l'épiscopat occidental. 

Les lettres de Léon à Ravennius étaient datées du 
5 mai 4.50. Il paraît que l'évêque d'Arles ne se pressa pas 
beaucoup de satisfaire le pape ou que les circonstances 
l'empêchèrent de faire toute la diligence qui eût été dési- 
rable, car la réponse ne fut expédiée à Rome que bien 
tardivement. Les prélats gallicans furent prévenus par la 
mort de Théodose II (28 juillet 450) ; ils firent attendre 
plus d'un an leur réponse. Elle finit pourtant par arriver. 
La lettre du pape avait recueilli quarante-quatre adhésions. 
On voit, par les noms des signataires, qu'ils appartenaient 
presque tous aux provinces de Viennoise (moins les sièges 
suffragants de Vienne), de seconde Narbonnaise, des Alpes 
Maritimes, de première Narbonnaise, quelques-uns à l'Aqui- 
taine. Les noms des sièges ne sont malheureusement pas 

(1) Jaffé, 451. 

(2) Universis fralvibus innolescat. L'expression est un peu vague; le pape 
ne dit ni toute la Gaule ni toute la province ecclésiastique d'Arles. 



126 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

indiqués (i), mais aucun des célèbres évoques du nord 
et de l'est des Gaules, que l'invasion d'ALlila mil alors en 
relief, ne figure parmi les signataires (2). 

Ingenuus, évoque d'Embrun, fut chargé de porter cette 
lettre à Rome. Le pape y répondit aussitôt (3), se plaignant 
un peu du retard qu'on avait mis à la lui faire parvenir. 
Puis, ses légats étant revenus d'Orient, il communiqua 
aux mômes évoques gallicans (4) la sentence rendue à 
Chalcédoine contre Dioscore. C'est sans doute pendant le 
séjour qu'il fit à Rome à cette occasion qu'Ingenuus, sou- 
tenu par les évéques des Alpes Maritimes, obtint du pape 
la réunion des deux sièges épiscopaux de Nice et de Cimiez, 
distincts jusqu'alors. 

Peu de temps après celte affaire, il surgit un différend 
entre le monastère de Lérins et les évéques voisins. L'abbé 
de Lérins, le célèbre Fausle, défendait l'indépendance de 
ses moines contre les revendications de i'évêque de Fré- 
jus, Théodore. Ravennius réunit un concile à Arles le 
3U décembre d'une année inconnue (5). Rusticus de Nar- 
bonne y fut spécialement invité; I'évêque de Marseille 
persista dans son abstention. L'assemblée réussit à conci- 
lier les parties, en réservant à I'évêque de Fréjus les 



(I) Polycarpo de la Rivière prétendait avoir eu communication d'un exem- 
plaire de celte lettre appartenant à J. Savaron, président au prèsidial de 
Clerraont-Ferrand sous Henri IV et Louis XIII; les sièges y étaient indi- 
qués (Gall. clirisL, t. I, p. 3, 86, 474, etc.). Il est sur que cet exemplaire n"a 
jamais existé et que les indications géographiques en question sont à mettre 
au compte de Polycarpe lui-même. 

(î) Ces signatures, ou tout au moins la plupart d'entre elles, furent don- 
nées dans un concile (in uninn celeriler non poluimus convenire). Pour 
excuser leur retard, les évéques allèguent l'éloignement et la mauvaise s'ii- 
son. Chose extraordinaire, ils ne font pas la moindre allusion à l'invasion 
d'Attila. 

(3) Jaffé. 479. 

(4) Jaffé, 480. Cette seconde lettre ne porte en tète que les trois noms de 
Rusticus, Ravennius et Venerius (Narbonne, Arles et Marseille), avec la 
mention générale et céleris episcopis per Gallias exislenlibus. 

^5) Hardouin, Conc, II, p. 779. On fixe ordinairement à l'année 455 la date 
de ce concile, mais ce n'est qu'une simple conjecture, sans fondement 
précis. 






RAVENNIUS. 127 

ordinations, lo saint chrême, la confirmation et l'appro- 
bation des clercs étrangers; pour le reste, les moines de 
Lérins furent déclarés exempts de sa juridiction et soumis 
seulement à leur abbé. 

Rusticus, évéque de Narbonne, a une place importante 
dans l'histoire de ce temps. Il sortait d'une famille dis- 
tinguée et vouée en grande partie au service de l'Eglise. 
Son père, Bonosus, devint évéque; le frère de sa mère, 
Aralor, le fut aussi. C'est lui, sans doute, ce jeune Rusti- 
cus marseillais, à qui saint Jérôme écrivait vers l'année 
411 (1), lui recommandant de fuir le monde, d'entrer dans 
un monastère, de suivre les exemples d'Exupère de Tou- 
louse et les sages conseils du saint évoque Proculus. Rus- 
ticus entra en effet dans le monastère de Marseille, où il 
vécut en compagnie de Venerius, le futur successeur de 
Proculus ; il fit partie avec lui du presbyterium marseillais 
et, le 9 octobre 427, il fut élu et ordonné évoque de Nar- 
bonne. On conserve trois monuments épigraphiques qui 
mentionnent son épiscopat. Le plus important est une 
inscription commémorative de la construction d'une basi- 
lique élevée par souscription avec le concours du préfet 
des Gaules Marcellus (2), 

Nous avons vu Rusticus, malgré ses attaches marseil- 
laises, assister volontiers aux conciles arlésiens et prendre 
part à toutes les affaires ecclésiastiques du midi de la 
Gaule. Dans son ressort propre, il rencontra souvent de 
graves difficultés. Une partie de la première Narbonnaise, 
et notamment la cité de Toulouse, était au pouvoir des 

(1) Ep. 95 (Martianay). 

('2) Le Blant, 617. Rusticus date par l'année de son épiscopat et le jour 
de cette année, le !•' jour étant le 9 octobre, le second le 10 et ainsi de 
suite; le n° 609 de M. Le Blant est le célèbre autel du village de Minerve, 
qui sert encore au culte; Rusticus l'érigea en 456; il est couvert de noms 
gravés à la pointe par les pèlerins; le n° G18 est une inscription gravée sur 
une colonne de quelque église à Narbonne môme; elle porte la date du 
1" juillet 444. — Ces inscriptions figurent maintenant au Corp. inscr, lat., 
t. XH, n°* 5334, 5335, 5337; dans le commentaire de la première, on me pa- 
rait avoir un peu embrouillé les dates. 



\-2S FASTES ÉPISCOPAUX DE L ANCIENNE GAULE. 

Goths depuis 419. Au milieu de la désorganisation qui 
suivit la mort de Valentinien III et la prise de Rome par 
Genséric (455), les barbares se montraient chaque jour plus 
entreprenants. Ils poussèrent à l'empire Avitus, noble gau- 
lois, beau-père de Sidoine Apollinaire, et se firent donner 
commission par lui pour réduire les Suèves d'Espagne. 
En Gaule, les limites où ils étaient cantonnés depuis qua- 
rante ans leur paraissaient trop étroites ; ils ne cessaient 
de regarder du côté de Narbonne et de l'Auvergne. Nar- 
bonne leur fut livrée en 462 par son gouverneur, du vivant 
même du roi Théodoric II, qui pourtant continuait à se 
dire l'allié de l'empire. Les grands changements se pré- 
paraient; la dernière heure de l'empire d'Occident allait 
bientôt sonner. 

L'église de Béziers étant devenue vacante sur ces en- 
trefaites, Rusticus chercha à y installer son diacre Hermès, 
mais il n'y réussit pas. Hermès, repoussé par quelque sé- 
dition, dut se retirer auprès du métropolitain. Celui-ci 
mourut peu après. Les gens de Narbonne avaient un évê- 
que tout ordonné; ils le gardèrent : Hermès s'assit sur le 
siège laissé vacant par Rusticus. 

C'était une irrégularité. L'usage était contraire aux 
^translations d'évêques. Le pape Léon vit d'assez mauvais 
œil le choi.x des Narbonnais; mais sa protestation fut inter- 
rompue par la mort (10 novembre 461). 

On lui donna pour successeur son propre archidiacre, 
Hilaire, personnage grandement considéré. 



LEONCE. 

L'évêque d'Arles Ravennius avait précédé Léon dans la 
tombe. Son successeur Léonce et le pape Hilaire échan- 
gèrent des lettres de félicitations (1) à propos de l'avène- 

(1) Jaffé, bil, 553. 



LÉONCE. 129 

ment de celui-ci au ponlificat l'omain. L'empire d'Occident 
était alors de fait entre les mains du magister militum Ri- 
cinier, Suève de naissance, qui venait de supprimer l'em- 
pereur Majorien et d'élever l'empereur Sévère. Goths et 
Burgondes devenaient de plus en plus exigeants. L'armée 
du nord de la Gaule, entre les mains du général ^gidius, 
contenait tant bien que mal la poussée franque. Les Francs 
étaient divisés en petits groupes rivaux et relativement 
faciles à vaincre. Mais les Wisigoths poussaient leurs 
conquêtes vers la Loire, les Cévennes et la Méditerranée; 
les Burgondes descendaient des montagnes savoisiennes 
et s'avançaient progressivement vers les grandes villes 
de Lyon, Vienne et Arles. Les premiers s'emparèrent de 
Narbonne en 462; les Burgondes cherchaient, vers le 
même temps, à mettre la main sur la ville de Die, qui 
domine le cours de la Drôme. Dans ces pays, la véritable 
force locale était l'évêque; nulle autorité n'était plus 
reconnue et plus sentie que la sienne. Aussi importait-il 
de maintenir à la tète des églises des personnes d'un 
patriotisme éprouvé. Les gens de Narbonne ne pouvaient 
mieux faire que de se serrer autour de leur évêque 
Hermès, disciple de Rusticus, formé à bonne école. 
A Die, une vacance se produisit vers 461 ou 462. Au 
point de vue ecclésiastique, cette ville dépendait d'Arles, 
et c'était à l'évêque Léonce qu'il appartenait de présider à 
l'ordination. Mamert, évêque de Vienne, plus voisin, ac- 
courut à la première nouvelle et fit reconnaître en toute 
hâte un nouveau prélat. Léonce ne parait pas s'en être 
beaucoup ému ; il appréciait sans doute les nécessités de 
la situation. Mais les barbares, frustrés dans leurs espé- 
rances, s'avisèrent de se faire les champions de la disci- 
pline canonique. Frédéric, le frère du roi des Goths, et 
Gundioc, un des princes bourguignons, déférèrent au pape 
Hilaire les ordinations d'Hermès et du nouvel évêque 
de Die. 
L'affaire de Narbonne arriva la première. Le 3 novem- 

9 



130 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULË. 

bre 46'2, Hilaire écrivit à l'évêque d'Arles pour lui demander 
des renseignements, le gourmandant fort sur son insou- 
ciance des affaires de la province : quae ad monarchiam 
tuam. pertinet (1). Soit que Léonce eût fait diligence après 
avoir reçu cette lettre, soit qu'il en eût prévenu l'expédi- 
tion, deux évêques provençaux, Fauste de Riez, l'ancien 
abbé de Lérins, et Auxanius, de siège inconnu, se trouvè- 
rent à Rome au concile du 19 novembre, anniversaire de 
l'ordination du pape. 

Le pape chargea ces prélats d'une lettre (2) adressée 
aux évêques de Viennoise, de Lyonnaise, des deux Nar- 
bonnaises et des Alpes-Maritimes; il leur notifiait ce qu'il 
avait réglé au sujet de Narbonne. Hermès, dont on lui 
avait rappelé le mérite personnel et la vertu, conservait 
son évêché, mais perdait ses droits de métropolitain, trans- 
férés au vieux Constantius d'Uzés. Cette solution était 
assez ingénieuse ; provisoirement, la prépondérance ecclé- 
siastique était enlevée à Narbonne, devenue sujette du roi 
des Goths, et passait à Uzès, localité romaine, voisine 
d'Arles. Hilaire insistait en même temps pour que Léonce 
réunit tous les ans des conciles de toutes les provinces 
d'où il serait possible d'avoir des évêques. La situation 
politique commandait cette mesure, à tout le moins autant 
que les nécessités ecclésiastiques. 

Mais Léonce avait peu de goût pour le rôle de patriar- 
che. L'année suivante, le 10 octobre, le pape lui écrivit (3) 
pour lui demander des renseignements sur ce qui venait 
de se passer à Die. Il voulait que Léonce tînt un concile 
et jugeât l'affaire. L'évêque d'Arles obéit. Vingt évêqnes 
se réunirent à lui. Eustasius de Marseille assista à cette 
assemblée. Bien entendu, Mamert se dispensa d'y venir. 
Du reste, on ne paraît pas avoir été bien sévère pour lui. 
L'évêque Antonius, chargé de porter au pape les décisions 

(1) Jaffé, 554. 

(2) Jaffé, 555. 

(3) Jaffè, 556. 



LÉONCE. 131 

(lu concile, donna aussi des renseignements favorables sur 
l'évêque de Vienne, et Hilaire se décida à sanctionner le 
fait accompli. Cependant il voulut que l'ordination du 
nouvel évoque de Die fût confirmée par Léonce, et il 
chargea Veranus, évéque de Vence, qui avait, parait-il, un 
crédit particulier auprès de Mamert, de lui faire des re- 
montrances et de l'avertir qu'une nouvelle usurpation en- 
traînerait de droit la suppression de la métropole de Vienne 
et la réintégration de toutes les églises de la province sous 
l'autorité de l'évêque d'Arles (1). 

On voit que le pape Hilaire attachait une certaine im- 
portance aux pouvoirs supérieurs de l'évêque d'Arles. Il 
reprenait, sans le dire (2), la tradition interrompue depuis 
la mort de Zosime ; mais Léonce n'était pas Patrocle, et 
l'institution restaurée ne porta guère de fruits. Cependant, 
nous devons signaler un concile qui se tint, il est vrai, 
après la mort du pape Hilaire, mais qui correspondait assez 
bien aux idées que ce faisait ce pape sur le fonctionnement 
de la « monarchie » d'Arles. 

Depuis longtemps la Provence était agitée par des con- 
troverses sur la prédestination. L'opinion du pays, notam- 
ment celle des grands monastères de Marseille et de Lérins, 
n'avait pas accepté les doctrines extrêmes de saint Augus- 
tin. On les combattait, non point en invectivant contre 
l'illustre évêque d'Hippone, dont la figure imposante eût 
déconcerté toutes les attaques, mais soit en théorie, soit 
dans la personne de son disciple Prosper. Celui-ci disparu, 
on continua à disserter contre les prédestinatiens ; toute 
-une littérature est sortie de ces controverses. Mais les pré- 
destinatiens en chair et en os étaient rares sur le sol de 
la Gaule ; les maîtres de Lérins se trouvaient un peu dans 
la situation de chasseurs sans gibier, lorsque l'un d'eux, 



(1) Jafifé, 557, 558, 559. 

(2) Il n'est pas possible d'admettre que le vicariat ait été rétabli par let- 
tres officielles; de tels documents se retrouveraient dans le recueil des pri- 
vilèges de l'église d'Arles. 



132 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Fauste, évêque de Riez, découvrit, dans son propre dio- 
cèse, un représentant des idées les moins mitigées de 
saint Augustin. C'était un prêtre appelé Lucidus. On eut 
la satisfaction de le réfuter, ce qui était relativement aisé, 
et même de le convertir, ce qui se voit plus rarement. 
Cependant on n'y réussit pas du premier coup. Fauste 
commença par argumenter avec le prédestinatien ; puis, 
celui-ci faisant résistance, il le somma par écrit de signer 
une liste de cinq ou six propositions, sous peine d'être 
traduit devant le concile. Lucidus maintint encore son 
opposition. Fauste alors décida l'évêque d'Arles, Léonce, 
à user de son droit de convoquer les prélats en concile et 
à tenir une assemblée solennelle contre les fauteurs de la 
prédestination (1). 

Le concile se tint, en effet, à Arles, en 474 ou 475. Outre 
les évêques des provinces méridionales (Narbonnaises, 
Viennoise, Alpes Maritimes), on y vit aussi des prélats 
de la Lyonnaise première. Patient de Lyon, Euphronius 
d'Autun, Jean de Chalon-sur-Saône, puis Mamert de Vienne 
et ses suffragants, môme les évêques de Marseille, Graecus, 
et d'Aix, Basile, en tout trente prélats, dont les sièges, 
malheureusement, ne sont pas tous identifiables. Les vieil- 
les rancunes étaient oubliées. Les circonstances, d'ailleurs, 
étaient graves et solennelles (2) ; à ce moment, les Goths 
portaient leur frontière jusqu'à la Loire et au Rhône. Bour- 
ges et l'Auvergne allaient bientôt tomber en leur pouvoir. 
Un empereur récemment expédié de Constantinople, Julius 
Nepos, essayait de traiter avec eux pour les décider à ne 
pas pousser plus loin leurs conquêtes. La Gaule romaine 
était réduite à bien peu de chose : à l'ouest, les provinces 
d'entre la Loire et la Somme ; au sud-est, ce que nous 
appelons maintenant la Provence. Arles et Orange étaient 



(1) Sur ces affaires, voir la lettre de Fauste à Lucidus et celle de Lucidus 
au concile (A/. G. Scr. ant., t. VIII, p. 288, 210). 

(2) M. Br. Krusch {M. G. Scr. an/., t. VIII, p. LVi) pense, avec raison, qu e 
ce concile se tint pou avant 475. 



SAINT CÉSAIRE. 133 

encore impériales ; mais depuis Vaisou jusqu'à Lyon et 
peut-être plus au nord, les Burgondes étaient maîtres des 
cités; ils atteignaient ainsi, ou peu s'en fallait, la frontière 
orientale du royaume wisigotli ; s'ils n'avaient pas été mieux 
disposés que ceux ci en faveur de l'empire, l'armée ro- 
maine du nord aurait été entièrement coupée de la Provence 
et de l'Italie. 

Je soupçonne que le besoin de se concerter en face d'une 
situation aussi difficile ne fut pas étranger à la réunion 
de tant d'évêques et que l'affaire de Lucidus ne fut guère 
qu'un prétexte. Quoi qu'il en soit, Lucidus comparut et 
s'exécuta. Nous avons encore la lettre de rétractation qu'il 
adressa à la sainte assemblée. 



VI 



SAINT CESAIRE 

Après la mort du pape Hilaire, et même après l'an- 
née 464, nous perdons toute trace de correspondance entre 
Rome et la Gaule méridionale. Vers 480, la Provence 
tomba aux mains des Wisigoths et les rapports devinrent 
plus difficiles. Le 23 août 494, le pape Gélase écrivit à 
iEonius, successeur de Léonce, en profitant de l'occasion 
offerte par deux quêteurs venus de Gaule en Italie. Il est 
heureux, dit-il, d'avoir trouvé ce moyen de reprendre la 
correspondance interrompue depuis longtemps, et de pou- 
voir ainsi notifier son avènement à l'évêque d'Arles (i). 
Cet avènement avait déjà deux ans et demi de date. 

Les relations furent reprises. Indépendamment des tra- 
ces qui en subsistent dans les anciens recueils arlésiens de 
droit canonique, on peut constater directement que les 



(1) Jaffé, 640 : « Intcr difficultates varias copiam nos repcrisse gratulamur 
qua per divinam gratiam sedis apostolicae regimcn nos adisse pandentes, 
praeterniissum diu cum tua niiscerenius fraternitate sermonem. » 



134 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

papes Anastase II (496-498) et Symraaque (498-514) (1) en- 
tretinrent des relations assez suivies avec ^onius, bien 
avant le temps où, par suite de l'intervention du roi Théo- 
doric dans la querelle entre Francs et Wisigolhs. la Pro- 
vence fut de nouveau (508-536) rattachée à l'Ilalie. Ces 
relations avaient pour motif des affaires ecclésiastiques 
d'un caractère général, comme la question du traducia- 
nisme (2; ou la date de la fête de Pâques dans les cas 
ambigus (3). Mais la question locale par excellence, celle 
des frontières entre les deux obédiences métropolitaines 
de Vienne et d'Arles, fut aussi remise en discussion. 
La Durance servait alors de limite entre les deux royau- 
mes burgonde et wisigoth. Les évéques de Vienne pen- 
sèrent qu'elle devait aussi servir de démarcation entre 
les deux provinces ecclésiastiques. Saint Avit entama à ce 
sujet des négociations avec le pape Anastase II, qui entra 
dans ses idées. Mais ^Eonius réclama, et Symmaque, suc- 
cesseur d'Anastase, lui donna raison (4). Cette dernière 
décision est de l'année 500, c'est-à-dire d'un temps où la 
Provence était encore soumise aux Wisigoths. Quand l'an- 
cien régime y eut été rétabli, en 508, sous les auspices de 
Thèodoric, Arles et Rome se trouvant de nouveau avoir 
les mêmes maîtres, l'évêque d'Arles, qui était maintenant 
saint Césaire, se mit en rapport avec le pape et obtint do 
lui : 1° une confirmation expresse du partage ordonné par 
saint Léon (5) ; 2° la concession du pallium (6) ; 3° la sur- 
veillance générale des affaires religieuses de la Gaule et de 
l'Espagne (7), avec le droit de convoquer des conciles; 
l'évêque d'Aix est indiqué nommément parmi ceux qui 



(1) Jaffé, 751, 753, 754. 
(1) Jaffé, 751. 

(3) Jaffé, 754. 

(4) Jaffé, 753, 754. 

(5) Jaffé, 765. 

(6) Jaffé, 764. Cf. la vie de saint Césaire, Acta SS. Avg., t. VI, p. 71. 

(7) L'Espagne était alors sous la Jirection politique du roi ostrogoth Thèo- 
doric, comme tuteur du jeune roi Amalaric, 



SAINT CÉSAIRE. 135 

ont le devoir d'obéir aux convocations du métropolitain 
d'Arles (1). 

Ces décisions romaines ne sortirent pas complètement 
leur effet. Si l'on juge de la province d'Arles par le concile 
d'Agde de 506, concile national de la Gaule v^isigothique, 
on voit qu'elle ne dépassait pas la Durance, sauf peut-être 
à son embouchure dans le Rhône. L'évêque d'Avignon 
assistait au concile (2), avec ceux de Fréjus, Antibes, Digne 
et Senez ; mais on n'y trouve aucun titulaire des sièges 
situés plus avant vers le nord, c'est-à-dire des sièges de- 
venus burgondes (3). Plus tard, en 517, neuf ans après 
l'installation du régime ostrogoth en Provence, trois ou 
quatre ans après les règlements arrêtés entre saint Césaire 
et le pape Symmaque, saint Avit de Vienne, dans la lettre 
qu'il adressa aux évoques de sa province, provinciae nos- 
trae, pour les inviter au concile d'Epaone, leur parle 
comme à des sufFragants, sans avoir le moindre doute sur 
son autorité, ni introduire aucune distinction entre les an- 
ciens suffragants et les nouveaux. Il insiste beaucoup pour 
que personne ne manque à la réunion. En effet, personne 
ne manqua; depuis Viviers (4), Orange, Avignon, Apt, Sis- 
teron, Gap, Embrun, toute la nouvelle province de Vienne 
se trouva au complet. L'évêque d'Avignon resta, il est 
vrai, chez lui, mais il se fît représenter par un légat. 

Six ans après le concile d'Épaone, en 523^ les Burgon- 
des et les Francs se trouvant en guerre, les Ostrogoths 
établis en Provence portèrent secours aux Burgondes ; 
mais ils se firent payer par la cession des cités méridiona- 



(1) Jaffé, 769. 

(2) La Durance coupe en deux le territoire de la cité d'Avignon; mais le 
chef-liou est au nord de la rivière. 

(3) Cf. Longnon, Géogr. de la Gaule au VI^ siècle, p. 73, en écartant ce 
qui est dit (d'après un document que l'on a depuis reconnu faux) d'une 
extension transitoire de la Burgondie, vers 499. 

(4) L'évêque de Viviers n'assista pas au concile d'Agde, en 506; son dio- 
cèse, la civilas lielviorum, avait fait partie, pendant quelque temps, du 
royaume wisigoth ; ceci résulte d'une inscription de Viviers (Le Blant , 
n° 482), datée de l'année \1^ d'Alaric II (496). 



136 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

les de la Burgondie. Cassiodore (1), qui fait allusion à cet 
événement en termes assez vagues, parle d'une « province » 
acquise alors par la « république romaine » ; mais il n'en 
donne pas les limites. On peut les reconstituer en s'aidant 
des conciles célébrés par saint Césaire, en 524, 527, 529, 
533, c'est-à-dire en un temps où la Provence romaine avait 
atteint l'extension qu'elle conserva jusqu'à son annexion 
au royaume franc, vers 536. Il est facile de voir : 1° que 
les évêques de Viviers et de Die n'assistèrent à aucun de 
ces conciles ; 2° que l'on y vit les évéques de Trois-Chà- 
teaux, Vaison, Orange, Cavaillon, Carpentras, Apt, Gap, 
Sisteron, Embrun (2), qui avaient pris part au concile 
d'Épaone. 



VII 



LES TEMPS MÉROVINGIENS 

Ainsi la division territoriale amenée par les événements 
de 523 fit perdre au métropolitain de Vienne dix des suf- 
fragants qu'il s'était indûment attribués. Il lui en resta 
pourtant deux, ceux de Die et de Viviers, et il les garda, 
semble-t-il, même après que les deux métropoles rivales 
eurent été réunies sous l'autorité des rois francs. Au concile 
de la province d'Arles, tenu en 554 sous la présidence du 
métropolitain Sapaudus, dix-huit évéques furent présents ou 
représentés; leurs sièges sont connus, un seul excepté (3); 
les dix-sept autres se retrouvent tous dans les anciennes 
provinces des Alpes Maritimes, de Narbonnaise IP, et dans 
le midi de la Viennoise, depuis Trois-Châteaux et Vaison. 
Il est sûr que l'évêque dont on ne connaît pas le siège ne 



(1) Va»-., VIII, 10. 

(^j Pour Avignon, il n'y a pas d'attestation directe; mais la situation géo- 
graphique ne laisse aucun doute. 
(3) Enieterius, qui était peut-être évéque de Marseille. 



LES TEMPS MÉROVINGIENS. 137 

venait ni de Viviers ni de Die. La province ecclésiastique 
d'Arles s'était donc maintenue exactement dans les limites 
qu'avait la Provence romaine au moment de son annexion 
à l'empire franc. 

Cette délimitation ne fut plus mise en question avant 
Charlemagne. Au concile de Francfort (794), les deux mé- 
tropolitains de Vienne et d'Arles se querellèrent de nouveau 
sur l'étendue de leurs provinces. On donna lecture des let- 
tres pontificales qui attribuaient quatre suffragants à Vienne 
et neuf à Arles. En fait, les lettres en question attribuent 
à Vienne les sièges de Genève, Grenoble, Valence et Ta- 
rantaise, mais elles n'énumèrent pas les suffragants d'Arles 
et n'en indiquent pas même le nombre. Le concile, qui le 
connaît, a dû s'aider de la Notitia Galliarum. Ce document 
compte treize cités dans la Viennoise. Défalcation faite de 
celles de Vienne, Genève, Grenoble, Valence (1), il n'en 
reste que neuf, Arles comprise, ce qui donne un siège de 
moins que n'en compte le concile; mais il convient d'ajou- 
ter les évéchés de Toulon et de Carpenlras, omis dans la 
Notice, ce qui donne un siège de trop. 

Ces différences viennent probablement de ce qu'on se 
servait, pour la Notice, d'un exemplaire interpolé. Mais il 
n'est pas douteux que cette liste administrative n'ait servi 
de base au règlement introduit par le concile. Ce qui le 
prouve mieux encore, ce sont les revendications que pro- 
duisirent, de leur côté, les évêques d'Aix, Embrun et Ta- 
rantaise. Pour la première fois on les voit réclamer la qua- 
lité de métropolitain. Le concile décida que, sur ce point, 
il en serait référé au pape et que l'on s'en tiendrait à sa 
décision (2). 



(1) Tarantaise est d'une autre province administrative dans la A'o(. Gal- 
liarum. 

(2) Conc. Francoford, c. 8 : « De altercatione Ursionis Viennensis epis- 
copi et Elifanti Arelatensis episcopi lectae sunt epistolae beati Gregorii, 
Zosimi, Leonis et Symmachi, quae definierunt eo quod Viennensis ecclesia 
quatuor suffraganeas liabore sedes deberet, quibus illa quinla praeminerct ; 
et Arelatensis ecclesia novem suffraganeas habcre deberet, quibus ipsa 



138 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Le pape se prononça apparemment en faveur du système 
indiqué par la Notice, car les sièges de Tarautaise et d'Em- 
brun figurent dans le testament de Charlemagne, au nom- 
bre des vingt et une métropoles de l'empire (1). Aix, on ne 
sait j)ourquoi, ne paraît pas dans cette pièce (2). Mais la 
métropole d'Aix ne tarda pas à être installée; elle existait 
en 828, lors de la convocation des quatre grands conciles 
réunis par Louis le Pieux (3). 

Ces arrangements diminuèrent grandement la province 
d'Arles, d'autant plus que le métropolitain de Vienne, en 
dépit des anciennes lettres pontificales, retint dans son 
obédience les sièges de Die et de Viviers. La métropole 
d'Arles n'eut plus que huit suffragants : Marseille, Toulon, 
Orange, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Avignon, Vaison, Ca- 
vaillon et Carpentras. Encore les quatre derniers lui furent- 
ils enlevés en 1475, lors de la création de la province 
d'Avignon. Après la grandeur était venue la décadence ; 



praeminerot. De Tarantasia vero et Ebreduno sive Aquis, legalio facta est 
atl sedem apostolicam; et quicquid per pontificein Romanae ecclesiae dcfi- 
nitum fuerit, hoc teneatur. » 

(1) Eginhard, Vila Caroli M., c. 33. 

(2) Il manque aussi Narbonne et Eauze. métropole de la Novempopulanie. 
Par ailleurs, la liste est complète et conforme, en ce qui regarde l'ancienne 
Gaule, à la division de la Notice. 

(3) Le métropolitain Benoît fut convoqué, avec ceux d'Embrun, de Ta- 
rantaisc et de Vienne, au concile de Lyon (Hardouin, t. IV, p. 1279). Ces 
arrangements cependant n'empêchèrent pas qu'une sorte de droit primatial 
fût exercé par les archevêques d'Arles sur les deux provinces d'Aix et 
d'Embrun. Il est même possible que l'on soit revenu, dans le courant du 
X' siècle, à l'ancien ordre de choses. Un liber canonum de l'église d'Arles 
(Parisinus 5537) contient, en écriture du XII« siècle, une douzaine de for- 
mules suivant lesquelles les prélats ordonnés par l'archevêque d'Arles lui 
prêtaient serment avant leur consécration. Au nombre de ces prélats figu- 
rent des évêques de Fréjus, de Riez, d'Antibes et de Veiice. L'une d'elles, 
signée par les évéques Bertrand de Riez et Bernard d'Antibes, contient 
l'engagement : proftleor me deinceps sub dicione Arelatensis melropolilae 
consistere et eius iussionibus obtemperare. Mais, ce qui est encore plus 
fort, c'est que deux évéques d'Aix, Ponce II et Rostaing, jurent aussi à 
l'archevêque d'Arles debilam subieclionem et reverenliam et obedientiam 
a sanctis palribus constitutam secundum praecepta canonum. Ils se qua- 
lifient simplement d'episcopi, réservant le titre d'archiepiscopus a\\ primat 
arlésien. Tous ces actes sont du XP siècle ou des dernières années du X*. 



LES TEMPS MÉROVINGIENS. 139 

après la décadence vint la suppression. L'illustre riKMro- 
pole n'a plus que des curés. 

Les évoques d'Arles n'entrèrent dans l'obédience fran- 
que que vers l'année 536. On ne trouve ni eux, ni aucun 
de leurs suffraganls aux conciles nationaux antérieurs à 
541. Depuis lors les prélats [)rovençaux figurent assez régu- 
lièrement dans ces assemblées. L'évéque d'Arles est pré- 
sent de sa personne aux conciles de 549 (Orléans), 552, 
573 (Paris), 584 (Valence), 614 (Paris). On ne voit pas que 
la présidence lui ait été déférée de plein droit. Aux conci- 
les de 549 (1) et de 614, c'est l'évéque de Lyon qui signe 
le premier; au concile de 573, sur deux pièces qui nous 
restent de cette assemblée, l'une porte en tête la signature 
de l'évéque de Vienne, l'autre la signature de l'évéque 
d'Arles. Au concile de Valence, oîi n'assistaient qu'un 
petit nombre d'évêques des provinces d'Arles^ Lyon et 
Vienne, l'évéque d'Arles, Sapaudus, signe le premier; il 
avait au moins vingt ans d'épiscopat de plus que les deux 
autres métropolitains, Priscus et Evantius. Enfin, au con- 
cile de 552, le même Sapaudus signe le premier, en pré- 
sence de plusienrs métropolitains. Ici on pourrait croire 
que sa situation de vicaire du pape lui a valu la présidence; 
mais il n'était point encore vicaire; il ne le devint qu'en 
557 (2). 

Il est donc ditïïcile d'admettre que l'épiscopat franc ait 
tenu sérieusement compte des privilèges pontificaux et 
accepté la prééminence qui semblerait, d'après leur teneur, 
en résulter pour le métropolitain d'Arles. S'il y a, aux 
temps mérovingiens, un primalus GalUarum, c'est au siège 
de Lyon qu'il est attribué et non au siège artésien. Gré- 



(1) Pour ce concile, l'ordre est interverti dans les deux manuscrits P/iii- 
Upps 1745 et Parisiniis 1452, qui tous deux contiennent une même collec- 
tion de conciles gallicans (Maassen, Quellen, t. I, p. 775). Cette collection 
a été formée à Arles; elle présente plus d'une trace de celte origine. Il 
n'est pas étonnant qu'elle ait subi une retouche en ce qui regarde le con- 
cile de 549. Cf. Bulklin crilique, t. XII, p. 243. 

(2) Jaffe, 944. 



140 FASTES ÉPISCOPAUX DE L'ANCIENNE GAULE. 

goire de Tours (1), en parlant du concile tenu à Lyon en 570, 
donne à l'évêque de Lyon saint Nizier le titre de patriar- 
che. Priscus, successeur de Nizier, prend lui-même ce titre 
dans le protocole du grand concile de Mâcon de l'année 
585 Cz), et il le prend d'une façon privative, sans en faire 
part aux autres métropolitains. De plus, le dernier canon 
de cette assemblée porte que le concile national se réunira 
tous les trois ans et remet à l'évêque de Lyon le soin de 
déterminer, d'accord avec le roi, le lieu de la réunion. 
Sans doute le concile de Mâcon ne comprend guère que 
des évéques du royaume de Gontran ; mais ce royaume était 
alors fort étendu. Dans les grands conciles du VII« siècle 
(Paris 614, Clichy 627, Chalon 650), qui réunissent des 
évêques de toutes les parties de l'empire franc, c'est tou- 
jours l'évêque de Lyon qui a la préséance. Il l'a encore 
dans les signatures de certains privilèges qui furent sou- 
mis dans ce siècle à des assemblées épiscopales : ainsi les 
privilèges de Saint-Denis en 654, de Corbie en 664 (3). Il 
est arrivé deux fois, en 597 et en 692, que les archevêques 
de Cantorbéry fussent sacrés en Gaule au lieu de l'être à 
Rome ou en Angleterre; dans les deux cas, c'est l'évêque 
de Lyon qui préside à cette cérémonie, iEtherius en 597, 
Goduinus en 692 (4). 

Du reste les papes finirent par reconnaître que le vica- 
riat d'Arles ne leur servait à rien du tout (5). Il avait 



(1) Hist. Fr., V, 20 : « Coniunctique episcopi cum patriarcha Nicetio 
beato... » 

(2) « Residentibus Prisco, Evantio, Praetextato, Berlechrarnno, Artemio, 
Sulpitio metropolitanis episcopis cum omnibus consacerdotibus eorum, 
Priscus episcopus patriarcha dixit... » 

(3) Hardouin, Concil., t. III, p. 990, 1013; cf. J. Ilavct, Origines de saint 
Denis, p. 55. 

(4) Bède, Hist. eccles., I, 27 (c'est à tort qu'il fait d'.Etherius un arche- 
vêque d'Arles) ; V, 5, 12. 

(5) Aux temps mérovingiens, quand il est question de rapports ecclésias- 
tiques avec Rome, ce sont toujours des rapports directs; personne ne songe 
à passer par l'intermédiaire de l'évêque d'Arles. Le concile d'Orléans, en 
541 (c. 1). décide que, pour les cas de Pàque douteuse, on consultera le 



LES TEMPS MÉROVINGIENS. 141 

même certains inconvénients. Sous prétexte qu'ils repré- 
sentaient le saint-siège, les archevêques Lizier et Virgile 
s'appropriaient les revenus des terres que l'église romaine 
possédait en Provence (1). Virgile fut le dernier vicaire. 
Son successeur Florian reçut encore le pallium ; mais les 
pièces (2) relatives à cette décoration ne parlent plus, comme 
autrefois, d'une collation de pouvoirs. Il n'en est plus ques- 
tion avant le temps du pape Jean VIII et de l'archevêque 
Rostaing (3) (878). Encore le vicariat de Rostaing demeu- 
ra-t-il lettre morte, tout comme celui de ses prédécesseurs 
du VP siècle. 

Quant à la province métropolitaine, on voit, par ce que 
je viens d'exposer, qu'elle traversa les vicissitudes sui- 
vantes : 

1° De 417 à 419, elle comprit toute l'ancienne GalUa 
Narbonensis (Viennoise, Narbonnaise I", Narbonnaise II«), 
avec les deux provinces alpines. 

2° De 419 à 445, elle eut la même étendue, sauf la Nar- 
bonnaise r% qui eut un métropolitain spécial à Narbonne. 

3° De 445 à 449, elle fut abolie. 

4" De 450 à 480, elle reprit les limites d'avant 445, sauf 
que les évêchés du nord, ceux de Vienne, Genève, Gre- 
noble, Valence, Tarentaise, furent constitués en province 
indépendante, sous la métropole de Vienne. 

5" De 480 (environ) jusqu'à 523, elle fut réduite, en fait^ 
aux évêchés situés au sud de la Durance, Arles, Aix, Mar- 
seille, Toulon, Fréjus, Antibes, Riez, et ceux des Alpes 
Maritimes, moins Embrun, qui relevait alors de Vienne. 

6° De 523 jusqu'à 794, elle reprit les limites arrêtées en 
450, moins les évêchés de Viviers et de Die, qui, en fait, 
restèrent à Vienne. 



siège apostolique. C'eût été le cas de s'adresser à Arles; on n'en a pas la 
pensée. 

(1) Greg. M., Ep., vi, 55 (Jaffé, 1439). 

(•2) Jaffé, 2001, '2002. 

(3) Jaffé, 3148,3149. 



142 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

7" En 794, ou peu après, elle perdit les évéchés des an- 
ciennes provinces de Narbonnaise IP et des Alpes Mariti- 
mes, qui eurent des métropolitains spéciaux, à Aix et à 
Embrun. 

8° En 1475, la création de la province d'Avignon la 
diminua des diocèses d'Avignon, Vaisun, Carpentras et 
Cavaillon. 

9° Elle fut supprimée en 1802. 

VIII 

ARLES ET LE DROIT CANONIQUE 

De l'histoire même de ces vicissitudes, il se dégage une 
impression fort nette, c'est que le siège d'Arles, quelle 
qu'ait été sa situation hiérarchique au sein de l'église 
gallicane, est demeuré longtemps un centre de rela- 
tions entre cette église et le saint-siège. Bien qu'on ne 
se crût pas obligé de passer par l'évêque d'Arles pour 
s'adresser au pape, on le savait cependant mieux in- 
formé que les autres sur ce qui se passait à Rome, et, à 
l'occasion, on se renseignait auprès de lui. C'est ce qui 
arriva, notamment, vers le milieu du VP siècle, pendant 
que se débattait, à Constantinople et en Italie, l'épineuse 
affaire des Trois-Chapitres (1). En situation d'être mieux 
informée que les autres, l'église d'Arles jouissait aussi du 
prestige que donne toujours à un clergé le voisinage des 
hautes administrations. Non loin de ses pontifes avaient 
siégé les derniers préfets du prétoire des Gaules. Là se 
conservaient les vestiges les moins effacés du régime im- 
périal. Parmi les évêques d'Arles, plusieurs avaient jeté 
un grand éclat par leurs vertus et leur zèle intelligent. 
Saint Honorât, saint Hilaire, saint Césaire, étaient consi- 
dérés partout comme l'honneur de l'épiscopat gallican. Le 

(1) Jaffé, 927. 



ARLES ET LE DROIT CANONIQUE. 143 

dernier surloul, dont le ministère pastoral avait duré de 
longues années, demeura célèbre non seulement à cause 
de sa sainteté, mais comme un grand promoteur d'organi- 
sation et de réforme. 

Ses homélies, d'un style clair et familier, d'un esprit 
pratique autant qu'élevé, se répandirent très rapidement. 
Lui-même, sans doute, en fit exécuter des recueils à l'usage 
du clergé des campagnes et même des villes. Comme saint 
Augustin, il prêcha longtemps et par bien des bouches; 
dans les livres d'homélies de la Gaule mérovingienne, leurs 
discours circulaient ensemble et défrayaient la chaire de 
ces temps barbares. Mais Césaire fut avant tout Thomme de 
la discipline ecclésiastique. Comme son prédécesseur Hi- 
laire, il assembla souvent des conciles, cherchant|à défen- 
dre celte utile institution contre les progrés de l'individua- 
lisme épiscopal. Des décrets de ces assemblées il formait 
des collections qui venaient s'ajouter dans ses archives aux 
décrétales des papes, aux canons des conciles grecs ou 
africains. Il semble bien qu'il ne s'en soit pas tenu là et 
qu'il ait cherché à codifier les régies formulées en divers 
temps par toutes les autorités ecclésiastiques compétentes. 
C'est lui sans doute qui est l'auteur de ce qu'on appelle 
les Statuta ecclesiae antigua, le plus ancien code ecclésias- 
tique de l'Occident (1). 

Les libri canonum de la Gaule mérovingienne, dont quel- 
ques-uns nous sont parvenus dans lesexemplaires originaux 
du VP siècle et du VII®, dérivent presque tous des recueils 
artésiens. Sans entrer ici dans le détail de la démonstra- 
tion, qui m'entraînerait trop loin, je crois pouvoir affirmer 



(1) Ceci a été établi par M. l'abbé Malnory dans son livre Sainl Césaire 
évêque d'Arles, Paris, 1894, p. 50 et suiv. — Avant saint Césaire, mais dans 
la province d'Arles et au déclin du V' siècle, un essai moins heureux de codi- 
fication ecclésiastique avait été tenté par un inconnu, dont l'œuvre circula 
de bonne heure sous le titre de « Deuxième concile d'Arles. » Il n'y a pas 
de trace historique de la réunion d'un tel concile; l'auteur de cette pièce a 
voulu grouper dans une même compilation dos décrets de plusieurs con- 
ciles, gallicans ou autres, antérieurs au milieu du V« siècle. 



144 FASTES ÉPISCOPAUX DE l' ANCIENNE GAULE. 

qu'il existait à Arles jusqu'à quatre collections distinctes, 
dont les traces se retrouvent dans les vieux libri canonum 
de Corbie (1), de Cologne (2), de Lorsch (3), d'Albi (4), du 
manuscrit Pithou (5), de Saint-Maur (6). Ces quatre collec- 
tions sont : 

1" Un recueil d'un caractère général, formé de canons 
grecs et africains, de décrétales de papes et de pièces dog- 
matiques afférentes aux querelles du V^ siècle sur l'Incar- 
nation et la Grâce. Ce recueil est représenté plus ou moins 
complètement par ce que l'on appelle la collection Quesnel, 
très répandue en Gaule avant le IX® siècle. 

2° Un recueil des lettres pontificales adressées aux évê- 
ques d'Arles et d'autres documents relatifs aux affaires re- 
ligieuses de la province ou, plus spécialement, aux préro- 
gatives de la métropole. Le Liber privilegiorum ecclesiae 
Arelatemis, dont il nous reste plusieurs exemplaires, du 
IX" siècle et au-dessous, reproduit ce recueil, avec quel- 
ques exclusions (7). 

3° Un recueil des conciles gallicans, qui, continué plus 
tard, a donné naissance à des collections comme celles 
des manuscrits de Lyon (8), de Beauvais (9) et de Saint- 
Amand (10). 



(1) Parisinus r2079, du VI» siècle; on ne sait pour quelle église il fut exé- 
cuté. Dans sa forme primitive, cet exemplaire remonte à l'année 525 environ, 

(2) Colon. 21-2, du VII' siècle. 

(3) Vatlicanus Palat. 574, du IX« siècle. Ce recueil semble bien avoir été 
exécuté pour l'église d'Autun. 

(4) Albigensis 2, du IX« siècle. Copie d'un recueil plus ancien, exécuté à 
Albi même. 

(5) Parisinus 1564, du IX^ siècle. Collection formée pour l'église d'Auxerre. 

(6) Parisinus 1451 et Vatic. reg. 1127, tous deux du IX' siècle. Recueil 
formé dans le midi de la Gaule, peut-être à Narbonne. 

(7) Il a été publié par M. W. Gnndlach dans les Mon. Germaniae, Epis- 
lolae, t. III (1892). 

(8) Philipps 1745, du VIII* siècle. Ce livre se termine, de première main, 
par le concile d'Arles de 554: c'est le seul où se trouve ce concile. Il y a 
là un clair indice de provenance arlésienne. 

(9) Vatic. 3827, du X^-XI* siècle. 

(10^ Parisinus 3846, du IX"= siècle; 1455, du X* siècle. — Les deux der- 
nières collections comprennent une môme série de conciles gallicans. Elle 



Al'.LES ET LC DIÎOIT CANONIQUE. 145 

4° Un recueil de conslilutions impériales, relatives au 
droit ecclésiastique ou au for épiscopal. De là, je n'en 
doute guère, dérive la collection des Constitutiones Sirmon- 
dianae, comprenant dix-huit pièces, dont la plus récente 
(9 juillet 425) est précisément relative à l'église d'Arles (1). 

Les compilateurs des iibri canomim puisaient dans ces 
grands recueils pour en extraire ce qu'ils jugeaient utile. 
Tous ne prenaient pas les mêmes documents, mais tous 
en ont pris assez pour qu'il soit possible de reconnaître 
la source artésienne. Ces emprunts, au moins en ce qui 
concerne les six collections nommées plus haut, Corbie, 
Cologne, etc., ne semblent pas avoir été faits bien long- 
temps après le milieu du VP siècle. En effet, aucune des 
six collections ne descend, pour les conciles nationaux 
de l'empire franc, au-dessous du concile d'Orléans, tenu 
en 549. Ceci nous reporte à une date peu postérieure à 
celle de la mort de saint Césaire (542). Du reste, il serait 
injuste d'attribuer exclusivement à cet évêque les préoccu- 
pations de droit canonique dont témoignent les livres que 
je viens de rappeler. Dès avant lui, je n'en doute pas, les 
archives ecclésiastiques d'Arles étaient riches et bien te- 
nues; la tradition dut se maintenir après lui. 

En somme, s'il n'est pas vrai que le christianisme gallo- 
romain procède tout entier de l'église d'Arles, si le patro- 
nage de saint Trophime doit être restreint à des limites 
plus étroites qu'on ne l'entendait à Arles au temps de Pa- 
trocle et de Ravennius, il est impossible de méconnaître 
la haute importance du siège métropolitain de la Provence 
dans le développement du droit ecclésiastique de nos con- 
trées. A ce point de vue, la légende de saint Trophime 
peut être conservée comme un symbole. Ce n'est péfs au 
premier évêque d'Arles que la Gaule entière doit son évan- 
gélisation ; l'église fondée par lui n'a jamais exercé sur 

est plus complète dans la collection de Saint-Amand que dans l'autre. Toutes 
les deux s'arrêtent à l'année 650 (concile de Chalon-sur-Saône). 
(1) Il en a été question plus haut, p. 111. 

10 



146 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

l'ensemble des églises gallicanes une suprématie sérieuse ; 
mais c'est d'elle que sortit, au VI^ siècle, à peu près tout 
le droit canonique de la France mérovingienne. La Gaule 
entière but ainsi aux sources ouvertes non point par saint 
Trophime, mais par ses dignes et vénérables successeurs, 
saint Hilaire et saint Césaire. 



CHAPITRE III 



L HISTOIRE ÉPISCOPALE A VIENNE. 



LE CATALOGUE D ADON. 

Avant le VP siècle, sept évéques de Vienne sont connus, 
soit par des souscriptions de conciles, soit par d'autres 
documents propres à fournir des dates : Verus, qui siégea 
au concile d'Arles, en 314; Florentms, qui assista, en 374, 
au concile de Valence; Simplicius, qui défendit, au concile 
de Turin (v. 400), ses droits au titre de métropolitain; 
Claudius, qui prit part aux conciles d'Orange et de Vaison 
eu 441 et 442; Nicetas, qui assista, en 449, à l'ordination de 
l'évéquo d'Arles Ravennius ; Mamertus (s. Mamert), men- 
tionné dans les documents en 463 et 474; enfin Hesychius, 
père et prédécesseur de saint Avit. Le VP siècle nous 
fournit une série bien ordonnée : Avitus, Julianus, Dom- 
ninus, Pantagathus. Hesychius II, Namatius, Philippus, 
Evantius, Verus II, Desiderius. De ces dix-sept évéques, le 
martyrologe hiéronymien , dans sa recension auxerroise 
(±: 600), ne mentionne que cinq, Florentins, Claudius, 
Nicetas, Mamertus, Avitus. Les deux derniers avaient laissé 
une grande réputation; en revanche, trois autres noms, 
Martiiius , Lupicinus , Neotarius , figurent dans les fastes 
pseudo-hiéronymiens. Nous atteignons donc, jusques et y 
compris saint Didier, le chiffre de vingt évéques pour la 



148 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIEXNE GAULE. 

période antérieure au VIP siècle, mais dix-sept seulement 
peuvent être rangés en série chronologique. 

Après le VP siècle, les documents nous fournissent 
encore, avec des dates, les noms de Domnolus (614), 
à' Aetlierius , de Sindulphus (627-650), de ChaoaldusiQh^, 664), 
de Blidrannus {Ç>11), de Wilicarius (725, v. 735), de Berte- 
riciis (767), d'Ursus (794). Après celui-ci on arrive au 
IX" siècle et il n'y a plus d'incertitude. 

Le plus ancien document où tous ces noms, et quelques 
autres avec eux, apparaissent rangés suivant l'ordre des 
temps, c'est la Chronique d'Adon, arrêtée à l'année 867, 
c'est-à-dire en un temps où son auteur était archevêque de 
Vienne. Ursus, dans sa liste, est le quarante-quatrième 
évéque ; il en connaît, avant Ursus, seize de plus que les 
vingt-huit déjà énumérés. Voici le catalogue qui se déduit 
de sa Chronique : 



1. 


Ci'esccns. 


17. 


Avitus. 


33. 


Dodolcnus. 


2. 


Zacliarias. 


18. 


Iulianus. 


3.'i. 


Bobolinus. 


3. 


Marti nus. 


19. 


Domninus. 


35. 


Geoi-gius. 


4. 


Vcrus. 


20. 


Pantagatiuis. 


.36. 


Deodatns. 


b. 


lustus. 


21. 


Isicius. 


37. 


Blidrannus. 


6. 


Dionysius. 


22. 


Namatus. 


38. 


Eoldus. 




Paracodes. 


23. 


Philippus. 


39. 


Eobolinus. 


8. 


Florcntinus. 


24. 


Evantius. 


40. 


Austrobertus 


9. 


Lupicinus. 


25. 


Verus. 


41. 


Wilicarius. 


10. 


Simplides. 


26. 


Desiderius. 


42. 


Bertericus. 


11. 


Paschasius. 


27. 


Domnolus. 


43. 


Proculus. 


12. 


Claudius. 


28. 


Aetheiius. 


44. 


Ursus. 


13. 


Nectarius. 


29. 


Clarentius. 


45. 


Vulferi. 


14. 


Nicetas. 


30. 


Sindulfus. 


46. 


Bernardus. 


15. 


Mamertiis. 


31. 


Hecdicus. 


47. 


Aglimarus. 


16. 


Isiciiis. 


32. 


Chaldcoldus. 


48. 


Ado. 



Sur les quarante-quatre premiers noms, vingt-cinq peu- 
vent être disposés en série chronologique, d'après des 
documents indépendants d'Adon et qui n'ont pas tous été 
connus de lui. Il est bien remarquable que l'ordre qu'il a 
adopté n'est jamais en désaccord avec la série ainsi établie. 
Une telle coïncidence serait inexplicable si l'on n'admet- 



LE CATALOGUE d'aDON. 149 

tait qu'il a suivi un catalogue épiscopal préexistant et de 
bonne note. Il semble donc que, même dans les cas où 
l'ordre des noms, dans sa Chronique, n'est pas autrement 
vérifîable, on soit fondé à l'accepter comme correspondant 
à la succession réelle. 

Mais là s'arrête la confiance que mérite ce document. 
Adon, en distribuant son catalogue épiscopal le long de sa 
Chronique, a pourvu chacun des noms de déterminations 
chronologiques auxquelles il est impossible d'ajouter foi. 

En s'en tenant à la liste toute seule, dont le quatrième 
nom se rencontre dans un document de l'année 314, le 
premier évoque aurait vécu vers le milieu du IIP siècle. 
Adon réclame pour lui une bien autre antiquité. Soit qu'il 
eût déjà trouvé cette idée en circulation dans le pays, soit 
plutôt qu'il jugeât à propos d'antidater la fondation de son 
siège, comme tant d'autres l'avaient déjà fait, il identifia 
Crescens, le premier évêque de Vienne, avec le disciple 
de saint Paul mentionné dans la 2« épitre à Timothée (1). 
L'apôtre dit, en effet, que Crescent est parti pour la Galatie, 
ce que certains auteurs anciens entendirent de la Gaule ; 
il y a même des manuscrits du Nouveau Testament qui 
portent raXXtav au lieu de FaXaTiav. Quoi qu'il en soit de la 
teneur exacte (2) et du vrai sens de ce texte, il est sûr que 
Crescent n'y est nullement mis en rapport avec Vienne 
plutôt qu'avec une autre localité gauloise ou galate. Mais 
il faut convenir que, du moment où le même nom se trou- 
vait en tête de la série épiscopale, dans une église ancienne, 
importante et célèbre, l'identification était presque forcée. 
On ne l'avait pourtant pas faite, à ce qu'il semble, au temps 
du concile de Turin, du pape Zosime et de saint Léon, 
alors que la métropole de Vienne avait eu à lutter contre 
la rivalité de l'église d'Arles, et, plus spécialement, contre 
l'usage ou l'abus que celle-ci faisait de saint Trophime, 

(1) 2 Tim., IV, 10 : .^r,[JLà; yàp... èTropeOOri ei; 0£(jCTa).oviy.r,v, KpTjixT); ei? Fa).»- 
TÎav, TÎTOç et; Aa/.[j.aTÎav. 

(2) Pour les variantes, voir rédition de Tischendorf. 



150 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

soi-disant disciple de saint Pierre, fondateur de Téglise 
arlésienne (1). 

Ce n'est pas, du reste, pour se procurer un argument 
dans un conflit de ce genre que l'archevêque Adon mit en 
avant saint Crescent et son antiquité. De son temps, la 
métropole d'Arles n'avait plus aucun relief. Depuis plus 
de deux siècles, les évêques d'Arles n'avaient plus la qua- 
lité de vicaires du saint-siège; le pallium romain, dont 
ils avaient été longtemps décorés, à l'exclusion des autres 
prélats des Gaules, était maintenant accordé à tous les 
métropolitains; la province d'Arles, autrefois si impor- 
tante, avait été diminuée des deux tiers parla création des 
métropoles d'Aix et d'Embrun. Elle ne comprenait plus 
que huit ou dix sufl'ragants, la plupart titulaires d'évêchés 
minuscules. La province de Vienne était deux fois plus 
grande. On ne sentait pas, à Vienne, le besoin de se défendre 
contre une rivale aussi affaiblie. Il n'y avait donc pas un 
intérêt bien sérieux à se réclamer d'un disciple des apôtres. 

Mais les intérêts frivoles ne sont pas toujours les moins 
agissants. Du reste, Adon avait vécu dans le nord de la 
France , où l'on était très préoccupé d'ancêtres apostoli- 
ques. Il avait pu apprécier le succès obtenu à Metz , à 
Paris et ailleurs par d'ambitieuses corrections de la chro- 
nologie. Témoin, en 847, de la découverte des reliques 
des saints Sabinien et Potentien , premiers évêques de 
Sens, il n'avait pas hésité à faire de ces évêques des dis- 
ciples immédiats des apôtres et à les désigner comme tels 
dans son martyrologe, sans y être autorisé par une tradi- 
tion quelconque. Les événements l'avaient conduit en 
Italie, où, pour les besoins de son martyrologe, il avait 
dû consulter beaucoup de livres et recueillir beaucoup de 
« traditions » très propres à le familiariser avec l'idée 
qu'une église aussi noble que celle de Vienne devait avoir 
eu un fondateur de haut parage. 

(1) Ci-dessus, p. 100, ll\. 



LE CATALOGUE d'aDON. 151 

Quoi qu'il en soit de ses prédispositions, il est sur qu'il 
consigna dans sa chronique l'identification des deux Cres- 
cent, et reporta au milieu du premier siècle le point de 
départ de sa série épiscopale ; mais il s'en tint là et n'ajouta 
aucun nom à la série traditionnelle. 

Ce procédé est remarquable. On a dit quelquefois que les 
vieilles listes épiscopales sont incomplètes et que, après 
les noms des fondateurs, il doit en manquer beaucoup, 
que l'on aura oubliés ou perdus pendant les persécutions 
et les invasions. Adon n'a pas la moindre idée de cela. 
Non seulement il ne se permet pas d'allonger la liste reçue 
en y insérant de nouveaux noms, mais il est clair que, 
pour lui, cette liste doit suffire à occuper toute la durée 
depuis les apôtres jusqu'au IX" siècle. Crescent se présente 
sous Néron ; il ne remplit à Vienne qu'une mission tem- 
poraire, aliquot annos resedit. Ses trois successeurs, même 
Verus, celui du concile d'Arles de 314, sont placés sous 
Trajan. Avec Just, Denys et Paracodes, on atteint le milieu 
du IIP siècle. Florentins, qui siégeait en 374, est reporté 
en arrière jusqu'au règne de Gallien, et ainsi de suite. La 
chronologie réelle n'est rejointe qu'au temps de saint Avit 
et du roi Gondebaud, c'est-à-dire vers l'année 500 (1). Il 
y avait un livre de canons dans la bibliothèque de l'église 
de Vienne, et Adon l'a quelquefois consulté, même pour 
sa chronique. On y pouvait voir aisément que Verus, par 
exemple, avait vécu sous Constantin et non sous Trajan. 
Un auteur de chroniques ne pouvait avoir de peine à se 
débrouiller dans les synchronismes impériaux. Ce n'est pas 
à l'ignorance, ni à la légèreté, ni à la fragilité humaine, que 
l'erreur peut élre imputée ici. C'est une erreur voulue, 
tout comme celles auxquelles nous devons les Areopagitica 
d'Hilduin, les Fausses décrétales et certaines autres produc- 
tions littéraires du IX® siècle. 



(1) Pour s'en écarter bientôt après, car il y a encore bien des discor- 
dances entre ses synchronismes et la chronologie réelle, surtout pour le 
septième siècle. 



152 FASTES ÉPISCOPAUX DE LANCIE.NNE GAULE. 

Les préteiilions d'Aclon sur Cresceut, disciple de saint 
Paul, sont, en somme, assez modérées; il ne réclame 
qu'un séjour passager de cet homme apostholique. Selon 
lui, Crescent, après avoir passé quelques années à Vienne, 
serait parti pour la Galatie, où il aurait terminé sa carrière. 
Il fallait bien tenir compte du « petit martyrologe romain », 
qui sert de cadre à celui qu'il avait compilé lui-même. Là, 
il est dit, au 27 juin : Apud Galatiam, Crescentis, discipuli 
Pauli aposloli. Adon ne pouvait se mettre en contradiction 
ouverte avec une telle affirmalion. 

De Zacharie, successeur de Crescent, il dit seulement 
qu'il fut martyrisé sous Trajan. 

Le troisième et le quatrième évêque, Mariinus et Venis, 
sont présentés aussi comme disciples des apôtres. Ici encore 
Adon semble avoir élé le fondateur de la tradition. 

Sur les évêques suivants, jusqu'à saint Mamert, il ne 
sait pas grand chose. Cependant, il dit de Just que, sous 
Marc-Auréle et Verus, il fut exilé et mourut martyr (1). 
Contemporain de Constantin, Just n'a été martyrisé que 
par Adon ; encore ne l'est-il que dans la chronique; son 
anniversaire manque au martyrologe. Après Just, on trouve 
encore un disciple des ^\)6{vq<, [discipulorum Chrisliauditor), 
l'évêque Denys, lequel pourtant vécut sous Sévère, suivant 
la chronologie adonienne, et vers le milieu du IV siècle, 
suivant la chronologie réelle. Florentins, son deuxième 
successeur, un contemporain de saint Martin, est aussi 
présenté comme ayant été exilé et martyr (2). La chronique 
dit encore que saint Just, évêque de Lyon, avait été diacre 
de Vienne sous l'évêque Claude. Il y a ici un anachro- 
nisme de près de cent ans. Adon a trouvé dans la vie de 
saint Just de Lyon (3) que ce saint fut diacre à Vienne 
avant d'être promu à l'épiscopat; c'est lui qui a introduit 



(1) Longo tempore exilio raaceratus, martyr gloriosus efEcitur. » 

(2) Ce Florentius est marqué au 3 janvier dans le martyrologe hiorony- 
mien, mais non comme martyr. 

(.3) Acla SS. Sept., t. I, p. 373. 



LE CATALOGUE d'aDON. 153 

ici le nom de l'évéque Claude. Du successeur de celui-ci, 
Nectaire, il rapporte qu'il présida, à Vaison, un grand 
concile, où fui proclamé le dogme de la consubstan- 
tialité. Ce concile aurait eu lieu au temps de l'empereur 
Constance et de saint Athanase. Il est absolument ima- 
ginaire (1). 

En dehors de ces indications, tout aussi fausses que sa 
chronologie, Adon se borne à un éloge rapide, mais banal : 
doctrina et confessione claruit (Verus) ; illustrissinnis in con- 
fessione eœtilit, clarus hahetur (Justus) ; erudilissimus floruit 
(Dionysius) ; clarus in /Ide, clarus in confessione persistens 
(Paracodes) ; vita et doctrina emicuit (Florentius) ; clare 
floruit (Lupicinus); mirae sanctitalis floruit (Simplides) ; 
floruit vir disertissimus (Paschasius) ; in catholico dogmato 
clarissimus (Claudius) ; in doctrina fidei eximius (Necta- 
rius); praeclarissimus in dogmate fidei (Nicetas). 

Avec saint Mamert, on rencontre enfin un souvenir his- 
torique. Tout le monde savait qu'il avait institué les Roga- 
tions. Adon ne se borne pas à le rapporter ; il emprunte à 
une homélie de saint Avit (2) un assez long développement 
sur ce sujet. Il avait une connaissance personnelle des 
œuvres d'Avit ; il en use dans le passage qu'il consacre 
à cet évêque, ainsi que dans ce qu'il dit de son père et 
prédécesseur Hesychius. Il est, du reste, possible qu'il ait 
déjà trouvé une vie de saint Avit (3) toute rédigée (4). Il a 



(1) L'évéque de Vienne, Nectaire, doit se placer dans l'intervalle 443-449. 
Son prédécesseur Claude assista, le 13 novembre 442, au premier concile 
de Vaison ; il y signe le troisième, après l'évéque du lieu et l'évéque d'Ar- 
les. Un Nectaire assistait à ce concile, mais c'était l'évéque d'Avignon 
(Maassen, Quellen, t. I, p. 952). Au deuxième concile de Vaison (529), ni 
l'évéque de Vienne, ni ses suffragants n'assistèrent; aucun des prélats de 
cette assemblée ne porte le nom de Nectaire. Ni l'un ni l'autre des deux 
conciles de Vaison ne s'est occupé du dogme de la Trinité. 

(2) Homilia VI in Rogationibus. 

(3) Il est sur que ce qu'il dit de saint Avit ne provient pas des auteurs 
étrangers à Vienne, Ennodius, Grégoire de Tours, Isidore, Agobard, qui 
ont fait l'éloge de cet illustre évéque. 

(4) Celle qui a été publiée par les Bollandistes [Acla SS. Febr , t. I, p. 6G7) 
est sûrement postérieure à celle de saint Apollinaire de Valence (Ac/a SS. 



154 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

connu aussi son épitaphe, dont il rapporte les quatre 
derniers vers. 

Saint Avit, du reste, n'est pas le seul évéque dont les 
épitaphes lui aient fourni quelque chose. C'est dans une 
inscription (1), relative à l'évêque Domninus, qu'il a trouvé 
les traits : Hic tam in divinis rjuam in saecularibus artibus 
claruit, amator paupenim, redemptor captivorxim. vilaque 
probatissimus. Il a lu l'épitapbe de Pantagathe (2), où il a 
appris que cet évèque avait été consularibus fascibus pri- 
mum siiblimis, qu'il avait siégé cinq ans (3) et qu'il était 
mort sous le consulat de Paulin le Jeune et de Basile. Ce 
consulat est sûrement faux; Paulin a été consul en 533 et 
Basile en 541. Adon aura mal compris la notation consu- 
laire et fondu ensemble deux dates, celle de ravènement 
et celle de la mort de Pantasathe (4). 



Ocl., t. III, p. 58), d'où elle est tirée pour les deux tiers environ de son 
propre contenu. La vie d'Apollinaire existait sûrement au temps de Louis 
le Pieux ; il n'y aurait rien d'étonnant à ce que celle d'Avit eût été rédigée, 
d'après elle, après ou avant Adon. Tout ce que celui-ci rapporte sur Avit, 
sauf ce qu'il donne de son épitaphe, se retrouve dans^ce texte; on en peut 
dire autant de la notice d'Avit dans le recueil de Léger, où l'épitaphe 
est complète. Pour bien juger de la dépendance entre ces trois textes, il 
serait utile d'être renseigné sur l'âge des manuscrits où se trouve la biogra- 
phie de saint Avit. Sur la vie d'Apollinaire, v. Krusch, M. G. Scr, merov., 
t. III, p. 194. 

(1) Leblant, 405. 

(2) Leblant, 429. 

(.3) Ce comput est faux, Pantagathe ayant siégé plus de neuf ans. Adon 
a mal compris l'un des vers où se trouve marqué l'âge du défunt : 

Bissenum vilae complevit Iramile lusirum 
Anytis quinque super saecula nostra videns. 

(4) Dans le pays de Vienne, on a compté par les postconsulats de Paulin 
jusqu'en 537 (C. I. L., t. XII, n"' 2078, 2405); puis on adopta les postconsu- 
lats de Jean, dont un se présente, en 540, sur une inscription viennoise ; 
peut-être même le consulat de Jean, en 538, fut-il reçu à Vienne dès cette 
année : il le fut sûrement dans la cité de Die (j'faid., n" 2080, 2081 ; cf. n- 1530). 
Quant aux postconsulats de Basile, ils n'apparaissent pas à Vienne avant 
547. Ainsi, du moment où les noms de Paulin et de Basile apparaissent 
simultanément dans l'épitaphe d'un évcquc de Vienne, il faut que l'un dé- 
signe l'avènement, l'autre la mort. Pour le premier, on ne peut, dans le cas 
présent, descendre au delà de l'année 538, parce que, le 7 mai de cette an- 
née, Pantagathe assistait au troisième concile d'Orléans. On ne peut re- 



LE CATALOGUE D ADON. 155 

C'est aussi dans l'épilaphe de Namalius (1) qu'il a vu 
que ce prélat était nohilis stemmate sed nobilior vita et elo- 
quio, et qu'il mourut à l'âge de Soixante-treize ans. Peut- 
être s'est-il aidé aussi de celle d'Hesychius II (2). 

Au temps d'Adon ces inscriptions devaient être encore 
apparentes et faciles à lire. Du reste, il en existait des 
copies dans les recueils de petits poèmes et d'épitaphes en 
vers (3). 

Il s'est servi aussi d'une charte (4) que nous avons 
encore, celle du duc Ansemundus, adressée à sa fille 
Remilla, en faveur de Saint-André le Bas. Mais il l'a 
antidatée (5) en la rapportant à l'épiscopat de Philippe, 



monter beaucoup plus haut, puisqu'il y a un évéque, Domninus, à placer 
entre Pantagathe et Julien, lequel siégeait sûrement en 533, le 23 juin, date 
du deuxième concile d'Orléans. L'anniversaire de Julien tombait le 22 avril 5 
il est donc mort, au plus lot, le 22 avril 534. Domninus, dont l'anniversaire 
était célébré le 3 novembre, sera mort, au plus tard, le 3 novembre 537- 
D'autre part, la mort de Pantagathe ne peut être placée qu'en l'une des 
années 547, 548 ou 549; en 549, le 20 octobre, son successeur Hesychius II 
assistait au cinquième concile d'Orléans. 
(!) Leblant, 425 : 

Nobilis eloquio et stemmate nobilis alto, 
Nobilior meritis et vitae clarior actu... 
Seplies liic denos et très compleverat annos. 

(2) Il dit de lui : Qui et ipse sub lustiniano floruit. Ce sub lustiniano 
me semble venir d une note chronologique gravée au bas de l'épitaphe. 
Hesychius II a en effet siégé sous Justinien, bien qu'Adon le place sous 
Justin II. 

(3) Un recueil de ce genre, contenant cinq inscriptions de Vienne, no- 
tamment les épitaphcs d'Avit, de Pantagathus, d'Hesychius II et de Nama- 
tius, fut offert au tombeau de saint Oyan (s, Augendi) par l'abbé Manno 
(t 880). Il se trouve maintenant à la Bibliothèque nationale (/a(. 2832, s. ix): 
cf. de Rossi, Inscr. urbis Romae christ., t. II, p. 262. — Adon ne dépend 
pas de ce recueil, car il s'inspire d'une inscription oîi l'on faisait l'éloge de 
Domninus (Leblant, 405), et cette inscription manque au manuscrit de 
Manno; d'autre part, il donne pour Pantagathe une note consulaire, cous. 
Pauliiii iun. et Dasilii, fautive, il est vrai, mais qui a dû être relevée sur 
le marbre lui-même, car elle ne se trouve pas dans les recueils d'inscrip- 
tions métriques; les personnes qui formaient ces recueils s'intéressaient en 
général fort peu à cet ordre de renseignements. 

(4) Gall. clirist., t. XVI, inslr., p. I. 

(5) Ou postdatée, si l'on admet que la charte est de 543; voyez la note 
suivante. 



156 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

lequel commença en 559 ou 560 et se termina avant 581. 
La charte est datée de la neuvième année d'un roi 
Clolaire, ce qui ne peut convenir qu'à Clotaire III et à 
l'année 666 (1). 

De plus, il a eu à sa disposition deux vies de saints, 
celle de saint Sévère, « prêtre indien, » et celle de saint 
Didier, récemment publiées (2). La vie de saint Sévère lui 
a fourni un événement, la dédicace de l'église Saint- 
Etienne, qu'il place à tort sous l'épiscopat d'Hesychius I" 
(vers 480)^ alors qu'elle est censée avoir eu lieu l'année où 
mourut saint Germain d'Auxerre (448). Enfin, il a noté la 
présence de l'évêque Evantius à un grand concile, que 
nous savons être le premier concile de Mâcon, en 581. 

En se servant de ces documents divers, Adon arrive à 
dire quelque chose sur ses prédécesseurs, à partir de saint 
Mamert et jusqu'à saint Didier. Deux seulement, Julien, 
successeur immédiat de saint Avit, et Verus II, prédéces- 

(1) Cependant il faut noter que la charte en question est visée dans un 
diplôme de Louis le Pieux, du 3 mars 831 (Bôhnier-Mûlilb., 855), comme 
ayant été confirmée par les rois Thierry et Contran. A ce compte, elle de- 
vrait être de Clotaire I" et de l'année 519-5'2ll, ce qui est impossible. Ceux 
qui la rapportent à l'année 543 sont obligés d'admettre, contre tout usage, 
que la date anno VIIIl régnante doinno Hlolliavio est comptée non pas à 
partir de l'avènement de Clotaire à la royauté franque (511), mais à partir 
du moment oii il commença de régner sur la cité de Vienne (534). Encore 
est-il impossible de démontrer que Vienne ait appartenu à Clotaire avant 
l'année 558. Il est même fort douteux (v. ci-dessus, p. 83) qu"il ait participé 
au dernier partage de la Burgondie, en 534. — La difficulté me parait de- 
voir être résolue autrement. Dans le texte, fort mal conservé, de la charte, 
il est question de saint Leonianus et de sa règle monacale; Adon en parle 
aussi à propos de la fondation d'Ansemundus; il dit que saint Leonianus 
avait institué, sous Vévéque Avit, un autre monastère de Saint-André, 
situé en ville (Saint-Andrc-le-Haut), celui-là même où avait été élevée Re- 
milla, et dont elle devait transporter la règle dans la nouvelle maison reli- 
gieuse. Il se peut que la confirmation de Contran ait visé ce monastère, 
celle de Thierry (III ou IV) la fondation de Rcmilla. 

(•2) Ces deux vies figurent dans le manuscrit 566 de Saint-Gall avec d'au- 
tres documents viennois, envoyés en 87U à cette abbaye par Adon lui-même. 
Il avait remanié celle de saint Didier (Krusch, M. G. Scr. inerov., t. III, 
p. 646), comme on peut le voir en comparant son texte avec celui de la 
Vila II (ibid., p. 638). Celle de saint Sévère aura sans doute été retouchée, 
elle aussi; nous n'avons aucun document du texte primitif. Celui d'Adon 
se trouvera Anal. Bail., t. V, p. 417. 



LE CATALOGUE d'aDON. 157 

seur de saiiil Didier, sont marqués avec les menlioiis ba- 
nales p.oniit, claruit (1). 

Au delà du VP siècle, ces banalilés d'expression sont 
tout ce que l'on rencontre : Domnolus (lorebal, vir slrenuus 
et in redimendis captivis piissimiis ; — Aelherius^ vir in 
omnibus eœimius, praeclarus liabetur ; — Clarentius, vir salis 
cruditiLS claruit ; — Sindulphus clarus habetur ; — Hecdicus 
magnae religionis vir. Chaldeoldus et Dodolenus passent 
sans aucun éloge. Puis la série reprend : Bobolinus in- 
signis claruit; — Georgius magnne virlutis episcopus ; — 
Deodatus magnae yarsimoniae vir. De Blidrannus on ne dit 
rien. 

Deux fois, dans cette série, apparaissent des notes chro- 
nologiques ; la première, qui fait mourir Hecdicus dans les 
derniers temps de Justinien II, est fautive d'un demi- 
siècle au moins (2). Quant à l'autre, qui prolonge l'épisco- 
pat de Chaoald jusqu'au temps de Thierry III (675-691), 
elle n'a probablement pas beaucoup plus de valeur (3). 

Il est évident que, depuis saint Didier, comme avant 
saint Mamert, Adon n'a eu d'autre source d'information 
que le catalogue épiscopal. 

Avec l'évêque Eoldus, qui siégea dans les dernières 
années du VIP siècle, nous atteignons la région des sou- 
venirs traditionnels. Adon rapporte à cet évêque, « parent 
des rois francs, » la construction de la crypte de Saint- 
Maurice et le changement de vocable de la cathédrale. Il 
sait que l'évêque Austrobert, vir strenuus et nobilis, était 
enterré dans sa villa de Vilidiacum, prés de la Seine ; 
peut-être avait-il vu l'endroit. Il sait aussi que l'invasion 

(1) Adon dit que saint Didier avait été diacre sous Verus ; la Passio 
s. Desiderii ne marque pas ce détail. 

(2) Le successeur d'Ecdicus, Chaoald, était déjà en fonctions en 654; Jus- 
tinien II a régné depuis 685 jusqu'cà 695, et, si l'on fait entrer son deuxième 
règne en ligne de compte, jusqu'en 711. 

(3) La dernière date connue de Chaoald est de 664, la première que l'on 
rencontre ensuite, celle de 680, tombe dans l'èpiscopat de Blidrannus. Entre 
les deux, il faut placer quatre évoques; dans ces conditions, il est difficile 
que Chaoald ait vu l'année 675. 



158 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

sarrasirie (735) obligea l'évêque Wilicaire à ramener en ville 
les reliques des saints Ferréol et Julien, leur basilique de 
la rive droite du Rhône ayant été incendiée par les musul- 
mans; et que le même évéque, humilié dans sa dignité 
par les usurpations de biens ecclésiastiques, se retira au 
monastère d'Agaune, après avoir passé par Rome et fait 
connaissance avec le pape. Ici, il se trompe de pape et 
confond Etienne II avec Grégoire III (1). C'est encore, je 
pense, la tradition qui l'a renseigné sur l'élévation de 
Berteric, « serviteur de l'église » de Vienne, au siège 
métropolitain, lors du passage de Pépin le Bref en cette 
ville (767;, et sur la nationalité de l'évêque Vulferius, 
« bavarois, qui s'appelait Vultreia dans la langue de son 
pays. » Çà et là, quelques prélats passent rapidement : de 
Bobolinus, prédécesseur d'Austrobert, il ne dit rien du 
tout; Berteric et Proculus sont l'un liomo simplex, l'autre 
similiter innocens et simplicis nalurae. Si cela veut dire 
quelque chose, il faut se rappeler que nous sommes au 
temps de Charles-Martel et de Pépin. Quant à ce qu'Adon 
rapporte de son prédécesseur Barnard, un des hommes les 
plus en vue au temps de Louis le Pieux, il est clair qu'il 
n'a eu besoin de le demander à personne. D'Aglimar, 
auquel il succéda, il se borne à prononcer le nom ; de lui- 
même, il ne dit absolument rien (2). 



(1) Cf. Lih. ponlif., t. I, p. 421. 

(2) Pour achever d'énumérer les sources de la Chronique d'Adon, en ce 
qui regarde, non plus spécialement l'histoire des évéques, mais l'histoire de 
l'église de Vienne, je signalerai le De viris de Gennadius (c. 68, 84), d'où il 
a tiré de qu'il dit de Claudien Mamert, et les traditions mariyrologiques 
relatives à saint Phocas et aux saints de Romans. La translation à Vienne 
des reliques de saint Phocas de Sinope et leur présence dans la basilique 
des saints Apôtres est mentionnée dans le martyrologe dit de Bède et dans 
celui de Raban (14 juillet); c'est peut-être à Vienne que se rapporte la note 
suivante du martyrologe hiéronymien, au même jour : et alibi s. Focae 
episcopi et confessoris. Quant aux saints Sévérin, E.xupére et Félicien, 
découverts en 840 ou environ par l'évêque Barnard et transférés par lui à 
Romans, ils étaient déjà célèbres au temps d'Adon : Wandelbert, en 848, 
les inséra dans son martyrologe (19 novembre). Dans sa Chronique, Adou 
les place, évidemment par conjecture, au temps de Marc-Auréle. 



LE CATALOGUE DADON. 159 

En somme, jusqu'à Eoldus et au temps de Charles- 
Martel, la chronique d'Adon n'a guère de valeur, pour 
l'histoire de l'église de Vienne, que par le catalogue épis- 
copal qu'elle contient. Ce que l'auteur a ajouté à ce cata- 
logue est ou faux, ou connu d'ailleurs (1). 

Outre sa Chronique, Adon nous a laissé un martyrologe. 
Dans sa rédaction première, ce document, constitué à 
Lyon, ne témoigne d'aucun intérêt spécial pour les évo- 
ques de Vienne. C'est un Florus amplifié et modifié dans 
sa distribution, sous l'influence de ce qu'on appelle le petit 



(1) On a fait dernièrement (A. Grospellier, Bulletin d'hist. eccl. et d'ar- 
chéol. religieuse des diocèses de Valence, Gap, Grenoble et Viviers, t. XX, 
1900, et XXI, 1901) de grands efforts pour démontrer que les mentions des 
évoques de Vienne, dans la Chronique d'Adon, sont le résultat d'interpola- 
tions et ne sauraient engager la responsabilité d'un personnage aussi esti- 
timable. A ce compte-là, et s'il fallait soustraire à la paternité d'Adon tous 
les anachronismes de sa Chronique, celle-ci se réduirait à peu de chose. 
Le principal argument est qu'une vie de Sévère (Anal. Bail., t, V, p. 417), 
envoyée par Adon aux moines de Saint-Gall, porte que l'évéque Philippe 
était le 21* de la série, tandis que la Chronique en compte 1\ autres avant 
lui. Adon, qui a envoyé officiellement cette pièce, n'assignait donc à Phi- 
lippe que 20 prédécesseurs: pour avoir la liste reconnue par lui, il faudrait 
effacer deux noms sur celle de la Chronique, oîi il figure au 23' rang. Les 
deux premiers, Crescent et Zacharie, sont proposés pour le sacrifice. Ceite 
raison est faible; de tels computs sont sujets à beaucoup d'erreurs. Je n'en 
veux pour preuve que le martyrologe adonien, qui donne à Florentins le 
huitième rang et à Claudius le onzième, chiffres contradictoires entre eux, 
car si Florent est bien le huitième d'après la Chronique, Claude est le dou- 
zième.. On ne saurait rien fonder sur ces chiffres, si facilement altérés dans 
la transmission paléographique; la série fournie par le texte de la Chroni- 
que offre de bien autres garanties. Inutile aussi d'arguer de ce que les 
mentions des évêques de Vienne ont l'air d'être des pièces de rapport. Il 
n'y a pas qu'elles. Cette chronique, faite à coups de ciseaux, n'est, d'un 
bout à l'autre, qu'un assemblage de morceaux rapportés, cousus, interpolés, 
sans aucun art de composition. Ce ne sont sûrement pas les mérites litté- 
raires d'Adon, non plus que son exactitude d'historien que l'église de 
Vienne a entendu récompenser en l'élevant sur ses autels. Je sens bien 
qu'en cherchant à ébranler ainsi l'autorité de la liste conservée par Adon, 
on voudrait nous persuader qu'elle n'est pas complète et que l'on peut tou- 
jours en supposer une autre, assez longue pour rattacher la fondation de 
l'église de Vienne à la période apostolique. Mais la liste résiste aux criti- 
ques. Du reste, en admettant que celles-ci fussent fondées, et que les deux 
premiers évoques dussent être éliminés, il n'en résulterait nullement ([ue 
l'église de Vienne remonte aux apôtres; mais plutôt qu'elle n'a été orga- 
nisée qu'à la fin du III* siècle. 



160 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aN'CIENNE GAULE. 

martyrologe romain (1). Plus tard, l'auteur étant devenu 
archevêque de Vienne, on y fit diverses additions, dont la 
plupart intéressent l'hagiographie locale ; c'est ainsi qu'un 
certain nombre de prédécesseurs d'Adon y ont trouvé 
place. Qui est l'auteur de ces additions? Il semble bien 
que ce soit Adon lui-même, et le fait qu'il existe des 
manuscrits où elles ne se rencontrent pas (2) prouve seule- 
ment que ces manuscrits dérivent de la recension lyon- 
naise (3), nullement que celle-ci n'ait pas été retouchée plus 
tard par son auteur. Au moins doit-on dire que les retou- 
ches en question sont exactement de même esprit et de 
même style que les indications de la chronique. Crescent 
est commémoré deux fois, au 27 juin et au 29 décembre. 
Le 27 juin il figurait déjà dans le petit martyrologe romain; 
c'est la fête galate ou plutôt censée telle : Apud Galoùiam, 
Crescentis discipuli Pauli aposloli. Le martyrologe adonien 
développe (4), au point de vue viennois, cette note laconi- 
que. La commémoration du 29 décembre représente la 
fête viennoise, que peut-être on célébrait déjà. Ce jour-là 
le petit martyrologe ne parlait pas de s. Crescent; mais, 
sans aucune indication topographique, il notait : Trophimi 
episcopi^ discipuli apostolorum. A Vienne on savait où était 
honoré ce saint Trophime. Adon compléta : Apud Arelatem ; 
mais il ajouta tout aussitôt : Eodem die, sancti Crescentis 

(l) Je parle du martyrologe d'Adon d'après des études encore manus- 
crites de dom Quentin, bénédictin de Solesmes, qui a bien voulu me faire 
part du résultat de ses recherches à ce sujet. 

{T} Le manuscrit 454 de Saint-Gall, que l'on prétend (ce n'est nullement 
sur) avoir été envoyé à Saint-Gall par Adon lui-mcme, en 870, est dans 
ce cas. 

(3) Si c'est Adon lui-mcme qui a envoyé le mart3'rologe aux moines de 
Saint-Gall, il est assez naturel qu'il n'ait pas choisi pour cela un exemplaire 
augmenté des anniversaires viennois, lesquels n'avaient aucun intérêt pour 
l'abbaye. 

(4) Apud Galatiam b. Crescentis discipuli s. Pauli apostoli, qui ad Gallias 
transitum faciens vcrbo praedicationis multos ad fidem Christi convertit, 
Viennae civitate Galliarum per aliquot annos sedit ibiquc Zachariam dis- 
cipulura pro se episcopum ordinavit; rediens vero ad gcntem cui specia- 
liter fuerat episcopus datus, Galatas usque ad boatiim finem vitae suae in 
opère Domini confortavit. 



LE CATALOGUE d'aDON. 161 

apostoii Pauli discipiili, Vienncnsis ecclesiae primi dootoris. 

En dehors de ces détails relatifs aux origines, Adon ne 
marque qu'un nombre assez restreint d'anniversaires épis- 
copaux. Des liuit que lui fournissait le martyrologe hiéro- 
nymien, il en supprima trois, ceux de Lupicinus, Necta- 
rius et Nicetius; celui de Martin fut transféré du 11 mai 
au l*"" juillet (1). En revanche il marque quelques anniver- 
saires nouveaux, ceux de Simplides, Paschase, Julien, 
Pantagathe, qui rentrent dans la période pour laquelle le 
martyrologe hiéronymien est ordinairement renseigné, et 
ceux de Verus II, Aetherius, Clarentius, Chaldeoldus, de 
la. fin du VI® siècle ou du VIP. 

Des fastes hagiographiques beaucoup plus complets nous 
sont venus par un martyrologe conservé autrefois à l'ab- 
baye de Fulda, et maintenant à la bibliothèque de Leyde (2). 
C'est un abrégé du martvrologe hiéronvmien, dont le texte 
avait passe par l'abbaye de Reichenau, et, auparavant, par 
Vienne. Outre diverses autres fêtes viennoises, on n'y 
trouve pas moins de 29 anniversaires épiscopaux, depuis 
s. Crescent jusqu'à Eoldus, à la fin du VIP siècle. 
Cette limite ne saurait être considérée comme une indi- 
cation sur la date du calendrier qui a été mis ici à contri- 
bution. Il est de toute évidence que le rédacteur de ces 
notes dépend de la chronique et du martyrologe d'Adon, 
recension viennoise (3). Toutefois il a d'autres sources : 
c'est là que nous rencontrons, pour la première fois, la 
date anniversaire d'un assez grand nombre d'évéques, 
négligés par les martyrologes hiéronymien et adonien, 



(1) La fête de Martin coïncidait avec celle de saint Mamert; c'est proba- 
blement pour cela qu'on l'avait déplacée ; les anniversaires de Nectaire et 
de Nizier tombaient aussi le mémo jour, 5 mai; les calendriers postérieurs 
à Adon transportent Nectaire au 1«' août. 

(2) Scahger, IV, 49; publié Anal. BolL, t. I, p. 10. 

(3) Par exemple, au 1" août : Vienna, s. Veri episcopi qui iinus fuit de 
discipiilis aposlolorum. Cf. Chronique, Migne, P. L., t. CXXIII, p. 82 : 
Verus Vienncnsis episcopus, qui unus fuit de discipulis et auditoribus 
apostolorum ; au 29 décembre, Crescentis... Pauli. Cette fôte est une spé- 
cialité du martyrologe adonien; le mot Pauli lui-même y figurait ici. 

11 



162 FASTES ÉPISCOPAUX DE l"aNCIENNE GAULE. 

Veru€ , Justus , Dionysius , Isicius 1, Domninus , Philippus , 
Evantius, Desiderius, Sindulfus, Ecdicius, Georgius, Deoda- 
tus, Eoldus. Il y a même un évêque qui ne figure pas chez 
Adon, Agratus : j'en parlerai plus loin. 



II 



LES FAUX PRIVILEGES 

Pour le moment, l'ordre chronologique des documenis 
appelle la discussion d'un recueil de fausses pièces dont 
l'influence va se faire sentir sur le développement ulté- 
rieur de la tradition. Je veux parler du recueil des privi- 
lèges de l'église de Vienne, formé, pour l'ensemble, d'une 
série de lettres pontificales adressées à divers évêques de 
ce siège. Cette série commence au II® siècle, au temps du 
pape Pie V\ et se prolonge jusqu'à Pascal II (1099-1118), 
dont le second successeur, Calixte II (1119-1124) fut, 
comme on sait, archevêque de Vienne avant d'être élevé 
au siège apostolique. 

C'est Jean Dubois [a Bosco), moinecélestin, qui fit connaître 
pour la première fois ces faux privilèges, considérés par lui 
comme authentiques, en les insérant dans un des appendi- 
ces (laevum œyston) de sa Bibliotheca Floriacensis, publiée 
à Lyon, en 1605. Le manuscrit d'où il les tira est perdu ; 
mais on en trouve, et d'assez anciens, qui contiennent ou 
des fragments, ou des traces de quelques-unes des pièces. 
M. W. Gundlach, qui consacra à cette question une étude 
fort consciencieuse (1), arrivait, en tenant compte de tous 
les indices, à cette conclusion que le recueil des faux pri- 
vilèges avait dû être composé sous l'œil bienveillant de 



(1) Der Slreil der Dislhûmer Arles und Vienne, Hanovre, Hahn, 1890; 
tirage à part, avec quelques compléments, d'une série d'articles publiés 
dans le A'eites Archiv, t. XIV et XV. — Depuis, le même savant a publié la 
collection entière des Epistolae Viennenses {Mon. Gevm. Epist., t. III [1892], 
p. 84 et suiv.). Cf. ci-dessus, p. 86, n. 1. 



LES FAUX PRIVILÈGES DE VIENNE. 163 

l'archevêque Guy de Bourgogne (1088-1119), le futur Ca- 
lixte II. 

Il est sur que Calixte II a autheiiliqué toute cette collec- 
tion de faux. Les bulles où elle est visée ne sont pas, il est 
vrai, considérées par M. Gundlach comme tout à fait sin- 
cères, de sorte que, pour lui, la conclusion que je viens 
d'énoncer n'est pas hors de doute. Maintenant la chose est 
claire : M. Ulysse Robert a retrouvé les originaux des 
bulles en question, et c'est d'après eux qu'il en a publié 
le texte dans son Biillaire de Caliœte II (1). 

Ces bulles originales, dont le témoignage, du reste, est 
renforcé par d'autres documents contemporains, nous four- 
nissent une limite inférieure : les privilèges de Vienne 
datent au moins du commencement du XIP siècle. Le 
terme de leur série, une lettre du pape Pascal II (2), coïn- 
cide sensiblement avec la date de leurs plus anciennes 
références, telle que l'établit M. Gundlach. 

Mais cette date fut aussitôt contestée par M. l'abbé 
Ulysse Chevalier (3), lequel montra une trace indéniable 
des faux privilèges dans un manuscrit qui lui paraissait être 
du X® siècle. Ce manuscrit avait déjà été signalé par 
M. L. Delisle (4). C'est une page d'une grande bible, de la 
bibliothèque de Berne ; d'abord inoccupée, cette page fut 
remplie ensuite par un fragment historique sur les arche- 
vêques de Vienne, transcrit « en caractères du X® siècle. » 
M. de Rossi, à qui M. Delisle communiqua une photogra- 
phie du texte en question, pensait (5) qu'il avait été trans- 
crit au XI° siècle. C'était aussi mon impression (6). 



(1) N" 25, du '28 juin 1110, et 145, du 25 février 1120. — La première de 
ces bulles manque à l'édition de M. Gundlach, lequel, du reste, ne paraît 
pas avoir eu connaissance de la publication de M. Ulysse Robert. 

(2) Jaffé, 6596. 

^3) L'Université catholique. Lyon, Vitte, 1890, p. 500, n. 1. 
^4) Histoire littéraire de la France, t. XXIX, p. 452. 

(5) Inscripl. christ, urbis Romae, t. II, p. 264. 

(6) Je n'ai pas vu le manuscrit; c'est grâce à l'obligeance de M. Delisle, 
qui a bien voulu m'en communiquer aussi une photographie, que je puis 
exprimer ici une appréciation personnelle. 



i64 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Ces dernières années, M. de Manteyer (i), serrant de 
plus prés ce problème chronologique, est parvenu à établir 
que le fragment de chronique viennoise qui figure dans le 
manuscrit de Berne y a été transcrit vers l'année 1038. 

Il est sûr, en tous cas, et M. Ulysse Chevalier l'a dit 
avec beaucoup de raison, qu'il y a un lien entre l'histoire 
des archevêques de Vienne et celle des fausses pièces dont 
l'origine est en cause. Je vais étudier le fragment histo- 
rique du manuscrit de Berne et la compilation d'où il a été 
détaché ; j'espère pouvoir montrer, en dehors de toute 
considération paléographique, que cette compilation est 
antérieure à Tannée 1068, et que, par suite, les faux pri- 
vilèges, ceux, bien entendu, qui sont attribués à des papes 
antérieurs à cette date, remontent sensiblement plus haut 
que ne l'a cru M. Gundiach. En attendant, je vais détacher 
de cette série de pièces les renseignements qui s'en dédui- 
sent pour la chronologie des évéques de Vienne. On ne 
doit pas y chercher un catalogue épiscopal au complet. 
Mais, comme le faussaire met un certain nombre d'évéques 
de Vienne en rapport avec des papes de date connue, ses 
indications sont bonnes à relever. Voici la succession qui 
ressort de son recueil. 

Crescens, aposlolovum collega. 



Vcrus, sous Pic (140-150 environ), 

lustus, id. 

bcsiderius. sons Victor (189-198 environ). 

Dionysius, id. 

Paracodas, id. 



Lupicinits, sous Corneille (^.M-îôS). 
Paschasius, sous Silvestre (314-335). 
Simplicius, sous Zosime (417-418). 



(1) G. de Manteyer, La paix en Viennois et les additions à la Bible de 
Vienne, Bullelin de la Sociélé de statistique de l'Isère, 4<= série, t. VU, 1903, 
pp. 15G-173 et 186-189. 



LES FAUX PrtIVILÉGES DE VIENNE. 165 

Ediciiis, sous Agathon (678-681). 

Edaldus, sous Jean V, ou VI, ou VII (085-707). 



Eoaldus, sous Constantin (708-715). 
Aiislroberlus, en 719, 31 août; en 74"2, 7 mars. 



Proculus, sous Etienne II (75Î-757). 
Dertericus, en 775, 1" janvier. 



Vol ferais, (801-814). 

Barnardus, 817, 5 décembre; sous Eugène II (824-827). 



Ado, sous Nicolas I (858-867). 
/4/ea:am?er, 908, 18 janvier. 
Leodegarius, sous Léon IX (1048-1054). 

Celle lisle est en général d'accord avec le catalogue 
épi.scopal antérieur à Adon, et même avec la chronologie 
introduite par celui-ci. Cependant il y a quelques diver- 
gences. L'ordre Proculus-Bertericus a pu être suggéré par 
la chronique adonienne (1). Il n'en est pas de même des 
deux noms Desiderius et Simpiicius. Pour ce dernier, le 
faussaire, qui suivait pas à pas la série des privilèges au- 
thentiques de l'église d'Arles, l'a trouvé mentionné dans 
une lettre du pape Zosime. Il ne lui en a pas fallu davan- 
tage pour le placer ici. Sans doute, il ne s'est pas aperçu 
que ce Simpiicius, dont il fait un successeur assez éloigné 
de Paschasius, est identique au Simplides d'Adon, prédé- 
cesseur immédiat du même Paschasius. Quant à Deside- 
rius, qu'il intercale entre Justus et Dionysius, je ne saurais 
dire sur quoi il se fonde pour corriger si gravement la liste 
traditionnelle. Peut-être, n'ayant qu'une vague idée du 
temps où pouvait avoir vécu le martyr Didier, honoré de- 
puis plusieurs siècles dans l'église de Vienne, aura-t-il 
jugé convenable de le reporter au temps où moururent les 

(I; Voir ci-dessous, p. 200, n° XLII. 



166 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNXIENNE GAULE. 

plus célèbres marLyrs de la région, c'est-à-dire vers le der- 
nier quart du deuxième ziècle (1). 

III 

LE LIVRE ÉPISCOPAL DE l'aRCHEVÊQUE LÉGER 

Vers le milieu du XP siècle, l'archevêque Léger (1030- 
1070) fit rédiger une histoire de ses prédécesseurs. Le 
chroniqueur de Novalaise (2), écrivain contemporain, le 
rapporte en ces termes : Hoc tempore Leodegarius archiepis- 
copus Viemiensis vitam et mores, orlus et actus, suorum ante- 
cessorum archiepiscoporum scrihendo colligere curavit. On 
dit généralement que cette compilation ne nous est pas 
parvenue. L'archevêque Léger devait, ce semble, s'y trou- 
ver au 61* rang, car, dans une de ses chartes (3), datée du 
12 novembre 1068, il se désigne comme le le 61* arche- 
vêque de Vienne. 

De tous les catalogues, anciens ou modernes (4j, un seul 
satisfait à cette condition. C'est celui dont s'est servi Dubois 
dans le laevum xyston de sa Bibliotheca Fioriacensis. Un 
autre, la Chronique des évêques de Vienne de 1239 (5), iden- 
tique pour le reste à celui de Dubois, a cependant un nom 
de moins, celui de l'évêque Verus II, ou plutôt ce person- 
nage y est identifié avec l'évêque Claude, désigné ici par 
le double nom Claudius Verus. Mais c'est là, je crois, une 
correction arbitraire. Adon, dans sa chronique, fait de ce 
Claude un contemporain du concile d'Arles de 314. Or, 
dans les manuscrits, fort nombreux, où figure le concile 



(1) Dans les litanies, les martyrs passent toujours avant les simples évê- 
ques; ceux-ci sont, en général, moins anciens que ceux-là. 

(2) M. G. Scr., t. VII, p. 127. 

(3) Cartulaive de Romans, édit. Giraud (1856). 

(4) U. Chevalier, dans L'Université catholique, année 1890. 

(5) Papiers d'Estiennot, Par. 12768, p. 145-154; édité par U. Chevalier 
Documents iyiédils relatifs au Dauphiné, t. II, 5° livraison, p. 20-30, et par 
G. Waitz, Mon. Germ. Script., t. XXIV, p. 811. 



LE LIVRE ÉPISCOPAL DE LÉGER. 167 

d'Arles, on voit que l'évéque de Vienne présent à cette 
assemblée s'appelait Verus. C'est évidemment de Verus I 
qu'il s'agit. Le correcteur aura cru que c'était de Verus II 
et il a reporté son nom à côté de celui de Claude. 

Une fois écartée cette relouche, les séries de 1239 et de 
1605 sont identiques jusque dans les moindres détails. Et 
ici il faut noter que, dans l'intervalle entre ces deux dates, 
nous n'avons aucun texte du catalogue épiscopal de 
Vienne qui aille jusqu'à l'archevêque Léger (1). Il semble 
donc que Dubois et le chroniqueur de 1239 aient suivi 
une tradition commune. Que cette tradition se rattache 
au texte constitué par Léger, c'est ce qu'on est tout 
d'abord disposé à croire. Cependant, il faut examiner les 
choses de plus près : je le ferai bientôt. 

Si l'on remonte au delà du XIIP siècle, deux documents 
se présentent à l'étude, tous deux antérieurs, non seule- 
ment au XIIP siècle, mais même au XIP. Ce sont : 

1° Un fragment, transcrit sur une page blanche d'une 
bible conservée actuellement à la bibliothèque de Berne 
(A. 9). Cette page ne va pas au delà de saint Avit. Cha- 
que évêque y a sa notice, dans l'ordre chronologique, 
avec l'indication, en marge, du jour auquel on commémo- 
rait sa mort. Cependant, les notices de Crescent et de Za- 
charie sont fondues en une seule ; après avoir parlé de 
Crescent, on ajoute simplement : cui successit Zacharias 
episoopus, martyrio coronatus. L'évéque Paschasius est omis 
aussi ou plutôt il parait l'être ; en réalité, une distraction 
du copiste a cousu la fin de sa notice au commencement 



(1) La Fundalio s. Viennensis ecclesiae (Chevalier, Docxim. inédits, loc 
cit., p. 14-19, cf. M. G. SS., t. XXIV, p. 816), qui paraît être du XIV* siècle 
(Chevalier, Univ. catli., t. V, p. 506), n'est qu'un fragment. Elle ne va pas 
au delà de Berteric (VIII* siècle). Le Desiderius des faux privilèges y est 
identifié avec Dionysius, mais Simplicius est admis; Verus II y figure sous 
une forme altérée : sanctus Vir. Après Agratus, on trouve un Landolmus, 
qui doit être identique au Landelenus des conciles de « Reims » et de 
Chalon-sur-Saône (627 et 650), où ce nom figure comme doublet de celui de 
Sindulfus. On l'aura découvert dans quelque collection de conciles. 



168 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNXIENNE GAULE. 

de celle de Simplides ; du reste, Paschasius est encore 
mentionné plus loin, dans la notice de Xicetas : 

2° VHagiologium Viennense, trouvé par dom Estiennot, 
en 1677, dans les papiers de Cliorier, et publié par 
M. l'abbé U. Chevalier dans ses Documents inédits relatifs 
au Dauphiné (l). Dans la copie d'Estiennot, les notices sont 
disposées suivant l'ordre du calendrier et non pas suivant 
l'ordre chronologique. Mais M. l'abbé Chevalier a fort bien 
vu que cette disposition n'était pas primitive (2). Il a aussi 
jugé que le texte de l'Hagiologe n'était qu'une « nouvelle 
édition, légèrement remaniée » de celui que nous a com- 
servé le manuscrit de Berne. Léger est le dernier des ar- 
chevêques mentionnés dans l'Haeiolonc. A cet Haiiioloïïe 
était joint, dans le ms. de Chorier (3), un catalogue d'évé- 
ques, noms seulement, jusqu'à Léger, dans l'ordre chrono- 
logique. M. l'abbé Chevalier lui a donné une place spéciale 
dans son recueil (4). Au fond, les deux documents dérivent 
l'un de l'autre; seulement, le nom de l'évéque Wilicai'ius, 
placé dans l'Hagiologe sous la même rubrique que son 
prédécesseur Austrobertus. a été omis dans la série chrono- 
logique par une inadvertance du rédacteur de celle-ci. 

On peut donc regarder l'Hagiologe et le catalogue qui 
lui fait suite comme un seul et même document; le cata- 
logue forme comme la table de l'Hagiologe et permet de 



(1) T. II, 1. V, p. 1-13. Le ms. d'Estiennot est le n° 1Î768 lat. de la Biblio- 
thèque nationale. LHagiologe y occupe les pages l'2G-142. 

l2) VUniversUé calholique, t. V (1890), p. 502. — Le ms. de Berne, le 
plus ancien témoin du texte, nous offre les notices dans l'ordre chronolo- 
gique, jusqu'à saint Avit. Que cette ordonnance se soit prolongée au delà, 
c'est ce qui résulte, directement, de certains détails de lédaclion. Ainsi, 
dans la notice de Pantagathus, on trouve l'expression floruit supradicli 
lustiniani temporibus. Or, dans les notices de l'Hagiologe qui précédent 
celle de Pantagathus, il n'est nullement question de Justinien. Au contraire, 
les notices étant remises dans l'ordre chronologique, il se trouve que Jus- 
tinien est nommé dans les deux qui viennent immédiatement avant celle de 
Pantagathus. Ainsi, c'est bien le rédacteur lui-même qui a disposé sa série 
dans l'ordre chronologique. 

(3) Estiennot, l. c, p. 142. 

(4) L. c, p. 500; cf. le tableau annexe. 



LE LIVRE ÉPISCOPAL DE LÉGER. 169 

reconstiluer, dans son ordre chronologique primitif, la 
série que l'Hagiologe disperse entre les jours du calendrier. 

Dans leur partie commune, c'est-à-dire jusqu'à saint 
Avit, l'Hagiologe et le feuillet de Berne donnent absolu- 
ment la même suite de noms et cette suite est identique à 
celle d'Adon. Cependant, à la fin de la notice de saint Nizier 
{Nicetas), ils ont tous deux cette phrase significative : Post 
hune fuit b. Simplicius episcopus, ad quem h. Zosimus papa 
scribit, qui tamen in calhalogo, nescimus qua de causa, non 
ponitur. Ceci est évidemment inspiré par le recueil des 
faux privilèges, lequel, du reste, a laissé trace ailleurs, 
dans la notice du premier évéque saint Crescent. Il y est 
dit, à propos de son épiscopat viennois : Commémorât hoc 
b. Stephanus pontifex in epistola quadam ad principem Fran- 
corum. En réalité, dans la série des privilèges, c'est le 
pape Paul qui écrit à un prince franc, à Charlemagne, et 
qui lui parle de saint Crescent; mais la lettre précédente 
est au nom d'Etienne II. On aura, par distraction, confondu 
les deux lettres en une seule et placé le contenu de la se- 
conde sous le titre de la première. Ceci suppose que Ton 
s'est servi d'un exemplaire où les deux lettres se suivaient 
immédiatement, sans qu'aucun texte narratif s'interposât 
entre elles. 

Au delà d'Avit la série de l'Hagiologe resté seul diffère 
de celle d'Adon en deux endroits : 1° entre les n°' 35 et 37 
(Georges et Eold), Avit insère les deux évêques Deodaius et 
Biidraniius, l'Hagiologe omet Deodatus et, après Blidrannus, 
il place un évéque Agratus, qu'Adon ne connaît pas; 
2° après le n° 40 (Vilicaire), l'Hagiologe omet Berteric. 

Cette deuxième omission est singulière, car Berteric est 
nommé deux fois dans la chronique adonienne et cela 
vraisemblablement d'après deux sources différentes; de 
plus, son nom a été utilisé par le fabricateur des faux privi- 
lèges, antérieurement à la rédaction du liber episcopalis. Il 
y a donc sûrement faute dans l'Hagiologe. 

Quant à l'autre variante, elle donne lieu à des observa- 



170 FASTES ÉPISCOPAUX DE l"aNCIENNE OAULE. 

tioiis différentes. Ici nous n'avons, ni pour Deodatus, ni 
pour Agratus le témoignage des faux privilèges. Entre 
Adon qui ne connait que Deodatus et l'Hagiologe qui ne 
connaît (\u Agratus^ il faut se décider. Les documents litur- 
giques ne nous tirent pas d'embarras, car ils ont les deux 
noms à la fois. Dans le martyrologe de Fulda et dans les 
calendriers viennois qui lui font suite, on trouve toujours 
la tradition hagiographique suivante, que je représente par 
le texte de Fulda (1) : 

H iD. ocT. . . . Apud Viennam s. Agrati episcopi et confosso- 

ris, s. Castuii episcopi. 
iD. OCT In Vienna s. Deodati episcopi. 

Il résulte de là que l'on fêtait à Vienne, le 14 et le 15 oc- 
tobre, trois évoques, Agratus, Casturus et Deodatus. Qu'ils 
aient été considérés tous les trois comme évéques de 
Vienne, les livres liturgiques ne le disent pas ; cela est af- 
firmé pour Deodatus par Adon, par Agratus pour l'Hagiologe ; 
quant à Casturus, l'un et l'autre s'accordent à l'écarter de 
la liste. 

Dans cet état des témoignages, le mieux est de s'en tenir 
à la plus ancienne liste, celle d'Adon, de garder Deodatus 
et de négliger Agratus (2). 

Ainsi le liber episcopalis, représenté par le manuscrit de 
Berne et l'Hagiologe, nous offre, en somme, la même sé- 
rie épiscopale que la chronique d'Adon, sauf l'omission de 
Bertericus et de Deodatus et l'insertion d'Agratus. Suivant 
ces documents, Adon est le 48* évêque (47* Hag.) et Léger 
le 56®. Pour que Léger ait pu se dire le 61*, il faut que la 
liste se soit allongée de cinq noms, c'est-à-dire qu'elle ait 



(1) Anal. BolL, t. I, p. 42. 

(2) Je ne veux faire aucune conjecture sur celui-ci. Il a pu être chorévc- 
que, ou évéque d'un autre siège, enterre accidentellement à Vienne; d'au- 
tres raisons encore peuvent être imaginées pour expliquer qu'on lui ait fait 
l'honneur du calendrier, des litanies, de l'office liturgique. On en peut dire 
autant pour Casturus. Tout cela est en dehors de mon sujet. V. un cas 
analogue, t. II, p. 414, note 3. 



LE LIVRE ÉPISCOPAL DE LÉGER. 171 

été complétée comme nous la trouvons dans la chronique 
de 1239. 

Or, en étudiant celle-ci, on voit d'abord qu'elle contient 
à la fois Deodatus et Agratus : cela fait un nom de plus. 
Les quatre autres ont été fournis par les faux privilèges. 
Ces noms, en effet, sont ceux de Desidenus, Simplicius, 
Volferius et Volfericus. Les trois premiers figurent dans la 
série des fausses lettres pontificales comme ayant été en 
correspondance avec les papes Victor, Zosime et Léon III; 
quant à Volfericus, il est mentionné comme archevêque de 
Vienne dans une charte apocryphe, fabriquée sous le nom 
de Charles le Chauve (1), et qui, si elle n'est pas du même 
auteur que les fausses bulles, a été fabriquée dans le 
même milieu et pour le même intérêt. Du reste, le chro- 
niqueur de 1239 atteste manifestement la provenance que 
j'indique; il note expressément, à propos de Simplicius, 
Volferius et Volfericus, les documents de Zosime, Léon III 
et Charles le Chauve. 

Nous trouvons donc à Vienne, vers le temps de l'arche- 
vêque Léger, deux formes du catalogue épiscopal. L'une 
d'elles, d'accord avec Adon. comptait 48 noms jusqu'à cet 
archevêque, lui compris, et 56 jusqu'à Léger. L'autre 
comprenait cinq noms de plus : l'archevêque Léger y 
avait le numéro 61. Bien que nous n'en ayons pas de 
texte plus ancien que la chronique de 1239, on ne peut 
douter que cette série interpolée ne fût constituée dès 
Tannée 1068, puisque nous voyons Léger se dire, cette 
année-là, dans un document officiel, le 61° archevêque 
de Vienne (2). 

(1) Dubois, loc. cit., p. 55. 

(2) Les évéques n'ont pas coutume de se numéroter ainsi. Il y a lieu de 
croire que si l'archevêque Léger a cru devoir indiquer son numéro dans une 
pièce officielle, c'est en raison de l'intérêt spécial qu'il portait, on le sait, à 
la chronologie épiscopale de son église. Un fait analogue se constate à An- 
gers, au X' siècle. L'évêquc Raino, auteur responsable d'une réédition de 
son catalogue épiscopal, désigne aussi son numéro dans ce catalogue. Voir 
le t. II de cet ouvrage, p. 347. — L'exemple de Léger fut suivi par quel- 
ques-uns de ses successeurs les plus rapprochés. 



172 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Or les deux formes du catalogue supposent l'exislence 
du recueil des faux privilèges; dans l'Hagiologe, ces do- 
cuments sont allégués sans que cependant la série épisco- 
pale soit altérée d'après eux; dans l'autre recueil, la série 
épiscopale est enrichie, sur leurs indications, de quatre 
noms nouveaux. L'année 1068 est donc une limite extrême, 
au-dessous de laquelle on ne saurait abaisser l'apparition 
des faux privilèges. 

Ainsi, à une date certainement antérieure à l'année 
1068, le recueil des faux privilèges existait et jouissait 
d'une autorité assez grande pour que l'on corrigeât d'après 
lui la liste épiscopale. Il résulte de là que l'on ne saurait 
plus considérer ce recueil comme ayant été fabriqué d'un 
seul coup, comme datant à peu prés du temps où il s'ar- 
rête, c'est-à-dire du temps de l'archevêque Guy de Bour- 
gogne. Les pièces au nom de Grégoire VII, Urbain II, 
Pascal II, doivent avoir été ajoutées après coup. 

Ici, du reste, le contenu des faux privilèges vient confir- 
mer ma conclusion. Ce qui les rattache plus étroitement à 
Tépiscopat de Guy de Bourgogne, c'est que certains d'entre 
eux trahissent la préoccupation de soutenir les querelles 
de ce prélat à propos de l'abbaye de Saint-Barnard de 
Romans et du pays de Sermorens. Or cette préoccupation 
ne se révèle que dans les dernières, nommément dans 
celles de Grégoire VII et d'Urbain II. Les autres sont des- 
tinées à relever en général la situation ecclésiastique du 
siège de Vienne, à faire valoir ses droits primatiaux sur 
les métropoles des sept provinces, à fortifier ses revendi- 
cations métropolitaines sur les sièges de Die, de Viviers et 
de Maurienne, ainsi que sur la province de Tarantaise ; 
cette préoccupation de suprématie ecclésiastique est le 
trait commun à toute la collection; mais, dans la première 
partie, jusqu'à Léon IX inclusivement, c'est le seul trait 
commun. 

Les dernières lettres, depuis celles do Grégoire VII, 



LE LIVRE KPISCOPAL DE LÉGER. 173 

élaiiL ainsi éliminées de la rédaction primitive, il nous 
reste une série qui v;i, sans de trop longs intervalles, du 
pape Pie I jusqu'à Nicolas I (858-867), c'est-à-dire depuis le 
W siècle jusqu'au déclin du IX«, et se rattache au temps 
de Grégoire VII par deux pièces fort espacées, l'une sous 
le nom de Serge III (904-911), l'autre sous le nom de 
Léon IX (1048-1054). Comme il n'y a pas la moindre trace 
de ces faux privilèges dans les divers écrits d'Adon (7 875); 
comme, d'autre part, les prétendues lettres de Serge III 
et de Léon IX sont de même style que les précédentes et 
s'inspirent des mêmes préoccupations, rien n'empêcherait 
de placer vers le milieu du XP siècle la rédaction du recueil 
primitif (1). 

Toutefois les arguments produits par M. de Manteyer 
obligent à remonter plus haut. La collection des faux pri- 
vilèges est au plus tard des premières années de Léger, 
probablement même antérieure à son épiscopat (2). 

Quant au livre épiscopal, il paraît bien avoir été constitué 
sous Léger lui-même. Le compilateur s'est beaucoup servi 
d'Adon, mais il ne se borne pas à reproduire son texte : il le 
modifie, et, en bien des endroits, ses modifications sont 
inspirées par un certain sens critique. D'autre part, il a su 
mettre à contribution, dans une plus large mesure que son 
devancier, les monuments ecclésiastiques et les traditions 
locales. Venons au détail. 



(l) Ici M. Gundlach nous présente un argument qui confirmerait cette 
manière de voir, s'il était plus solide. Nul ne saurait douter que notre re- 
cueil n'ait été entrepris sur le modèle fourni par le Liber privilegiorum 
ecclesicLC Arelatensis. Parmi les manuscrits qui nous ont conservé cette 
collection arlésienne, il y en a un, le Parisinus 5537, qui est du XI^ siècle. 
M. Gundlach croit que le faussaire de Vienne a eu cet exemplaire sous les 
yeux. Il serait donc interdit de remonter au delà du XI» siècle, ou même 
trop haut dans l'intervalle 1000-1100. Mais l'assertion de M. Gundlach ne se 
fonde que sur des variantes très peu importantes; rien ne prouve que les 
particularités de texte que, selon lui, le faussaire doit au Parisinus 5537, 
ne proviennent pas d'un autre exemplaire plus ancien, qui ne sera pas 
venu jusqu'à nous. Du reste, ces particularités sont, encore une fois, fort 
menues: il n'y a pas lieu de s'en autoriser dans la question. 

(î) Cf. de Manteyer, La Provence du I" au XII' siècle, p. 83. 



174 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aXCIEXNE GAULE. 

Pour la partie ancienne, il accepte la série épiscopale 
d'Adon avec sa transposition chronologique. Cependant, il 
n'est pas aussi sûr qu'Adon de l'identification entre le pre- 
mier évêque de Vienne et le disciple de saint Paul. Adon 
avait écrit : Crescens... Viennae aliquot annos resedit ; notre 
auteur est moins affirmatif : Traditur Crescentem... Viennae 
aliquod temporis resedisse, et il s'empresse de citer à l'appui 
de cette tradition, non pas Adon, mais une lettre du pape 
Etienne au roi des Francs. Le même scrupule se révèle à 
propos de Verus, duquel Adon écrit qu'il fut (fuit) aussi un 
disciple des apôtres : fuisse dicilur, dit le biographe du 
XI® siècle. Plus loin, il recueille dans la chronique ado- 
nienne le fait d'une persécution qui aurait sévi dans l'église 
de Vienne au temps de l'évêque Just. Il l'enregistre, mais 
avec un ferlur. 

Sa défiance s'étend aux éloges qu'Adon ne s'est pas fait 
faute de décerner à ses prédécesseurs, apparemment par 
simple conjecture. Dans la nouvelle rédaction, ces éloges 
sont le plus souvent supprimés; d'autres fois on les repro- 
duit, mais avec quelque formule de doute, ut dicitur, ut 
ferunt. En somme, notre auteur n'accorde à Adon qu'un 
crédit limité. 

Il est bien plus complet que lui sur les sépultures des 
archevêques de Vienne ; quant à leurs épitaphes, il ne se 
borne pas à en reproduire quelque trait, il les insère en 
entier (1). En ce qui regarde les sépulures, il indique avec 
précision celles de Mamert, Avit, Pantagathe, Hésychius II, 
Namatius, Didier, Etherius, Ursus, Ultraia, Barnard, Agil- 
mar, prédécesseurs d'Adon, pour lesquels la chronique de 
celui-ci ne fournit aucun renseignement, non plus que son 
martyrologe. Le même détail est enregistré régulièrement 
pour tous les évêques postérieurs, depuis Adon jusqu'à 
Léger. En fait d'épitaphes, Adon s'était borné à citer les 



(1) Ceci soil dit pour les temps anciens; les épitaphes des évéques Bar- 
nard, Sobbo, Burchard (IX", X«, XI* s.) ne figurent pas dans ce recueil. 



LE LIVRE ÉPISCOPAL DE LÉGER. 175 

quatre derniers vers de celle de saint Avitet à emprunter 
quelques traits à celles de ses successeurs du VI" siècle : 
notre auteur reproduit en entier les épiUiphes d'Avit (1), Pan- 
tagalhe, Hésychius II, Namatius, ainsi qu'une inscription 
acrostiche au nom de Domninus, avec quelques appendices 
épigraphiques qui, peut-être, n'ont qu'un lien apparent 
avec elle. 

Il n'a pas négligé les collections de conciles. C'est de 
là qu'il a tiré ce qu'il dit de la présence de Pantagathe 
au troisième concile d'Orléans (538), d'Hésychius II au 
cinquième (549). Peut-être est-ce à une étude plus exacte 
des libri canonum qu'il doit avoir éliminé le prétendu con- 
cile de Vaison, auquel Adon fait assister l'évêque Nectaire. 

En somme, nous avons affaire à un auteur viennois, à 
portée des sources qui avaient été mises à contribution par 
Adon, en situation d'apprécier la tradition représentée par 
sa chronique, de la juger et de la compléter. Il a connu le 
recueil des faux privilèges et il s'en autorise en deux en- 
droits, sans cependant aller jusqu'à modifier, d'après ses 
indications, la série épiscopale traditionnelle. 

Il a dû compléter celle-ci en y ajoutant les sept succes- 
seurs d'Adon. A leurs noms et même ceux de Barnard, 
Agilmar et Adon, il joint l'indication de la durée de l'épis- 
copat. Ses chiffres, tels qu'ils nous sont parvenus, sont çà 
et là incorrects, sans doute par suite d'accidents de tran- 
scription. 

Cette continuation est rédigée d'après un formulaire 
d'une brièveté exorbitante. Ce n'est pas ce que semble 
annoncer le chroniqueur de Novalaise : vitam, mores, orlus 
et actus. Mais il faut bien reconnaître que les auteurs des 
catalogues viennois du XII' siècle et des temps postérieurs 

(1) Cependant l'Hagiologe omet complètement l'épitaphe de saint Avit, 
pour laquelle notre recueil biographique ne nous fournit pas d'autre texte 
que celui du ms. de Berne. Il est à remarquer que Dubois, qui a reproduit 
toutes les autres inscriptions, n'a fait, pour celle d'Avit, que copier Adon. 
Son exemplaire du Liber episcopalis était donc, sur ce point, conforme à 
celui qui a été dépecé dans l'Hagiologe. 



176 FASTES ÉPISCOPAUX DE LANCIEXNE GAULE. 

n'ont pas trouvé d'autre histoire épiscopale dans les archi- 
ves de leur église. Il serait, d'ailleurs, étrange que le livre 
de Léger se fut perdu avant le XIIP siècle sans laisser la 
moindre trace. 

Les notices qui le composent semblent être des notices 
de nécrologe plutôt que des biographies : la date obituaire 
est toujours inscrite en tête. La première impression que 
l'on éprouve, c'est que tout cela a dû être disposé d'abord 
dans l'ordre du calendrier. Cependant, comme on l'a vu 
plus haut, il n'en est rien et c'est bien l'ordre chronolo- 
gique qui correspond à la forme originale. 

Les quarante premiers évêques, jusqu'à Austrobert inclu- 
sivement, sont tous qualifiés de saints. Après Villicaire, 
il n'en est plus ainsi, sauf pour Adon, en l'honneur duquel 
reparaît l'ancienne formule, sancti Adonis Viennensis epis- 
copi. Dans cette partie de la série, les notices commencent 
régulièrement par le mot Commemoraiio, qui ne corres- 
pond pas à une fête en l'honneur de l'évêque, mais à un 
simple anniversaire funèbre. 

Il est clair que, tel qu'il fut d'abord rédigé, ce liber epis- 
copalis n'a pu contenir la notice de Léger. Celle-ci, en 
effet, a tout l'air d'une pièce de rapport ; sa rédaction dif- 
fère beaucoup du formulaire employé pour les sept notices 
précédentes. Depuis Otramne, successeur d'Adon, jusqu'à 
Burchard, tout est évidemment du même jet. Nous devrons 
donc placer après la mort de celui-ci, c'est-à-dire sous 
Tépiscopat de Léger^ la première rédaction de notre recueil. 
Ainsi se trouve vérifié le dire de la Chronique deNovalaise. 

Il est évident que le biographe n'est pas la même per- 
sonne que le compilateur des faux privilèges; sa série 
épiscopale diffère de celle du faussaire. Des pièces fabri- 
quées par celui-ci, il ne fait qu'un usage restreint et 
timide ; il paraît même n'avoir lu ces apocryphes que très 
superficiellement, puisqu'il confoud en une seule deux 
lettres bien distinctes. 

Quant au remaniement de la série épiscopale, dont 



LE LIVRE KI'ISCÛPAL DE LÉGER. 177 

lémoigiie la charte de 1068, on le doit à quelqu'un qui 
connaissait très bien les faux documents et qui n'avait 
aucun scrupule à s'en inspirer. Ici on me dira que, si 
l'archevêque Léger est l'auteur du livre épiscopal, il est 
difficile qu'il se soit attribué le 61« rang dans la série, alors 
que le livre épiscopal ne lui assignait que le 56*. Mais je 
crois qu'il y a lieu de distinguer plusieurs temps. L'arche- 
vêque aura pu n'accorder d'abord qu'une attention res- 
treinte aux faux privilèges et surtout à la perturbation 
qu'ils introduisaient dans la série acceptée et datée par 
Adon : c'est l'état d'esprit dont témoigne le livre épiscopal. 
Avec le temps, quelqu'un de ses clercs, peut-être l'auteur 
même des faux privilèges, aura combiné ceux-ci avec le 
livre épiscopal nouvellement paru; l'archevêque, déjà bien 
disposé pour les faux privilèges, se sera décidé à corriger 
Adon d'après leurs indications, et, de cette façon, il se 
sera attribué la 61^ place dans la série épiscopale ; il en 
était là quand il fit rédiger la lettre du 12 novembre 1068. 

De tout ce qui précède, il résulte que la tradition du 
clergé viennois sur ses anciens évêques a pris successi- 
vement les expressions suivantes : 

1° Le catalogue, expression sincère, que nous ne con- 
naissons que par l'usage qu'en fit l'archevêque Adon 
(860-875) ; 

2° La Chronique d'Adon, sincère quant aux noms et à 
l'ordre de succession, non quant à la chronologie; 

3° Le Livre épiscopal de Léger, exact en somme (1) 
quant aux noms et à l'ordre de succession, influencé, dans 
une large mesure, par la Chronique d'Adon, et même, 
quoique assez peu, par le recueil des faux privilèges fabri- 
qués vers l'année 1060; 

4° Un nouveau catalogue ou une seconde édition du 



(1) Tenir compte ici de ce qui a été dit à propos de Bertericus, Deodatus 
et. Agratus. 

12 



178 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

livre épiscopal, constituée avant 1068, où la sincérité des 
séries antérieures a été faussée à la demande des privilè- 
ges apocryphes. La chronique de 1239 dépend de cette 
dernière rédaction. 

Négligeant cette chronique, dans laquelle ont pu entrer 
des éléments postérieurs au XI« siècle, je vais publier le 
livre épiscopal de Léger dans sa teneur primitive, telle 
qu'elle se déduit : 1° du manuscrit de Berne; 2° de l'Ha- 
giologe, les fragments étant remis en ordre. J'y joindrai 
les passages correspondants de la Chronique d'Adon et de 
son martyrologe, afin que l'on voie bien la relation entre 
les textes du IX" siècle et ceux du XP. 

[LIBER EPISGOPALIS VIENNENSIS ECCLESIAE] 

L IL 

III kal. ian. — Sancti Grescentis Viennensis episcopi. Tradi- 
tur primum Grescentem discipulum Pauli apostoli Gallias ve- 
nisse et Vienne aliquod temporis resedisse, ac verbum vite ibi 
primum praedicasse. Gommemorat hoc beatus Stephanus pon- 
tifex in epistola quadam ad principem Francorum. Gui successit 
Zacharias episcopus martirio coronatus. 

Hagiologe. — III kal. -episcopi om. — Traditur < auteni > — 
< beati > Pauli — apostoli om. — < papa > puntifex — episcopus 
om. — 1. 3, CoD. Bern. bac. 

Adon. — {Néron, 54-68) : Quo tempore creditur Paulus ad Hispaiiias 
pervetiisse et Arelatae Trophimum, Viennae Grescentem discipulos saos 
ad praedicandum reliquisse. — (Trajan, 98-117) : Sub quo etiatn impe- 
ratore gloriosissimus senex Zacharias Viennensis ecclesiae episcopus 
martyrio coi-onatui". Nam primas Crescens discipulus apostolorum Vien- 
nae aliquot annos resedit. Quo ad Galatiam reverso, etc. — (Anaslase, 
491-518) : Primus Crescens, sequens Zacharias martyr. 

Martyrologe, 27 juin : Apud Galatiam b. Grescentis discipuli s. Pauli 
apostoli, qui ad Gallias transitum faciens verbo praedicationis multos 
ad fidem Ghristi convertit, Viennae civitale Galliaruni per aliquot 
annos sedit, ibique Zachariam discipulum pro se episcopum ordinavit. 
Rediens vero ad gentem cui specialiter fuerat episcopus datus, Galatas 
usque ad beatum finem vitae suae in opère Donjini confortavit. 

29 décembre : Apud Arelatem natalis s. Trophimi episcopi et confes- 



LE LIVRE ÉPISCOPAL DE LÉGER. 179 

soris, discipuli apostoloruin Pétri et Paiili. Eodem die s. Crescentis 
apostoli Pauli discipuli, Viennensis ecclesiae primi doctoi-is. 

III 

Kal. iul. — Beati Martini Viennensis episcopi. Hic a sanctis 
apostolis Viennam missus, que urbs eo tempore in Galliis flo- 
rentissima erat, iniunctum sibi officium longe lateque praedi- 
cando et docendo beatissimo fine coniplevit. Floruit sub tem- 
poribus Neronis, Vespasiani et Titi. Guius festivitas agitur 
kal. iuli. 

H.\aiOLOQE. — eo tempore om. — temporibusj tempore. 

Adon. — (rro/a/i, 98-117) : Quo [Crescente] ad Galatiam reverso, tcrtiiis 
Martinus episcopus et discipulus apostoloriim Vicnnae resedit. 

Martyrologe, i" juillet : Viennae, b. Martini tertii eiusdem urbis epis- 
copi, ab apostolis ad praefatam urbem missi. 

IV 

Kal. aug. — Sancti Veri episcopi Viennensis. Hic aetiam de 
discipulis et auditoribus apostolorum unus fuisse dicitur. Qui 
floruit maxime sub imperatoribus Traiano et Nerva. 

Hagiologe. — Nerva, -<Tiinc temporis apiid Ponthum Synopis civita- 
tis episcopus Phocas gloriosissime martyrium duxit ; cuius sacratissimae 
reliquiae translatae sunt in Galliam, civitatem Viennam, ibique in eccle 
sia sanctorum Apostolorum repositae. >> 

Adon. — (Trajan, 98-117) : Verus Viennensis episcopus, qui unus 
fuit de discipulis et auditoribus apostolorum, Traiani temporibus doc- 
trina et confessioiie fidci floruit. lUis temporibus apud Pontum Synopis 
civitatis episcopus Phocas gloriosissime marlyrium du.xit ; cuius sacra- 
tissimae reliquiae translatae sunt in Galliam, in civitatem Viennam, ibi- 
que in ecclesia sanctorum Apostolorum repositae. 

Martyrologe, li juillet : Apud Pontum natalis s. Phocae episcopi civi- 
tatis Sinopis, qui sub Traiano imperatorc, ])racfecto Africano, carccrem, 
viiicula, ferrum, ignem eliam pro Chrislo superavit. Cuius reliquiae in 
basilica Apostolorum in Gallia, civitate Vienna, liabentur. 



// non. mai. — Sancti lusti, Viennensis episcopi. Hic floruit 
temporibus Antonini cognomento Pii et Anlonini minoris, quo 
tempore Hyreneus Lugdunensis adbuc prcsbyter habebalur. 
Huius lusti tempore fertur persecutio gravissima cliristianorum 
in Urbe Vienna fuisse, quando multi christianorum martirio 



180 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

coronati sunt, inter quos Severinus, Exsuperus et Felicianus. 
Quorum corpora mira revelatione postmodum reperta sunt. 
Paulo acte et martirium illud clarissiraum Lugduni consum- 
matum est, quando sanctissimus diaconus Sanctus Viennensis 
cum aliis Viennensibus martirio coronatus est. 

Haoiologe. — Lugdunensis < episcopus >■ — in urbc-christiano- 
rum om. — illud] ibidem et — consummatum] celebratum. 

Adox. — (Hadrien, 117-138) : Hoc itidem tempore et lustus, Viennensis 
ccclcsiac episcopus, illustfissimus in confossione exstitit. — (Anlonin, 
138-161) : Vicnnensium episcopus lustus adhuc clarus liabetur, Lugdu- 
nensium Pholinus. — Marc-Aiirèle (161-180): In Galliis quoque plurimi 
gloriosc pi'o Christo sanguinem fuderunt. lustus, Viennensis episcopus, 
longe tempore exilio maceratus, martyr gloriosus efficitur. Tune Photi- 
nus vcnerabilis sencx tempore interposito cum XLVIII ex Lugdunensi 
et Viennensi urbc mai-tyrium suum implevit. Ncc multo post vindex 
scelcrum lues multas iate provincias, Italiam maxime Romainque vastavit. 
Severinus, Exuperius et Felicianus parvo tempore ante apud Viennam 
niartyrio coronati. 

Marlyrologe , 19 novembre : Apud Viennam, ss. martyrum Severini, 
Exuperii et Feliciani , quorum corpora post multa annorum curricula 
ipsis revelantibus inventa et a pontifice urbis clero et populo honorifice 
sublata in basilica s. Romani, quae iam dictae civitatis parle oiientali 
sita est, condigno honore condita sunt. 

VI 

17/ ici. mai. — Sancti Dionisii episcopi Viennensis, praccla- 
rissimi in doctrina viri, qui floruit Marci Antonini Veri (1) im- 
peratoris tempore et Commodi fratris. 

Beun. — et Comm. fr. a/ite M. Antonini. 

Hagiologe. — tcmporibus. 

Adon. — Commode (i80-iy'2) : Dionysius quoque, discipuiorum Christi 
auditor, Vicnnensem tune ecclesiam regebat. — Pertinax (193) : Huius 
Aelii atquc Iuliani, Severi quoque imperatorum temporibus, Dionysius, 
sicut diximus, Viennensis episcopus eruditissimus floruit. 

VII 

IIII non. ian. — Paracodae, sanctissimi Viennensis episcopi, 



(1) Léger s'est embrouillé ici dans le texte d'Adon, qui parle d'abord du 
règne simultané de M. Anloninus Verus (Marc-Aurèle) cum fralre L. Au- 
rélia Coimnodo (Verus), puis du régne de L. Anloninus Commodus (Com- 
mode). 



LE LIVRE ÉPISCOPAL DE LÉGER. 181 

qui nalura siculi Dionisius Grecus (1) fuit. Fuit autcm tcmpo- 
ribus Antonini Garacalle, Aurelii Alexandri et Maximi impe- 
ratorum. 

Beun. — imperatorum] temporibus. 

Haqiologe. — Tarcode. 

Adon. — Sévère {\93-'i\\) : Et F*aracodes, Vieniiciisis episcopus, clarus 
in fidei doctrina, clarus in confossione porsistens, mansit in cpisco[)atii 
usque ad Maximini tempora. 

VIII 

//// 7ion. îan. — Sancli Florenti Viennensis episcopi, cuius 
episcopatus et vila floruit Gordiani, Philippi, Decii, Galli et 
Volusiani temporibus, quando No valus beati Cypriani presbyter 
Romam veniens Novacianam heresim condidit. 

HAGiOLOGii. — <; imperatorum > temporibus. 

Adon. — Gordien (238-'24'i) : Florentinus quoque, episcopus Vien- 
nensis, vita et doctrina emicuit. Mansit ad Galieni et Volusiani impe- 
rium, cxsiliatusque martyrium complevit. — Galliis et Volusien (251-253) : 
Novatianiis, Cypi'iani episcopi presbyter, Romam veniens novam haere- 
sim condidit. 

Martyrologe, 3 janvier : Sancti Florentii Viennensis episcopi et mar- 
tyris, octavi ciusdem urbis. 

IX 

XVIIII kal. ian. — Sancti Lupicini Viennensis episcopi. Hic 
floruit Valeriani et Gallieni temporibus, quando sanctus Gy- 
prianuR passus est. et Glaudii, sub quo Paulus beresiarches, et 
Aureliani temporibus. 

Hagiologe. — Valeriani] Galeriani — <;tempore> Glaudii. 

Ado.n. — Valérien et Gallien (253-268) : Tune temporis Lupicinus, 
Viennensis ecclesiae episcopus, clare floruit... Passus est autem 
b. Gyprianus. — Claude (268-270) : Malchion... adversus Paulum Samo- 
satenum, qui episcopus Antiochiae dogmatizabat Ghristum communis 
naturae hominem tantum fuisse... disputavit. 

X 

/// id. feb. — Sancti Simplide Viennensis episcopi, sub tem- 

(1) Ceci est dcduit, par conjecture, de l'aspect des deux noms. 



182 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

pore Taciti, Probi et Cari imperatorum, cuius tempore Mani- 
chaeorum haeresis exorta est. 

Bern. — SLib tempore-exorta est om. 

Hagiologe. — Simplicide — Titi. 

Adox. — Aurélicn (270-275) : Tune temporis insana Manichaeorum 
haeresis oritur, Quo tempore Viennensis episcopus Simplides mirae 
sanctitatis floruit. Permansit autem iisque ad imperatoris Cari tempora. 

Martyrologe, il février : Apud Viennam, s. Simplidis episcopi et con- 
fessoris. 

XI 

VIII kal. mart. — Sancti Paschasii, Viennensis episcopi, viri 
ut fertur disertissimi et sanctitatis praecipui, qui sub ternpori- 
bus Diocleciani et Galerii floruit. 

Bern. VIII kal. -episcopi om. — disscrtissimi — Galerii] Valeriani. 

Adon. — DiocUlien (284-305) : Maximinus et Severus a Valerio Maxi- 
miano Caesai-es facti sunt... Floruit et tune temporis vir diseitissimus 
Paschasius, Viennensis ecclesiae episcopus. 

Martyrologe, 22 février : Viennae, sancti Paschasii confessoris atque 
pontificis, admirandae sanctitatis. 

XII 

Kal. inn. — Sancti Claudii Viennensis episcopi, cuius tem- 
pore venerabilis illa sinodus Nicena sub Gonstantino caelebra- 
tur ; quem ferunt in catholico dogmate clarissimum fuisse et 
inter sexcentos episcopos Arelate residentibus magnum in reli- 
gion e floruisse. 

Hagiologe. — cath. dogm.j dicto concilio — <vii-um> clariss, — 
ducentos — religionibus. 

Adon. — Constantin (306-337) : Huius temporibus haeresis Ariana 
exoiitur, Nicaenumque concilium... congregatur... consulatu Paulini et 
luliani. Une eodemque tempore et illud sacratissimum concilium apud 
Arelaten sexcenlorum cpiscoporum colligitur, Martino tune episcopo 
eiusdem civitatis existente, apud Viennam Claudio in catholico dogmate 
clarissimo e])iscopo. 

Martyrologe, h' juin : Apud Viennam, sancti Claudii XI episcopi. 

XIII 

Kal. aiig. — Sancti Nectari episcopi Viennensis, sub tempore 
Constantis, loviani et luliani imperatorum. Cuius tempore 



LE LIVRE ÉPISCOPAL DE LÉGER. 183 

Athanasius Alexandrinus et Hylarius Pictavonsis clari habc- 
bantur. Huius tempore Antonius monachus moritur. 

Haoiologe. — loviniani — habentiir. 

Adon. — Constance (337-361) : // est beaucoup question (VAthanase et 
(VHUaire; à propos de l'exil d'Alhanase à Trêves, il est dit : Floi-ebat et 
tune temporis Nectarius Viennensis episcopus, in doctrina fidei exirnius, 
qui in Vasensi illa synodo venerabili primus interfuit... et Patris et Filii 
et Spiritus sancti unam esse naturam et potostatem et deitatem et vir- 
tutem in ecclesia publiée praedieavit et doeuit. Antonius nionaehus een- 
tesimo quinto aetatis anno in eremo moritur. — Valentinien et Valens 
(364-378) : Neetarus Viennensis et Hilarius Pietaviensis moriuntur. 

XIV 

III non. mai. — Sancti Nicetae Viennensis episcopi, siib quo 
lustus, sanctus episcopus Lugdunensis, mirae sanctitatis vir in 
Aegipto moritur, quem constat nutritum a sancto Paschasio 
beatique Claudii diaconum fuisse. Floruit autem temporibus 
Graciani et Tlieodosii augustorum. 

Post hune fuit beatus Simplicius episcopus^, ad quem beatus 
Zosimus papa scribit, qui tamen in cathalogo, nescimus qua de 
causa, non ponitur. 

Hagiologe. — Nicetii. 

Adon. — Gralien et Valentinien 11 (37.5-383) : Quo tempore Viennen- 
sem eeelesiam regebat Niceta, praeclai'issimus in dogmate fidei episco- 
pus. Sed et Lugdunensis episcopus lustus, mirae sanetitatis vir, qui 
postmodum relieta sede sui episcopatus, inter sanctissimos patres ana- 
choritas mira liumilitato latens, moritur in Aegypto... Constat autem 
hune venerabilem episcopum lustum sub Pasehasio Viennensi nutri- 
tum, Claudii eiusdem urbis episcopi diaconum, postmodum ad sanctam 
Lugdunensera eeelesiam regendam translatum. 

XV 

V id. mai. — Sancti Mamerti Viennensis episcopi. viri prae- 
cipue sanctitatis et doctrine. Hic fuit temporibus Archadii et 
Honorii, quando Turonensis episcopus sanctus Martinus de- 
functus est. Inter huius episcopatu et beali Martini obitum LXX 
cucurrerunt anni. Tempore huius episcopatus Clodoveus rex 
Francorum primus christianus factus est, quem beatus Remi- 
gius Remorum episcopus cum exhercitu babtizavit.) lacet iiic 
pontifex Mamertus in ecclesia Apostolorum foris murum civi- 
tatis, in dextera parte altaris. A transitu igitur sancti Martini 



184 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Viennensis episcopi usque ad transitum sancli Mamerti coUi- 
guntur anni CCCXXXVIII. Permansit hic in episcopatu usque 
ad tempora Valentiniani et Marciani augustorum, quando sacra 
illa sinodus Galcidonensis DGXXX episcoporum. agente Leone 
pontifice caelebrata est, quando Euticetis error confutatus est. 
Huius tempore et Ephesina prima GG episcoporum, quando 
Nestorius duas personas in domino lesu Christo praedicans 
anathematizatus est. 

Hagiologe. — Viennensis om. — Honoiii <imperatorum> — Inter 
huius-babtizavit, om. — Mamertus om. — A transitii-anathematizatiis 
est om. 

Adon. — Arcadius et Honorius (395-408) : Mamertus Viennensis C|)is- 
copus insignissimus habetur, qui... instiluit litanias. Maitiniis Tuio- 
nensis episcopus moiitur... Clodione roge defuncto... Meroveus succes- 
sit... Post Meroveum Cliildericus regniim adeptus regnavit annis XXIII. 
Cui successit Chlodovens, qui pi-imus re.\ Fi-ancorurii cbristianus factus 
est, a beato Remigio lîemorum episropo instructus et baptizatos cum 
populo suo. — Théodose II et Valenlinien III (425-450) : Pcr idem tempus 
Nestorius... moiitur liaeresim, adversus quem Ephesina synodus prima 
congregata eius impium dogma condemnat. — Marcien el Valenti- 
nicn 111 (450-455) : Quorum initie industria beatissimi Leonis papae 
Cbalcedonense conciiium celebratur , ubi Eutyches cum Dioscoro 
Alexandrino episcopo condemnatur. — Anaslase (491-518) : A transita 
s. Martini Viennensis tertii ei)iscopi (nam primus Crcsccns, sequens 
Zacharias martyr) usque ad transitum Martini Turonorum episcopi CCXC 
anni, et usque ad transitum s. Mamerti Viennensis ecclesiae episcopi 
coUiguntur anni CCCXXVIII. 

Martyrologe, il mai: Viennac, beati Mamerti episcopi, qui ob immi- 
nentem cladem solenines ante Ascensionem Domini litanias instituit. 

XVI 

A7/ kal. april. — Sancti Ysicii Viennensis episcopi, senatoriae 
dignitatis primum viri, cui fuerunt duo filii infnla sacerdotali 
praeclarissimi. Apollinaris scilicet Valentine urbis beatissimus 
episcopus, et Avitus qui patri Vienne successit. Floruil sub 
Leone imperatore et Zenone, cuius tempore corpus Barnabae 
apostoli et Matthei evangelium eius stilo scriptum, ipso révé- 
lante repertum est; Francis autem adhuc regnabat Glodoveus. 

Bern. — senatorii. 

Hagiologe. — II id. nov. — scilicet om. — <sancti> Barnabae — 
ipso] Christo. 

Adon. — Marcien et Valentinien 111 (425-450) : Isicius tune temporis 



LE LIVRE ÉPISCOPAL DE LÉGER. 185 

Vicnnonscm regobat ecclesiam, sextus a bcato Paschasio... Qui e|)is- 
copus floruit usqiic ad tempora Zenonis imperatoris. —Zenon (474-491) : 
Pei- idem tempus corpus Barnabae aposloli et evangelium Matthaei eiiis 
stylo scriptum ipso révélante reperiliir. 

Martyrologe, 16 mars : Apud Viennam s. Isicii episcopi. 

XVII 

Non. feb. — Sancti Aviti doclissimi et sanclissimi Vicnnensis 
episcopi. Hic siib imperatoribus Zenone et Anastasio floruit. 
Hic adversus heresim arrianam que tune non solum Affricam 
sed et Galliam Italiamqae ex parte occupaverat, magno sudore 
decertavit, quod clarissima eius opéra testantur. Scribit enim 
dialogum heresim illam oppugnans, fidelissimo et doctissimo 
inmortalique ingenio, ad Gundebadum Burgundiorum regem 
filium Gundovei. Item alios libellos duos contra Nestorium et 
Euthicen auctores erroris, luculentissimo et castigato satis elo- 
quio. Item homelias diversis temporibus anni et multa alia tam 
prosaice quam metrice ad eruditionem omnis aecclesiae Dei 
composuit. Et multociens pro eruditione eius ab hereticis usque 
ad exilium et mortem pereclitatus est. Hic venerabilem abbatem 
monachorum Veranum episcopum Lugdunensibus dédit. Hic 
etiam sanctum Vivenciolum de grege presbyterorum Dei elec- 
tura eisdem episcopum designavit. Huius temporibus gravissima 
persecutio Wandalorum caeteraramque gentium in Affrica ex- 
canduit, et Simachus pontifex per Africam et Sardiniam epis- 
copis qui in exilio erant DL pecunias et vestes ministravit. Hic 
Sigismundum regem in fide pietatis erudivit, qui illo agente 
monasterium sanctorum martirum Agaunensium Mauricii so- 
tiorumque eius construxit. Quem postmodum caplum a Francis 
et occisum vehementissime doluit. Quantus autem in ecclesia 
dum vixerit quisquis scire ad plénum vult, post eius innumera 
in divinis laboribus opéra epitaphium ipsius légat, et quantus 
fuerit videre poterit (1). 

Quisquis mestificum tumuli dum cernis honorem 
cespite concludi totum deflebis Avitum, 
exue sollicitas tristi de pectore curas, 
namque plena fides celse quem gloria mentis, 



(1) Cette épitaphe manque à l'Hagiologe. En revanche, elle figure dans le 
manuscrit de Manno, Parisinus 2832, du IX^ siècle. Cf. De Rossi, Inscr. 
christ., t. II, p. 262 et suiv.; Leblant, n" 402. 



186 FASTES ÉPISCOPAUX DE LANCIENNE GAULE. 

5 quem pietas, quem prompta manus, quem fama perennat, 
nil socium cum morte tenet, Quin prospice sancti 
gesta viri : primum florescens indole quanta 
spreverit aritiquo démisses stemmate fasces, 
maturum teneris animiim dum prestat in annis 

10 et licitum mundi voti virtiite relegat. 

Nec mora, pontificis sic digna insignia siimit, 
augeat ut soliti felicia cepta laboris. 
Culmen dulcedini non obstat, pompa rigori, 
subicitur magnus, servat mediocria summus. 

15 Distribuit parcus, pascit ieiunus, amando 
terret, et austeris indulgentissima miscet. 
Cunctantem suasu iuvit solamine mestum, 
iurgia diremit, certantes foedere iunxit. 
Dissona veridicam fingunt quae dogmata legem 

20 hortatu, ingenio, monitis meritisque subegit. 
Unus in arce fuit quo quolibet ordine fandi 
orator nullus similis nullusque poeta, 
clamant quod sparsi per crebra volumina libri. 
Qui vixit vivit, perque omnia secula vivet. 

Sepultus est in ecclesia Apostolorum, ad sinistram partem 
domus, in capite longioris macherie. Moritiu- Anastasio adhuc 
principe. 

Hagiologe. — Sciibit enim de. omis, jusqu^ï la fin de Vépilaphe, saecula 
vivet. — Moritur-priiicipo oni. Je resliluc l'cpilaphe d'après le Paris. 2832 (P) 
el le ms. de Berne (B) : 4 celsa P — quam B — 5 promta B — perhcnnat B 

— 6 sotium B — perspice B — 8 stemate B — 13 culmine B — dulcidini P 

— rigoris B — 15 pascit om. B — ieiunus] gemmus B — 17 cunctant 
et suasu B — 18 fédère B — 19 que docmata B — 23 creba B — 
24 quis P — per quac B. 

Adon. — Anastase (491-518) : Avitus quoque Viennensis episcopus 
eloquentia et sanctitate praecipuus, cuius frater Apollinaris Valentiae 
episcopus, miraculisinsignis, Isicii senatoiis primum viii, postea Vien- 
nensis cpiscopi, duo lumina, clarissimi filii. Hicbcatus Avitus adversus 
haeresim Arianam qiiae tune non solum Africam sedetGalliam Ilaliam- 
que magna ex parte occujjaverat, magiio sudore dccertavit, quod claris- 
sima eius o|)era testantur. Scribitenim dialogum, haeresim illam oppu- 
gnans, fidelissimo et doctissimo immortalique ingenio ad Gundebaldum 
Burgundionum regem, filium Gundovci ; item alios libellos duos contra 
Nestorium et Euticliem auctorcs erroris, luculentissimo et castigato 
satis sermone. Fuerunt et alia illiiis phira exiniia opéra in Christi Eccle- 
sia probatissima. Hic Sigismundum regem in fide pielatis erudivit, qui 



LE LIVRE ÉPISGOPAL DE LÉGER. 187 

agcntc illo poslmodum nionasteiiiim sanctorum martyrum Agaunensiiim 
Mauritii sociorumque eius consti'uxit. Qiiein postmoduin captum et a 
Francis occisum veliemontissiinc doluit. Quantus autetn in Ecclesia Dei 
vixerit, quisquis scire ad plénum viilt, post eius inniimera in divinis 
laboribus opéra, epitaphium ipsius légat. Ibi quantus fiierit vidcre potc- 
rit, ubi inter alla sic metrice lusnm est veritate para subnixunn : 

Unus in arce fuit, cui quilibet ordine fandi 
orator nuUus similis, nullusque poeta; 
clamant quod sparsi per crcbra volumina libri. 
Qui vixit vivit, perque omnia saecula vivet. 

Symmachus papa... per Africam et Sardiniam e|)iscopis qui in exilio 
erant pecunias et vestes ministravit... Contra hune (Faustum Regen- 
sem) scribit lucidissima fide beatissimus Avitus Viennensis episcopus, 
eius redargiiens errorem. 

Martyrologe, 5 février : Viennae, beati Aviti episcopi, cuius fide et 
industria atque admirabili doctrina tcmpore Gundobaldi régis ab infes- 
tatione Arianac haerescos Galliae defcnsae sunt. 



XVIII (1) 

X kal. mai. — Sancti Iuliani Viennensis episcopi. Hic sub 
lustiniano imperatore floruit, quo tempore lohannes pontifex 
et Symmachus et Boetius consulares viri a Tlieoderico arcano 
occiduntur, 

Adon. — Justin (518-527) : Après un récit de Vamhassade et de la mort 
du pape Jean : Quo ternpore Symmachum atque Boetium consulares vi- 
res pro catholica pietate idem Theodericiis occidit Iulianus Vien- 
nensis ecclesiae episcopus floruit. 

Martyrologe, 2:2 avril : Viennae s. Iuliani episcopi et confessoris. 

XIX 

//// non. nov. — Sancti Domnini Viennensis episcopi. Hic 
sub lustiniano IP principe floruit, quando Hildericus rex Wan- 
dalorum episcopos ad ecclesias reverti casque instaurare prae- 
cepit, et Benedictus abbas virtutibus floruit. Hic doctissimus 
tam in divinis quam in saecularibus artibus emicuit, amator 



(1) .\ partir d'ici, le manuscrit de Berne faisant défaut, le texte est celui 
de rilagiologe; quand j'ai cru devoir le corriger, j'ai indiqué en note la 
leçon du manuscrit avec le siglc H. 



188 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

paiiperum, redemptor captivorum et vita religionis probatissi- 
mae vixit. ut in epitaphio eiiis religiose est inscriptum (1) : 

Domninus papa in nomine Christi pauper episcopus. 
Domninus res suas Domino qui mente dicata 
Omnigenas Christo dignis virtutibus offert, 
Mente castus et lege pius, facundia dives, 
Nescius iniusli dootusque rescindere culpas, 
Intemerata fide divina in sede locandus. 
Nil proprium cupiens redimit quos possidet hostis. 
Vestitum, pastum, potum tectumque rainistrat. 
Solus erit iussu Domini data morte superstes. 

Qui autem tumulo eius condidit basilicam in fine epitaphii 
ita invenitur sciilpsisse : Ex voto Flavius Lacanius v. c. [cum] 
suis fecit de proprio basilicam secretarium et porlicum. 

Var. — quando] quoniani H — ccclcsias] ecclesiara H — Domnus H 
— Domino] Dro H — omnigenis Christum H — eff'ert H — fides H — 
nihil H — data] in marg. : al. de H — omni genam Dubois — v. c] 
II c H — cum om. H, restitué d'après Dubois. 

Adon. — Justin [h\%-h^'i) : Post Transemundum CLiildericiis... in Wan- 
dalis regnum suscepit... episcopos ab exilio reverti iussit eisque ecclesias 
reformare praecepit. — Justinien (527-565) : Benedictus abbas virtutum 
gloria claruit... Viennensis episcopus Dom<n>iniis floiiiit. Hic tam 
in divinis quani in saecularibus artibus claruit, amator paujjerum, re- 
demptor captivorum, vitaquc probatissimus. 

XX 

AT kal. mai. — Sancti Pantagathi Viennensis episcopi, qui 
floruit supradicti lustiniani imperatoris temporibus. Hic con- 
sularibus fascibus primum sublimis sed Christi humilitate pri- 
mus, postmodum V annis episcopalem sedem fidelissime rexit, 
sub consulatu Paulini iunioris et Basilii vita functus. Hic in 
Aurelianensi synodo IP cum beato Lupo Lugdunensi resi- 
dens XXXVI capitula pernecessaria omni statui ecclesiae pro- 
mulgavit. Cuius vitam in epitaphio eius lector ita descriptam 
inveniet (2) : 

Sanctorum vitam transactis cursibus evi 
scriptis posteritas cernere magna cupit, 

(1) Cette inscription ne s'est conservée que dans rHagiologe et dans 
l'édition de Dubois, Dibl. Floriac. Viennae antiquitales, p. 34. Cf. Leblant, 
n* 405. 

{,1} Cf. Leblant, n° 4'^9. 



LE LIVRE KPISCOPAL DE LÉGER. 189 

ut valeat similis cortis consistere voris 
atqiic piocul tendat viverc post obitum. 
5 Hoc igitur sancti conduntiir membra sepulchro 
Pantagati patris pontificisqiie pii, 
ciiius vita fuit gemino siiblimis honore, 

fascibus insignis, religionc potens. 
Arbitrio regum quaesturae cingula siimpsit 
10 stemmatc praecipiuis, plus probitatc cluens ; 
dans epulas primis largo et munere gratas, 

paupcribusquc dédit, caelica régna petens. 

Ingenio soUers ingenti dogmate fulsit, 

orator magnus, vales et ipso fuit. 

15 His igitur studiis primaevo flore iuventae 

inter summatos esse prior studuit. 

In sobolem feli.x diviso munere vidit : 

pars sacrata Dec, pars genitura manet. 
Post matura vero quam cessit tem|iore vita 
20 culnien apostolicum contulit aima fides. 

Sic linquens mundum caelestem possidet arcom, 

qui sit praesidium, celsa Vienna, tibi. 

Bissenum vitae conplevit tramite lustrum 

annis quinque super saecula nostra videns ; 

25 in quibus aeternae contemplans praemia vitae 

lucem perpetuam promeruitque suae 

Sepultus est in oratorio beati Georgii qui est in sinistra parte 
ecclesiae Apostolorum. 

Var. — 1. evi] élus H — 2 posteritas] praeteritis H — 5 igitur 
sancti] quia sacrati H — Il et 1. m.| largo de munere H — gratas 
conicci; gâtas codd. — 13 solers H — ingenti] vigoris [vai\ vigore) H — 
15 hic H — 17 sobole faelex H — vidit] peut-être faut-il corriger vivit 
— 18 sécréta H — 19 natura vivo ... viva (?) H — 21 Hic H — 22 Vien- 
natibus H — 23 complevit H — 24 spreula... valens H — 25 premia P — 

Adon — Justin II (565-578) : Pantagathus Viennensis ecclesiae epis- 
copus floruit. Hic consularibus fascibus primum sublimis, sed Christi 
humilitate postmodum primus, V annis episcopalem sedem fidelissime 
rexit. Sub consulalu Paulini iunioris et Basilii vita functus est. 

Martyrologe, 17 avril : Apud Viennam s. Pantagathi episcopi. 

XXI 

// id. nov. — Sancti Ysicii Viennensis episcopi. Et hic sub 
lustiniano floruit. Qui resedit in Aurelianensi synodo, ubi de 
dogmatibus ecclesiasticis XXIII capitula sunt édita. Et hic 
cuius fuerit sanctitatis et cuius ante episcopatum potestatis 



190 FASTES ÉPISCOPAUX DE l" ANCIENNE GAULE. 

titulus epitaphii eius pandit, positus iuxla sepulchriim beati 
Aviti(l): 

1 Praesulis iunctam tumuloque Aviti 
Funus Haesici tegitur sepulchro 
qui cluens olim micuit honore 
pontificali. 
5 Qiiique muiidanis titulis peractis 
Quaestor et regum babilis, benignus, 
ambiit demum habitai'e sacns 
incola tectis. 
9 Cultibus Cbristi sapienter haerens 
fautor et pacis studuit furentes 
reddere cives speciali vote 
mentis amicae. 
13 Temporum mensor numéros modosve 
calculo cernens strenuusque doctor 
unde fraterna docuit libenter 
agmina templis. 
17 Septenura necduni peragens bilustrum 
corpus huic sedi posuit beatae 
mente cum iuslis babitans refulget 
luce perenni. 
21 Quem soi-or Marcella gemeas obisse 
ullimum praebens lacrimis levamcn 
nomen hic scalpsit tilulumque fixit 
carminé parvo. 

Var. — 2 Funes P : Onus H — 5 quinque H — 6 questor P — ba- 
bitis H — 8 terris H — 9 berens P — 12 amice P — 13 modosuae P 
— lô superna H — 16 templi H — 17 inlustrum H — 19 sanctis H — 
20 per aevum H — 21 obiisse H — 22 prebens P — lachrymis H — 
23 sculpsit H — finxit H. 

Ado.n. — Justin II (565-578) : Gui (Panlagatbo) successitin episcopatu 
Isicius, qui et ipse sub lustiniano floruit. 

XXII 

AT kal. decemb. — Sancti Naamati Viennensis episcopi. Hic 
sub lustiniano et lustino imperatoribus floruit. Huius autem 
vitam titulus ipsius luce aperta pandit. (2) : 

Humanos quicuraque tremens sub pectore casus 
ingemis et lustras oculo manante sepuichra. 



(1) Leblant, n* 413. 

(2) Leblant, n» «ô. 



LE LIVRE KPISCOPAL DE LÉGER. 191 

atque dolens niiiiio tecuni maerorc volutas 

quod cunctos mors sacva voret, quod sepiat umbra 
5 perpétue leti niillum solutura per aevum, 

hue vultus convcrte tuos, hue lumina flecte 

et eape solamen posito maestissime fletu ; 

aeternum quia vivit homo si iusta sequatur, 

si teneat, Gliristique libens praecepta facessat 
10 ut tenuit tumulo positus Namatius isto. 

Qui eum iura daret eomraissis urbibus amplis 

adiuncta pictate modis iustissima sanxit 

patricius, praesul, patriae reetorque vocatus. 

Hinc spraetis opibus, titulis mundique reiectis 
15 aeterno sese placuit submittere régi 

et parère Dei mandatis, omnibus aptus. 

Sic postquam meritis servata et lege superna 

maxima pontificis suseepit munera dignus, 

quin etiam sumpto mercedes addit honore : 
20 pauper lactus abit, nudus discedit opertus, 

captivus plaudit liber sese esse redemptum, 

eivis agit grates tantoque antistite gaudet. 

Inter se adversos inlata pace repressit. 

Perfugium miseris erat et tutela benignis, 
25 nobilis eloquiis et stemmate nobilis alto, 

nobilior meritis et vitae clarior actu, 

vivat ut aeternum et Christi laetetur amore, 

Huius si quaeras aevum finemque salutis, 

septies hic denos et très conpleverat annos 
30 post fasces posuit vel cingula Symmachus aima (1) 

iunior, et quintus decimus cum surgeret orbis, 

ad summos animam caelos emisit opimam, 

corpus humi mandans terrae terrena reliquit. 

Sepultus est ad sinistram partem altaris Apostolorum ; dcinde 
translatus est in basilicam s. Mariae et positus rétro altare. 

Var. — 1 Humanis H — 3 merore P — 4 saepiat H — 5 laetis P : 
lucis H — 7 mestissime P — 9 lubens H — facescet H — 10 Naama- 
tius H — 12 sanetissima H : idem in margine : al. iustissima — 17 ser- 
vare H — 18 pont.] pro factis H — 19 addet P — honores H — 22 cuius 
P — 27 aeterni H — gratetur P — 28 queras P - 29 conpleverant P : 
compleverat H — 30 Symmacus P — ampla H. 

Adon. — Jiislin II : Hoc tempore Namatus Viennensis eeclesiae epis- 

(1)11 s'agit ici du consul Symmaque de l'année 485: Namatius était né 
post cens. Symmachi, c'est-à-dire en 486 (cf. C. /. L., t. XII, n° 2485; Le- 
blant, n" 388 A); il mourut en 559 ou 560, après avoir vécu 73 ans, soit 
14 lustres, le 15* étant commencé, quintus decimus cum surgeret orbis. 



192 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

copus floi'uit, nobilis stemmate, scd nobilior vita et eloquio... Namatus 
episcopus Vicnnensis se|)luagosimo anno vitae siiae defungitur. 

XXIII 

III kal. dccemb. — Sancli Philippi Viennensis episcopi, tem- 
poribus Tiberii imperatoris. Guius lempore Eutycius Constan- 
tinopolilanus episcopus de resurrectione carnis a beato Gregorio 
adbuc apocrysario convincitiir : docebat enim corpus nostrum 
in resurrectione impalpabile, ventis aereque futurum esse sub- 
tilius. 

Adon. — Tibère (578-Ô82) : Philippus Viennensis episcopus clams 
floi'uit. Cuius tennporc monasteriuin s. Andreac subterioris Viennae 
condituni a Ren:iilla Eugenia, Ansemundi duels filia, atque sub testa- 
mento rnatri ccclesiae traditum. Natn aliud monastcrium supeiius 
s. Androae in colle clvitatis situm iam erat. Fiindaverat enim ipsum 
bcatissimus Leonianus temporibus s. Aviti eiusdem urbis episcopi, ubi 
eadem ipsa Remilla sub regulari disciplina nutrita fuerat. 

XXIV 

ni non. febr. — Sancti Evanti Viennensis episcopi. Hic re- 
sedit cum sancto Prisco Lugdunensi et Artemio Senonico et 
Remegio Beturigae episcopis apud Matisconem, ubi paritercum 
aliis sanctis episcopis XX capitula ecclesiastico ordini perfecta 
roboravit, ubi sanctus Syagrius Educnsis in eorum concilie 
pariter resedit. 

Var. — Perfreta. 

Adon. — Tibère (bl 8- bS2] : Post Philippum Evantius vir sanctus epis- 
copus Viennae levatus est. Hic cum sancto Prisco et Artemio Senonico 
et Remigio Biturigensi et cum aliis sanctis episcopis XX capitula eccle- 
siastica perfecte roboravit. Quibus consedit quoque Syagrius Eduen- 
nensis episcopus, vir summae sanctitatis. 

XXV 

Id. ian. — Sancti Veri Viennensis episcopi, sub Tiberio et 
Mauritiano imperatoribus, quando Erminigildus Gothorum ré- 
gis filius ob catholicam lidem regno privatus in carcerem 
proiectus est, ad extremum nocte sancta dominicae Resurrec- 
tionis sccuri in capite percussus, martyr regnum caeleste in- 
travit. Huius tempore sanctus Desiderius diaconi ministerio 
nexus ecclesiae serviebat. 



LE LIVIŒ F.PISCOI'AL UE LÉGER. 193 

Vah. — Erniinigildi. 

Adon. — Maurice (582-t302) : Ermenigildus Lewigildi Gotborum régis 
filins ob fldei catholicae confessionom inexpugnabilem a patie aiiano 
regni privatus infulis, insuper in carcercm proiectus, ad cxtreimim 
noctc sancta doniinicac Rcsurrcctionis securi in capite percussus, reg- 
niim caelcste pro terreno rex et martyr intravit... Yiennensis episcopus 
Veriis claruit, Huiiis tempore Desidcrius Augustodiinensis génère in 
ordine diaconi ecclesiac Viennensi serviebat. 

Martyrologe, 13 janvier : Apud Viennam, s. Veri episcopi, qui [)rae- 
sedit ecclesiac post. s. Evantiuni. 

XXVI 

A' kal. iun. — Sanctus Desiderius Viennensis episcopus Mau- 
ritii imperatoris tempore floruit. Idem autem sanctus vir fuit 
enutritus a sanctissimo episcopo Naamato in ecclesiasticis 
doctrinis, a tempore Clotharii usque ad tempus Childeberti, 
cuius tempore in episcopatu sublimatus ubique reluxit. Augus- 
tudunensis génère usque ad maturiores annos Augustuduni 
nutritus, postmodum magisterio b. Veri Viennensis episcopi 
adhaesit. Passus est autem sub Theoderico Childeberti filio, 
Mauritio adhuc imperante, Gregorio magno doctore iam ponti- 
fice, quando Gothi a Recharedo, Leandro episcopo instante, ad 
catholicam fidem revertunlur. lacet sepultus rétro altare Apos- 
tolorum extra urbem honorifice. 

Adon. — Maurice (582-602) : ... intravit (1). Cuius frater E-icbaredus 
mox ut regnum post patrem accepit, omnem gentem Gothorum oui 
praeerat, instante Leandro Hispalitano episcopo qui et Ermenigildumdo- 
cuerat, ad catholicam fidem convertit... Viennensis episcopus Verus, etc.. 
serviebat. Gregorius Romanae ecclesiac praesul et doctor eximius 
claruit. Post Verum cpiscopum sanctus Desiderius succedit. Hic beatis- 
simus Brunichildem reginam ex impietatibus suis arguens a comitibus 
eius ipsa iubente in territorio Lugdunensi super fluvium Galaronam 
perimitur, niartyrque gloriosus caeleste regnum ingreditur. 

XXVII 

XVI kal. iul. — Sancti Domnoli Viennensis episcopi, impe- 
rante Phoca. Quo <;tempore>> instante beato Gregorio per Au- 
gustinum gens Anglorum fidem Christi suscepit. Regnabat au- 
tem Burgundionibus Theodericus Childeberti filius etClolarius 
Francis. 

(1) Cf. ci-dessus, n" XXV. 

13 



194 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aN'CIENNE GAULE. 

Var. — temporc om. 

Adon. — Pliocas (602-610) : Uomnolus Vicnnensis episcopus tune 
florebat, vir strenuus et in tedimendis captivis piissimus. — Unpeu plus 
haut, sous Maurice, il est parlé de la conversion de V Angleterre et du roi 
Clotaire II, mais 7ion de Thierry II. 

XXXVIII 

XVIII kal. iul. — Sanctus Etherius Yiennensis episcopus, 
Eraclio Romanis imperante et Francis Glotario. Quo vivo eccle- 
sia Romae b. Mariae virginis Rolunda consecrata est, quam 
Foca imperator Bonefacio episcopo concessit. Quo anno Persae 
Iherosolyniis sancta loca prophanantes eliam crucem Ghristi 
inde aufferunt. Quo anno Anastasius monachus apud Persas 
martyrium suscepit cum aliis LXX. Positus est in ecclesia 
s. Georgii. 

Adon. — Heraclius (610-641) : Aetlieruis Viennensis, vir in omnibus 
Rximius, praeclarus habetur. Chlotarius lex, etc. — Plus haut, sous Pho 
cas, mention de la consécration du Panthéon par le pape Bonifacr, et de la 
permission de Phocas. Toujours sous Phocas : Persae... Hierosolymam ca- 
piunt, ac destruentes ecclesias, sancta quoquo loca profanantes, etiam 
vexillum dominicae crucis auferunt... — Sous Heraclius : Anastasius 
Persa, monachus, ... decollatus cum aliis LXX martyiium complevit. 

Martyrologe, li juin : Viennae, s. Ethcrii episcopi. 

XXIX 

]'// kaJ. mai. — Sancti Glarenlii Viennensis episcopi. Hic 
Constantino imperatore et Dagoberto Francorum rege claruit. 
Cuius tempore Martinus papa GY per episcopos Romae congre- 
gatos damnavit Gyrum, Sergium, Pyrrhum et Paulum, qui nec 
unam nec duas in Ghristo voluntates confitendas esse dicebant 
quasi Ghristus nihil velle aut operari credendus sit. Huius 
episcopi temporibus Martinus papa exilio relegatus Ghersonae 
moritur, signis ibi post mortem refulgens. 

Adon. — Constant 11 (641-668) : Clarentius, vir satis eruditus, Vien- 
nensis episcopus claruit. — Unpeu au-dessous : Gonstantinus... exposuit 
typum adversus catbolicam fidem, nec unam nec duas voluntates aut 
operationes in Ghristo definiens esse confitendas, quasi nihil velle vel 
operari credendus sit Ghristus. Unde Martinus papa, congregata Romae 
synodo GV episcoporum, damnavit... Cyrum, Sergium, Pyrrhum et 
Paulum haereticos... Pv.elcgatus Gliersonani ibidem vitam fi ni vit, multis 
in codem loco virtutum signis usque hodie refulgens. 



LE LIVRE ÉPISCOPAL DE LÉGER. 195 

Martyrologe, 25 avril : Apud Viennam s. Clarcnlii e|}iscopi et coiifes- 
soris. 

XXX 

IIII id. dcc. — Sancti Syndulfi Viennensis episcopi. Et hic 
Gonstantini imperatoris temporibus fuit, adhuc Dagoberto rég- 
nante. Cuiiis tempore eclypsis solis facta est V non. maii et 
Constantinus imperator in balneo occisus. 

Adon. — Constantin Pogonat (668-685) : Sindiilphus, Viennensis ec- 
ciesiae episcopus, clarus liabeUir... Dagobcrtus rex ecclcsias sanctoi'um 
ditavit. — Plus haut, sous Constant II : Facta est eclipsis solis V non. 
maii... Constantinus imperator post pliirimas depraedationcs in pio- 
vinciis factas occisus in balneo periit. 

XXXI 

X kal. nov. — Sancti Hecdicii Viennensis episcopi, magnae 
religionis ut ferunt viri, temporibus Gonstantini filii Gonstan- 
tini, adhuc Dagoberto régnante. Guius tempore Nectarius (1) 
episcopus Antiochenus a GL episcopis, praesentibus legatis 
Agathonis papae, damnatus est cumstiis praedecessoribus Gyro 
et Sergio et sequacibus suis, et in eius loco Theophanius ordi- 
natus est. 

Adon. — Constantin Pogonat (668-685) : Sindulfo episcopo dcfiincto, 
Hecdicus Viennensis ecclesiae praesulatuin suscepit, magnae religionis 
vir; claruit autem usque ad ultimum tonipus lustiniani imperatoris, 
cuiusct tempore obiil. — Un peu plus haut, récit du Vh concile. 

XXXII 

XIIII kal. fehr. — Sancti Eoaldi Viennensis episcopi, sub 
tempore lustiniani imperatoris, Francis régnante Glodovaeo 
filio Dagoberli; mansit autem usque ad initium regni Theode- 
rici, quo tempore Wilibrot Frisionum episcopus a Sergio papa 
ordinatus est , imperator exilio Ponthi ob perfidiam relegatus. 



(!) Il y a ici une confusion. Adon appelle correctement Macarius le pa- 
triarche d'Antiochc qui fut déposé au VI» concile œcuménique. i\Iais, à pro- 
pos de ce concile, il rappelle brièvement les cinq autres, et, à cette occa- 
sion, il nomme Nectarius, évéque de Gonstantinoplc, au temps du deuxième. 
Notre auteur aura lu trop rapidement et confondu les deux noms. 



196 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Adon. — Justinien II (GSÔ-C95) : Papa Sergiiis ordinavit venerabilem 
virum \Vjlibiodum cognominc Clcmentcm, Frisionum gcnti episcopum. 
Caldcoldiis cpiscopus Vienncnscm ecclcsiam rexit usqiie ad lempora 
Thcodcrici régis. lustinianus impciator, ob culiiarn ])crfidiae rcgni gloria 
privatns, e.\ul in Pontum seccdit. 

Martyrologe, li janvier : Apud Viennam s. Caaeldi episcopi. 

XXXIII 

Kal. april. — Sancti Dodolini Yiennensis episcopi, Leone 
Romanis irnperante et Francis Theoderico. Cuius tempore Ser- 
giiis papa mirae magnitudinis ligni dominicae crucis partem 
diu abditam invenit. Huius temporibus claruit sanctus Gutber- 
tus Lindisfarenus episcopus in multis miraculis. 

Adox. — Léonce {Léo, 695-697) : Papa Scrgius. . mirae magnitudinis 
poftioncm ligni salutiferi dominicae crucis inlcrius reposiiam inspe.vit... 
Dodolenus Vienncnsis cpiscopus clarus iiabetur... — H est ensuite beau- 
coup question de Thierry {III). Reverenlissimusecclesiac Lindisfarnensis... 
antistes Culbeitus totam ab infanlia usquc ad finem vitam miraculorum 
signis incl^lara du.xit. 

XXXIIII 

vu kaL.iul- — Sancti Boboni Viennensis episcopi, lustiniano 
imperatore, c]ui reversas de exilio regnabat cum Tiberio filio ; 
mansit usque ad tempora Philippini, occiso lusliniano. Regna- 
bat Francis adbuc Tbeodoricus; erat papa Constantinus. 

Adon. — Tibère Apsimare (697-703) : Bobolinus, Viennensis ccclesiac 
episcopus. insignis claruit. — Plus loin, sous Justinien II {bis], il est 
question de la restauration de ce prince, cum Tiberio filio, de son renver- 
sement par Philippicus, et du pape Constantin. 

XXXV 

/// non. nov. — Sancti Georgii Viennensis episcopi. Anasta- 
sius imperabat ; Tbeodoricus adbuc Francis regnabat ; Pepinus 
maior domus sub Sigiberto(l) Austrasiorum rege erat, cui suc- 



(l) C'est, sans doute, de Dagobert II (G74-G78) qu'il est ici question. Pépin 
d'Hcristal fut, en effet, maire du palais sous ce prince. Son fils, Grimoald, 
devint maire de Neustrie. en G95, sous Childcbert III (G95-711); il mourut, 
non sous ce prince, ni, à plus forte raison, sous son prédécesseur Clovis III 
(G9I-695), mais sous Dagobert III (711-71.')), en 714. Son père, Pépin, lui sur- 
vécut quelques mois. 



LE LIVRE RPISCOPAL DE LÉGEH. 197 

cessit Grimoldus filiiis, qui in carcere sub Clodovaeo defecit. 
Qlio tempore sanctiis Leodegariiis diversis poenis ab Ebroino 
affliclus ultimo decollatus est etGerimus fralereius, atque aliis 
modis afilicli. 

Adon. — Tti^re (697-703) : Post quem (Bobolinum) Gcorgiiis, magnac 
virtutis episcopiis, in eadcm iirbe constitiiitur. — Sous Léonce (695-097) : 
[Ebroinus]... sanctuin Loodogarimn diversis pociiis affcctiim gladio por- 
cussit; Gerinum quoquo fralrcm eius diu exci uciatuin peremit. 

XXXVI 

XI kal. feb. — Sancti Blidranni Viennensis episcopi. Theo- 
dosio imperanle et Francis Clodovaeo cui successit frater eius 
Childebertus, cuius tempore sanclus Audoninus Rotomagensis 
episcopus. Que tempore Pipinus Ansegelli filius et Martinus 
frater eius Austrasiorum regnum sub rege disponebant; sanctus 
Grimoaldus filius Pipini, vir in religione clarus, maior domus 
Francorum erat. 

Adon. — Anastase II (713-714) : Clotarius [lisez Ciodovaeus, Clovis III], 
filius Thcoderici puer, Francis regnavit annos très ; cui successit Chil- 
debertus frater eius, vir inclytus. Defuncto Northberto, maior domus 
Grimoldus Pippini filius effectus est... Blidramnus, Viennensis ecclesiae 
episcopus. — Plus haut, sous Léonce (695-697), il est question de s. Ouen 
de Rouen; il est dit aussi que Martinus et Pippinus iunior, filius Anse- 
gesili, regibus decedentibus dominabantur in Austria. 

XXXYII 

II id. oct. — Sancti Agrati (1) Viennensis episcopi, tempore 
Leonis imperatoris, régnante Francis Ghildebei'to et Grimoaldo 
iusto viro maiore domus, cuius tempore Anastasius imperator 
a Tiberio captus iuramento clericus ac presbyter factus est. 

Adon. — Justinien II bis (703-711): Ilognavitqiie Philippicus loco lus- 
tiniani (711); Francis adhuc Tlieodoricus regnabat (f 691) ; Dcodatus, 
Viennensis episcopus, magnae parsimoniac vir, florebat. 

XXXVIII 

Non. iul. — Sancti Boaldi Viennensis episcopi, imperante 
Leone, Dagoberto Francis régnante filio Childeberti. Hic sanc- 

(I) Sur cet cvcquc, cf. ci-dessus, p. 170. 



198 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

tus episcopus Viennensem ecclesiam rebus auxit. Erat enim 
affinis Francorum regibus. Ecclesiam construxit infra civita- 
tem in honore martyrum Tliebaeorum, Mauritii sociorumque 
eius, et res ecclesiae ex eo maxime tempore titulantur ipsorum 
martyrum nomine, cum antea episcopii maior domus in honore 
VII Fratrum Machabaeorum ex antiquo a primis episcopis ibi 
consecrata fuerit. 

Var. — res] très. 

Adon. — Tliéodose III (714-716) : Eoldus Viennensis episcopus iam 
liabcbatur... — Léon /// (716-741) : Tune sanctus episcopus Eoldus Vien- 
nensem ecclesiam rebus auxit. Erat cnim afBnis Francorum regibus. 
Quique etiam infra civitatem in honore bentorum maityrum Tliebaeo- 
rum, Mauricii et sociorum eius. domunculam cryptatim constru.xit; ibi- 
que non mediocrcm partem reliquiarum sive ex his martyribus sive ex 
aliis posuit. Atque ex eo tempore res ecclesiae nomine beati Mauricii 
attitulantur, quando ex antiquo et maior domus in honore septem mar- 
tyrum Machabacorurn et facullates eiusdem ecclesiae sub nomine eorum 
a fidelibus offcrrentur et consecratae mancrent. 

XXXVIIII 

VII kal. iun. — Sancti Bobilini Viennensis episcopi, Leone 

imperante, Dagoberto Francos régente, cuius tempore Grimol- 
dus vir iustus, cum pervenisset in basilica beati Landeberti 
niartyris Leodio, occisus est. Hoc tempore Leutprandus rex 
ossa beati Auguslini ex Sardinia dato magno pretio Ticinis 
transtulit. 

Adon. — Léon III (716-741) : Post Eoldum episcopum Bobolinus 
Viennensis episcopus successit. — Plus haut, sous Anaslase II ; Regnum 
suscepit Dagobertus ; ... maior domus Grimoldus, vir modestus et ius- 
tus... ])erempti!s est in basilica s. Landeberti. Ceci est placé sous l'épis- 
copal de Blidvanmis. Sous celui d'Eoldus, Leutbraiidus rex... depopulata 
Sardinia, ... ossa beati Augustini... dato pretio accepit et transtulit ea 
in Ticinum. 

XL 

Non. iun. — Sancti Austroberti Viennensis episcopi, tempore 
Michaelis (1) imperatoris, Francis régnante Daniele quondam 
clerico, quem in regnum statuentes Chilpericum nuncuparunt, 
maiore domus existente Theoaldo Grimaldi filio. Tune temporis 

(1) C'est Lconis qu'il faudrait. 



LE LIVRE ÉPISCOPAL DE LÉGER. 199 

Pipinus mortuus est, cuin principatum obliruiisset XXVIl an- 
nos, relicto Kaiio in suo locomaiore domus sub Olodovaeo rege. 
Hic episcopus sanctus in villa quadam proprietatis siiae Vili- 
diaco, non longe a Sequana fluvio sepullus est. 

Var. — quadam] quondain — Sequano — sepultiis est om. 

Adon. — Léon III (7 16-7 -'il) : Hiiic (liobolino) Austrobei'tus, vir stie- 
nuus et nobilis, episcopus succedit. Hic sepultus est in villa quadam 
proprietatis suae Vidiliaco, non longe a Sequana fluvio. — Plus haut, 
au temps d'Anastase II et de BUdrannus : Pater eius (Grimoaldi) Theu- 
doaldum in honore defuncti jiatris instituit Leodico, anno inc. dom. 
DCCXIIII in nienseaprili. Nec mnlto post Pippinus patcr eius mortuus 
est, eodem anno, medio dccembri. Obtinuit antem principatum sub no- 
minatis regibus annis XX Vil... Sous Léon et Eoldus : Franci Danielem 
quemdam clericum... in regno stabiliunt atque Chilpericiim nuncupant. 

XLI 

Non. iun. — Sancto vero Austroberto defuncto Villicarius 
succedit, qui ossa beatissimi martyris Ferreoli et caput beatis- 
simi Iuliani intra Viennam transtulit, quia ecclesia ipsorum 
ultra flumen magno opère posita a Saracenis fuerat incensa. 
Hinc Vilicarius, quia noluitvidere ecclesiam suam rébus sacris 
expoliatam, eo enim tempore Franci furioso et insano satis con- 
silio res Deo oblatas in suo usu retorquere consiliati sunt, hic 
monasterium ss. martyrum Agaunensium ingressus vitam ve- 
nerabilem duxit. Sicque dissipato et vastato tam intus quam 
foris episcopatu Viennensi, aliqui anni sine episcopo sunt trans- 
acti, laicis sacrilège et barbare res sacras Deo obtinentibus. 

N KV^. — <et>quia — magnopere. 

Adon. — Léon 111 (716-741) : Willicarius Austreberto venerabili epis- 
copo Viennae succedit. Qui ob cladom Sarracenorum, cum csset domus 
praeclarissima maityrnm citra Rhodanum ab eis iam incensa , ossa 
beati Ferreoli cum capite Iuliani martyris infra urbein transtulit, eisque 
accelerato opère non magno precio ecclesiam construxit, ubi et eorun- 
dem martyrum rcliquias reverenter composuit. Idem Wilicarius, cum 
furioso et insano salis consilio Franci res sacî'as ecclesiarum ad usus 
sucs rétorquèrent, videns Viennensem ecclesiam suam indecenter liu- 
miliari, relicto episcopatu, in monasterium sanctorum martyrum Agau- 
nensium ingressus, vitam venerabilem duxit. Vastata et dissij)ata Vien- 
nensis et Lugdunensis provincia, aliquot annis sine episcopis utraque 
ecclesia fuit, laicis sacrilège et barbare res sacras ecclesiarum obtinen- 
tibus. — Constantin Copronyme (741-775) : ... "Willicarius relicta Vien- 
nensi sedc llomam primum abiit, ibique papae Stepliano notus efficitur; 



200 FASTES ÉPISCOPAUX DE l"aNCIENNE GAULE. 

interiecto non niulto tempore, Agauni monasteriunri maityriim in cnrann 
suscepit. 

XLII 



Adon. — Pépin (752-768) : Bertericus Vienncnsoni ecclosiam. homo 
sim|)le.\, suscepit rogendam. — Plus loin, après Proculus : Scplimo iti- 
nere in Aquilaniann per Viennam transitiim faciens (Pippinus), ubi tiinc 
Vicnncnscm episcopatum post aliquot annos Bortcrico cuidam ex familia 
ecclesiae dédit, usque Sanctonas pei-venit. 

XLIII 

VI idiis iun. — Commemoratio Proculi Vienneiisis episcopi, 
qui simplicis et bonae vitae fuit, sub Pipino Francis régnante. 
Perseveravit autem usque ad principia regni Karoli régis. 

Adon. — Pépin (752-768) : Post ipsura (Bertericum) Proculus episco- 
pus, similitcf innocens et simplicis naturae. 

XLIIII 

X kal. mari. — Commemoratio Ursi Viennensis episcopi, qui 
sub Karolo rege et postmodum imperatore simpliciter vivons 
defunctus est. 

Adon, — Charlemagne (768-814) • Viennenscm tune tempoiis eccle- 
siam Ursus, Ado Lugdunensem ecclesiam legebat. 

XLV 

XVin kal. april. — Commemoratio Ultraiac Viennensis epis- 
copi, qui tempore imperatoris Karoli, cum adhuc senex Ursus 
superviveret et cum esset Baiovarii generis homo, episcopatum 
Viennensem suscepit. Cuius tempore, agente pio principe Ca- 
rolo, partem rerum suarum Viennensis ecclesia recepit. Rexit 
ecclesiam annis XI et sepultus est in ecclesia beati Stephani, 
ubi antecessor ipsius Ursus sepultus iacet. 

Var. — 1. 3, Bauianiii {en marge : non satis legitur). 

Adon. — Charlemagne (768-814) : Post Ursuni, nimiae simplicitatis 
episcopuni, Vulferi, queni Vultreiam^patrio nomine appellarunt, Baioa- 
rius, Viennensem episcopatum suscepit... Poi-ro Lugdunensem Lci- 
dradus vii- saeculari dignitati intentissimus et honori reipublicae utilis 
rexit ecclesiam, Viennensem Vulferi annis XI. 



LE LIVRE ÉPISCOPAL DE LÉGER. 201 



XLVI 



VI kal. febr. — Gommemoratio Barnardi Viennensis episcopi, 
viri solertis ingenii et eruditi, qui multo studio Viennensem 
ecclesiam rébus et clericis ornavit. Hic rexit eam annis 
XXXVI (1), et sepultus est in monasterio quod ipse aedificave- 
rat a fundamenlis in dioecesi sua supra Isaram fluvium, ubi et 
sanctorum marlyrum Severini, Exuperii et Feliciani corpora 
transtulit. 

Adox. — a la mort de Charlemagne (814) : Bernardus Viennensis epis- 
copus erat. — A la mort de Louis le Pieux (840) : Bernardus adiiiic et 
Agobardus Viennensem ecclesiam et Lugdunensem regebant. Quiambo 
apud impcratorom delati, desertis ecclesiis in Italiam ad filium impe- 
ratoris Chlotariuin se contuieriint, et postmodum, piis impei-atoribns 
agentibus, Agobardus Lugdunensem, Bernai-dus Viennensem sedem 
recepit. 

XL VII 

// non. iul. — Gommemoratio Agilmari Viennensis episcopi, 
qui rexit ecclesiam suam annis VIII, et nono (2) defunctus 
quievit in pace. Sepultus est in ecclesia s. Pétri ad pedes 
s. Naamatii, indictione VII (859). 

Adon. — A la mort de l'empereur Lolhaire (855) : Bernardus Viennen- 
sis episcopus sub buius imperio moritur et Aglimatus Viennensem sus- 
cepit episçopatum. 

XLVIII 

AT// kal. ian. — Sancti Adonis Viennensis episcopi, mirae 
sanctitatis viri, anno ab incarnatione Domini DGGGLXXV, in- 
dictione VIII (3). Rexit autem ecclesiam suam XVI annos, et 
sepultus est in ecclesia Apostolorum Vifennae. 

XLVIIII 

XVI kal. octob. -~ Gommemoratio Otranni Viennensis episcopi, 

(1) Il faut corriger, d'après l'épitaphe, XXXVI en XXXII ou XXXIII. 

(2) Ces chiffres sont évidemment fautifs; la leçon paraît être XVIII et 
XVIIII. 

(3) Lindiction VIII se termine en 875, au 31 août; il faudrait ind. VI III, 
ce qui est peut-être la vraie leçon. 



202 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

qui rexit ecclesiam suam annis VIII, et nono anno defunclus 
quievit in pace; et sepultus est in ecclesia sancti Pétri. 



XVII kal. fcbr. — Bernonis Viennensis episcopi, qui ecclesiae 
suae praefuit annis XIII, et XIIIP defunctus sepultus est in 
ecclesia sancti Georgii. 

LI 

// kal. mai. — Commemoratio Raganfredi Viennensis epis- 
copi, qui rexil ecclesiam suam annis VIII, et nono anno de- 
functus quievit in pace; et sepultus est in ecclesia sancti Pétri. 

LU 

XVIkal. ian. — Commemoratio Alexandri Viennensis episcopi, 
qui rexit (1) ecclesiam suam annis XXIIII et quievit in pace ; 
et sepultus est in ecclesia sancti Pétri. 

LUI 

//// kal. mari. — Commemoratio Sobonis Viennensis epis- 
copi. qui praefuit (2) ecclesiae propriae annis XXI mensibus II 
diebus VIII ; siquidem ordinatio episcopatus illius acta est 
XII kal. ian. Et sepultus est in ecclesia sancti Pétri [iuxta] (3) 
oratorium almae Genitricis Dei. 

LIIII 

XII kal. iun. — Commemoratio sancti Theubaldi Viennensis 
episcopi, qui praefuit (4) annis XXX ecclesiae suae, et sepultus 
est in ecclesia sancti Mauritii et sanctorum Machabaeorum. 



(1) Mentionné depuis 'j07 jusqu'au 13 novembre 926 (G. C , t. XVI, p. 11, 
15). Mort le 17 décembre 926. 

(2) Le premier acte qui le mentionne est du 25 décembre 927; le dernier, 
du 25 janvier 945. Son épiscopat a commencé le 21 décembre 927 et s'est 
prolongé jusqu'au 26 février 949. 

(3) Je supplée ce mot, omis dans le manuscrit, 

(4) Saint Thibaud a été sacré le dimanche 8 mars 957, après huit ans de 
vacance du siège; il mourut le 21 mai 1001 {Officium Saricti Theiiderii a(<- 
batis, Gratianopoli, 1667, pp. 24-27; cf. G. de Manleyer, Les origines de la 
Maison de Savoie, Notes additionnelles, dans le Moyen Age, 1901, 
pp. 264-267). 



LE LIVRE ÉPISCOPAL DE LÉGER. 203 



LV 

XlIIIkal. sept. — Commemoratio Burgardi Viennensis archie- 
piscopi, qui praefait (1) ecclesiae siiae annis XXX, et sepultus 
[est] in ecclesia sancti Mauritii et sanctorum Machabeonim. 

LVI 

II id. iiin. — Commemoratio piae recordationis domni Leude- 
garii Viennensis ecclesiae archipraesulis , consanguinitatis 
linea Henrico Gallorum régi coniuncti, qui obiit circa (2) an- 
num Domini MXL et iacet in ecclesia sancti Peti-i, anle fores 
ecclesiae in mausolaeo marmoreo. Cuius temporibus Herardus, 
famosissimus monachus sancti Pétri Viennae, xenodochiura 
urbis Viennensis amplissime locupletavit. 

Var. — Henrico 1°. Ce Jo ne peut appartenir â la rédaction originale. 
Cette notice, du reste, a été ajoutée après coup; cf. ci-dessus, p. 176. 



Je crois devoir reproduire ici la série suivante, qui 
figure dans le premier des carlulaires de Grenoble (3). Le 
rédacteur de ce cartulaire n'avait probablement pas sous 
les yeux le livre de Léger ; c'est d'après les chartes qu'il 
a pu établir la succession des archevêques de Vienne et 
leurs synchronismes avec les évéques de Grenoble. Ce 
texte a déjà été publié par Mabillon (4), par M. Marion (5) 
et par M. Holder-Egger (6). 

Baniardiis archiepiscopus. 

Agilmarus archiepiscopus, oui contempoiaiieus fait Ebbo Gratiano- 



(1) Mentionné depuis le 17 juillet 1011 jusqu'au 27 décembre 1028. Son 
épitaphc porte qu'il mourut le 19 août 1031. 

(2) Indication fausse. L'épiâcopat de Léger doit avoir commencé peu 
après le 2 octobre 1031 (G. C, t. XVI, inslr., p. 22); il se termina le 
12 juin 1070. 

(3) Parisinus 13879. 

(4) Mabillon, Anal., p. 221. 

(5) Carlulaires de Grenoble, p. 62. 

(6) M. G. Scr., t. XIII, p. 375. 



204 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNXIENNE GAULE. 

politaniis cpiscopus, et idem Ebbo episcopus contemporaneus fuit sancti 
Adonis archiepiscopi. 

Ottrannus arcbiepiscopus, successor sancti Adonis, cui contempora- 
neus fuit Bernerius, Gratianopolitanus episcopus. 

Barnoinus arcbiepiscopus; successor Othti-anni, cui contemporaneus 
fuit Ysaac, Gratianopolitanus episcopus. 

Raganfridus ai-cbiepiscopiis, successor Barnoini, cui contemporaneus 
fuit Ysaac, Gratianopolitanus episcopus. 

Alexandcr arcbiepiscopus, cui contemjjoraneus fuit Ysaac, Gratiano- 
politanus episcopus. 

Sobo arcbiepiscopus, et contemporaneus eius Alcberius, Gratianopo- 
litanus episcopus. 

Sanctus Theudbaldus arcbiepiscopus, et contemporaneus eius Isarnus, 
Gratianopolitanus episcopus. 

Brocard us arcbiepiscopus, et contemporaneus eius Humbertus, Gra- 
tianopolitanus episcopus. 

Leodegarius arcbiepiscopus. 

Artmannus arcbiepiscopus. 

Gormundus arcbiepiscopus. 

Guide arcbiepiscopus. 

IV 

CHRONOLOGIE RÉELLE 

1. — Crescens. 

2. — Zacharias. 

3. — Martinus. — Marqué, le 11 mai, au martyrologe 
hiéronymien (1). 

4. — Verus. — Présent, en 314, au concile d'Arles. 

5. — lus tus. 

6. — Dionysius. 

7. — Paracodes. 

8. — Florentius. — Assista, en 374, au concile de Va- 
lence ; mentionné, le 3 janvier, au martyrologe hiéro- 
nymien. 

9. — Lupicinus. — Marqué, au 14 décembre, dans le 
martyrologe hiéronymien. 

10. — Simplicius. — Fit valoir ses droits au titre de mé- 

(1) Fête commune avec saint Mamert. Au temps d'Adon, il en avait une 
spéciale, le 1" juillet. 



VIENNE. 205 

ti'opolitaiii par devant le concile de Turin (v. 400) (1). Un au- 
teur contemporain, Paulin, cité par Grégoire de Tours (2), 
parle de lui comme de l'un des |)lus [dignes évoques de 
son temps. 

11. — Pasc/iasius. 

12. — Claudius. — Assisld, en 441, au concile d'Orange, 
en 442, à celui de Vaison. Marqué, au 1" juin, dans le 
martyrologe hiéronymien (3). C'est à lui que Salvien dédia 
son commentaire sur TEcclésiaste (4). 

13. _ Nectarius. — Marqué, au 5 mai, dans le martyro- 
loge hiéronymien (5). 

14. — Nicetas. — Prit part, en 449, à l'ordination de 
l'évêque d'Arles Ravennius (6); marqué dans le martyro- 
loge hiéronymien, au même jour que le précédent. 

15. _ Mamerlus. — En 463, il ordonna irrégulièrement 
un évéque à Die, ce pourquoi il fut blâmé par le pape Hi- 
laire, dans des lettres (7) de cette année et de la suivante. 
Il assista au concile tenu (v. 474) contre Lucidus. Vers le 
même temps, il était en correspondance avec Sidoine 
Apollinaire (8). Son successeur, saint Avit, parle aussi de 
lui, à propos des Rogations, dont il fut le promoteur (9). 
Fête, le 11 mai, dans le martyrologe hiéronymien. Tom- 
beau à Saint-Pierre de Vienne (10). 

16. _ Hesychius. — Fut le père et le [)rédécesseur de 
saint Avit (11). 

(1) Jaffé, 334. 

(2) Hisl. Fr., II, 13, Ce document et le précédent attestent la forme Sim- 
plicius, dont le Simplides d'Adon n'est évidemment qu'une corruption. 

(3) Sous les formes Dali, Eladi, 

(4) Gennadius, De viris, 68. 

(5) Fctc commune avec le suivant; Adon ne le marque ni à ce jour ni à 
un autre; au X« siècle, son anniversaire spécial était célébré le 1" août. 

(6) Jaffé, 434. 

(7) Jaffé, 55G, 557, 559. Ci- dessus, p. l'29 et suiv. 

(8) Ep. VII, 1; cf. IV, 11; V, 14. 

(9) Hom. VI in RogaL, p. 110 (Peiper). 

(10) Pour les tombeaux et les épitaphes des évéques de Vienne, v. ci-des- 
sus le texte du liber episcopalis. 

(11) Avili hom. VI in RogaL, p. 110 (Peiper); cf. Carm., VI, 19, avec la 
lettre-préface à Apollinaire. 



206 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

17. — Avitus. — Saint Avit était déjà évéque en 494, 
lorsque saint Epiphane de Pavie fut envoyé par Théodoric 
auprès du roi Gondebaud (1). Il mourut le 5 février 518 (2). 

18. — lulianus. — Assista au concile de Lyon tenu en- 
tre 518 (3) et 523, et, en 533, au concile d'Orléans. 

19. — Domninus. — Connu par une inscription (4). 

20. — Pantagathus. — Assista, en 538, au concile d'Or- 
léans. On a son épitapbe, où l'on voit qu'avant d'être évé- 
que, il avait occupé de hautes fonctions administratives. 

21. — Hesychius IL — Assista aux deux conciles natio- 
naux d'Orléans (549) et de Paris (522). Comme son prédé- 
cesseur, il avait été quaestor regum\ c'est son épitaphe qui 
nous apprend ce détail. 

22. — Namatius. — On a aussi son épitaphe, d'où il 
résulte qu'il mourut en 559. 

23. — Philippus. — Assista au concile de Lyon, en 570, 
et, en 573, au concile de Paris. 

24. — Evantius. — Assis-ta aux conciles de Lvon et de 



(1) Ennodius, V'i/a b. Epiphanii, p. 3T6 (Hartel). 

(1) Le jour est certain; le martyrologe hiéronyinien et la tradition litur- 
gique do Vienne nous en assurent. Saint Avit présida, le 1.5 septembre 517, 
le concile d'Epaone; d'autre part, l'auteur de sa notice dans le livre épis- 
copal du XI* siècle (voir ci-dessous) dit qu'il mourut A nasiasio adhuc prin- 
cipe; or, Anastase mourut en juillet 518. Pour apprécier la valeur du ren- 
seignement fourni par le livre épiscopal, il faut tenir compte de ce fait que 
les épitaphes des anciens évéques de Vienne ont été consultées ou même 
reproduites par son auteur, et que ces inscriptions se terminaient ordinai- 
rement par des indications chronologiques. De là, je crois, dérive la men- 
tion Anaslasio adhuc principe. Aucun écrit d'Avit n'est postérieur à l'an- 
née 517; la lettre vu, qui semble d'abord former objection, ne vise pas 
nécessairement la fin du schisme acacien en 519, mais la nouvelle , sans 
doute prématurée, d'une réconciliation entre le pape et l'Eglise grecque; 
des bruits de ce genre sont mentionnés dans la lettre i.xxxvii, qui est du 
commencement de 517. 

(3) M. l'abbé U. Chevalier, Œuvres de saint Avit, p. vu, n. 3, dit avec 
raison que le lulianus du concile de Lyon « est le successeur même de 
» saint Avit et non l'évêque de Carpentras qui avait figuré au concile 
» d'Epaone, ce que démontre péremptoirement le rang qu'il tient après le 
» métropolitain de Lyon, Viventiole, les autres évéques gardant exacte- 
» ment la place qu'ils occupaient (sans doute d'après la date de leur sacre) 
» dans le synode de 517. » 

(4) Ci-dessus, p. 188. 



VIENNE. 207 

Mâcon, en 581 et 585, ainsi qu'à celui de Valence tenu 
en 584. 

25. — Verus II. — Succéda au précédent, en 586. Son 
avènement est relaté par Grégoire de Tours (1). 

56. — Desidcrius. — Plusieurs fois mentionné dans le 
registre de s. Grégoire, qui lui recommanda, en 596, les 
missionnaires envoyés par lui en Angleterre (2). Dans une 
autre lettre, de 599, il le priait de ne pas mettre obstacle à 
la vocation religieuse d'un diacre viennois (3). Peu après 
il lui écrivait, ainsi qu'à d'autres évêques, pour leur signa- 
ler certains abus à réformer; à Didier lui-même, qui avait 
sollicité le pallium romain, il répondait en lui demandant 
de produire les documents capables d'établir que cette 
concession avait été faite déjà à ses prédécesseurs (4). 
Enfin, en 601, tout en lui recommandant un second groupe 
de missionnaires, il se montre contrarié de ce qu'on lui a 
dit que l'évêque enseigne lui-même la grammaire (5). De 
tout cela il n'est nullement question dans Frédégaire (6) 
et dans les deux anciennes vies de s. Didier (7) qui s'éten- 
dent en revanche sur sa fin tragique. Mal vu du major- 
dome Protadius et de l'évêque de Lyon Aridius, ainsi 
que de Brunehaut et de son fils Thierry II, Didier fut 
traduit devant un concile tenu à Chalon en 602 ou 603 ; là, 
sur la dénonciation d'une femme appelée Justa et sur des 
dépositions de témoins subornés, il fut déclaré déchu de 
l'épiscopat et relégué dans une île. Rappelé quelque temps 
après et remis en possession de son église, il se vit pour- 
suivi de nouveau par la haine de l'évêque de Lyon, et par 



(1) Hisl. Fr., VIII, 39. 

(2) Reg. VI, 52 (J. 1438). 

(3) R. IX, 157 (J. 1684). 

(4) R. IX, 218. 220 (J. 1747, 1749). 

(5) R. XI, 34 (J. 1824). 

(6) Frcd. IV, 24, 32. Cf. Jonas, Vita Columb., I, 27. 

^7) Publiées par Krusch , M. G. Scr. merov., t. III, p. 630, 638. La pre- 
mière est l'œuvre du roi wisigoth Sisebut; l'autre a été écrite sur les lieux. 
Il semble bien qu'elle soit postérieure à la précédente, non toutefois, à 
mon avis, autant que le croit l'éditeur. Cf. Anal. Boll., t. IX, p. 260. 



208 FASTES ÉPISCOPAUX DE l' ANCIENNE GAULE. 

celle des souverains dont il blâmait les désordres. Brune- 
haut le fit lapider et assommer. Fête, le 23 mai (1). 

27. — Dnnnolus. — Substitué à Didier exilé (2); as- 
sista, en 614, au concile de Paris ; mentionné dans la vie 
de sainte Rusticula (3). 

28. — Aelherius. — Mentionné dans la vie de saint Di- 
dier comme ayant siégé peu après lui (4). 

29. — Clarentius. 

30. — Sindulphus. — Siégea aux conciles de Clichy (v. 627) 
et de Chalon-sur-Saône (650). Il portait aussi le nom de Lan- 
dolenus ] les deux noms figurent ensemble dans une signa- 
ture apposée par lui au bas du privilège pour Rebais, 
en 636. Landolenus apparaît seul au concile de 650; quant 
à l'autre concile, nous en avons deux rédactions; le nom 
de Landolenus se trouve dans la rédaction isolée ; dans 
l'autre, celle de Flodoard, il est remplacé par Sindulphus. 

31. — Hecdicus. 

32. — Chaoaldus. — Sa signature figure au bas du pri- 
vilège de Clovis II pour Saint-Denis, en date du 22 juin 654, 
et d'un autre privilège, celui de Bertefrid, évèque d'Amiens, 
pour Corbie, en date du 6 septembre 664. 



(1) La date de l'année, d'après la chronique de Frédégaire (IV, 32), 
serait la douzième de Thierry II (606-7). Dans la passion viennoise, il est 
dit que le corps du saint fut transféré trois ans {transaclo tertio anno, 
quarto advenienle) après sa mort. Cette translation n'a guère pu se pro- 
duire du vivant de Brunehaut (t 613). Ainsi Didier serait mort en 610 
au plus tôt. L'cvéque ^Etherius, ou plutôt sa femme, est nommé à pro- 
pos d'un miracle arrivé sur le tombeau du saint, à S. Pierre de Vienne. 
Mais il n'est pas sur qu'^Etherius lui-même ait présidé à la translation. Le 
successor episcopus (II, 16), peut fort bien avoir été Domnolus, qui siégea, 
vers la fin de 614, au concile de Paris. Du reste, est-il absolument impos- 
sible que Brunehaut, qui s'était déjugée une première fois en rappelant 
Didier de son exil, ait persisté sans miséricorde à lui refuser les honneurs 
de la sépulture épiscopale ? La translation pourrait ainsi se placer avant 
613, et il n'y aurait aucune raison de ne pas accepter la date de Fré- 
dégaire. 

(2) Frédég., IV, 24; Vila Desid. anctore Sisebulo, c. 4, 11, où il est fort 
maltraité. 

(3) Acta SS. Aug., t. Il, p. 661 ; M. G. Scr. merov , t. IV, p. 345, c. 12. 

(4) Anal. BolL, t. IX, p. 262 ; éd. Krusch, p. 645. 



VIENNE. 209 

33. — Dodolenus. 

34. — Bobolinus. 

35. — Georgius. 

36. — Deodatus. 

37. — Blidrannus. — Mentionné dans le diplôme de 
Thierry III relatif à Chramlin, usurpateur de l'évêché 
d'Embrun; ce diplôme est de l'an V du règne, c'est-à-dire 
de 677-8 (1). Il figure aussi dans une charte du Mans, de 
juin 683 (2). 

38. — Eoldus. — Adon lui attribue la construction de la 
crypte de Saint-Maurice et le changement de vocable de 
la cathédrale. Il le dit parent des rois francs. Cet évêque, 
appelé en réalité Mochaldus, figure dans un acte du 30 jan- 
vier 726 (3). 

39. — Eobolinus. 

40. — Austrobertus. — Adon connaît le lieu de sa sépul- 
ture, située très loin de Vienne. 

41. — Wilicai'ius ou Vultcherius. — Le pape Grégoire III 
(731-741) lui accorda le pallium (4). Adon raconte qu'il 
transporta en ville les reliques des saints Ferréol et Julien, 
leur basilique ayant été incendiée par les musulmans 
(v. 725); il dit aussi que Wilchar, blessé par les procédés 
de Charles-Martel, se retira au monastère d'Agaune, où on 
le retrouve en effet en 762 (5). 

42. — Bertericus. — Adon sait que cet évéque, d'abord 
« serviteur de l'église » de Vienne, fut élevé au siège mé- 
tropolitain par Pépin le Bref, lors de son passage à Vienne 
(767). Une longue vacance avait précédé son avènement. 
Elle était évidemment en rapport avec les circonstances 
qui avaient porté Wilchar à quitter le pays (6). 

(1) Pardessus, t. II, p. 179. 

(î) Bibl. de VEcole des Charles, t. LV, p. 40, 325. 

(3) Cipolla, Monumenla Novaliciensia. vetusliora, t. I, p. 13. 

(4) Lib. ponlif., t. I, p. 421. 

(5) P. Bourban, L'archevêque saint Vullchaire et son inscriplion funé- 
raire [IV Congres scientifique iniernalional des catholiques. Fribourg, 
1898, X' section, pp. 19-35j. 

(G) Le récit d'Adon a ici pour cadre les annales franques. A l'année 758, 

14 



210 FASTES ÉPISCOPAUX DE LANCIENNE GAULE. 

43. — Proculus. 

•44. — Ursus. — Il soutint au concile de Francfort (794) 
les revendications de son église contre les prétentions de 
la métropole d'Arles. 

45. — Vulferi. — Adon sait qu'il était Bavarois et s'ap- 
pelait Vultreia dans la langue de son pays. Il lui attribue 
onze ans d'épiscopat. Le livre épiscopal dit qu'il fut adjoint 
à Ursus, du vivant de celui-ci. En partant de la date de 
son successeur on peut assigner à l'année 798 ou à 799 le 
commencement de son épiscopat. 

46. — Bernardus. — Saint Bernard ou Barnard, évéque 
très connu. Il mourut, dit sou épitaphe, après trente-deux 
ans d'épiscopat, le 22 janvier (841) (1), ce qui fixe son avè- 
nement vers l'année 810 (2). 

47. — Aglimarus. — Mentionné depuis le 30 décem- 
bre 842 (3) jusqu'en juin 859 (4). Il mourut le 6 juillet de 
cette année (5). Son épiscopat paraît avoir commencé 
en 841. 

48. — Ado. — On le trouve au concile de Thuzey, le 
22 octobre 860 ; il signa, en 875, le privilège de Tournus. 
D'après son obit (6), il mourut le 16 décembre 875, après 
seize ans d'épiscopat. 

49. — Otrannus. — Mentionné pour la première fois au 
concile de Pontliion, en juin 876 ; pour la dernière, le 



il marque Berteric et son successeur Proculus, sans traits caractéristiques. 
Plus loin, à l'année 767, il marque le séjour de Pépin à Vienne (vers Pâ- 
ques), ubi tune Viennensem episcopalum posl aliquot annos Berterico 
cuidam ex familia ecclesiae dedil. Ces deux mentions de Berteric ne peu- 
vent guère dériver de la même source. Les mots posl aliquol annos ne 
s'expliquent pas si l'on ne suppose qu'il s'est perdu ici quelque chose. Je 
suppose que ces années étaient comptées depuis le départ de Wilchar. 

(1) D'après Adon, il siégeait encore au moment de la mort de Louis le 
Pieux (20 juin S40). 

(-2) Sur la chronologie des archevêques de Vienne à partir d'ici, v. Pou- 
pardin, Le royaume de Provence, p. 345. 

(3) Diplôme de Lothaire, Bohmer-M., n° 1061. 

(4) Concile de Savonnières, près Toul. 

(5) Son obit dans le Liber episcopalis, ci-dessus. 

(6) Ibid. 



VIENNE. 211 

15 novembre 883 (1). Il mourut le 16 septembre 884 (2). 

50. — Bernoinus. — Apparaît pour la première fois au 
concile de Chalon-sur-Saône, le 18 mai 886 ou 887, et pour 
la dernière en 897 ou 898 (3). Il mourut le 16 janvier 899. 

51. — Ragenfredus. — On a l'acte de son installation, 
qui eut lieu le 28 janvier 899 (4). Il est mentionné jus- 
qu'au 26 octobre 905 (5). Sa mort eut lieu le 30 avril 907. 



(1) G. C. t. XVI instr., p. 9. 

(2) D'après le livre épiscopal, qui le fait mourir dans sa neuvième année. 

(3) Diplôme souscrit par lui, Bouquet, t. IX, p. 680. 

(4) Marion, Cari, de Grenoble, p. 260. 

(5) Bouquet, t. VIII, p. 416. 



CHAPITRE IV. 



LES SUFFRAGANTS DE VIENNE. 



Le ressort métropolitain du siège de Vienne a passé, 
comme celui d'Arles, parbeaucoup de vicissitudes. Après les 
contestations du commencement du V^ siècle, après l'espèce 
d'intérim (445-449) pendant lequel une partie des attributions 
de l'évéque d'Arles fut dévolue à son collègue de Vienne, la 
province de celui-ci fut constituée par le pape saint Léon, 
en 450(1). Elle devait comprendre, dans la Viennensis ad- 
ministrative, les cités de Genève, Grenoble, Valence, et, 
dans les Alpes Graiae^ la cité de Tarantaise ; il n'est pas 
question de l'évêché du Valais {Octodurus, Sion). Mais ces 
limites ne furent pas définitives. Vers le sud, l'obédience 
du métropolitain de Vienne suivit en fait les vicissitudes 
de la frontière burgonde. De 480 à 523, celle-ci s'étendit 
jusqu'à la Durance. A partir de 523 elle fut ramenée 
beaucoup plus au nord ; cependant, les cités de Die et 
de Viviers demeurèrent burgondes jusqu'à l'annexion du 
royaume de Godemar à l'empire franc (534). Plus tard, 
vers 575, l'évêché de Maurienne, fondé par le roi Gon- 
tran, vint s'ajouter au groupe viennois. La province com- 
prenait alors au moins huit sièges, y compris celui du mé- 
tropolitain. Encore est-il probable que les sièges d'Aoste et 
de Sion en faisaient partie. 

A la fin du VIII« siècle, ces deux sièges formèrent, avec 

(!) Jaffo, iôO. Cf. ci-dessus, p. \i:i. 



LES SUFFRAGANTS DE VIENNE. 213 

celui de Tarantaise, une province spéciale. D'autre part, 
on donna lecture au concile de Francfort des lettres de 
Léon, confirmées par Symmaque, où l'on ne reconnaissait 
à Vienne que quatre sutfragants, Tarantaise y compris. 
En 867, cet arrangement fut consacré à nouveau, et dans 
les termes mêmes de Léon, par le pape Nicolas (1). Du si- 
lence de ces documents pontificaux il était naturel de 
conclure que ni Maurienne, ni Die, ni Viviers ne relevaient 
de Vienne. Maurienne était tout près de Tarantaise ; Die 
et Viviers s'étaient jadis rattachées à Arles. 

En ce qui regarde Maurienne, nous n'en sommes pas ré- 
duits aux conjectures. Une lettre de Jean VIII (JafEé, 3150), 
de l'année 878, désigne formellement l'évêque de cette lo- 
calité comme suffragant de Tarantaise. 

Un manuscrit du X^ siècle (2), provenant directement du 
Puy en Velay, mais évidemment d'origine viennoise, con- 
tient un récit de la fondation du siège de Maurienne avec 
le titre suivant : Auctoritas quod ex antiquo Moriensis ec- 
clesia Viennensi ecclesie metropoli subdita fuit. Ce document 
semble postérieur à Grégoire de Tours et même à la Chro- 
nique d'Adon (3). Il semble bien avoir été rédigé en vue 
de prouver que Maurienne avait été, dès l'origine, sou- 
mise à la métropole de Vienne. On éprouvait donc à 
Vienne, au X^ siècle, le besoin de se défendre sur ce point. 
Dans le même manuscrit figure la Notice des Gaules, mais 
avec une retouche assez grave; l'unité de la Viennoise ad- 
ministrative est brisée ; il y a une province de Vienne et 
une province d'Arles (4). On a voulu, cela est clair, faire 



(1) Lettre à l'archevêque Adon (Jafifé, 2876). 

(2) Parisinus, 1452, f» 202. 

(3) Gl. mari., 13; Adon, Migne, P. L , t. CXXIII, p. 103; cf. Gundlach, 
dans le Neues Archiv., t. XV, p. 63, n. 1. Dans son édition de ce document 
{M. G. Script, merov., t. III, p. 533), M. Krusch donne les variantes d'un 
autre manuscrit, conservé aux. archives de la cathédrale de S. Jean de Mau- 
rienne, mais il n'en indique pas l'àge. 

(4) Sur les mss. qui présentent cette particularité, voir Momnisen, .1/. G. 
Auct. Antiquissimi, t. IX, p. 582. 



214 FASTES ÉPISCOPAUX DE l"aNCIENNE GAULE. 

coïncider la vieille notice avec les circonscriptions ecclé- 
siastiques. 

La Viennoise se présente d'abord, avec les cités de 
Vienne, Genève, Grenoble ; Valence est omise par suite de 
quelque accident ; puis vient la province des Alpes Grées 
et Pennines : 

Item de provinciis septem : 

Provincia Viennensis prima : 

Civitas Vienna metropolis, 

Civitas Genavensium, 

Civitas Gratianopolitana ; 
ad quam etiam provincia Alpium 
Graiarum et Peniiinarum pertinet : 

Civitas Ceuti'onum Darentasia, 

Civitas Vallensium Octodoi'o, 

Civitas Maurienna, 

Civitas Augustana. 
Provincia Aquitanica prima : 

Suivent les six provinces de Bourges, Bordeaux, Auch, 
Narbonne, Aix, Embrun. Après quoi le texte continue : 

Finiunt provinciae septem. 

Arelatensis. Civitas metropolis Arelas, 

Civitas Masiliensium, 

Civitas Albensium Vivario, 

Civitas Dehinsium, 

Civitas Trecastinorum, 

Civitas Vasensium, 

Civitas Aurasicorum, 

Civitas Cavallicorum, 

Civitas Avennicorum, 

Civitas Carpentoratensium Viiidasca. 

Toulon est omis. 

Cet arrangement est remarquable. D'abord il nous offre 
une conception des Sept-Provinces qui est identique à 
celle des faux privilèges. Dans ceux-ci on ne réclame ja- 
mais ni Arles ni son domaine : la province d'Arles ne fait 
pas partie du groupe des Sept-Provinces. En revanche, on 
subordonne à la métropole de Vienne toute la province de 
Tarantaise. Le faussaire a dû avoir sous les yeux une No- 



VALENCE. 215 

tice des Gaules exactement conforme ù celle-ci. On sait 
d'ailleurs qu'il s'est servi de ïaucloritas relative à Mau- 
rienne (1). 

Ce dernier document est, il est vrai, en contradiction 
avec la Notice, où Maurienne est annexée à la province de 
Tarantaise. Entre les deux, le faussaire a suivi le plus fa- 
vorable au siège métropolitain de Vienne. Il faut noter 
aussi que la ISotdce remaniée maintient dans le ressort 
d'Arles les deux évéchés de Die et de Viviers ('2), tandis 
que le faussaire les revendique expressément pour Vienne. 

De tout ceci il paraît résulter que la situation demeura 
longtemps indécise et que, dans le courant du X® siècle, 
il n'était pas bien sûr, même à Vienne, que les évéchés de 
Maurienne, Die et Viviers appartinssent au ressort de cette 
métropole. L'ancienne répartition opérée par saint Léon, 
renouvelée par Nicolas I", suivie par Jean VIII, faisait 
toujours obstacle. On l'alléguait volontiers pour soutenir 
les prétentions relatives à Tarantaise; mais pour Die etVi" 
viers elle était gênante. On se tira de là, d'abord par les 
faux du XP siècle, puis par les bulles de Calixte II, qui 
consacrèrent toutes les revendications viennoises et donnè- 
rent à la province ses limites définitives. 

VALENCE. 

Une tradition très ancienne, constatée dés le premier 
tiers du VP siècle, attribue la fondation de la chrétienté 
de Valence à trois missionnaires envoyés de Lyon, les mar- 
tyrs Félix, prêtre, Achillée et Fortunat, diacres (3). Après 
ces origines, le souvenir de saint Apollinaire, frère de 



(1) Gundlach, loc, cit. 

(2) Cependant, un manuscrit aussi ancien que celui-ci, le Parisinus Nouv. 
Acq., 1460, où la Viennoise primitive est démembrée aussi, exclut ces deux 
cités de la province d'Arles. 

(3) Sur cette tradition, cf. ci-dessus, p. 51 et suiv. Son premier document 
est, il est vrai, une pièce apocryphe, mais qui suppose et constate une 
croyance antérieure. Fête, le 23 avril, marquée déjà dans le martyrologe 
hiéronymien. 



216 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

l'illustre évêque de Vienne saint Avit, est le plus ancien 
de ceux qui ont été retenus par la tradition du moyen âge. 
Il est vrai que, sur cette tradition, nous n'avons qu'un do-, 
cument bien tardif, la chronique des évêques de Valence, 
recueillie par dom Estionnot dans un manuscrit de Nicolas 
Chorier, et publiée par M. l'abbé Ulysse Chevalier (1). Ce 
manuscrit provenait de la cathédrale de Valence; il avait 
été rédigé successivement à des époques assez diverses, 
jusqu'au XVP siècle. Estiennot a cru distinguer des ré- 
dactions du X' siècle, du XII% du XIIP, du XIV^ et du 
XVI®. Voici ce texte : 

Narrât Hieronymus doctor legis Dei in Catalogo scriptoriim ecclesias- 
ticorum s. Polycarpum b. apostoli Domini et evangelistac lohaiinis fuisse 
discipiilum et ab eo Smyrnae [)rovinciae Asiae fuisse ordiiiatum episco- 
pum. Cuius discipulus Irenaeus Lugdiinensis archiepiscopus siios disci- 
pulos, Felicem presbyterum, Foitunatum et Acliilleum diaconosad hanc 
Vak-ntinam uibein ad praedicandum veibum Dei misit, qui primi urbis 
huius incolis veibum Dei fidei ad gloriosiirn nomen Domini simulque b. 
et individuae Trinitatis communilatem indissolubiiem piaedicarunt. Qui 
cum ma.ximam praefatae urbis partem ad Christi fidem convertissent, a 
Cornelio pp. Aureliani imperatoris duce novam persecutionetn in Cbris- 
tianos moventis, anno salutis CCLXXVIK palniani martyrii sumpserunt. 

l'ost illorum gloriosam mortem fides calliolica in bac urbe iatuit exi- 
gua (2) usque ad Constantinuni magnum, pace ecclesiis Dei per eum 
reddita ; cuius edicto gentilium templa subversa sunt autsecundum mo- 
rem illorum temporum Dco et eius Virgini Matri dicata fnerunt. Quare 
ad exbortationem alicuius sacerdotis qui secrète aliquos urbis liuius ci 
ves christianismum docebat, templum idolorum ad honorom Christi et 
eius Virginis Matris diratum est, quod a figura eius rotunda nunc ec- 
clesia b. Mariae Rotundae nuncupatur. Nomina autem sacerdotum ibi- 
dem Deo et populo Valentino deservientium incognita babentur, Nam 
anno CCCCXIX haec urbs capta est a Gothis peste Ariana laboranti- 
bus (3) et a fide sincera deflexit usque ad tempora beatissimi confessoris 

(1) Documents inédits relatifs au Dauphiné (Acadoniie Delphinale', t. II, 
5e partie, p. 31-37. 

(2) Ceci est peu d'accord avec la conversion de la plus grande partie de 
la ville, racontée dans la phrase précédente. 

(3) Chronique de ibi [Prosper Tira), à l'année 412 : « Valentia nobilis- 
sima Galliarum civitas a Gothis effringitur, ad quarn se fugiciis lovinus 
contulerat. » — reut-ctre la tradition avait-elle fondu ensemble ce scuvenir 
et celui des ravages de la colonie d'Alains installée en 440 sur le territoire 
de Valence; voy. ci-dessus, p. 80, n. 1. 



VALENCE. 217 

Christi Apollinaris iiiirae sanclitatis ac sisnificat' virtutis, u Iralre suo 
Avito archiepiscopo ViemicDsi priiui liuius urbis ordinali cpiscopi, 
régnante Zenone imperatoie (1). Cuius sedes episcopalis fuit ccclesia 
s. loliannis Baptistae et Evaiigelislae ab ipso et civibiis Valonlinis con- 
structa, qiiae nunc Stepbani protomartyris nomine nuncupatur, in qua 
sedens claruit annis XXIV. 

Beato Apollinari successit Maxhniaus (2), sanctilate et virtutil)us pol- 
lens. 

Inde Aemilianus, vir sanctissimus (3), 

et post hune s. Salvius, mirae sanctitatis episcopus (4); 

(|uem secuti sunt Antonius^ 

deinde Antonintis, 

post Galliis (5), 

et tum Raynaldus (6), 

inde fi/ep/ia.y. Qui, iuxta sententiam apostoli duplici honore habiti sunt 
digni. Nam cum decano, archidiacono, archiclavo et eoruin canonicis 
verbo et doctrina ita praefuerunt ut eoruni successoi- 

Waldaldus, faniiliaris fuerit Karolo imperatori, manifestans ei primor- 
dia religionis christianae in hac nrbc et diocesi. Quare religiosus impe- 
rator inter caetera dona dédit oi in episcopatu Riiegensi ecclesiam unam 
cum appenditiis suis, in qua beati confessores Maximus Rhegensis ejjis- 
copus et Apollinaris convenire (7) solebant de rébus divinis tractaturi. 

Eo tempore legati praedicti imperatoris providenlia divinaossa b. Cy- 
priani martyris et episcopi Cartaginensis ab Africa sccnm detulerunt 
usque ad urbeni Arelatensem ; quae a praefato imperatore Leydraido ar- 
chiepiscopo Lugdunensi data fuerunt in custodiam qnoadusqne reliquias 
b. Cornelii Romani pontificis et martyris coadunasset. Dumqne in hoc 
sancto proposito intendit, Aquis Grani in Domino obdormivit. Cuius 
piain voluntatem sequentes episcopi Sylvius 

et Lamberhis executioni mandare curaverunt. Nam devota fidelium 
multitudine crescenle, quia ecciesia s. Stephani angustior erat, iuxta 
iliam sacellum cum suo altari ad honoreni b. Cypriani construxerunt. 

l'onilus vero mirae sanctitatis vir, translalionem b. Apollinaris ab iii- 
feriori s. l'etri ccclesia burgi ad ecciesiam s. Stephani celebravit. 



(1) La tradition est trop modeste; le siège de Valence existait certaine- 
ment au IV' siècle. 

(2) Il serait dur de croire que ce Maximin fût identique au Maxime dont 
il est parlé ci-dessous {n° 2); ce sera plutôt celui de 567 (n° 6). 

(3) Celui de 374. 

(4) Ce saint Salvius a été identifié par les uns avec un personnage de ce 
nom mentionné dans la vie de saint Eloi, les autres avec saint Sauve de 
Valenciennes (i v. 800) Ces identifications ne sont pas justifiées. 

(h) Ci-dessous, n* 5; il vivait en 549. 
(G) Probablement le Ragnoaldus de 585 (n° 7). 

(1) Ceci n'est pas possible; il y a près d'un siècle do distance entre les 
deux saints. 



218 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Roberlus aliud sacellum contiguum ad honorem dominicae Crucis 
construxit. 

Dalvarannus limites episcopatus Valentini cum authoritate Hludovici 
imperatoria confirmare curavit anno DCCCCX et ita episcopatus Valen- 
tinus limitatus. 

Cum (1) propter ofBcium divinum, tum propter servitium ex pluribus 
ofBciis crebrescentibus, nobiles ac cives Valentini bona temporalia tem- 
poribus subsequentibus bonae memoriae episcoporum contulerunt, quo- 
rum haec sunt nomina : 

Erlardus, 

Isaac, 

Aymericus, 

Addo, 

Brocardus, 

Archimbertus, 

Aginnus, 

Robertus, 

Isaac, qui cura laudabili ritu praefuerunt ; et eorum teraporibus a fe- 
licis recordationis Nicolao papa huius nominis II» data est potestas huius 
canonicis Valentinensis ecclesiae electioiiis episcopi et omnium digni- 
tatum et officiorum. 

Supradictis episcopis successit Remegarius vitae venerabilis, qui inter 
sua praeclara gesta translationein ss. maityrum Felicis, Fortunati et 
Achillei ab eorum sepultura in ecclesia b. Stephani cclebravit. Postea 
eius successores 

Odilbertus^ 

A imo, 

et Guigo cum maiori observatione cultui divino praefuerunt. 

Inde Lamberius coUigens omnes reliquias praedictas in capsa argentea, 
solemnitatem inventionis earum instituit, 

quam Humberlus continuando approbavit, 

et Ponlius ligno s. Crucis et cruce lapiiiosa cum portisac tabulis dua- 
bus eburneis sacellum s. Crucis decoravit. 

Post quem Gontardus, quo pracsidente bonae memoriae Urbanus II 
pontifex Romanus, ecclesiarum Christi curam gerens, dum ad générale 
concilium Claromontem per hanc urbem iter faceret, prospiciens jjrio- 
rum episcoporum summam vigilantiain atqiio doctus Karoli magni piam 
intenlionem, dissolutis praedictis s. Crucis ac b. Cypriani saceliis iuxla 
ecclesiam b. Stephani, hanc basilicam magnificam a primo lapide ad sum- 
mum usque aedificavit, sanclissimorumque martyrum Cornelii et Cy- 
priani ossa coadunando supra maius altare, una cum corporibus ss. mar- 
tyrum Felicis, Fortunati et Achillei ac primi episcopi Apollinaris, eam 
dedicavit anno MXCIV, iransferendo in eam sedem episcopalem, 

in qua Eustachius episcopus féliciter sedet. 



(Ij A partir d'ici, Estiennol note un changement d'écriture. 



VALENCE. 219 

Suivaient, dans le uianiiscrit, diverses autres séries, qui 
prolongeaient le catalogue jusqu'à Jacques de Tournus, 
nommé en 1540. 

Avant d'apprécier la valeur historique du texte que je 
viens de reproduire, il convient d'y adjoindre une série, 
limitée, il est vrai, puisqu'elle ne commence qu'au milieu 
du IX* siècle, mais très recommandable par sa provenance. 
On la trouve dans le troisième cartulaire de Grenoble; ce 
manuscrit, conservé à la bibliothèque de Grenoble est du 
milieu du XIP siècle environ. 

Dans la partie qui nous intéresse il n'est pas très facile 
à lire, beaucoup d'endroits ayant été endommagés. Voici 
ce qu'en a tiré M. Marion (1), dont je reproduis ici l'édi- 
tion : 

Episcopi Vienncnses. Valentinenses. GracianopoUlani. 

Ailmarus. Doctrannus. Bernerius. 

Ado. Ratpertus. Hysaac. 

Otrannus. Hysaac. Alchorius. 

Bernuinus. Aimenricus. Isarnus. 

Ragenfredus. Remegarius. Umbertus. 

Alexander. Odilbertus. 

Sobo. Aimo. 

Theutbaldus. Vuigo. 

Doctrannum invenimus in cartis noslris contemporaneum Barnerii ; .. 
Bernerium Gratianopolitaniim, in tempore Adonis; ...tempore Bernuini 
Viennensis, Hysaac Valcntinensis ;... Remegarium Valentinenseni... 
Sobonis sub Ludovico. Sobone defuncto, cum nondum... Valentinensem 
cuin aliis episcopis, assensu V'^iennensis cieri et populi ord... aecclesiae, 
sub Coiirado rege. Postea inveninuis Teulbaldum Vieiinensem siicces- 
sorem Sobonis... Isarnuni Gratianopolitaïuim eodem tempore fuisse sub 
rege Gonrado. Postea invenimus... Vuigonem Valentinensem, Aimonis 
successorem, ac Hunibertum Gratinnopoiitanum successorem... sub 
Gonrado rege. 

L'auteui- de ces catalogues et des observations qui les 
accompagnent s'est aidé, exclusivement, à ce qu'il semble, 
des chartes qu'il avait sous la main. 

(I) Cartulaire de Grenoble, p. 264. 



220 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Revenons maintenant au catalogue valenlinois. Il est 
aisé de voir que, après le préambule sur les premiers mis- 
sionnaires, contemporains de saint Irénée, il comprend 
quatre séries ou groupes de noms. 

Le premier groupe contient neuf noms, qui, bien évi- 
demment ne sont pas en ordre. Dans la pensée du com- 
pilateur, ces neuf évêques sont antérieurs à Waldaldus, 
contemporain de Charlemagne. En fait, les cinq qui sont 
connus d'ailleurs sont antérieurs non seulement au IX* 
siècle, mais au VIP. Quelques-uns, appartenant à la même 
période, ne figurent pas ici, bien qu'ils soient sûrement 
attestés : Cariatho (442), Ailulfus (642), Ingildus (650), Bobo 
(678). La liste est donc non seulement en désordre, mais 
incomplète. Il est juste, je crois, de conserver les noms de 
Salvius, Antonius, Antoninus, Elephas, qu'elle est seule à 
donner; mais il n'est pas possible de les classer chronolo- 
giquement. 

Dans la seconde partie, Waldaldus est donné comme fa- 
milier de Vempereur Charlemagne; il aurait donc vécu en- 
tr(3 801 et 814. Silvius et Lambertus auraient siégé après 
814 ; l'auteur leur fait élever une chapelle à saint Cyprien, 
ce qui cadre, d'une part avec les prétentions que l'église 
de Valence éleva sur les corps des saints Corneille et Cy- 
l)rien, d'autre part avec la date de la translation (814) de 
saint Cyprien à Lyon. Vient ensuite Bonitus, dont le nom 
figure au bas du faux concile de Narbonne (788). Lui aussi 
est dit s'être occupé d'une translation ; mais il est clair que 
sa date doit le faire reporter au delà des troi.^ autres. Ro- 
bertus est évidemment le Ralbertus ou Ratpertus que nous 
connaissons par le cartulaire de saint Hugues et par divers 
autres documents, desquels il résulte qu'il fut évêque de 
Valence au moins de 858 à 879. Avant lui, saint Hugues 
en marque un autre. Doctrannus, qui manque à notre liste. 
Celle-ci nous donne après Robertus un Dalvarannus qu'elle 
met en rapport avec l'empereur Louis l'Aveugle pour un 
événement daté de 910. Cette date est inacceptable, car le 



VALENCE. 221 

siège de Valence était alors occupé par Remegariiis. Mais il 
y a plus, le Dalvarannus étant absent de la liste de saint 
Hugues, qui fournit un contrôle pour cette période, il y 
aurait lieu de mettre son existence en doute, s'il n'était 
possible de l'identifier avec Doctranniis. 

Donc, pour ce second groupe encore, c'est-à dire pour 
la partie afférente au IX^ siècle, notre document laisse à 
désirer, au point de vue de l'ordre. 

Le troisième groupe contient, comme le compilateur l'a 
marqué expressément, des noms d'évêques relevés dans 
les chartes de donation. Avec cette série on est censé 
atteindre le temps du pape Nicolas II (1059-1061). Mais il 
ne faut pas s'y fier. Le cartulaire de saint Hugues, vérifié 
par un grand nombre de documents, nous permet d'éta- 
blir avec sûreté la liste épiscopale de Valence pendant le • 
X® siècle; un seul des neuf noms de notre liste y figure, 
c'est celui d'Aymericus, ÏAimenricus de saint Hugues. 
Isaac, qui semble avoir été dédoublé, est connu par des 
documents de 886, 892, 899 ; Robertus semble être ici une 
répétition du Robertus de 858. Addo est peut-être identique 
à l'évêque de ce nom qui concourut à Thionville, en 835, 
à la déposition d'Ebbon de Reims, et, en 840, à Ingelheim, 
à sa restitution. Restent Eriardus^ Brochardus^ Archimber- 
bertus, Aginnus, qui, ne pouvant être placés ni au X" siè- 
cle ni plus lard, ni même dans la seconde moitié du IX* 
siècle, se trouvent rejetés assez loin en arrière. 

Le dernier groupe s'ouvre par la série Remegarius^ Odil- 
bertus, Aimo, Guijo, qui concorde parfaitement avec la fin 
du catalogue de saint Hugues. La suite, Lambertus, Hum- 
bertus^ Pontius, Gontardus, Eustachius, est attestée par les 
documents, sauf que ceux-ci ne soutiennent pas Humbertus 
et qu'ils nous obligent à introduire à sa place un W^igo IL 
Y a-t-il ici une erreur, ou cette différence des noms s'ex- 
pliquet-elle par des circonstances inconnues de nous? je 
ne sais. Toujours est-il que, sauf ce point litigieux, le 
dernier quart de notre catalogue, correspondant aux X" et 



222 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

XI® siècles, est d'accord avec la réalité des choses. Rien ne 
s'oppose, en somme, à ce que l'ensemble ait été rédigé à la 
date que la finale réclame, c'est-à-dire sous l'évêque Eus- 
tache, qui, promu vers le commencement du XII® siècle, 
siégea en droit jusqu'en 1134 (1) et en fait jusqu'en 1141. 
De cette discussion il résulte que, pour les temps anté- 
rieurs au début des listes de saint Hugues, c'est-à-dire au 
milieu du IX*" siècle, c'est aux documents qu'il faut 
s'adresser directement pour constituer la série des évêques 
de Valence. 

1. — Aemilianus. — Le plus ancien que l'on puisse at- 
teindre nous est fourni par la vie de saint Marcellin 
d'Embrun, texte hagiographique de fort bonne note. Il 
y est dit que Marcellin, premier évêque d'Embrun, fut 
ordonné par saint Eusébe de Verceil et par Emilien, 
évêque de Valence. Un Aemilianus signa au concile tenu 
dans cette dernière ville en 374. Ce doit être le même, 
bien que sa signature n'indique pas de siège épiscopal. A 
première vue, on peut trouver étrange l'association d'un 
évêque de Verceil et d'un évêque de Valence pour la 
fondation d'une église à Embrun. Quand on y regarde de 
plus près, on constate qu'il n'y avait guère, entre la vallée 
du Pô et celle du Rhône, d'évêchés plus rapprochés que 
ceux dont il s'agit. Celui de Grenoble n'apparaît pas avant 
381 et à cette date il en était encore à son premier titulaire. 
De ceux de Tarantaise et de Turin, il n'est pas question 
avant le V^ siècle (2). Il n'y a donc aucune raison de se 
défier du témoignage de la vie de saint Marcellin. Mais il 
n'en résulte pas (\\\ Aemilianus doive être considéré comme 
le premier évêque de Valence. C'est le plus ancien que 
l'on connaisse, voilà tout ce qui peut être affirmé (3). 

(l) Il fut alors déposé par le pape Innocent II. 

('2) Die avait alors des évoques; peut-être le titulaire fut-il choisi pour être 
le troisième consccrateui-. 
(3) Le G. C. élimine, avec raison, un ïiexlus de source polycarpique. 



VALENCE. 223 

2. — Maœimus. — Ses anlécédenls el sa conduite don- 
nèrent lieu à une lettre (1) du pa[)e Boniface I, du 13 juin 
419, où il est enjoint aux évêques « des Gaules et des 
Sept-Provinces » de le faire passer en jugement. D'après 
la teneur de cette lettre, Maxime aurait déjà donné des 
sujets de plainte sous les prédécesseurs de Boniface, 
c'est-à-dire à tout le moins sous les deux derniers, Inno- 
cent et Zosime, ce qui suppose qu'il siégeait avant l'an- 
née 417. 

3. — Cariatho. — Se fît représenter au concile de Vaison, 
en 442(2). 

4. — Apollinaris. — Saint Apollinaire, le frère de saint 
Avit, assistait, en 517, au concile d'Epaone ; un peu plus 
tard (518-523) à celui de Lyon. Sa fête est au martyrologe 
hiéronymien, 5 octobre. S'il faut en croire sa vie (3), il 
siégea trente-quatre ans. 

5. — Gallus. — II assista au concile d'Orléans de 549. 

6. — Maœimus IL — Se fit représenter au concile de 
Lyon, en 570. 

7. — Ragnoaldus. — Assista au concile de Lyon et aux 
deux conciles de Màcon, en 581 et 585, ainsi qu'au concile 
de Valence (584) (4). 

8. -- Ailulfus. — Mentionné dans la Chronique de Frédé- 
gaire à propos d'un événement de l'année 642 (5). 

9. — Ingildus. — Assista au concile de Chalon-sur- 
Saône, en 650. 



(1) Jaffé, 349. Cf. ci-dessus, p. 109. 

(2) Cariatho manque au G. C. 

(3) Acta SS., oct., t. III, p. 58. M. G. Scr. merov., t III, p. 197. M. Krusch 
pense, peut-être avec raison, que cette pièce, bien qu'elle se prétende con- 
temporaine, est en réalité du temps de Charlemagne. Cf. Mélanges Havet, 
p. 51. 

(4) Ici, le G. C. insère Elephas et. Salvius, qui manquent de références t 
ces noms se trouvent pourtant dans la Chronique, mais évidemment hors 
de place. 

(5) Fréd. IV, 90. — Le G. C. écarte, avec raison, l'identification de ce 
personnage avec Aviulfus, un des correspondants de saint Didier de 
Cahors (Ep., II, 3); cet .\viulfus ne paraît avoir été évéque ni de Valence 
ni d'ailleurs. 



224 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

10. — Bobo. — Mentionné par la vie anonyme (1) de saint 
Léger comme ayant été déposé de l'évêché de Valence, 
puis, grâce à la faveur d'Ebroin, pourvu du siège d'Autun 
après la mort de saint Léger (678). 

Il convient de nommer ici, mais sans prétendre que 
ce soit leur place, les évêques Saluius, Antonius, Antoni- 
nus, Elephas, énumérés dans la première partie du catalo- 
gue (2). 

15. — Bonitus. — Figure parmi les signataires du faux 
concile de Narbonne (788) (3). 

16. — Waldaldus. — Reçut une donation de Charlema- 
gne, empereur (801-814). 

17. — Silvius et 

18. — Lamberius paraissent avoir siégé sous Louis le 
Pieux. 

19. — Ado. — Peut-être identique à l'évêque de ce nom 
qui figura aux assemblées de Thionville (835) et d'Ingelheim 
(840). 

Après ces quatre noms, que j'insère ici sous le bénéfice 
des explications données plus haut, je placerai, sans être 
sûr qu'ils ne sont pas attribuables à une date plus ancienne, 
les noms iïErlardus., Brochardus, Archimbertus , Aginnus, 
qui figurent dans la troisième série du catalogue. 

A partir d'ici le cartulaire de Grenoble vient à notre 
secours. 

24. — Dunclrannus (le Dalvarannus du catalogue?). — 
Le cartulaire de Grenoble fait de lui un contemporain do 
saint Barnard de Vienne (4), lequel mourut le 22 jan- 
vier 842. 



(1) AclaSS., ocl., t. I, p. 471, n" 34. 

(2) Ci-dessus, p. 11Q. Eleplius est peut-être identique à Ailulfus. 

(3) Le G. C. marque ici, pour Télimincr, un Salvius II, évidemment iden- 
tique au saint Sauve de Valenciennes, évéque de siège inconnu. — Vient 
ensuite un Luperosus ou Lupicinus , inconnu à la Chronique, et pour le- 
quel on ne donnn pas de référence précise. 

(4) On pourrait se demander s'il s'agit ici du Barnard de Vienne ou de 



GENÈVE. 225 

En 855, les 8 el 9 janvier, il se Uni à Valence un con- 
cile pour juger l'évêque du lieu. S'agissail-il de celui ci 
ou du suivant? Comme rien ne [)rouve que le jugement se 
soit terminé par une sentence de déposition, la dernière 
hypothèse n'est pas exclue. 

25. — Ratperius. — Son nom apparaît, pour la première 
fois, dans un document signé par lui à Langres, le 
19 avril 859 (1). Depuis, on le rencontre en diverses réu- 
nions d'évêques, dont la dernière est l'assemblée de Man- 
taille en 879, le 15 octobre. 

26. — Isaac. — Signa, le 18 mai 886, au concile de 
Chalon-sur-Saône; il assista, le 28 janvier 899, à l'ordina- 
tion de son métropolitain Ragenfred (2). 

27. — Aimenricus. — N'est connu que par la liste du 
troisième cartulaire de Grenoble, qui le place ici. C'est 
évidemment VAymericus du catalogue. 

GENÈVE. 

Une liste épiscopale se lisait autrefois sur un feuillet 
d'une bible latine appartenant à l'église Saint-Pierre de 
Genève. Cette bible est maintenant à la bibliothèque de 
la ville (n° 1), mais le feuillet a disparu depuis long- 
temps. Il n'en reste qu'une copie, exécutée par le célèbre 
Fr. Bonivard (f 1570) et conservée dans ses papiers (3). 
M. Ed. Mallet en a publié le commencement jusqu'à l'évê- 
que Frédéric (1030-1073) (4). Cette partie étant la seule 

celui lie Grenoble; mais la chronologie de celui-ci écarte la seconde hypo- 
thèse. 

(1) Hardouin, Conciles, t. V, p. 484. 

(■2) Marion, Cart. de Grenoble, p. 262. 

(3) Ms. français, n° 138, à la bibliothèque de Genève; cf. le catalogue de 
Senebier (1779), p. 375. 

(4) Mémoires et documents de la. Société d'histoire et d'archéologie de 
Genève, t. V (1847), p. 358. Cf. Spon, Histoire de Genève (1730), t. I, p. 22; 
Besson, Mémoires pour l'histoire ecclés. des diocèses de Genève, Tamn- 
taise,Aosle et Maurienne, Nancy, 1759; von Mûlinen, Helvelia sarrn, Berne, 
1858, et surtout M. Besson, ouvrage cité p. 228, n. 2. 

15 



226 



FASTES EPISCOPAUX DE L ANCIENNE GAULE. 



qui m'intéresse, je me borne à repioduire ici le texte de 
M. Mallet. 



Genevensis (1) ecclesia a discipi 


lis Ê 


postolorum Paracodo et Dionisio 


fundata, Viennensibus episcopis. 






1. Diogenus. 


25. 


Gubertus. 


2. Dominius. 


26. 


Renenbertus. 


3. Salvianus. 


27. 


Leutherius. 


4. Cassianus. 


28. 


Gosbertus vixit ann. XVI. 


5. Eleutherius. 


29. 


Walternus XXXVI. 


6. Teolastus. 


30. 


Apradus XXXIII. 


7. Frater. 


31. 


Domitianus. 


8. Pallascus. 


32. 


Boso ann. XVII m. V. 


9. Maximus. 




Insequentei" : 


lu Papolus. 


33. 


Anseginusann. XXXII etm. X. 


11. Gregorius. 


34. 


Apradus. 


12. Nicei-ius. 


35. 


Bernardus. 


13. Rusticus. 


36. 


Riculphus. 


14. Pati-icius. 


37. 


Fraudo. 


15. Hugo. 


38. 


Aldagandus. 


16. Andréas. 


39. 


Aymo. 


17. Graecus. 


40. 


Girard us. 


18. Papolus. 


41. 


Hugo. 


19. Robertus. 


42. 


Cunraddus. 


20. Aridanus. 


43. 


Aldagandus. 


21. Egoaddus. 


44. 


Bernardus. 


22. Albo. 


45. 


Fridericus vixit in episcopatu 


23. Huportunus. 




ann. XXXVII et obiit VIII 


24. Eucherius. 




kal. septemb. 



Les n°' 1 et 2 paraissent être ceux des deux premiers 
évoques de Grenoble, Domninus et Diogenes, intervertis. Je 
ne sais si le n° 3 ne représenterait pas une corruption de 
Salonius, nom d'un et même de deux êvêques de Genève. 
Sur les 30 noms suivants, qui nous conduisent jusqu'à 
Anségise et à l'année 877, quatre seulement, outre celui 
d'Anségise, ont des attestations en dehors de la liste; ce 
sont ceux de Theoplastus^ Maximus^ Pappolus 1 et Pappolus IL 
Jusque-là, le catalogue omet les évêques certains Isaac, 



(1) Ce titre n'est pas reproduit dans la publication de Mallet ; je l'em- 
prunte à Spon, loc. cit. 



GENÈVE. 227 

Salonius If, Cariatti), Abellenus^ AUadus. Cette liste d'omis- 
sions se réduirait d'un nom si l'on identifiait AUadus avec 
le n° 30, Apradus. Les n"' 13 et 14, Rusticus el Patricius, ne 
sont probablement pas, l'un d'eux au moins, des noms 
d'évêques de Genève. Après Anségise, il y a à peu près 
accord entre le catalogue et la réalité historique. Cepen- 
dant, il faut encore noter le nom tYOptandus transformé en 
Apradus (34), Franco changé en Fraudo (37) et placé après 
Riculfus, qu'il aurait dû précéder. Depuis le commence- 
ment du X® siècle, la liste ne soulève plus d'objections. 

Voici maintenant la série qui se déduit des documents 
certains : 

1. — Isaac (1). — Mentionné par saint Eucher dans le 
prologue de la passion des saints d'Agaune comme con- 
temporain de Théodore, évêque d'Octodure, mais plus 
jeune que lui. Ce Théodore a vécu du temps de saint Am- 
broise (f 397); Isaac aura donc été évêque vers l'année 400. 

2. — Salonius (2). — Fils de saint Eucher de Lyon. Il 
était déjà évêque en 440, car c'est alors que Salvien lui 
écrivit (ep. 9) à propos du livre Ad Ecclesiam, paru peu au- 
paravant. On le trouve aux conciles d'Orange et de Vaison, 
en 441 et 442; en 450, il écrivit à saint Léon, en môme 
temps que ses deux collègues Ceretius de Grenoble et Ve- 
ranus de Vence (3). Un peu plus tard, il prit part au con- 
cile d'Arles relatif à l'abbaye de Lérins (4). Sa fête est 
marquée au 28 septembre dans le martyrologe hiérony- 
mien. 

3. — Theoplastus. — Une lettre de Sidoine (VI, .5) est 
adressée à un évêque de ce nom, qui a bien l'air de rési- 
der dans la capitale de quelque roi barbare; d'autre part, 
le catalogue de Genève présente, au 6^ rang, un Theolastiis, 

(1) Manque au catalogue. 

("2) Peut-être le Salvianus du catalogue. 

(3) S. Leonis opp., éd. Ballerini, t. I, p. 1003. 

(4) Ici, le G. C. insère un Domilianus, d'après deux documents fort sus- 
pects. Il ne figure pas au catalogue. — Le catalogue a ici Cassianus et 
Eleulhcrius, inconnus d'ailleurs. 



228 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

ce qui permet, vu la rareté du nom, de rapporter à Genève 
le correspondant de Sidoine (1). 

4. — Domitianus. — Figure avec Gratus d'Aoste et 
Protasius d'Octodure, dans un récit de translation (2). 
L'événement eut lieu dans la seconde moitié du V^ siècle. 
La date n'en est pas bien déterminée : Domitien peut 
avoir siégé avant ou après Théoplaste. 

5. — Maœimus. — L'année de la naissance de saint Nizier 
de Lyon, en 513, son père Florentinus avait été élu évêque 
de Genève, mais il se décida à décliner les honneurs de 
l'épiscopat (3). C'est alors, sans doute, que l'on élut 
Maxime, lequel parut, en 517, au concile d'Epaone, et, 
un peu plus tard (518-523), à celui de Lyon. 

6. — Pappulus. — Députa, en 549, au concile d'Or- 
léans (4). 

7. — Salonius 11. — Assista au concile de Lyon, en 570, 
et, en 573, à celui de Paris. 

8. — Cariatto. — Spatarius du roi Gontran, il fut élevé, 
en 584, au siège de Genève, en récompense de services 



(1) Joignez à cela que les autres capitales burgondes, Lyon et Vienne, 
avaient alors des évêques dont les noms sont bien connus, — Après Theo- 
lastus, le catalogue et le G. C. admettent un Fmler et un Pallascus. 

(2) Ajouté après coup à la passion des saints d'Agaune : M. Br. Krusch 
l'a publié avec celle-ci (Af. G. Scr. merov., t. III, p. 40). Sur l'âge de ce 
récit, V. Krusch {ibid., p. 25) et M. Besson, Recherclies sur les évêchés 
de Genève, Lausa.nne, Sion, 1906, p. 38. Comme ce dernier auteur, je crois 
que nous avons affaire ici à un texte de la fin du V" siècle. — Domitien est 
mentionné aussi dans un autre récit de translation, celui-ci de date posté- 
rieure et de moindre autorité (Krusch, p. 31; Besson, p. 112). 

(3) Greg. Tur., Vitae Palrum, VIII, 1. Une lettre lui est adressée par saint 
Cyprien de Toulon (M. G. Ep., t. lU, p. 434); lettres de saint Avit, n"' 76 
et 74; homélies 19 et 20 (Peiper). 

(4) Entre Pappulus I et Pappulus H, le catalogue insère sept noms : Gre- 
gorius, Nicerius, Ruslicus, Palricius, Hugo, Andréas, Graecus. Il omet les 
trois evéques certains Salonius, Cariatto et AbcUenus. Le G. C. admet les 
uns et le» autres. Kusticus et Patricius proviennent d'un récit relatif à 
l'année 602 (Frédég., IV, 22), où leurs sièges ne sont pas indiqués. La 
passion des saints Victor et Ours (Lutolf, Die Glaubensbolen der Scliweiz, 
p. 143) assigne Octodure à Rusticus et Tarantaise à F^atricius. V. ci-dessous, 
p. 22;), note 2. 



GENÈVE. 229 

politiques (1). Assista aux conciles de Valence (584) et de 
Mâcon (585) (2). 

9. — Abellenus. — Mentionné par Jonas, dans la vie de 
saint Eustase de Luxeuil, à propos d'un concile de Mâcon 
qui se tint vers 620 (3). 

10. — Pappulus IL — Assista, en 650, au concile de 
Chalon-sur-Saône (4). 

11. — Altadus. — Signa, en 833, la charte d'Aldric de 
Sens pour Saint-Remi. Son nom figure aussi au bas d'un 
diplôme impérial de l'année 838, pour l'évéque Aldric du 
Mans (5). 

12. — Ansegisus. — Signa, en 877, au décret du concile 
de Ravenne relatif à Flavigny. On a encore son épitaphe (6) : 

Non meritis precor ut v|eniam tribuas, miserator ; 

praevaleat pietas, qu|od rogitat famulus. 
Et quicumque legit | consors sit régna poloruni 

simqiie suis precibus f|ultus ubique bonis. 
Adsit almificus Victor, | Vincentius, Ursus, 

perpetuis valeam | suppliciis erui. 
Ansegisus eram p|raesul Genevae civitati : 

sis raemor ipse ntiei, | sit Dominusque tui. 



(1) Frédégaire, III, 89. 

{'2) Frédégaire parle, à l'année 601-?, de l'invention des reliques de saint 
Victor, à Genève, par Hyconius de Maurienne (ci-dessous, p. 240) et deux 
autres évéques, RusticiKS et Palricius. Il est difficile que l'évéque de Ge- 
nève soit resté étranger à cette cérémonie. Les deux noms Rusticius et 
Patricius figurent au catalogue, probablement d'après ce texte de Frédé- 
gaire. L'un d'eux, je n'en doute pas, doit avoir été évêque de Genève. 
Cf. Krusch, op. cit., p. 3'2, et M. Besson, p. 113. 

(3) Jonas, Vie d'Eustase, c. 9. 

(4) Suit, dans le catalogue, une série de 11 noms : Roberlus, Aridanus, 
Egoaddus, Albo, Huporliinus, Eiicherius, Gubertus, Renenbertus, Leulhe- 
rius, Gosbertus, Walternns, tous dépourvus d'attestation, à moins que l'on 
ne veuille faire un évéque de Genève du Gauzibertus episcopus mentionné 
dans une lettre du pape Etienne III, vers 770 (Jaflfé, 2380), sans que son 
siège soit indiqué. 

(5) Texte dans les Gesla Aldrici, éd. Froger, p. 154; cf. Bôhmer-M., 949. 
Je ne vois pas sur quoi on s'appuie pour le faire assister, en 816, au con- 
cile d'Aix-la-Chapelle. — Après Apradus , qui est peut-être Altadus, 
viennent, dans le catalogue. Domilianus et Boso, qui n'ont pas d'autre 
référence. 

(G) Spon, llist. de Genève, t. I, p. 31; cf. t. II, p. 346, n" 5'2. Le texte en- 



230 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

13. — Optandus (1). — Consacré, en 881, par le pape 
Jean VIII, à la demande de l'empereur Charles le Gros (2). 
Il fut incarcéré peu après par l'archevêque de Vienne 
Otramne, qui en mit un autre à sa place (3). 

14. — Bernardus. — Cité, vers 892, à comparaître devant 
le concile provincial (4). 

GRENOBLE 



Le premier des cartulaires attribués à saint Hugues, évè- 
que de Grenoble, contient une liste épiscopale que l'on a 
plusieurs fois publiée ; je la reproduis ci-dessous, d'après 
le manuscrit original (5). 

Nomina episcoporum sanctae Gratianopolitanae ecclesiae. 



Domninus episcopus. 

Diogenius episcopus. 

Amicus episcopus. 

Sebastianus episcopus. 
ô Vitalianus episcopus. 

Giratus episcopus. 

Viventius episcopus. 

Victor episcopus. 

Ursolus episcopus. 
10 Siagrius episcopus. 

Isicius episcopus. 

Glarus episcopus. 

Ferreolus episcopus 

Boso episcopus. 



1.5 item Isicius episcopus. 

Austrobeitus episcopus. 

Ramnoldus episcopus. 

Ragnomarus episcopus. 

Austoricus episcopus. 
'20 Gofbus episcopus. 

Leopertus episcopus. 

Ardincus episcopus. 

Odolardus episcopus. 

Radoldus episcopus. 
25 Siupertus episcopus. 

Ebroardus episcopus. 

Adalulfus episcopus. 

Ebbo episcopus. 



tier est connu par une copie manuscrite; la partie gauche, contenant la 
première moitié de chaque vers, fut trouvée au XVII' siècle dans l'église 
Saint-Victor, actuellement détruite, avec un fragment portant, en caractères 
semblables, la fin du nom d'Anségise, GISVS EPS. 

(1^ Omis par le catalogue, à moins qu'il ne se cache sous VApradus que 
l'on y voit après Anségise. 

(2) Jaffé, 3357. 

(3) Jaffé, 3374, 3375. 

(4) G. C, t. XVI, p. 143 instr. 

(5) Paris, 13879, f" 70'; copie du XIV' siècle, avec prolongements, dans un 
autre cartulaire de Grenoble, conservé au.x archives de risère. Editions : 
Mabillon, Anal., p. 2Î0; Marion, Cartulaires de l'église cathédrale de Gre- 
noble (1869), p. 61, 107; Holder-Egger, M. G. Scr., t. XIII, p. 377. 



GRENOBLE. 231 

Benierius episcopiis. Malien us episcopus. 

30 Ysaac episcopus. 35 Artaldus episcopus. 
Alcherius episcopus. Pontius episcopus. 

Isarnus episcopus. item Pontius episcopus. 

Umbertus episcopus. Hugo episcopus. 

Que ce documenl mérite confiance, c'est ce qui résulte 
de sa concordance avec ce que l'on sait par ailleurs de 
l'histoire des évêques de Grenoble. Une seule inexactitude 
est à signaler, l'omission d'un second Syagrius entre Hesi/- 
chius (11) et Clarus (12). Cette faute est sans doute en 
rapport avec le fait q\\ Hesychius eut un Syagrius pour pré- 
décesseur et un autre Syagrius pour successeur. 

1. — Domninus. — Concile d'Aquilée, en 381. 

2. — Diogenes. 

3. — Amiens. 

4. — Sebaslianus. 
5 — Vitalianus. 

6. — Ceretius. — Assista aux conciles d'Orange et de 
Vaison en 441 et 442; écrivit en 450 au pape Léon, con- 
jointement avec les évêques de Genève et de Vence ; men- 
tionné, en 451, dans la lettre synodale d'Eusèbe de Milan 
au même pape Léon (1). Sa fête est marquée dans le mar- 
tyrologe hiéronymien, au 6 juin. 

7. — Viventius. — 25 février 464. 

8. — Victurius. — Présent, en 517, au concile d'Epaone, 
et, un peu plus tard (518-523), à celui de Lyon. Correspon- 
dant de saint Avit. 

9. — Ursulus. — Concile d'Orléans de 538. 

10. — Syagrius. — C'est peut-être lui qui signa de 
ce nom, sans marquer son siège, au concile de Paris, 
tenu en 552; il fut représenté, en 570, au concile de 
Lyon. 

11. — Hesycliius. — Conciles de Paris, en 573, de Mâcon, 
en 581, de Valence, en 584, de Màcon, en 585. Figura, 

(1) Misne, t. LIV, p. 887, 946. 



232 FASTES RPISCOPAUX DE l"aNCIENNE GAULE. 

en 589, au nombre des évoques qui prononcèrent l'excom- 
munication contre les religieuses insurgées de Poitiers (1). 
D'après la vie de saint Arigius de Gap, il mourut très peu 
de temps après celui-ci (2), ce qui suppose qu'il atteignit 
l'année 601 au moins. 

12. — Syagriiis. — Omis au catalogue (3); il assista, 
en 614, au concile de Paris. 

13. — Clarus. — Présent, en 650, au concile de Chalon- 
sur-Saône ; signa le privilège de Clovis II pour Saint-Denis, 
donné le 22 juin 654. 

14. — Ferreolus. — Il subsiste de lui un souvenir litur- 
gique, faiblement documenté (4). 

15. — Boso. 

16. — Hesychius II. 

17. — Austrobertus. 

18. — Ramnoldus, 

19. — Ragnomarus. — Mentionné dans une charte du 
30 janvier 726(5). 

Les huit suivants ne sont connus que par le catalogue. 

28. — Adalulfus. — Figura, en 840, au nombre des j)ré- 
lats qui concoururent au rétablissement d'Ebbon sur le 
siège de Reims (6 . 

29. — Ebho. — Le premier document de date certaine 
où il se trouve mentionné est le concile de Valence, le 
8 janvier 855(7); il est mêlé ensuite à diverses affaires 
ecclésiastiques ; la dernière fois qu'il est mentionné, c'est 
en 860, à propos de l'élection d'Adon comme archevê- 
que de Vienne (8). 

30. — Bernerius. — Bernard devint évêque en 869; 

(1) Greg. Tur., IX, 41. 

(2) Acta SS., mai, t. I, p. 111. 

(3) Et au G. C. 

(4) Acla SS., ian., t. I, p. 743 (12 janvier). 

(5) CipoUa, Monum. Novalic. veiustiora, t. I, p. 13. 

(6) Bôhmcr-M., 1038; Hardouin t. IV, p. 1449. 

(7) Il figura aussi à l'assemblée de Scrmorens (D'Achery, Spiril., t. III, 
p. 343), qui se tint vers l'année 853. 

(8) Marion. Cari, de Grenoble, p. 63. 



DIE. 233 

nous avons encore deux lettres de l'empereur Louis II et 
du roi Lothaire II, toutes deux relatives à son élection (1). 
On le trouve, depuis lors, dans les conciles et autres 
assemblées d'évêques. En 882 il se vit engagé dans un 
conflit aigu avec l'évêque de Maurienne, Adelbert. Deux 
lettres de Jean VIII (2) sont relatives à cette affaire. Depuis 
lors il n'est plus question de lui. 

31. — Isaac. — Mentionné d'abord dans un acte de 892 (3), 
puis dans diverses autres pièces, jusqu'en 922. 

DIE. 

Il n'existe aucun ancien catalogue des évêques de Die. 
Il n'y a non plus aucune tradition sur le fondateur de cette 
chrétienté (4). On ne saurait affirmer que l'évêque qui 
figura au concile de Nicée fût le premier évêque du lieu, 
mais cela n'aurait rien d'étonnant, eu égard à la situation 
écartée de ces vallées, et aussi à ce fait que le vieux sanc- 
tuaire des Voconces dut opposer plus de résistance au chris- 
tianisme que les cités profanes de la vallée du Rhône. 
Quoi qu'il en soit, et en s'en tenant aux noms et faits 
connus, le plus ancien évêque de Die sera pour nous 

1. — Nicasius. — Nicée, 325. 

2. — Audentius. — Assista aux trois conciles célébrés 
par saint Hilaire d'Arles à Riez, à Orange et à Vaison, 
en 439, 441, 442. Il prit part, en 450, à la démarche des 
évêques de sa région pour le rétablissement de la métro- 
pole d'Arles (5). 

3. — Petronius. — Il est donné dans la légende de 
saint Marcel comme ayant été son prédécesseur immédiat. 

(1) Bôhmer-M., 1208, 1289. 

(2) Jafifé. 3375, 3376. 

(3) G. C, t. XVI, p. 73 instr. 

(4) Les quatre premiers évêques du Gallia. chrisliana , mentionnés avec 
beaucoup de signes de doute par M. Hauréau, ne sont connus que par Po- 
lycarpe de la Rivière, ce qui est assez dire. 

(5) Jaffé, 450. Cet évêque manque au G. C, qui en insère ici trois, Celsus, 
Coyislanlinus, Projectus, de source polycarpique. 



234 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Cette légende n'était connue que par les leçons du bré- 
viaire de Die (10 janvier). Récemment, M. G. Kirner a 
retrouvé, dans la Bibliothèque de l'Université de Bologne, 
une transcription tardive des deux vies de ce saint, l'une en 
prose, l'autre en vers (1). Il en résulte que Pétrone, 
évêque de Die, issu d'une famille sénatoriale d'Avignon, 
eut son frère Marcel comme assistant pendant dix ans. Il 
est donc probable que Pétrone devint évêque de Die 
vers 453. Un changement d'évêque eut lieu à Die, en 
463 (2), dans des circonstances qui cadrent assez bien avec 
ce que la légende rapporte de l'élection de saint Marcel. 

4. — Marcellus. — Fut consacré en mai 463(3) par saint 
Mamert de Vienne, contrairement aux droits du métropo- 
litain d'Arles, et malgré une opposition locale très forte. 
Un Marcellus JBgure parmi les évêques auxquels Lucidus 
adressa, vers 474, une lettre de rétractation. C'est peut-être 
celui de Die. Celui ci était considéré comme un grand con- 
fesseur et un thaumaturge (4). De fait, sa vie indique qu'il 
fut déporté successivement à Arles et dans le pays de 
Couserans, avec les notables diois, par ordre du roi des 
Wisigoths Euric. Revenu à Die, il vécut ensuite sous la 
domination du roi des Bourguignons Gondebaud, duquel il 
obtint, pour la cité de Die, un précepte d'immunité. Il y 
bâtit le baptistère Saint-Jean. Après un pontificat de 
46 ans et 8 mois, il mourut le 17 janvier 510 et fut inhumé 
dans la basilique de Saint-Pierre, dans le quartier oriental 
de Die. Le martyrologe hiéronymien marque, en effet, sa 
fête au 17 janvier. 

5. — Saeculatius. — Conciles d'Epaone (517) et de Lyon 
(518-523). 



(1) G. Kirner, Due vite inédite di S. Marcello, vescovo di Die {Sludi slo- 
rici, t. IX, Pise, 1900, pp. 289-3'27). 

(2) Jafifé, 556, 557. 

(3) Les pièces officielles citées dans la note précédente ne nomment ni 
l'évéque défunt ni celui qui fut ordonné en 463. 

(4) Greg, Tur., Glor, conf.,l{). Après Marcel, le G. C. insère un Avcntinus, 
qui est, en réalité, un évêque de Chartres. 



VIVIERS. 235 

6. — Liicretius. — Assista ou se fit représeiiter aux con- 
ciles nationaux de 541, 549, 552, 570 (Lyon), 578. Men- 
tionné dans la vie de saint Marius (1); saint Ferréol d'Uzès 
lui dédia sa régie monastique (2). 

7. — Paulus. — IP concile de Mâcon, 585. 

8. — Maaimus. — Concile de Paris, 614. 

9. — Desideratus. — Signature au faux concile de Nar- 
bonne (788). 

10. — Vulfinus. — L'auteur de la vie de saint Marcel en 
vers, retrouvée récemment. Peut-être serait-il à identifier 
avec un des correspondants de Théodulfe et de Florus, 
comme le conjecture M. Kirner(3). 

11. — Remigius. — Figure parmi les évêques réunis à 
Langres, le 19 avril 859(4). 

12. — Aurelius. — Signa le privilège de Tournus, daté 
de 875 (5). 

13. — Hemico. — Assista, en 876, au concile de Pon- 
thion, et, en 879, à l'assemblée de Mantaille. C'est le der- 
nier que l'on connaisse avant le X^ siècle. 

VIVIERS. 

Ce que l'on peut savoir des anciens évéques de Viviers 
se déduit, en grande partie d'un document appelé 
Vieille charte, rédigé, en 950, par l'évêque Thomas. C'est 
une suite de donations faites à l'église cathédrale de Saint- 
Vincent. Elle est précédée du texte suivant (6) : 

In nomino domini noslri lesu Christi iiicipitcatalogus de honore quem 

(l) Acla SS. ian., t. II, p. 774. 
(?) Migne, P. L , t. LXVI, p. 959. 

(3) Praesul in arce Diae Vulfinus... {St. slor., l. c , p. 292 et 301). Théod. 
carm. 44; Florus, c. 23. Cf. Mabillon, Acla SS., t. IV«, p. 430. 

(4) Hardouin, Concil., t. V, p. 484. 

(5) Hardouin, t. VI*, p. 161. 

(6) Publié, en dernier lieu, par M. A. Molinier, dans le tome II de l'His- 
toire du Languedoc, nouvelle édition, p. 414 (preuves). Le texte nous en a 
été conservé par une copie qui figure à la Bibliothèque nationale, fonds 
Lancelot, t. CLX. 



236 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

fidèles Chi'isti dederunt Deo et sancto Vincentio pro redemptione ani- 
marum suai'um et abolitione peccatorum suorum. 

In primis de episcopis Albensium seu Vivariensium. 

Civitas Albensium quao fuit subversa a Croco rege Romanorum ; sub 
ipso rege asseritur isti episcopi fuisse Albenses: 

Primus episcopus lanoarius. 

Secundus Septimius. 

Tertius Maspitianus, Melanus, Auxonius. Sed quanta iniracula per 
eos Christus ostendere dignatus fuisset aut quibus temporibus plebem 
suam rexissent aut qua fuissent natione progeniti enarrare non possu- 
mus. Ille cui summopere sedule obtulerunt omnia novit. 

Incipit de episcopis Vivariensibus. 

Primus episcopus in Vivario Promotus praefuit, qui de Albense Vivario 
[se] contulit et Alba vicum appellari volait. Deinde secundus episcopus 
Lucianus régnante Alarico ; deinde sanctus Valerianus ; post hune sanc- 
lus Venantius; deinceps Rusticus ; dehinc sanctus Melanius, deinde 
sanctus Firminus, deinde sanctus Eucherius, deinde sanctus Auius, 
deinde sanctus Eumachius, deinde sanctus Longinus, deinde dompnus 
lobannes. 

Domnus loannes. Dotavit Promotus episcopus sancti Vincentii villas 
duas, Clariaco, Cassariae. 

Dompnus Melanus ibi monasterium in Cassariense sancto Vincentio 
dotavit. 

Dotavit Lucianus episcopus Ameliaco villa, Blandamisco, Ociacio : 
ista omnia dereliquit Deo et sancto Vincentio. 

Dotavit Domnus Valerius villa Coresse, Scudio, Muo : dereliquit Deo 
et sancto Vincentio. 

Dotavit sanctus Firminus cum uxore sua Aula Leudronino, Meteratis 
cum ecclesia sancti Andreae, Damale, Tornicate, medio Saconaco, 
Vocerno : ista omnia dereliquit Deo et sancto Vincentio. 

Dotavit dompnus Heumachius Beciate cum ecclesia, Saduaco, Cauco- 
lomno, Cartennaco, Luguiliano. 

Suit une assez longue série de donations commençant 
toutes par Ego N. Parmi ces donataires, figurent les évé- 
ques Venantius et Longinus, déjà nommés, et un autre, ap- 
pelé Ardulphus (episcopus sedis Vivariensis) . 

Nous pouvons déduire de ce document une série de 
18 évêques (1). Je ne vois aucune raison de croire qu'elle 
n'est pas en ordre et je ne me permets pas de la retoucher. 
Les faits connus la vérifient deux ou trois fois : c'est peu, 
sans doute, mais c'est déjà quelque chose. Voici cette 

(1) Le deuxième domnus loannes paraît être une répétition du précédent. 



VIVIERS. 237 

série. La vieille cliarLe la divise elle-même en deux parties, 
correspondant aux deux sièges successifs d'Aps et de 
Viviers : 

Evêques d'Aps : 

1. — lanuarius. 

2. — Septimius. 

3. — Maspitinnus. — Ce nom semble altéré. 

4. — Melanus. — Il faut sans doute restituer Mela- 
nius (1) et peut-être reconnaître cet évêque dans celui qui 
figure au concile dé Nîmes le 1" octobre 396. 

5. — Auxonius. 

Evêques de Viviers : 

6! — Promotus (2). 

7. — Lucianus. — Il siégea, dit la vieille charte, sous le 
règne d'Alaric, c'est-à-dire d'Alaric II (484-507). Une épi- 
taphe d'évêque (3), mutilée, trouvée à Saint-Thomé, entre 
Aps et Viviers, et datée de l'année 487, pourrait bien être 
la sienne : 



IGNEBVS PARITER ET NOMIN 

M TERRAMQVE SIMVL SOCIOSQVE reliquit 

....sacERDOTII TENVIT QVI SEDE CORONam 
....INIS ET SEPTEM REVOLVENTIBVS Annis 
..} plebs CVNCTA GEMET SVISMET CARVlsse.... 
mensis sexti itervm pc symmachi • v • c • indictione \///// 

La note consulaire ne saurait s'entendre du consul de 
l'année 522, dont le nom est toujours accompagné de son 
collègue Boèce (4); l'indiction X, qui paraît indiquée sur 

(1) Le G. C. supprime ce nom et transporte ici les évéques Eucherius, 
Firminus, Aulus, Eumachius, pour lesquels j'ai respecté l'ordre de la 
charte. 

(2) Ecarté par le G. C. qui lui substitue un Eidalius de provenance poly- 
carpique. On n'a pas vu que Promotus est un nom propre. 

(3) Leblant, 481 a; C. I.L., t XII, n" 270:. 

(4) Une inscription d'Arles, bien incorrecte (C. /. L., 933; Leblant, Non- 



238 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aXCIENNE GAULE. 

la pierre, concorde avec l'année 487, laquelle tombe dans 
le règne d'Alaric II. Les termes sacerdotii, sede, coronam, 
me semblent bien indiquer un évêque (1). Enfin, le pre- 
mier des vers conservés semble contenir un jeu de mots 
sur le nom de l'évêque, lequel aurait été [lucens] et ardens. 

8. — Valerianus. 

9. — Venantius. — Le grand saint du pays (5 août). 
Il assista aux conciles d'Epaone, en 517, et de Clermont, 
en 535. 

10. — Rusticus. 

11. — Melanius. — Députa au concile d'Orléans, en 549. 

12. — F ir minus. 

13. — Eucheriiis. 

14. — Aulus. 

15. — Eumachius. 

16. — Longinus. 

17. — lohannes. 

18. — Ardulphus. 

19. — Arcontius. — C'est seulement par conjecture que 
l'on peut placer ici cet évêque et le précédent. Ardulphus 
est mentionné, comme on l'a vu plus haut, dans le texte 
de Thomas; quant à Arcontius, un martyrologe de Vi- 
viers (2), dont on n'indique pas la date, raconte qu'il fut 
massacré par les habitants de la ville, mais sans fixer 

ueau Recueil, 169), offre une n ote semblable à celle-ci : Hic in pace... et 
oviet sobd{ie) VIII kl. agus. ISDIX VII elerom p(o)s Sumaci v. c. c{ons.). 
M. Mommsen la rapporte à l'année 524, ce qui est peu probable en soi, car 
le consul Symmaque de bll eut un collègue, Boèce, lequel devrait être 
nommé ici; le consul de 485 est, au contraire, un consul sans collègue. 
D'autre part, le concile d'.\rles, tenu le 6 juin 524, est daté régulièrement 
par le consulat de l'année, Opilione v. c, marqué aussi sur trois épitaphes 
de Vienne (C. I. L., 2069-71; Leblant, 435, 694; N. R., 106). Je crois donc 
devoir lire aussi ind.i{clione) X et non ind. XVII ni ind. VII. Quant au 
groupe VII, ce doit être le résidu de feria VII; en 487, le 25 juillet était 
précisément un samedi. De cette façon, l'inscription d'Arles sera de la 
même année que celle de Saint-Thomé. 

(1) Auquel cas l'hypothèse de 524 s'évanouit d'elle-même, car cette année 
tombe au milieu de l'épiscopat de saint Venant. 

(2) Rouchier, Hisl. du Vivarais, t. I, p. 556. Cet auteur, suivi par le G. C, 
insère après Arcontius un Eribaldus qui n'est pas daté non plus. 



MAURIENNE. 239 

d'époque. Le fait est peut-être postérieur au IX" siècle. 

20. — Thomas. — Diplôme de Louis le Pieux, du 
15 juin 815 (1). 

21. — Teugrinus. — Signe, en 833, le privilège d'Aldric 
de Sens pour Saint-Remi (2). 

22. — CeLsus. — Diplôme de Lothaire, du 18 octo- 
bre 849 (3). 

23. — Bernoinus. — Diplôme de Charles, roi de Pro- 
vence, délivré le 22 décembre 862 (4). Son épitaphe, pu- 
bliée par M. l'abbé Paradis (5), permet de déterminer ap- 
proximativement les limites de son épiscopat : La voici : 
7 le invenitur tumulos B[er)nuini epi qui invenit corpus beati 
Andeoli martiris et anc dom et fundamtu erexit. Reœit ecle- 
sia Viva[rien)sem annos XXIH et ohiit pacifice id. decimbris V. 
En 875, Bernoin avait déjà un successeur. Son prédé- 
cesseur était encore en fonctions en 849. Il a donc dû 
commencer son épiscopat entre 850 et 852 et il est mort en 
873 ou 874. 

24. — Aetherius. — Privilège de Tournus (875); concile 
de Ponthion (876); diplôme de Charles le Chauve, du 
11 août 877 (6). En 878, il siégea comme juge dans le 
procès entre Nimes et Sainl-Gilles (7). Présent à l'assem- 
blée de Manlaille, en 879. 

25. — Rostagnus. — Charte du roi Eudes, datée de 
892 (8). 

MAURIENNE. 

Grégoire de Tours (9) raconte comment fut fondé le 



(1) Bôhmer-M., n° 565. 

t1) Hardouin, t. IV, p 1373. 

(3) Bôhmer-M., n° 1105. 

(4) Ihid., n» 1297. 

(5) Bihliolh. de l'Ecole des chartes, .3^ série, t. IV, p. 595; cf. Roucliier, 
Histoire du Vivarais, t. I, p. 3G7. 

(6) G. C, t. XVI, instr., p. 221. 

(7) Jafifé, 3177. 

(8) Bouquet, t. IX, p. 339. 

(9) Gl. mart., 13. 



240 FASTES ÉPISCOPAUX DE l' ANCIENNE GAULE. 

sanctuaire de Sainl-Jean de Maurieime. Une femme de 
cette localité se rendit au lieu (1) où l'on conservait les re- 
liques du Précurseur, et, à force de patience et de persé- 
vérance, elle obtint un doigt qu'elle rapporta dans son 
pays. L'église où fut déposé le doigt de saint Jean devint 
aussitôt un lieu de pèlerinage. Elle appartenait au diocèse 
de Turin, comme tous les cantons jadis compris dans la 
province des Alpes Cottiennes. Ces pays étaient encore, en 
574, au pouvoir de l'empire (2). Ils ne tardèrent pas à tom- 
ber aux mains des Francs, soit que ceux-ci les eussent ob- 
tenus directement de l'empereur, soit que, les Lombards 
s'en étant emparés, il les leur eussent enlevés (3). Le roi 
Gontran s'empressa d'y fonder un évêché, dont le siège 
fut établi en Maurienne, dans l'église miraculeuse. La tra- 
dition locale, représentée tant par les institutions de culte 
que par un document écrit (4) d'une antiquité assez res- 
pectable, a conservé le nom de la pieuse fondatrice, Ty- 
gris, et aussi celui du premier évêque, saint 

1. — Felmasius. 

2. — Hiconius. — Assista aux deux conciles de Mâcon, 
en 581 et 585. C'est sous son épiscopat, en 599, que 
saint Grégoire le Grand fit valoir, auprès de Brunehaut, 



(1) En Orient, évidemment. 

('2) Greg. Tur. Hisl. Fr,, IV, 44. La place de Suse avait une garnison by- 
zantine, commandée par un magisler milititm. 

(3) C'est le système de Frédégaire, en ce qui concerne .\oste et Susc 
(IV, 45), cum integro illorum lerrilorio; et la Maurienne parait bien avoir 
fait partie alors du territoire de Suse. En tout cas, d'après Frédégaire lui- 
même, cette cession eut lieu en réparation {in compositione) des dégâts 
causés par l'invasion lombarde de 574 ; il ne la rapporte nullement au temps 
de l'empereur Maurice, comme on le lui fait souvent dire en confondant 
deux traités entre Francs et Lombards. 

(4) Parisinus 1452, saec. X, f. 202 ; plusieurs fois édité, en particulier 
dans le G. C, t. XVI, p. 613, et dans les M. G. Scr. merov., t. III, p. 533. 
Cette pièce a été sûrement composée en vue de soutenir les prétentions de 
l'archevêché de Vienne sur l'évéclié de Maurienne ; elle contient de fortes 
erreurs. Mais je ne vois pas pourquoi les noms de Tigris et de Felmasius 
auraient été inventés. Il est assez naturel que la tradition ait conservé ces 
noms de fondateurs qui, du reste, n'ont absolument rien à voir avec les 
querelles viennoises du X' siècle. 



MAUniENNE. 24Î 

les réclamations de l'évêque de Turin contre le nouvel 
évêclié (1). En 601 ou 602, il présida à la translation des 
saints Ours et Victor (2). 

3. — Leporius. — Présent au concile de Chalon-sur- 
Saône, en 650. 

4. — Walchunus. — Mentionné en 726 et en 739 dans 
deux chartes du patrice Abbon, relatives à l'abbaye de la 
Novalaise (3). 

5. — Mainardus. — Le chroniqueur de la Novalaise (4) 
(v. 1060) cite, à propos d'un usage observé dans son mo- 
nastère, les noms de quatre anciens èvêques de Maurienne, 
dont il dit avoir vu souvent les épitaphes, leurs tombeaux 
se trouvant à l'abbaye. Ces noms sont : Mainardus, loseph, 
WiUelmus et Benediclus. Joseph et Guillaume sont connus 
d'ailleurs, et il est sûr que le chroniqueur ne les a pas 
intervertis. Il y a donc lieu de croire que Mainard doit se 
placer avant Joseph et Benoît après Guillaume. 

6. — loseph. — Jugea, vers 853, avec d'autres digni- 
taires, un litige entre l'archevêque Agilmar et le comte 
Wigeric (5). 

7. — Abbo. — Signa, en 858' et 859, divers privilèges 
concédés par Jonas, évêque d'Autun (6). Assista, en 859 
et 860, aux conciles de Savonnières et de Thusey. 

8. — Adalbertus. — Prit part, en 876, au concile de 
Ponthion; en 879, à l'assemblée de Mantaille. Se rendit 
coupable, en 882, d'une injuste agression contre l'évêque 
de Grenoble, ce pourquoi il fut mandé à Rome par le pape 
Jean VIII (7). 



(1) Jaffé, 1754, 1755. 
(1) Frédégaire, IV, 22, 

(3) G. C, t. XVI, p. 289; Marion, Cavtulaire de saint Hugues, p. 34. — 
Après Walchunus, le G. C. insère un Wilgarius, qui paraît être plutôt un 
abbé de la Novalaise. 

(4) M. G. Scr., t. VII, p. 85. 

(5) D'Achery, SpiciL, t. III, p. 343. 
(0) G. C, t. IV, p. 51, .54, 55 {inslr.). 
(7) Jaffé, 3375, 337G 

IG 



242 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

9. — Asmundus. — Mentionné en 887, comme Secusinae 
civilatis vel Maurianorum episcopus, dans un diplôme du 
roi Boson (1). 

10. — Guillelmus. — Assista, en 899, à l'élection de 
l'archevêque de Vienne Ragenfridus (2). 



(1) G. C, t. IV, p. 292 iinslr.). 

(2) Marion, Cart. de Grenoble, p. 262. 



CHAPITRE V 



LA PROVINCE DE TARANTAISE. 



Dans le chapitre précédent, l'origine de la province de 
Tarantaise a été assez expliquée pour qu'il soit inutile d'y 
revenir. Cette province fut constituée sous Charlemagne, 
à la fin du VIII= siècle. Elle comprit, dés lors, les évêchés 
de Tarantaise et de Sion, c'est-à-dire les anciennes cités 
des Alpes Graiae et Penninae, la civitas Ceutronum et la civi- 
tas Vallensium. On y adjoignit le diocèse de Maurienne, 
qui correspondait à l'ancienne province des Alpes Cottien- 
nes, et celui d'Aoste, annexé à l'empire franc depuis le 
déclin du VP siècle. Maurienne fut bientôt réclamée par 
la métropole de Vienne, qui finit par obtenir gain de 
cause; Aoste demeura dans l'obédience de Tarantaise, 
jusqu'au concordat de 1802. 

TARANTAISE. 

La plus ancienne mention de l'évéché de Tarantaise se 
trouve dans la lettre du pape saint Léon, datée de 450; 
le siège de Tarantaise est rattaché par le pape à la métro- 
pole de Vienne (1). D'après la tradition du pays il ne 
remonterait pas beaucoup plus haut que cette date. La vie 
de saint Jacques, premier évêque de Tarantaise, dit qu'il 
avait été, à Lérins, disciple de saint Honorât; puis que ce 

(1) Jaffé, 450. Cf. ci-dessus, p. 124. 



244 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

saint, devenu évêque d'Arles, l'avait ordonné pour élre le 
premier missionnaire du pays des Ceutrons, Il y serait 
donc venu en 427 ou 428. Mais cette biographie n'est pas 
un document bien sûr (1). Elle ne saurait empêcher de 
croire que le siège de Tarantaise est notablement plus 
ancien. Après saint Jacques, dont le souvenir est bien mal 
documenté (2), se présentent les évéques suivants (3) : 

1. — Sanctus. — Assista, en 517, au concile d'Epaone. 
Mentionné dans le titre de l'homélie 2^ de saint Avit 
(éd. Peiper), comme ayant fondé à Tarantaise une basili- 
que sous le vocable de saint Pierre (4). 

2. — Marcianus. — Assista aux conciles de Màcon, 
en 581, et de Valence, en 583; se fit représenter, en 585, 
au deuxième concile de Mâcon (5). 

3. — Baudomeris. — Assista, en 650, au concile de 
Chalon-sur-Saône (6). 

4. — Andréas. — Convoqué, en 828, au concile de Lyon (7). 



(1) Les Bollaadistes, qui l'ont publiée au IG janvier, l'attribuent à Guy de 
Bourgogne; mais cela est peu probable. Ce n'est pas Guy qui aurait fait 
envoyer d'Arles le premier évéque d'une église qu'il considérait comme 
relevant de son siège de Vienne. 

(-) Le jour de sa fête, 16 janvier, est précisément le même que celui de 
saint Honorât. 

(3) Le G. C. donne ici, d'après Besson [Méinoires pour l'histoire ecclé- 
siastique des diocèses de Genève, Tarantaise, etc., Nancy, 1759), un saint 
Marcellinus ou Marcellus, inconnu aux BoUandistes. et un Paschasius ; ni 
pour l'un ni pour l'autre, on n'allègue des références. 

(4) Ici, le G. C. insère un Magnus et un Migetius ou Nicelius, sans do- 
cument. 

(5) Ici, le G. C. met un s. Heruclius, puis Firminus et Probinus. La pas- 
sion des ss. Victor et Ours attribue au siège de Tarantaise l'évéque Patri- 
cius, mentionné par Frédégaire (IV, 2*2 ; v. la note de Krusch, ad h. l.). 
Mais ce n'est pas une pièce sur laquelle on puisse faire fond pour ces 
choses-là. Le Pappolus qu'elle dit avoir été évéque de Genève au temps où 
parait Pa/ricius, était mort depuis près d'un demi-siècle. 

(6) C'est à tort qu'on le compte au nombre des signataires du privilège 
de Clovis II pour Saint-Donis G54); le nom qu'on a lu Baudomerus est en 
réalité celui de saint Omer, Audomarus. Quant au privilège de l'évéque de 
Paris, Landry, le texte que nous en avons est apocryphe. 

(7) Après Baudomeris, le G. C. donne une série mal attestée. D'Emeteritts, 
Widenardus, lohannes, il n'a rien à dire. Leodratidus est identifié avec un 
évéque mentionné dans la vie de sainte Bathilde (Krusch, M. G. Script. 
nie)ov., t. II, p. 504) pour un fait peu postérieur à l'année fi80 : « Venions 



siON. 245 

5. — Audace. — Signa, en 840, à Ingelheim, le décret de 
restitution d'Ebbon (1). 

6. — Teutramnus . — Signature apposée à une charte de 
Jonas, évêque d'Autun, en 858 (2) ; présent, en 860, au 
concile de Thuzey; lettre de Jean VIII, en 878 (3). Assiste 
en 879, à l'assemblée de Mantaille. Mort le 7 mars 885 
(ind. III) (4). 

SION. 

1. — Theodorus. — Assista aux conciles d'Aquilée (381) 
et de Milan (390) ; dans la passion des saints d'Agaune, 
saint Eucher lui rapporte la découverte des corps de ces 
martyrs. Anniversaire, 26 août (5). 

2. — Salvius. — C'est à lui que saint Eucher dédie la 
passion des martyrs d'Agaune ; le texte de cette dédicace 
semble bien (6) le désigner comme l'évêque du lieu (7). 

3. — Protasius. — Assista, avec Gratus d'Aoste et Do- 
mitien de Genève, à la translation de saint Innocent 
d'Agaune (8). 

autem ex partibus Provinciae quidam venerabilis vir Leudegandus episco- 
pus... » ; mais ce texte ne dit pas qu'il fût de Tarantaise. Viennent ensuite 
Humberlus, Denimundus, Emmo, sans références; puis Possessor; ce nom 
est celui d'un évéque souvent mentionné dans le Codex Carolinus comme 
envoyé de Charlemagne à la cour de Rome; mais son siège n'est jamais in- 
diqué. Après lui, on place un Dagobevtus ou Radaberlus. 

(1) Bôhmer-M., n° 827. — Je ne vois pas pourquoi le G. C. identifie Audax 
et André, G. C, t. IV, p. 52 instr. 

(2) Ibid., n" 103S. 
t3) Jaffé, 3150. 

(4) Le G. C. ne dit pas où il a pris cet obit. Il marque ensuite Alucco, ou 
Luso, Daniel et Annuzo; celui-ci aurait fondé, en 900, l'église de Saint- 
Martin, près Mouticr?. 

(5) On trouvera ici, dans le G. C, deux saints, Elias et Florentius, qui 
sont sûrement à éliminer: v. Acta SS-, martii, t. III, p. 360; septembris, 
t. VII, p. 405. — Suit un s. Mauritius; un évéque Mauricius figure au 
nombre des destinataires d'une lettre du pape Roniface I, de 419 (Jaffé, 349) ; 
rien ne prouve qu'il fût évéque d'Octodure. 

(6) « Scripta haec nostra vobis suffraganlibus dignanter (sanctis) offerimus. 

(7) Ici, le G. C. place Dominicus, qui manque de références, et un 
deuxième Theodorus qui provient du faux concile d'.\gaune, censé tenu 
en 516. 

(8) V. ci-dessus, p. 228, note 2. 



246 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

4. — Constantius. — Concile d'Epaone, 517. 

5. — Rufus. — Assista aux conciles d'Orléans, en 541 et 
549 (1). 

6. — Agricola. — Attaqué, en 565, dans sa demeure 
épiscopaie, par les moines d'Agaune (2). 

7. — Heliodorus. — Se fît représenter, en 585, au con- 
cile de Mâcon. Son légat le qualifiait d'évêque a Sedunis. 
Ainsi, entre 565 et 585, le siège avait été transféré de 
Marti gny {Octodurus) à Sion. La cause de ce transfert est 
probablement à chercher dans le lamentable événement 
de 565. 

8. — Leudemundus . — Se distingua en 613-614, par son 
opposition au roi Clotaire II (3). Assista, en 614, au concile 
de Paris. 

9. — Protasius. — Assista, en 650, au concile de 
Chalon-sur-Saône. 

10. — Amatus. — Cet évêque, dont le nom a été inter- 
polé dans le catalogue de Sens (confusion de Sedunensis 
avec Senonensis), est mentionné dans la vie de sainte Ric- 
trude, fondatrice du monastère de Marchiennes (4 . Il fut 
exilé par le roi Thierry 111 (675-691). Fête, le 13 septem- 
bre (5). 

11. — Wilcharius. — Ancien métropolitain de Vienne, 
quitta son siège au temps de Charles-Martel et se retira au 
monastère d'Agaune, dont il prit la direction. C'est en 
cette qualité qu'il signa, en 762, la convention d'Attigny. 
Alors l'évêché était uni à l'abbaye : Wilchar fut évêque 



(1) Ne pas le confondre avec Rufus, évêque de Turin, auteur d'une lettre 
à saint Mzier de Trêves [M. G. Ep., t. III, p. 133). 

(2) Marius d'Avenches, Chron. p. c. Basilii a XXIIII, ind. XIII : « Hoc 
anno monachi Agaunenses iracundiae spiritu incitati, noctis tcmpore epis- 
copum suum Agricolam cum clero et cives qui cum ipso erant occiderc ni- 
tentes, domum ecclesiae effregerunt. Et dum episcopum suum clerici vcl 
cives defensare conati sunt, graviter ab ipsis monachis vulnerati sunt. » 

(3) Frédégairc, IV, 43, 44, 

(4) Acla SS. ynni, t. III, p. 79; cf. Mabillon, Acia SS. u. s D., t. II, p. 947. 
L'auteur de cette vie, Hucbald, est du commencement du X' siècle. 

(5) Ici, le G. C. insère un Aluborgus, sans références. 



AOSTE. 247 

de Sioii eu même temps qu'abbé de Saiul-Mciurice. Il vivait 
eucore à la fiu de l'auuée 771 ; il vint alors, à la tête des 
proceres du royaume de Carlomaii, faire hommage à Char- 
lemagne. Les Annales de Lorsch le qualifient à ce propos 
(ïarchiepiscopus^ titre qui s'explique moins par son ancienne 
situation de métropolitain que par le pallium romain qu'il 
avait reçu de Grégoire III (1) ; dans le texte annalistique 
qui porte le nom d'Eginhard, ce titre est remplacé par 
celui d'episcopus Sedunensis. 

12. — Altheus. 

13. — Adalongus. 

14. — Heyminius. — Ces deux évêques et les deux pré- 
cédents sont mentionnés avec la qualité d'episcopus et 
abbas (2) dans un catalogue des abbés d'Agaune, qui se 
termine précisément à Heyminius. 

AOSTE. 

D'après ce qu'on sait sur l'histoire de l'organisation 
ecclésiastique dans la Haute Italie, il est peu probable que 
l'évêché d'Aoste remonte plus haut que le V* siècle. 
Comme pour Ivrée et Turin, le plus ancien évêque dont 
on ait connaissance est celui qui siégeait en 451 (3). 

1. — Eustasius. — Se fit représenter au concile de 
Milan, en 451, par un prêtre appelé Gratus. 

2. — Gratus. — Très probablement identique au légat 
de 451. Il prit part à la translation de saint Innocent 
d'Agaune (4). C'est le patron d'Aoste ; sa légende (7 sep- 



(1) L. P., t. I, p. 421. Ne pas confondre ce Wilchar avec son homonyme 
deNomentum, qui, lui aussi, changea de siège, devint métropolitain de 
Sens, et archiepiscopus Galliarum. 

(2) Cf. Jaffé, 2489. 

(3) Besson (Mémoires, etc.) attribue la fondation de l'évêché à saint Eusèbe 
de Verceil, qui aurait ordonné un Pvotasius comme premier titulaire. 

(4) Ci-dessus, p. 228, note 2. 



248 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

tembre) le fait vivre en plusieurs siècles; mais le style de 
son épitaphe (1) indique plutôt le V^ siècle : 

HIC REQVIESCIT I N PA GE SC M 

GRATVS • EPS • DP • SVD • VII • ID 

SEPTEMB 

3- — locundus. — Assista aux conciles de Rome, en 501 
et 502 (2). 

4. — Gallus. — Connu par son épitaphe (3), d'oa il 
résulte qu'il siégea du 15 juillet 529 au 5 octobre 546. 

HIC REQVIESCIT IN PACE • 

SCË MEMORI • GALLVS EPS \ 

QVI VIXIT IN EPISCOPATV 

ANNOS XVII MENSES • II • DIES XX 

DP SVB D • III NONAS OCTOBR • 

DVODECIES P • C • PAVLINI IVNIOR • V • C 

INDICTIONE DECIMA • 

Bien qu'il appartint au corps épiscopal franc, l'évéque 
d'Aoste ne paraît pas avoir été assidu aux conciles méro- 
vingiens ; on ne le rencontre à aucun de ceux que l'on 
connaît. Il ne figure pas non plus parmi les évêques de la 
province de Milan qui signèrent collectivement la lettre 
envoyée, en 681, à Constantinople, par le pape Agathon. 
Il faut, du reste, descendre jusqu'à la fin du règne de 
Charles le Chauve pour trouver un évêque certain. 

5. — Ratbornus. — Assista, en 876, avec les évêques de 
la province de Milan et les autres seigneurs du royaume 
italien, à l'assemblée de Pavie, où Charles le Chauve 
fut reconnu comme roi d'Italie. 



(1) c. /. L., t. V, n" 6859. — Après Gratus, Besson insère un Pelrus et un 
M aximiliBnus , tous deux évêques de Subaugusta, près de Rome. 

(2) C'est peut-être lui qui fut accusé do haute trahison par ses clercs, et 
renvoyé absous par le roi Théodoric (Gassiodore, Yar., I, 9). 

(3) C. I. L , t. V, n» 6858. 



CHAPITRE VI. 

LA PROVINCE d'aRLES (rÉDUITE). 

Les vicissitudes de la province d'Arles ont été étudiées 
dans le chapitre II. Les évêchés dont il va être question 
dans celui-ci et dans les deux suivants sont ceux qui 
restèrent, à partir de 523, en fait comme en droit, dans 
l'obédience métropolitaine d'Arles. Depuis la fin du VHP 
siècle, cette obédience fut subdivisée en trois ressorts, 
ceux d'Arles, d'Aix et d'Embrun. C'est du premier seule- 
ment que traite le présent chapitre. Les changements qui 
s'y produisirent depuis le milieu du VI* siècle se rédui- 
sent à un seul : Orange et Trois-Châteaux furent réunis 
quelque temps on un même diocèse épiscopal (1). 

ARLES. 

Un ancien sacramentaire (2) de l'église d'Arles, actuelle- 
ment conservé à la Bibliothèque nationale (n° 2812), con- 
tient, au f° 2 v°, une liste de noms d'évêques dont le der- 
nier est Rotlandus, mort en 869. Cette liste a donc été 
transcrite sous le successeur de Rotlandus, c'est-à-dire 
sous Roslagnus, qui siégea depuis 869 jusque vers l'an- 



(1) Voir cependant, pour ce qui regarde Die et Viviers, p. 172, 215; 
cf. p. 138. n. 3. 

(2) Sur ce manuscrit, v. Delisle, Mémoire sitr d'anciens sacramenlaire!>, 
p. 151 (Extrait des Mémoires de l'Académie des inscriptions el belles-let- 
tres, t. XXXII, 1" partie). 



250 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

née 913. D'autre part le sacramentaire contient des orai- 
sons qui mentionnent le régne de Louis l'Aveugle (890-928). 
Le manuscrit est donc des environs de l'an 900 (1). 



Illllllllllll 


e£i 




Cesari 


epi 


45 Kautsari 


epi 


Mari ni 


epi 




Presai 


epi 


Uuilimaris 


epi 


Martini 


epi 


25 Osani 


epi 


Uuiliaris 


epi 


Nicasi 


epi 




Aureliani 


epi 


Arladis 


epi 


5 Crescenti 


epi 




Sapaudi 


epi 


Alaefanti 


epi 


Concordi 


epi 




Liceri 


epi 


50 Luponi 


epi 


Grati 


epi 




Paschasii 


epi 


lohannis 


epi 


A mbrosi 


epi 


30 


Virgilii 


epi 


Notoni 


epi 


Martini 


epi 




Floriani 


epi 


Rotlandi 


epi 


10 Ingénu i 


e£i 




Teudosi 


epi 






Agustini 


epi 




lohannis 


epi 






IHIIHHIIIII 


epi 




Item lohannis epi 






Savini 


epi 


35 


Anastasi 


epi 






E rôtis 


epi 




Austroberti 


epi 






15 Patruli 


epi 




Uulberti 


epi 






Euladi 


epi 




Aureli 


epi 






Honorati 


epi 




Policarpi 


epi 






Helarii 


epi 


40 


Martini 


epi 






Ravenni 


epi 




Protasi 


epi 






'20 Leonti 


epi 




Imnodi 


epi 






Eonii 


epi 




Georgi 


epi 






lohannis 


epi 




Ralberti 


epi 







Jusqu'ici et sauf les retouches signalées en note, tout 
est de première main. Viennent ensuite, en écritures 
diverses : 

Rostagni epi 
55 Manassei epi 
Hytherii epi 
Annoni epi 



(1) Notes. — L. 1 : la première ligne a été grattée; sur le grattage, on 
lit, en écriture du XI« siècle: f Trofimi: entre les lignes 1 et 1, même 
main : t Reguli epi. — Au-dessus des deux premières colonnes, écriture 
bien postérieure à celle que je viens d'indiquer : t Dyonisii ; un peu au- 
dessous, entre les deux colonnes : t Felicianus. — 12. Sur le grattage, de 
la main du XI^ siècle : Geronimi. — 18. L'e a été changé en i, correction 
de seconde main. — 23. Entre les lignes 23 et 24, main du XI' siècle : Sa- 
turniniepi. — Des crois marginales ont été ajoutées à gauche des noms 
n»' 2, 5, (i, 15, 17, 18, 19, 10, 21, 23, 20, 27, 30, .^8, 39, 53. 



ARLES. 251 

Poncii e|)i 

Raimbaldi epi 
60 Aicardi archiepi 

Gibilini archiepi 

Attoni archiepi 

Bernardi archiepi 

Villeimi arciiie|)i 
65 R. bone memorie archiepi 

Les numéros 56 et 57, 58 et 59, 60-64 ont été ajoutés 
par groupes. Après R. [Baimundi], on trouve encore une 
autre série très négligemment écrite en cursive du XIV^ siè- 
cle, et en partie effacée : itein R., Hugo, Hugo, lohannes, 
Bertrandus, Florencius^ Berlrandus, Bernardus, Bertrandus, 

Bostagnus. Petrus, Arnaldus, Galhardus, Galhardus, tus, 

lohannes. Il manque quelques noms au début de ce supplé- 
ment. Le lohannes final est Jean des Baux, qui siégea de 
1341 à 1347. 

Le manuscrit 5295 de la Bibliothèque nationale est un 
beau lectionnaire du XI^ siècle, exécuté pour l'église 
d'Arles. Il est entièrement consacré aux saints évéques du 
lieu. On y trouve, de première main, les vies des saints 
Trophime, Rieul, Honorât, Hilaire et Césaire (1); celle de 
saint Virgile a été ajoutée au XII® siècle. Sur un feuillet 
de garde, à la fin (f° 101 v"), se lit le catalogue suivant : 

Ista sunt nomina Arelatensium archiepiscoporum. Trophimus (2), 
Régulas, Marinus, Martinus, Nicasius, Ci-escentius, Concordius, Gra- 
tius, Ambrosiiis, Martinus, Ingernuis, Augustinus, llieroniinus, Savi- 
nus, Erotius, Patrulus, Euladius, Honoratus, Hylarius, Ravennus, 
Leontius, lohannes, Eonius, Cesarius (31, Presaius, Osanius, Aurelia- 
nus, Sapaudus, Liceriiis, Paschasius, Virgilius, Florianus, Tiieudosius, 
lohannes, item lohannes, Anastasius, Austrobertus, Vulbcrlus, Aure- 
lius, Policarpus, Martinus, Prothasius, Imnodius, Georgius, Ratbertus, 
Kauisariiis, Wiliniaris, Wiliaris, Ailadis, Alofantus. Lupo, lohannes, 

(1) Les dernières lignes de celle-ci manquent dans le manuscrit primitif, 
qui avait sans doute perdu son dernier feuillet avant l'adjonction du cahier 
contenant la vie de saint Virgile. 

(2) Main postérieure, au-dessus de Trophimus, Dyonisius ; au-dessus de 
Marinus, Felicicius (sir). 

(3) Ausayius, ajouté ici de deuxième main dans l'entreligne. 



252 FASTES ÉPISCOPAUX DE l"aNCIENNE GAULE. 

Noto, Rotlandus, Rostagnns, Manasses, Iterius, Annonus, Pontius, 
Raimbaldus, Aicardus, Gibilinus, Atto, Bernardus, W., Raimundus, 
item Raimundus. Petrus (1), Ymberlus, Michael, Hugo, item Hugo, lohan- 
nes, Berirandus , Florentins, Bertrandus qui postea fuit episcopus Sabinen- 
sis cardinalis , Bernardus qui postea fuit episcopus Portuensis cardinalis , 
Bertraiidus , Bostangnus , Petrus, Arnoldus qui postea fuit episcopus Savi- 
nensis, Gualhardus frater eius, Gualliardus Saumate, Gasbertus post Nar- 
bonensis, lohannes, Stephanus , GuiUermus , Petrus, Francisons, lohannes , 
Artaudus, lohannes, Ludovicus , lohannes, Petrus, Philippus , Euslachius , 
Nicolaus, lohannes, lohannes alter, Jacobus de Bruilat, Bobertus de Lenon- 
court , Prosperus de 5'« Croix, Sylvius de 5'« Croix, Horatius Montaneo , 
Gaspar Laurentius . 

Ce dernier, Gaspar du Laurent, siégea de 1603 à 1630. 
Raymond de Bollène, le dernier qui ait été marqué de pre- 
mière main, siégea entre 1163 et 1182. 

Le catalogue du manuscrit 5295. exécuté sous Ray- 
mond II de Bollène, a été évidemment copié sur celui du 
sacramentaire. Les croix ajoutées dans celui-ci y sont re- 
produites, de seconde main, il est vrai, dans les entre- 
lignes. 

Une liste d'évêques insérée dans un sacramentaire doit 
être présumée avoir été constituée en vue de la récitation 
liturgique. C'est une simple reproduction des diptyques. 
Ici, les noms sont tous au génitif, au cas voulu pour entrer 
dans la formule de prière : Mémento, Domine^ famulorum 
tiiorum... 

Nous ne pouvons savoir par qui et d'après quels docu- 
ments cette liste arlésienne a été constituée. Il est sûr 
qu'on ne saurait la considérer comme exacte et complète. 
Avant Marinus (n° 2), le texte primitif ne contenait qu'un 
seul nom, tandis que nous connaissons pour ce temps-là 
deux évéques d'Arles, Trophimus et Marcianus. Celui-ci 
siégeait en 254 ; il est peu probable qu'il ait occupé son 
siège jusqu'à l'avènement de Marinus. La liste est donc 
fort incomplète au commencement. Le nom eSacé (2) était 

(1) A partir d'ici, le catalogue a été continué par diverses mains; l'écri- 
ture est effacée et très difficile à lire. 

(2) Le grattage a été exécuté pour faire de la place à saint Rieul. 



ARLES. 253 

sans doute celui de saint Tro[)liime, dont l'absence serait 
incompréhensible. Dans ces conditions, on conçoit l'éli- 
mination de Marcianus, mal noté dans la correspondance 
de saint Cyprien. L'élimination de Saturninus, un peu 
plus bas, s'explique de la même façon. Les diptyques ne 
pouvaient admettre les noms de ces deux prélats héréti- 
ques. 

Plus loin, les noms Ambrosi^ Martini, A[u\gustini^ Gero- 
nimi (celui-ci, il est vrai, de seconde main), se présentent 
dans la série à une hauteur qui correspond sensiblement 
à la date où moururent les célèbres évêques saint Ambroise, 
saint Martin, saint Augustin. On est |)orté à soupçonner 
que c'est d'eux qu'il s'agit et non point d'évêques d'Arles 
homonymes (1). 

Après Patrocle {Patruli, n° 15), on trouve un Euladius, 
qui n'a nul droit de figurer ici, car Patrocle eut sûrement 
saint Honorât pour successeur immédiat. Plus loin, un 
lohannes (n" 22) figure entre Eonius et Caesarius, qui se 
succédèrent sans intermédiaire; plus loin encore, un Pas- 
chasius (n" 29) est intercalé à tort entre Licerius et Virgilius. 
L'évêque Félix, qui assista au concile romain de 679, n'est 
pas marqué. 

Ces fautes sont assez nombreuses pour nous permettre 
de conclure que notre liste présente des omissions et des 
interpolations, et que, par suite, il n'y a aucun fond à 
faire sur son témoignage quand il n'est pas confirmé par 
quelque document. Tout ce qu'on peut dire, c'est que l'on 
n'y constate pas d'inversions; les noms connus s'y retrou- 
vent dans l'ordre indiqué par leurs dates. 

Voici maintenant la série qui se déduit des documents 
autres que le sacramentaire. 

1. — Trophimus. — Saint Trophime est représenté dans 



(1) Un fait semblable fut constaté par enquête sous Justinien ; clans les 
diptyques de l'église de Mopsuesto, on effaça le nom de Théodore, suspect 
d'hérésie, et on le remplaça par celui île saint Cyrille d'Alexandrie, Conci- 
les, édit. Hardouin, t. III, p. 1*26 (5« session du V» concile œcuménique). 



254 FASTES ÉPISCOPAUX DE l"aNCIENNE GAULE. 

les lettres du pape Zosime, évidemment inspirées par 
l'évéque Patrocle, comme le premier évêque d'Arles et le 
premier apôtre des Gaules (1). Les évêques de la province 
d'Arles, dans une lettre adressée, en 450, au pape Léon, 
disent qu'il fut envoyé par saint Pierre en personne (2). 
Dans son martyrologe (29 décembre), Adon l'identifie avec 
le disciple de saint Paul (3). 

2. — Marcianus. — Evêque au moment où éclata le 
schisme entre Novatien et le pape Cornélius ; il suivit 
le parti schismalique et fut dénoncé pour ce fait au pape 
Etienne et à saint Cyprien (Lettre de saint Cyprien à 
Etienne, écrite vers 254) (4). 

3. — Marinus (5). — Choisi par Constantin pour être l'un 
des juges du débat entre l'évéque de Carthage, Cécilien, et 
les Donatistes. Assista, en cette qualité, au concile de 
Rome, le 2 octobre 313; prit part, l'année suivante, au 
grand concile d'Arles (6). 

4. — Valentinus. — Figure dans la liste d'Athanase qui 
correspond au protocole du 12 mai 346 (Conc. de Cologne). 

5. — Saturiiinus. (7) — Le chef du parti arien dans les 
Gaules sous l'empereur Constance. On ne sait s'il était 
déjà évêque lors du concile d'Arles de 353; mais il assista 
à ceux de Milan (355), de Béziers (356,, de Rimini (359) et 



(1) Jaffé 328, 331, 332, 334; cf. ci-dessus, p. 106. 

(2) Migne, P. L., t. LIV, p. 880, 881; cf. ci-dessus, p. 121. 

(3) Acl., XX, 4; XXI, 29; 2 Tim., IV, 20. Trophime était d'Ephèse; il ac- 
compagna saint Paul dans son dernier voyage à Jérusalem ; la 2^ lettre à 
Timothée nous le montre malade à Milet. Aucun de ces textes canoniques 
ne le rattache à Arles, à la Gaule, à l'Occident. — La deuxième main du 
sacramentaire indique ici saint Rieul, fourni par la légende de Senlis. Il 
est noté aussi dans le Gallia christiana. 

(4) Cypr., ep. LXVIII. 

(5) Le G. C. marque ici un saint Victor, de provenance polycarpique. 

(6) Eusébe, H. E., X, 5; Optât. Milev., Hisl. Donat., I, 23, 24. — Après 
Marinus, le G. C. marque Martinus d'après les diptyques, en proposant de 
ridentifier avec le précédent. 

(7) Saturninus, hérétique notoire, déposé régulièrement, n'est pas aux 
diptyques. Sur ce personnage, v. Sulpice Sévère, Chron., II, 40, 45; — 
saint Hilaire, De synodis, 2, 3; Frag. hist., II, 18; XI, 4; ad Conslantium, 
II, 2, 3; III, 2; ado. Auxenlium, 7. 



ARLES. 25.*) 

de ConsLantiiio{)le (360). Déposé de l'épiscopal lors de la 
réaction orthodoxe sous l'empereur Julien, sans doute en 
362 ou 363 (1). 

6. — Concordius. — Un évéque de ce nom signa en 
374 au concile de Valence ; l'indication de son siège ne 
s'est pas conservée. — L'épitaphe suivante se lit sur un 
sarcophage provenant de la crypte de Saint-Honorat, aux 
Aliscamps, et déposé maintenant au musée d'Arles; elle 
semble bien être la sienne : 

Integer adque plus, vita et corpore purus, 
aeterno hic positus vivit Concordius aevo. 
Qui tenei-is primum ministrum fulsit in annis, 
post etiam lectus caelesti lege sacenJos, 
triginta et geminos deciiu vix reddidit annos. 
Hune cite sideream raptum omnipotentis in aulam 
et mater bianda et frater sine funere quaerunt. 

Ainsi, Concordius serait mort à cinquante ans (2). 

7. — Ingenuus. — Un évoque de ce nom signa en 396 
au concile de Nimes. Un Ingenuus figure dans le sacra- 
mentaire, entre Concordius et Héros. Bien que cette partie 
de la liste soit particulièrement altérée, on peut admettre 
comme probable, non comme certain, que l'Ingenuus de 
396 était évêque d'Arles. 

8. — Héros. — Disciple de saint Martin ; évéque au 
temps de « l'usurpateur » Constantin (408-414); chassé 
d'Arles lors de la réaction qui suivit la chute de ce 
prince (3). 



(1) Après Saturninus, le G. C. marque Arlemius, d'après un manuscrit 
falsifié, de provenance polycarpique. 

(•2) Après Concordius, les diptyques donnent la série Grali, Ambrosi, 
Martini, Ingenui, Agustini, Geronimi (2* m.), Savini, Evolis. — Ambroise, 
Martin, Augustin, Jérôme sont vraisemblablement les quatre sainls de ce 
nom. Quant à Gratus, Ingenuus. Savinus, ils sont inconnus, sauf Ingenuus, 
que j'admets avec quelque doute. Les sept noms sont éliminés par le G. C. 

(3) Cf. ci-dessus, p. 96. On a publié en 1855 un fragment de l'épitaphe de 
cet évéque : SANCTvs HEROS SVMMvs ANTEstis Obiit [C. I. L., t. XII, 
n° 946; Leblant, Suppl., n« 205 B); mais cette inscription est des plus sus- 
pectes. 



256 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

9. — PaAroclus. — Substitué en 412 au précédent, assas- 
siné en 426 '1). 

10. — Honoratus. — Successeur de Patrocle; il siégea un 
peu plus de deux ans et mourut, en 429, huit ou neuf 
jours après l'Epiphanie. Son anniversaire est marqué au 
16 janvier dans le martyrologe hiéronymien (2). 

11. — Hilarius (3). — Succéda à saint Honorât après un 
très court intervalle. Il mourut en 449, le 5 mai, jour mar- 
qué dans le martyrologe hiéronymien. Le sarcophage de 
cet illustre évêque se conserve au musée d'Arles. On y lit 
sur le couvercle : 

Saci'osaiictac legis antestis Hilarius hic quiescit. 

Sur le devant du sarcophage : 

Antistes Doinini qui p[aupertatis] amorem 
pi'aepoiiens auro rapuit c[aelesti]a régna, 
Hilarius, cui palma o[b]itus e[t vivjere Cliristus, 
coiitemnens fragilem tcr[i'en]i corporis usum 
hic cai'nis spolium liquit a[d] astra volans. 
Sprevit opes duin querit opes mortalia mu[tlans 
perpetuis, caeluiu douis terrostribus émit. 
Gemma sacerdotum, plebisque orbisque magister, 
rustica quin etiam pro Christo [mu] nia sumens, 
servile obsequium [non] dedignatus adiré, 
officio vixit minimus et culmine summus. 
Nec mirum si post haec meruil tua hmina, Christe, 
angelicasque domos intravit et aurea l'egna, 
divitias, paradise, tuas, flagrantia semper 
gramina, et halantes divinis floribus hortos, 
subiectasque videt nubes et sidéra caeli. 

12. — Ravennius. — Le pape saint Léon répondit le 



(1) Chronique de Prosper, fi ces deux années; pour le détail de son his- 
toire, V. ci-dessus, p. 95 et suiv. 

(î) Saint Hilaire, successeur de saint Honorât, nous a laissé un panégy- 
rique de cet évéque (Migne, P. L., t. L, p. 1Î49). — Entre Patrocle et Ho- 
norât, les diptyques marquent un Euladius. 

(3) Nous avons sa vie, par un contemporain (Honorât de Marseille? Migne, 
P. L., t. L, p. 1219). Cf. ce qui est dit de lui ci-dessus, p. 112 et suiv. 



ARLES. 257 

22 août 449 (1) h la notification de son ordination ; il avait 
donc été installé peu a[)rès la mort de saint Hilaire. Il a 
été question de lui ci -dessus à propos d'affaires relatives 
aux années 449, 450, 451. Il est encore nommé dans des 
lettres pontificales de l'année 452 (2); puis on ne parle plus 
de lui, au moins dans les documents à date précise (3). 

13. — Leontiiis. — Il était déjà évéque en 461 : le pape 
Hilaire lui écrivit le 25 janvier 462 pour lui annoncer son 
ordination, célébrée le 19 novembre précédent (4), Sidoine 
Apollinaire, déjà évéque (depuis 470 environ), lui écri- 
vit (5). Il présida, vers 474 ou 475, le concile relatif à 
Lucidus. Il n'est pas possible d'indiquer l'année de sa 
mort, même à dix ans après. Tout ce qu'on sait, et cela 
par une lettre de Ruricius de Limoges (6), c'est qu'il eut 
pour successeur ^Eonius. 

14. — Aeonhis. — Connu comme successeur de Leon- 
tius par la lettre que je viens de citer, /Eonius l'est aussi 
par la vie de saint Césaire (7), comme prédécesseur de ce- 
lui-ci. Il reçut des lettres des deux papes Gélase et Sym- 
maque : la plus ancienne est du 23 août 494, la dernière 
du 29 septembre 500 (8). 

15. — Caesarius. — Le plus ancien document à date 
précise où saint Césaire apparaisse comme évéque d'Arles 



(1) Jaffé, 434. 

(2) Jaffé, 479, 480. 

(3) Le concile d'Arles où fut jugée la querelle entre Lérins et l'évéque de 
Fréjus est ordinairement rapporté à l'année 455; mais cette date n'est nul- 
lement sûre. Entre Ravennius et Léonce, le 6. C. introduit un Augustalis, 
inconnu aux diptyques, mais dont l'anniversaire est marqué dans le mar- 
tyrologe hiéronymien ; VII id. sept. Arelato civitate dep. s. Augustalis 
episcopi. Cet Augustalis semble être un évéque de Toulon. 

(4) J. 552. 

(5) Sidon., ép. VI, 3. 

(6) Ruricii, ép. I, 15 (Af. G. Auct. antiq., t. VIII, p. 308). 

(7) Migne, P. L.. t. LXVII, p. 1005, lOOG. 

(8) Jaffé, 6i0, 753, 754. — On sait maintenant que les lettres J. G24 et 
756, où il est question d'^^onius, sont des faux du XVI1° siècle et qu'il en 
est de même du colloque entre ariens et catholiques, censé tenu sous le roi 
Gondehaud, en 499. Les diptyques marquent un Jean entre .lEonius et Cé- 
saire; il est sûr que Césaire a succédé immédiatement à jEonius. 

17 



258 FASTES ÉPISCOPAUX DE l\'\xcien-ne gaulë. 

est le concile d'Agde, célébré en septembre 506. Sa cor- 
respondance avec les papes (1) ne parait pas avoir commencé 
avant 513; au moins n'en avons-nous aucune trace. Il 
siégea quarante ans et mourut le 27 août 542 (2), le lende- 
main du 30® anniversaire de la dédicace de son monastère, 
événement qui semble bien devoir être placé en 512. Ainsi 
son épiscopat se place entre 502 et 542. 

16. — Auoranius. — Il n'est connu que par les lettres 
du pape Vigile (3), du 18 octobre 543 et du 22 mai 545, 
celle-ci à propos du vicariat, qui lui fut conféré in 
extremis. 

17. — Aurelianus. — Le 23 août 546 il fut nommé vi- 
caire du pape, en remplacement d'Auxanius défunt (4). 
D'autres lettres pontificales le mentionnent (5) ; l'une d'elles 
est datée du 29 avril 550. Il assista, en 549, au concile 
d'Orléans. Il mourut à Lyon et y fut enterré dans la basi- 
lique des saints apôtres (S. Nizier), où son épitaphe fut 
retrouvée en 1308. Je la donne ici d'après le procès-verbal 
rédigé alors (6), niais en corrigeant conjecturalement les 
fautes les plus évidentes (7) : 

Orbis celsa gravi vexantur culmina lapsu 

urbis cura maeste flumina clara ruunt; 
atque ouiuiu daoïna pastorum morte patescunt, 

cum sibi sublata mystica dicta gemunt; 
5 ieiunae etiam plebis lamenta résultant 

consoliti pastus dogmata sancta docent. 



(1) Jaffé, 764, 765, 766, 769, 777, 864, 874,876, 881. 886. 887. 888, 890, 891, 906. 

(2) Vila Caesarii, II, 35, 46, 47. Sur Césairo, v. Arnold, Caesarius von 
Arelale (1894) et Malnory, S. Césaire, évéque d'Arles, même année. Bonne 
édition de sa vie, par Krusch, M. G. Scr. merov., t. III, p, 432. 

(3) Jafife, dVi, 913, 914, 915. 

(4) Jaffé, 918. 919. 

(5) Jaffé. 9'25, 928. 

(C>) Bulletin de la Sociélé des anfkyuai'res de France, année 1876, 
p. 145 et suiv. 

(7) Leçon du manuscrit : v. 1 cum maeste] cumina est — 3 omnium 
dampna positarum — 4 incstica. . teinunt — 5 ieuna — 6 vers inintelligible 
— 7 Que probat... planctum — 9 Pontifici... fulcisci — lU cumque... leta — 
11 anima sancta eroctum consorcia celi — 14 mor. — 15 mondus... iura. 



ARLES. 259 

^o»?}probat amissum populorum poctorc planctus 

heu, deciis, heu niiniuin, Aureliane, tuum. 
Pontiflcis claro fulsisti doginate, cul tu, 
10 Tuinque Arelas digno muiiere laela fuit. 
Sed animai sanctai rcpetunt consortia caeli 

quas bine corporibus laxat abire Deus. 
Ergo ouines lecte capiunt solamina dempti 

quem novunt meritis astra subisse poli. 
15 Non leîinet nnundus artantis iure sepulcri 

quem recipit summi dextera ampla Dei. 
Nec quoque venturis morietur nomine seclis 

vivere quem semper inclita dogma docent (1). 

Obiit XVIo kal. iuliar. undecies post c. lustini indic. XIIII (/6j»m 55/). 

18. — Sapaudus. — Il apparaît d'abord au concile de 
Paris, tenu en 552; en 554, il présida le concile provincial 
d'Arles; en 573, il prit part à un autre concile de Paris; 
en 584, il présida celui de Valence; en 585, il se fit repré- 
senter à celui de Mâcon. Le 4 juillet 556, le pape Pelage 
lui écrivit pour entrer en rapports avec lui; l'année sui- 
vante il reçut les pouvoirs de vicaire apostolique. Les do- 
cuments du temps font souvent mention de lui (2). Gré- 
goire de Tours marque sa mort à Tannée 586 (3). 

19. — Licerius. — Grégoire de Tours note son avène- 
ment (586) et sa mort (588) (4); avant son épiscopat il avait 
été référendaire du roi Gontran. 

20. — Virgilius. — C'est encore par Grégoire de Tours (5) 



(1) L'épitaphe d'Aurélien s'arrête ici ; dans le procès-verbal on lit encore 
sept hexamètres et un pentamètre, qui me semblent concerner un autre dé- 
funt, mort à vingt-huit ans, ce qui n'est pas un âge d'évéque; suivaient 
encore d'autres vers, déjà illisibles au X1V° siècle, à cause d'une fracture 
du marbre. Sur le bord du sarcophage [in margme lumuli) on lisait : 
Obiit etc.; et cette date est vraisemblablement celle de la mort d'Aurélien. 

(2) Lettres de Pelage I«' : Jaffé, 940-8, 978; Vie de sainte Rusticula (Acla 
SS. aug., t. IL p. 658; M. G. Scr. merov., t. IV, p. 342, c. 5j ; Fortunat, 
Carm., VI, 10 (primo... sede Sapaudo); Grégoire de Tours, H. Fr., IV, 30. 

(}) H. Fr., VIII. 39. 

(4) Hist. Fr., VIII, 39; IX, 23. Il ne paraît pas avoir reçu de lettres de vi- 
caire, ce qui s'explique par la brièveté de son épiscopat. 

(5) H. Fr., IX, 23. — Ce texte porte que Virgile succéda immédiatement 
à Lizicr; il exclut donc le Paschasius des diptyques. 



260 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULË. 

que nous connaissons la date initiale (588) de Virgile, qui 
fut abbé à Autun avant d'être promu au siège d'Arles. Il 
est mentionné de 591 à GOl dans la correspondance de 
saint Grégoire le Grand; ses lettres de vicaire sont du 
12 août 595 (1). 

21. — Florianus. — Il reçut le pallium par lettres (2) 
du 23 août 613, peu de mois, semble-t-il, après son in- 
stallation. Il assista en 614 au concile de Paris (3). 

22. — Theodosius. — Siégeait déjà en août 632, au mo- 
ment de la mort de sainte Rusticula (4), Fut suspendu de 
ses fonctions par le concile de Chalon-sur-Saône, en 650. 

23. — lohannes. — Signa aux deux privilèges d'Emmon, 
métropolitain de Sens, pour les monastères de Sainte-Co- 
lombe (660) et de Saint-Pierre-le-Vif. Accueillit à Arles, en 
668, rôvéque de Cantorbéry Théodore, envoyé par le pape 
Vitalien (5). On a de lui une lettre adressée aux religieuses 
de Sainte-Marie d'Arles (6). 

24. — Félix (7). — Assista en 679 au concile de Rome 
en qualité de legatus venerahilis synodi per Galliarum pro- 
vincias constitutae. 

25. — Wolherius. — Un personnage de ce nom, sans 
autre qualification que celle de peccator, figure en tête des 

(1) Jaffé, 1115, 1374-6, 1437. 1745, 1747. 1753, IS'ÎS, 1836. — Sa vie, écrite 
plusieurs siècles après lui, se trouve dans les Acla SS. marlii, t, I, p. 40U. 

(•2) Jaffé, 2001. 2002. 

(3) Un Cyprianiis, Arlalensis [sic) praesul, est mentionné dans la vie de 
saint Gall par Wettinus (M. G. Scr., t. II, p. 13). Le G. C. l'accepte, mais le 
témoignage est tardif et contredit, puisqu'il s'agit d'un événement de l'an- 
née 613, par la chronologie de Florian. 

{i)Acla SS. aug., t. II, p. 6G4; M. G. Scr. merov., t. IV, p. 350, c. 25. 

(5) Bédé, Hist. eccles., IV, 1. 

(G) P. L.,t. LXXII, p. 859. 

(7) Les diptyques omettent Félix. A la suite de Jean l«' on y trouve 
15 noms : /(. lohannis, Anaslasi, Auslroberli, Vulberti, Aureli, Policarpi, 
Martini, Prolasi; Imnodi, Georgi, Ralberli, Kaulsari, Wiliinaris, Wiliaris, 
Arlailis, parmi lesquels celui de Vulbert est le seul qui soit connu d'ail- 
leurs. — Le G. C. a retenu I^olycarpe, pour des raisons assez faibles. Il ad- 
met aussi Ratbert, d'après un ms. d'Avignon (de Poiycarpe de la Rivière) 
qui le fait assister au concile de Rome en 769. La liste des prélats qui sié- 
gèrent <à ce concile est maintenant connue (Liber ponlif., t. I, p. 473); elle 
ue mentionne aucun évéque de ce nom; l'évéque d'Arles n'y figure pas. 



ARLES. 261 

évêques qui sigiiérenl le privilège de Pelronius de Vaisoii 
pour le monastère de Groseau (1®"" février 683). Le même 
nom se rencontre dans les diptyques. 

26. — EUfantus. — Assista en 794 au concile de Franc- 
fort (c. 8). Son nom figure au bas du faux concile de Nar- 
bonne (v. 788). 

27. — lohannes (1). — Signa^en 811 le testament de Char- 
lemagne (2) ; mentionné encore en 812 (3), en 813 (concile 
d'Arles), en 816 (4), à propos de la venue en France du 
pape Etienne IV. 

28. — Notlio. — Etait déjà évêque en 824 (5). Le 3 jan- 
vier 825 il est mentionné dans une charte impériale 6). 
Convoqué en 828 au concile de Toulouse (7) ; figure en 835 
au concile de Thionville ; signe, en 843, au concile Ger- 
migny, le privilège pour Corbion. Mentionné encore, 
l'année suivante, dans un diplôme de Charles-le-Chauve (8). 

28. — liotlondus. — Mentionné dans une lettre de 
Léon IV (9), qui paraît être de 852, et dans un diplôme de 
Lothaire, du 6 septembre 854 (10). Concile de Valence 
(855), assemblée de Sermorens, vers la même date (11); 
lettre collective aux évêques du royaume de Louis le Ger- 
manique, écrite en 863 (12); lettre du pape Nicolas I", datée 
du 12 mai 864(13); concile de Pitres, 20 juin 864. Mentionné 



(1) Avant ce Jean, les diptyques marquent un Luponiis pour lequel il y a 
sûrement de la place; mais il n'a pas d'autre attestation que la liste 
liturgique. 

(2) Eginhard, Vila Caroli, c. 33. 

(3) Bohmer-M.. n° 456. 

(4) Vita Ludovici, c. 26. Il est mentionné aussi par Agnellus de Ravenne, 
Lib. pont. eccl. Rav., c. 109, pour un événement qui se place entre 814 
et 816. 

(5) Charte du 7 novembre 824, G. C. novissima, Arles, n" 195. 
(G) B6hmer-M., n» 769. 

(7) Ibid., n° 827. 

(8) Baluze, Capil., t. II, 1444. 

(9) Jaffé, 2621. 

(10) BGhmer-M., 1134. 

(11) D'Achery, Spicil., t. III. p. 343. 

(12) Hardouin. Conc, t. V, p. 558 
(13J Jaffé, 2757. 



262 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

dans les annales crHincmar^ en 865 et 869, cette dernière 
fois à propos de sa mort; il périt, en 869, dans une incur- 
sion des Sarrasins (1), et fut enterré le 22 septembre. 

30. — Rostagnus. — Mentionné dans les chartes et au- 
tres documents, depuis le mois de mars 871 jusqu'en 904, 

VAISON. 

i. — Daphnus (2). — Concile d'Arles de 314. 

2. — Auspicius. — Conciles de Riez (439), d'Orange (441), 
de Vaison (442); lettre arlésienne de 449. Il mourut peu 
après la rédaction de cette pièce. 

3. — Fonteius. — Successeur du précédent (3); signa la 
lettre arlésienne de 450; mentionné encore en 452 (4), en 
463 (5), en 475 (6). 

4. — Gemellus. — Concile d'Epaone, en 517. 

5. — Alelhius. — Conciles provinciaux de 527, 529, 533; 
concile national d'Orléans, en 541. 

6. — Thcodosius. — Représenté en 554 au concile pro- 
vincial; mentionné dans la vie du suivant. 

7. — Quinidius. — S. Quinin (15 février). Il assista au 
concile de Paris en 573. Mentionné au martyrologe 
d'Adon (7). 

8. — Artemius. — Assista aux conciles de Màcon et de 
Valence, en 581 et 584 ; se fit représenter au second con- 
cile de Mâcon, en 585. 



(1) Hincmar. Ann. 865, 869. 

(2) Dans le G. C, le prédécesseur de Daphnus, Albinus, et son succes- 
seur, Concordius, proviennent de documents polycarpiques. 

(3) Voir ci-dessus, p. 119. 

(4) Jaffé, 479. 

(5) Jaflfé, 557. 

(fi) Sidoine Ap., ép. VI, 7 ; VII, 4 ; concile contre Lucidus. — Le n» 6 du 
G. C, Ethilius, n'a aucune attestation sérieuse; il semble bien, lui aussi, 
avoir été imaginé par Polycarpe. 

(7) Sa vie a été publiée dans les Acla SS. fehi:, t. II, p. 829; elle n'est 
pas d'une haute antiquité. — Le G. C. insère ici un saint Darlims ou Dar- 
sius faiblement attesté. 



VAISON. — SAINT-PAUL-TROIS-CHATEAUX. 203 

9. — Vincentius (1). — Présent au concile de Paris, 
en 614. 

10. — Pctruinus. — Sa signature figure au privilège 
pour Rebais (637 8). Il assista en 650 au concile de Clui- 
lon-sur-Saône. 11 fonda en 685 le monastère de Grasellum 
(Groseau). Comme on le voit parla charte de fondation (2), 
il s'appelait aussi Aredius : Aredius sive Pctruinus sedis 
ecclcsiae Vascnsis civilatis... pontifex. 

11. — Elias (3). — Présent à l'assemblée de Mantaille, 
en 879. 

SAINT-PAUL-TROIS-CHATEAUX. 

Des dix évêques que le Gallia Christiana place avant 
Florentins, le deuxième, Justus, doit être effacé sans hési- 
tation, car il n'est connu que par un faux de Polycarpe 
{G. C, t. I, p. 139 instr.). Les neuf autres soni des saints 
honorés dans le pays : Restitutus (7 novembre), Eusebius 
(23 mars), Torquatus (31 janvier), Paulus (l^"" février), 
Amaniius (6 février), Sulpicius, Bonifatius, Castorinus et 
Michael (24 décembre). Le premier, saint Restilut, a été 
identifié au XV* siècle avec l'aveugle-né de l'Evangile. De 
tout ce groupe, le seul personnage qui puisse être introduit 
avec confiance dans la série épiscopale est saint Paul, le 
patron de la ville. Il est marqué dans le martyrologe d'Adon. 
On l'a identifié avec un évêque Paul qui siégea en 374 au 
concile de Valence. Sa légende, récemment publiée par les 
Bollandistes (4), dit qu'il était originaire de Rome, incola 
civilatis Rnmensis, qu'il fut porté à l'épiscopat regalibus 
praeceptis et que sa femme se retira alors au monastère de 



(1) Manque au G. C. 

(2) Publiée par Mabillon, Annales, t. I, p. C98, avec le privilège du roi 
Clovis III. 

(3) Avant Elias, le G. C. marque un Simplicius auquel il assigne la date 
de 853 d'après un document allégué par les Sainte-Marthe, mais nullement 
indiqué. 

(4) Anal. DolL, t. XI, p. 375. 



264 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

filles installé à Arles. D'après ce dernier détail, il aurait 
vécu au VP siècle, au plus tôt. Il n'y a pas dans le récit 
d'autre indice chronologique. Le manuscrit des Bollandistes 
[Gratianopolitanus 49) est du XIII' siècle. Torquatus y figure 
comme prédécesseur immédiat de saint Paul. Ce qui est 
sur, c'est que la ville épiscopale doit son nom à celui-ci ; 
cette circonstance donne l'idée d'un épiscopat très impor- 
tant. Adon est le plus ancien auteur qui fasse mention de 
ce saint évêque [Marttjrol. l*"" février). 

1. — Paulus. 

2. — Florentins. — Concile d'Epaone, 517, de Lyon 
(518-523) (1). 

3. — Heraciius. — Conciles provinciaux de 527, 529, 533; 
concile national d'Orléans, 541. 

4. — Viclor. — Représenté au concile de Lyon en 570 ; 
assistait aux conciles de Paris en 573 et de Mâcon en 581. 
Il est question de lui dans une histoire rapportée par 
Grégoire de Tours, Hist. Fr. V, 20. 

5. — Eusebius. — Assista au concile de Valence en 584 
et fut représenté, en 585, à celui de Mâcon. 

6. — Agricola. — Assista en 614 au concile de Paris (2). 

7. — Berto. — Assista, en 650, au concile de Chalon- 
sur-Saône. 

Depuis cet évêque on n'en connaît aucun autre avant 
le temps de Louis le Pieux. C'est sous le règne de ce 
prince, entre 827 et 839, que les deux églises d'Orange 
et de Trois-Châteaux furent unies, par un décret du pape 
Grégoire IV (3). 

8. — Bonifacius. — Premier évêque commun ; mentionné 
dans le décret d'élection de son successeur. 



(1) Cependant le Florentins du concile de Lyon peut tout aussi bien être 
l'évéque d'Orange. 

(î) Manque au G. C. 

(3) Mentionné dans une bulle d'Urbain H (Jaffé, 5561; G. C, t. I, p. 119 
instr.) ; en comparant ce texte avec le décret de l'élection de Laudon (G. C, 
loc. cil.), il n'y a pas moyen do douter qu'il ne s'agisse de Grégoire IV. Cet 
acte pontifical manque aux R- gesla de Jaffé. 



^ ORANGE. 265 

9. — Laiido. — Clerc de l'église de Die. Elu à Orange 
le 19 février 839. On a encore son décret d'élection, qui 
constate l'union des deux sièges (1). 

10. — Germardus. — Signe, avec le titre d'évéque 
d'Orange, au décret de Mantaille, en 879. 

ORANGE. 

L'église d'Orange fut représentée au concile d'Arles, en 
314, par un prêtre Faustinus. Mais on ne connaît par son 
nom aucun (2) évéque avant 

1. — Constantius. — Il assista, en 381 au concile d'Aqui- 
lée et, en 390, au concile de Milan (3). 

2. —lustus (4). — Assista aux conciles d'Orange (441) et 
de Vaison (442) ; signa les lettres arlésiennes en 449, 450, 
451; assista au concile d'Arles sous Ravennius. Mentionné 
dans la vie de saint Eutrope comme son prédécesseur. 

3. — Eulropius. — Saint Eutrope (27 mai) siégeait déjà 
en 463 (5); signa la lettre synodale relative à Lucidus 



(t) La date de ce décret est Anno incarnationis Dominicae DCCCXXXIX 
sub die mercurii kalendarum marlium intrante quadvagesimum. A pre- 
mière vue, il semble qu'il s'agit d'un mercredi 1«' mars et il s'agit, en tout 
cas, d'un mercredi des Cendres : ces données réunies conviennent aux an- 
nées 808, 814, 887, 898, 909 et 971. Aucune de ces années ne peut convenir, 
puisque Boniface, prédécesseur immédiat de Laudon. vivait du temps de 
Grégoire IV (827-844) et que l'élection se fait sous l'empereur Louis (814- 
840). En y réfléchissant, on observe qu'il s'agit, en réalité, d'un mercredi des 
calendes de mars qui fut le mercredi des Cendres. En 839, Pâques tombant 
le 6 avril, il y eut deux mercredis dans les calendes de mars, le IV et le 
XI de ces calendes : C'est ce dernier jour qui fut le mercredi des Cendres. 
Ainsi, l'élection eut lieu le mercredi des Cendres 19 février 839 (Note de 
M. de Manteyer). — Après Laudon, le G. C. marque un Pontius II, qui n'est 
autre que le Pontius III, marqué plus loin parmi les évéques du XII' siècle; 
en effet, le diplôme de l'empereur Lothaire qui sert de référence à 
Ponce II, est en réalité un acte de Lothaire III (1133-37) : cf. Bôhmer- 
Mûhlb., 1116 a. 

(2) Lucius et Eradius, les deux premiers nommés dans le G. C, provien- 
nent des faux de Polycarpe. 

(3) Ambr., ép. 22. Migne, P. L.. t. XVI, p. 1129. 

(4) Le n° 4 du G. C., Marinus, vient aussi d'un document polycarpique. 

(5) Jafîo, 557. 



266 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

(v. 475). Correspondant de Sidoine Apollinaire {Ep. VI, 6). 
On a sa vie, rédigée par son successeur Verus (1). 

4. — Férus. — Successeur et biographe du précédent. 

5. — Florentins. — Assista au concile national d'Epaone. 
en 517, et au concile provincial d'Arles, en 524. 

6. — Vindemialis. — Assista aux conciles provinciaux de 
527, 529, 533 ; au concile national d'Orléans, en 541 ; se 
fit représenter à celui de 549. 

7. — Matlhaeus. — Assista au concile national de Paris 
(552) et au concile provincial de 554. 

8. — Trapidius. — Assista au concile de Valence, en 
584 ; se fit représenter à celui de Màcon, en 585. 

9. — Salicus. — Signature au faux concile de Narbonne 
(788). 

A partir d'ici, nos informations cessent jusqu'à la réu- 
nion des deux évêchés d'Oragne et de Trois-Châleaux. 

AVIGNON. 

Le Gallia Chrisiiana donne deux séries : Tune, en ap- 
j)endice, est empruntée à l'Histoire des évéques d'Avignon, 
de Polycarpe de la Rivière ; on y trouve 25 évéques avant 
Saturiiiniis, tous plus ou moins inventés par Polycarpe. 
L'autre liste, celle que le G. C. fait sienne, dépend aussi, 
dans une large mesure, des faux polycarpiques. Elle com- 
mence par s. Rufus et 5. Justus. Quelle que soit l'antiquité 
du culte rendu dans le pays à des saints nommés ainsi, 
il reste à prouver qu'ils ont été considérés anciennement 
comme des évéques d'Avignon (2). Adon marque au 21 no- 



(1) Ac/a SS. mai., t. VI, p. 698. 

(2) Le martyrologe d'Avignon donne, au 14 novembre, l'anniversaire de 
Ruf, sans le qualifier évéque (s. Rufi confessoris, Bibl. d'Avignon, cod. 98, 
f" 150 V). Ce martyrologe, qui procède d'Adon, a été transcrit à Avignon 
et il n'a pu l'être avant le milieu du XI' siècle. Un précepte de Louis 
l'Aveugle (Arch. de Vaucluse G, archevêché d'Avignon 6, f° 11), daté du 
18 août 917 ou 918. rend à l'église cathédrale d'Avignon Vabbaliola Sancii 
Rufi et l'église voisine de Saint-Julien qui temporibus priscis avaient été 



AVIGNON. 267 

vembre la fêle de sainl Ruf, disciple de saint Paul [Rom., 
XVI, 13), sans rideiilifier avec le fils de Simon le Cyrénéen 
{Ma7-c, XV, 21). Le disciple de saint Paul est assigné par 
les catalogues grecs à l'église de Thèbcs (laquelle ?) et ré- 
clamé par celle de Tortose, où l'on célèbre sa fête le même 
jour qu'à Avignon, c'est-à-dire le 14 novembre. — Les 
trois évêques suivants, Amathis, Metianus, Debo, ont été 
inventés par Polycarpe. C'est encore d'après le faux ma- 
nuscrit de Savaron, produit par Polycarpe, que l'on a attri- 
bué à Avignon Tévêque Maximus^ dont le véritable siège 
est Riez. 

i. — Nectarius (1). — Assista aux conciles de Riez (439), 
d'Orange (441), de Vaison (442), envoyé à Rome par saint 
Hilaire d'Arles vers 447 (2) ; figure, en 449, parmi les con- 
sécrateurs de Ravennius, en 450 parmi les signataires de 
la lettre en faveur delà métropole d'Arles (3), en 451 parmi 
les signataires de la lettre des évêque des Gaules sur la 
question de l'Incarnation (4). Assiste, vers le même temps, 
au concile d'Arles relatif à Lérins. 

2. — Saturninus. — Assista, en 465 (19 nov.), au concile 
de Rome. 

3. — liilianus. — Députa au concile d'Agde, en 506 (5). 

4. — Salutaris. — Députa au concile d'Epaone, en 
517 (6). 

5. — Antoninus (7). — Assista au concile d'Orléans en 



cédées par de relig'eux chrétiens au siège épiscopal et qui, depuis long- 
temps, en avaient été soustraites (Note de M. de Manteyer). 

(1) Omis par le G. C. — Polycarpe ne s'est pas douté que Nectaire fût un 
évéque d'Avignon. 

(2) Ci-dessus, p. 118. 

(3) Ci-dessus, p. 121. 

(4) Ci-dessus, p. 125. 

(5) Un évéque de ce nom signa en 475 au concile contre Lucidus; mais il 
n'est pas sûr que ce soit le même. — Polycarpe lui donne pour prédéces- 
seur un Eleutherius, évéque de siège inconnu, auquel Sidoine Apollinaire 
écrivit sa lettre Vi, 11. 

(6) Supprimé à tort dans le G. C, où il est assigné au siège d'Avenches. 

(7) Avant Antoninus, Polycarpe en place deux, Euc)ierius et Ermenius, 
dont le premier seulement est accepté par le G. C Un évoque Eucherius 



268 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

541; représenté à celui de 549; assisUi au concile d'Arles 
en 554 (1). 

6. — lohannes. — Se fit représenter au concile de Màcon, 
en 585. 

7. — Valons (?). — Il est très possible qu'il soit question 
de lui dans l'épitaphe de sainte Casaria (2), gravée en 
586 : 

Ista Valons fieri fletu manante rogavit 
iura saccrcJolii servans nomenqiic iugalis. 

Avec le VIP siècle commence la période la plus obscure 
de l'histoire épiscopale d'Avignon. Polycarpe de la Rivière, 
suivi par le Gallia Christiana, admet d'abord un Dynamius 
lequel ne serait autre que le palrice de Marseille, célèbre 
par les récits de Grégoire de Tours, les poésies de Fortu- 
nat et les lettres de saint Grégoire le Grand. Polycarpe 
allègue ici une épitaphe en vers léonins, qui m'a bien l'air 
d'être de son cru, suivant laquelle le patrice, devenu évê- 
que, serait mort l'an 40 de Clotairc II (623), indiction XV 
(626), le 24 décembre. Outre les difficultés que soulèvent 
contre cette inscription et sa provenance et son style et 
les incohérences de ses dates, elle est réfutée par la véri- 
table épitaphe de Dynamius (3), qui le fait mourir après 



assista aux conciles de la province d'Arles en 524, 527, 529, 533; mais son 
siège est inconnu. 

(t) D'un récit de Grégoire de Tours {Hisl. Fr., VI, 9), il résulte que le 
siège d'Avignon était vacant en 559. 

(2) C. I. L., t. XII, n» 1045. 

(3) Il y a eu deux Dynamius. Entre les divers textes qui les mention- 
nent, le partage n'est pas très facile. M. Manilius a proposé, dans les Mil- 
Iheil. fur Œsterr., Geschichisforschung, t. XVIII (1897), p. 225 et suiv., un 
système fondé sur ce que l'épitaphe du patrice lui attribue cinquante ans 
d'âge. Je crois plutôt qu'il s'agit de cinquante ans do mariage et je répartis 
ainsi les témoignages. Le premier Dynamius est celui dont on a deux let- 
tres dans la collection des Epp. Ausirasicae, 12 et 17, cette dernière 
adressée à l'évéque de Metz Vilicus. C'est à lui que Fortunat envoj'a ses 
poèmes VI, 9, 10; Grégoire de Tours en parle en divers endroits, H. Fr., 
VI, 7. Il; IX, 11; X, 2; saint Grégoire le Grand lui écrivit en 593 (R. III. 
33 = J. 1237); il est encore mentionné dans une autre lettre du même 
pape (R. VI, 6 — J. 1385), écrite en 595. Sa femme s'appelait Eucheria. Ils 



AVIGNON. ' 269 

cinquante ans de mariage, du vivant de sa femme, et ne 
dit mot de son élévation à l'épiscopat. 

8. — Maximus. — Dynamius écarté, nous nous trou- 
vons en présence d'un saint Maximus^ qui jouit à Avignon 
des honneurs du culte. Un évêque de ce nom est men- 
tionné dans la vie de sainte Rusticula (1) comme l'ayant 
accusée devant le roi Clotaire II, quatorze ans avant sa 
mort. Sainte Rusticula mourut le 11 août 632 ; Maxime 
était donc évéque en 618. La vie de la sainte ne marque 
pas son siège (2). 
9. — Macjnus. 

10. — Afjricoliis. — Viennent ensuite saint Magnus et son 
fils et successeur saint Agricol (Agricolus). Ce dernier est 
le patron d'Avignon. Sa qualité d'évéque semble établie par 
la tradition (3), qui lui donne pour successeur un s. Vere- 
dimius. Un texte daté de 919 (4) indique qu'Agricol, évê- 
que d'Avignon, reposait alors dans l'église paroissiale 
dédiée à saint Pierre. Ce texte n'est, d'ailleurs, connu que 
par une transcription du XIII« siècle. La vie de saint 
Agricol, publiée au 2 septembre par Surius et par les Bol- 



vécurent ensemble pendant cinquante ans : Lnslra decem felix tuleral post 
lerga maritus (Epitaphe, Leblant, 641 ; cf. M. G. Scr. an/., t. VI2, p. 194); 
remarquer qu'il n'est question, dans ce qui précède, que de la vie conjugale 
de Dynamius et d'Eucheria. Celle-ci vécut encore dix ans. L'auteur de 
l'épitaphe, le petit-fils du patrice, appelé comme lui Dynamius, est sans 
doute le même qui écrivit le petit poème sur Lérins (De Rossi, Inscr. chr., 
t. Il', p. 70; Manitius, /. c, p. 230) et la vie de s. Maxime de Riez, C'est 
encore lui, à mon avis, le Dynamius qui, avec sa femme Aurélia, fonda à 
Marseille un monastère de femmes \Greg. M., R. VII, 12, 33 = J. 1458, 1479). 

(1) C. 9. Acta SS. aug., t. II, p. 660; M. G. Scr. merov., t. IV, p. 344. 

(2) Ici le G. C. insère un Emundus tiré par Fr. Noguier d'un catalogue 
des abbés de Saint-Pierre de Montmayour au diocèse d'Arles; Emundus 
aurait été d'abord abbé de Montmayour, puis évéque d'Avignon. Il est 
établi dans le même tome du G. C, p. G03, que la fondation de Montmayour 
ne remonte qu'au X« siècle. 

(3) IIII nonas septembris... Apud Avennicam civitatem, natalis sancti 
Agricoli episcopi et confessoris qui multis virtutibus et miraculis claruit 
atque gloriosus quievit (Bibl. d'Avignon, ms. 98, f° 115 verso) (Comm. de 
M. de Manteyer), 

(4) Arch. de Vaucluse, G, archev. d'Avignon, 257, 1° 1 (Communication de 
M. de Manteyer). 



270 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

landistes, est postérieure à Tannée 1574. D'après ce texte, 
les trois évêqiies se seraient succédé immédiatement : 
l'épiscopat de saint Agricol se placerait entre 650 et 700. 
Un Magiius, évêque de siège inconnu (1), assista, en 650, 
au concile de Chalon-sur-Saône, 
il. — Veredimius (2). 

12. — Ragenulius. — Siégea au concile de Valence, en 
855 (3). 

13. — Hilduinus. — Conciles de Thuzey (860) et de Pon- 
thion (876). 

14. — Ralfridus. — Signa, après coup, au privilège pour 
Tournus, rédigé en 875 ; mentionné au concile de Troyes 
(878) et dans une lettre du pape Jean VIII, de la même 
année (4). Présent, en 879, à rassemblée de Manlaille. 

Après Ratfridus vient Remigius, connu par des chartes 
du commencement du X^ siècle. 

CAVAILLON. 

1. — Genialis. — Honoré comme le saint fondateur. Un 
évéque de ce nom figura en 396 au concile de Nîmes. 

2. — Asclepius (5). — Conciles de Riez (439) et de Vai- 
son (442) ; lettres artésiennes de 449, 450, 451 ; concile de 
Ravennius, à propos de Lérins. 



(1) Polycarpe a naturellement trouvé un manuscrit qui le rattache à 
Avignon. 

(1) XV kalendas julii... ApuJ Avennicam civitatem, translatio sancti Ve- 
redimii episcopi et confessoris (Bibl. d'Avignon, ms. 98, f" 68 v). — Plu- 
sieurs anciennes églises rurales de la région d'Avignon sont dédiées à cet 
évéque. — Des trois évéques insérés ensuite dans le G. C, deux, lohannes II 
et Alfonsus, n'ont aucune référence; le tioisième, loaepfiiis, est dit avoir 
siégé au concile romain de 7G9; mais c'est une erreur : le Joseph du con- 
cile de Rome était évéque de Tortone et non d'Avignon (Lib. ponL, t. I, 
p. 473^. 

(3) L'acte de 853, édité par le Gallia (t. I, p. 803) pour cet évéque, est un 
faux d'origine polycarpique. Il n'y a pas à en tenir compte. 

(4) Jaffé, 3190. 

(5) Inconnnu au G. C. qui le remplace par un lulius. Celui-ci est en réa- 
lité un évéque d'Apt. Après lulius on trouve dans le G. C. un Porc/a/ius, 
sans aucune référence. 



CAVAILLON. — CARPENTRAS. 271 

3. — Pfiilajrius. — Concile d'Epaone en 517, de Lyon 
(518-523); conciles provinciaux de 524, 527, 529, 533; à 
ce dernier, il fut simplement représenté. 

4. — Praeleœtatus. — Représenté au concile d'Orléans, 
en 549 ; assista au concile de Paris (552) et au concile pro- 
vincial de 554. 

5. — Veranus. — Saint Vrain, patron de Cavaillon 
(19 octobre). Assista au concile de Mâcon en 585 ; men- 
tionné par Grégoire de Tours (l) pour divers faits dont la 
série atteint l'année 589. 

6. — Lupus. — Signature au bas du faux concile de Nar- 
bonne (788). Depuis lors, il faut descendre jusqu'au 
X* siècle avant de retrouver un évêque de Cavaillon qui 
soit bien attesté (2). 

CARPENTRAS. 

La cité de Carpentras n'est pas mentionnée dans la No- 
titia Galliarum : elle avait donc cessé d'exister avant le com- 
mencement du V^ siècle. Il est sûr qu'elle fonctionna sous 
le Haut-Empire. Soit qu'elle ait été rétablie peu après le 
temps où fut rédigée la Notice, soit que son évêché re- 
montât notablement au delà, c'est à-dire au temps où il y 
avait une cité, il est sûr que, dans la première moitié du 
V« siècle, Carpentras avait un évêque. Le titre d'évêque de 
Venasque (Vindascensis) apparaît au VI« siècle ; il vient 
sans doute de ce que le siège épiscopal avait été transporté 
dans cette localité. 



(1) llisL Fr., VIII, 31; IX, 4, 41; Mb: s. Martini, III, 60. — Voir sa vie 
dans les Acta SS. oct., p. 467. 

(2) Le n" 8 du G. C. est un Hildeboldus Cabilonensis qui signe en dernier 
lieu au privilège de Tournns. Ce privilège est de Tannée 875. et fut signé 
d'abord par l'évéque du lieu. Gerbaldus Cabilonensis. Les auteurs du G. C. 
voient une impossibilité à ce que Hildeboldus soit un évêque du même 
siège, c'est-à-dire de Chalon-sur-Saône. La chose ne me paraît pas aussi 
claire, car, sauf les quatre premières, toutes les signatures du privilège 
ont été ajoutées aprèg coup. Rien n'empêche que la dernière soit celle d'un 
successeur de Gerbaldus. Ce n'est, du reste, pas le seul cas où ce privilège 
porte la signature de deux évéques du même siège. 



272 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

1. — Constantianus (1). — Se fit représenter au concile 
de Riez (439), signa aux conciles d'Orange (441) et de Vai- 
son (442) comme évèque civitatis Carpentoratensis. Son nom 
se retrouve dans les lettres arlésiennes de 449, 450, 451. 

2. — Iulianus. — Signa, comme évêque de Carpentras, 
au concile d'Epaone, en 517. Il reparait aux conciles pro- 
vinciaux de 524, 527, 529 (2). 

3. — Siffrediis. — S. Siffrein , patron de Carpentras ; 
fête, le 27 novembre. D'après sa légende (3) , il aurait été 
ordonné par saint Césaire, à l'âge de 30 ans, et serait mort 
à un âge très avancé. Ces données sont incompatibles. 
Si saint Césaire (502-542) a ordonné saint Siffrein, ce n'a 
pu être que depuis 523; Siffrein serait donc le successeur 
de Julianus ; et son épiscopat n'aurait pu durer plus de 
12 ans (4) ; ainsi il serait mort avant d'avoir atteint la vieil- 
lesse. Ce qu'il y a de mieux à faire, c'est d'accepter de la 
tradition l'épiscopat de saint Siffrein, mais de renoncer à lui 
assigner une date. D'après sa légende, il éleva trois églises : 
à Carpentras, celle de Saint-Antoine; à Venasque, celles 
de Notre-Dame et de Saint-Jean. Inhumé dans la basilique 
Sainte-Trinité de Venasque, son corps fut porté plus tard à 
Carpentras. 

(1) Constantianus manque au G. C. A sa place on trouve un Vailenlinus 
polycarpique, et, d'après une série de portraits que l'on voyait jadis à l'évé- 
ché, Oronlius Modestus, Sabinus et Supervenlor, sans autre référence. — 
Polycarpe a inventé aussi un évéque Firminus de Venasque, contemporain 
de son Valentinus, ce qui entraînait la distinction des deux sièges aux 
temps primitifs. Tout cela est à écarter. 

(2) Ici le G. C. intercale un Principius qui est impossible. C'est, comme Ju- 
lianus, un des évèques du concile d'Orange de 529. Après Principius il place 
Suffredus, saint Siffrein, dont le rang est incertain. 

(3) Surius, 27 nov. Je l'ai lue dans un lectionnaire du XIV* siècle, Pari- 
sin. 382U. Cf. Propvium Sanctorum ecclesiae Uceliensis ; Lugduni, 1680, 
pp. 150-151. 

(4) Joignez à cela que la légende suppose que le saint entra tout jeune 
enfant dans le monastère de Lérins, oii il aurait été reçu et élevé par saint 
Césaire, abbé du lieu. Saint Césaire n'a jamais été abbé de Lénns. Il au- 
rait eu cette qualité jusqu'à son élévation à l'épiscopat qu'une autre diffi- 
culté surgirait. Si Siffredus a été ordonné évéque à 30 ans, en 530 au plus 
tôt, il avait 2 ans seulement en 502, date de l'avènement de saint Cèsaire à 
l'épiscopat. Voit-on les moines de Lèrins adopter des pupilles de cet âge ? 



Ô-AftPÈNTRAS. 273 

4. — Clematius. — Signa, comme évêque de Carpentras 
et Venasque (episcopus civitatis Carpentoratensium et Vin- 
dascensium)^ au concile national d'Orléans, en 541 ; comme 
évéque de Carpentras seulement, à celui de 549 ; il assista 
aussi à celui de Paris (552). 

5. — Tetradius. — Signa, comme évêque ecclesiae Ven- 
dauscensis, au concile de 573. 

6. — Boelhius. — Signa, en 584, comme évêque de Car- 
pentras, au concile de Valence, et, en 585, au concile de 
Mâcon. Son épitapbe (1) existe encore ; elle a été trouvée 
près de Venasque. 

t HIC REQVIESCI[T f 
BONE MEMORIAE [BOH 
ETYVS EPES QVI VIXIT [INE 
PTÔ ANNVS XX MENSIS VI O 
BUT XX-L IVN INDICCIONE SEPTIMA 

La seule indiction VII qui concorde avec les dates de 
Boethius et de son prédécesseur, c'est celle de l'année 604. 
Mort le 23 mai (X kal. ixui.) 604, après un épiscopat de 20 
ans et 6 mois, Boethius aura été ordonné vers le 23 no- 
vembre 583. 

7. — Ambrosius (2). — Signa au concile de Paris, en 614, 
comme évêque de Venasque, ex civitate Vindesca. 

8. — Licerius. — Assista au concile de Chalon-sur- 
Saône en 650 et signa episcopus ecclesiae Vindauscensis (3). 

9. — Amatus. — Signature au faux concile de Narbonne 
(788) (4). 

(1) C. L L., t. XII, n° 1^13; Leblant, n" 707. 

C?) Ambrosius est omis par le G. C, qui mentionne ici, en s'appuyant sur 
Lecointc, un Odofridus, lequel aurait siégé vers 590; cette date est impos- 
sible. Puis viennent trois noms : Georgius, Petrus, Dominicus, tout aussi 
dépourvus do références. 

(3) Après Licerius, le G. C. donne 16 noms sans références, sauf le sep- 
tième, Amalus, et le douzième, lohannes, qui provient d'une charte fausse 
(Bùhmer-Miililb , n° 1300). La série attestée ne reprend qu'au milieu du 
X' siècle. 

(4) Le G. C. marque ici un évêque Aaufridlus, d'après une épitaphe. 

18 



274 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

MARSEILLE. 

1. — Oresius (1). — Assista, en 314, au concile d'Arles. 

5. — Proculus. — Ce célèbre évêque apparaît pour la 
première fois au concile d'Aquilée, en 381. Ses conflits de 
juridiction et ses démêlés avec l'évéque d'Arles, Patrocle, 
ont été expliqués ci-dessus (2). Les dernières lettres de 
Zosime où il soit question de lui sont du 5 mars 418 (3). Il 
est fort probable qu'il vivait encore vers 428, lors de l'affaire 
do Leporius 4); en ce cas, ce serait lui qui est visé dans 
une lettre du pape Célestin (5). 

3. — Venerius. — Mentionné pour la première fois en 
431, dans une lettre (6) du pape Célestin; signe, en 451, 
la lettre dogmatique des évêques de Gaule (7). 

4, — Eustasius. — Successeur du précèdent (8); siégeait 
déjà en 463 (9). 

5 — Graecus. — Successeur d'Eustase, ordonné peu 
avant 475 (10); il siégea au concile contre Lucidus. 

6. — Honoratus. — L'auteur de la Vie de saint Hilaire 
d'Arles, dont il avait été le disciple. Il était évéque au 



Mais, ainsi que l'a noté M. Labande (Le baplisiére de Venasque, Bull, ar- 
cliéol. du Comité, 1904, p. 301, note 7 de la p. 300), l'épitaphe du prétendu 
Aaufridius doit être restituée à l'évéque Geoffroy de Garosse, mort au 
début du Xllle siècle. On peut la lire dans E. Andreoli et B.-S. Lambert, 
Monographie de l'église cathédrale Sainl-Siffrein de Carpenlras, Marseille, 
Gueidon, p. 51; cf. ibid., pi. hors texte entre les pp. 04 et 65 (Comm. de 
M. de Manteyer). 

(1) Avant lui, le G. C. place Lazare, le ressuscité, mais sans le garantir. 

(2) Page 98 et suiv. 

(3) Jaffé, 340, 341. 

(4) Hardouin, Conciles, V I, p. 1261. 

(5) Jaffé, 369. 

(6) Jaffé, 381. 

(7) Migne, P. L., t. LIV, p. 96S; cf. Jaffé, 47^, 480. 

(8) Gennadius, De vtris, 80. 
('.)) Jaffé, .S57. 

(10) Sidoine, ép. VII, 2 : Graecus a dû être ordonné peu avant cette lettre, 
qui est de 475 environ. Autres lettres de Sidoine, VI, 8; VII, 7, 11 ; IX, 4 ; 
ettre de Graecus à Rurice, avant la promotion de celui-ci à l'évéché de 
Limoges (cd. Kruscli, p. "271). 



MARSEILLE. 275 

temps (lu pape Gélase (492-496), avec lequel il correspon- 
dit (1). 

7. — Cannas (^). — Gennadius (c. 81) mentionne un saint 
homme appelé Cannas, avec lequel il eut des rapports per- 
sonnels ; il le qualifie &'homo Dei, c'est-à-dire de religieux. 
Le livre de Gennadius ayant été écrit dans les dernières 
années du VI* siècle, et vraisemblablement sous l'épiscopat 
d'Honorat, on conçoit très bien, en plaçant Honorât avant 
Cannât, que l'épiscopat de celui-ci ne soit pas marqué dans 
le De scriptoribus] dans le cas contraire, la chose serait 
plus difficile à expliquer. Du reste, l'épiscopat de saint 
Cannât n'est attesté que par une tradition liturgique, res- 
pectable, il est vrai, mais pour laquelle on ne produit aucun 
document antérieur à 1122 (2). 

8. — Theodorus. — Mentionné dans un poème de F'ortu- 
nat (3), qui paraît avoir été écrit vers 566; il joue un grand 
rôle dans les récits de Grégoire de Tours (4). Assista au 
concile de Màcon, en 585. Il vivait encore en 591 (5). 



(l)Ceci résulte de sa notice, insérée après coup dans le De scriploribus 
de Gennadius. Gélase s'assura de son orthodoxie {per scripturam agnos- 
cens eius (idei inlegrilatein), sans doute en lui demandant une profession 
de foi. Gennadius aussi envoya une lettre de fide sua au même pape 
Gélase. Les explications ayant été jugées satisfaisantes, le pape répondit 
à l'évéque de Marseille; sa lettre n'est pas indiquée dans les Regesta de 
Jaffé. 

('2) Le G. C. omet saint Cannât; les Bollandistes (15 octobre) le contestent 
aussi. Je me suis rendu aux arguments d'Albanès (Armoriai et sigillogra- 
phie des évéques de Marseille, p. 11), sauf le changement que je crois de- 
voir introduire dc\ns l'ordre des deux évéques Honorât et Cannât. Après 

Honorât, Albanès introduit, mais non comme certains, deux évéques, 
Auxanius et Emetcrius, qui signèrent aux conciles de 533 et de 554, sans 
indiquer leurs sièges. L'attribution me paraît douteuse, à moi aussi. 

(3) VL 10, v. 67. Le texte a été jusqu'ici mal transcrit et mal compris; il 
faut lire : 

sacris Theodoro primo lare, sede Sapaudo 
felici, egregio, etc.. redde salulis opus 

Le poète prie Dyiiamius, qui demeure à Marseille, de saluer deux évéques 
{sacris), d'abord Théodore, qui est le premier lare, c'est-à-dire par la rési- 
dence, le voisinage; puis Sapaudus, qui est le premier par le siège, comme 
archevêque d'Arles. 

(4) Hisl.Fr., VI, 11, Î4; VU, 36, VHI, 5, l"!, 13, 20; IX, 22; cf. IV, 43. 

(5) Jaffo, 1115. 



276 t'ASTES ÉpiscoPAux DE l'ancienne ÔAULË. 

9. — Serenus. — Plusieurs lettres de saint Grégoire le 
Grand lui sont adressées ou parlent de lui ; elles s'éche- 
lonnent entre 596 et 601 (1). 

10. — Petrus. — Assista au concile de Paris, en 614 (2). 

11. — Mauro7itus{3). — Nommé dans une charte du 23 fé- 
vrier 780 (4), et dans une autre, de date inconnue (5), l'une 
et l'autre relatives au temporel de Saint-Victor. — Honoré 
comme saint; fête le 21 octobre (6). 

12. — Ivo. — Nommé dans une charte du 12 mars 781, 
toujours à propos de Saint-Victor (7). 

13. — Wadaldus. — Fit exécuter, en 814, le polyptyque 
de son église (8). Charte du 23 mai 817 ou 818 (9). 

14. — Theotbertus. — Signe comme archidiacre l'acte de 
817. Obtient, comme évêque, un diplôme de Louis le Pieux, 
en date du l*"" novembre 822; plus tard, deux diplômes de 
Lolhaire, datés du 6 février 834 (10). 

15. — Albuinus. — Mentionné dans un acte relatif à 
Saint-Victor, en date du 25 juillet (11) 843 ou 844. 

16. — Gulfaricus. — Mentionné comme ayant fait dres- 
ser un état des serfs [mancipia] de l'un des domaines de 

(1) Jaffé, 1435 (596); 1736 (599); 1800 (600); IS'^S, 1831 (601). — D'après une 
légende il serait mort à Biandrate, diocèse de Verceil, oii on le fêtait le 
2 août [Officiai propria Sanclorum sanctae ecclesiœ Massiliensis; Massilise, 
Brebion [1736-1755], p. 96) (Comm. de M. de Mantcyer). 

(2) Omis par le G. C. 

(3) Avant Maurontus, Albanès insère, sous toutes réserves, un Ambrosius 
qui signa au privilège de Groseau (683), sans indication de siège, et un 
Abdalungus ou Adalungus admis aussi par le G, C, mais sans références 
sérieuses. 

(4) Cart. de Saint- Victor, n- 31; G. C, t. I, p. 106. instr. — La date, die 
Mercoris VIII kal. marlii anno XII régnante d. n. Karolo ind. II, souffre 
quelques difficultés: il faut corriger V7/ kal. et ind. III. 

(5) Publiée par Albanès, op. cil., p. 24. 

(6) Le G. C. insère ici un Honoralus dépourvu de références. 

(7) Cartul. de Saint-Victor, n° 93. 

(8) Cartul. de Saint-Victor, t. IL p. 633. 

(9) Cartul. de Saint-Victor, n° 163. G. C, t. L p. 106. inslr. : X. It. iur}., 
anno IIII imp. d. n. Ludovico (817), ind. XI (818) : L'indiction XI coïncide, 
au moins en partie, avec le pontifical de Wadald (Albanès, p. 30). 

(10) Bôhmer-Mùhlb.. n" 740, 1008, 1009. 

(11) G. C, t. I, p. 107. inslr. La date est ambiguë : VIIl kal. aug. anno V 
iinp. d. n. Lulliurii (844) ind. VI (843). 



TOULON. 277 

son église (1), peiidaul une indiclion XI. Albanès pense 
qu'il s'agit de l'année 868 ; on peut admettre aussi l'année 
848 (2). 

17. — Babomis. — Evêque certain, mentionné dans le 
même document que le précédent. Albanès, l'identifiant 
avec un diacre du même nom, qui figure dans une charte (3) 
de 840, croit pouvoir l'insérer à cet endroit de la série. 

18. — Utiduinus. — Mentionné dans deux actes ponti- 
ficaux de juillet août 878 (4) ; présent à l'assemblée de Man- 
taille, le 15 octobre 879. — Obit, le 12 mars (5). 

19. — Berengarius. — Figure dans une charte du 2 fé- 
vrier 884, délivrée à Compiègne par le roi Carloman (6). 

20. — Venator. — Mentionné dans le document cité 
note 1, comme ayant fait faire un dénombrement des serfs 
du territoire de Marseille, la dixième année de son épisco- 
pat. Si cet évoque est du IX^ siècle et non du X^ on |)eut 
le placer ici, comme le fait Albanès; mais il pourrait 
aussi être inséré entre Alboin et Léodoin, avec Guifaricus 
et Babonus (7). — Obit, le 6 avril. 

TOULON. 

1. — Augustalis (8). — Assista aux conciles d'Orange (441) 
et de Vaison (442) ; signa les lettres artésiennes de 449 et 
de 450. Le martyrologe hiéronymien marque , au 7 sep- 
tembre, Arelato civitate, Augustalis episcopi. Celui-ci, qui 



(1) Albanès, p. 30. 

(2) Cet évéque et le suivant manquent au G. C. 

(3) Cart. de Saint-Victor, n° 28. 

(4) Jaffé, 3176, 3179. 

(5) Albanès, p 32. 

(6) Cart. de Saint-Victor, n° 9; G. C, t. I, p. 108, inslr. Le concile du 
Port (886), oîi Bérenger se serait trouvé, est une pièce bien suspecte. 

(7) Venator ne figure pas au G. C. 

(8) Le G. C. commence la série toulonienno par deux noms, llonoralns et 
Gralianus, dont le premier provient d'un manuscrit polycarpique. Quant 
au second, il n"a pour lui qu'une assertion gratuite d'Antlielmi, De iniliis 
Foroiuliensis ecclesiae, p. 148. 



278 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

n'est sûrement pas un évêque d'Arles, doit être celui de 
Toulon. 

2. — Cyprianus. — Saint Cyprien (3 octobre). Disciple 
et biographe de saint Césaire d'Arles. Assista aux conciles 
provinciaux de 524, 527, 529, 533, ainsi qu'au concile 
national d'Orléans, en 541. 

3. — Palladius. — Présent au concile national d'Or- 
léans, en 549, et au concile provincial de 554. 

4. — Desiderius. — Assista au concile national de Paris, 
en 573; se fit représenter à celui de Mâcon, en 585. 

5. — Mennas. — Reçut, en 601, une lettre (1) de saint 
Grégoire le Grand. 

6. — Marins. — Signa le privilège de Rebais, en 636. 

7. — X. — Députa le diacre Taurinus au concile de 
Rome, en 679 (2). 

8. — Eustorgins. — Présent, en 879, à l'assemblée de 
Mantaille. 

9. — Armodus. — Un évêque de ce nom , Armodus 
Tolneyisis, figure, en 899, parmi les consécrateurs de l'ar- 
chevêque de Vienne Raganfredus (3). 



(I) Jaffé, 1831. 

("2) Le G. C. insère ici un Léo, qui aurait siégé au commencement du 
IX' siècle, mais qui n'a pas de références, 
(3) Marion, Cari, de Grenoble, p. 262. 



CHAPITRE VII. 



LA PROVINCE D AIX, 



La province d'Aix équivaut à l'ancienne Narbonnaise 
IP. Elle ne fut constituée définitivement qu'à la fin du 
VHP siècle ; depuis lors, elle se maintint sans changement, 
sauf que, dans le courant du XIP siècle (1), elle perdit le 
diocèse d'Anlibes, qui passa dans le ressort métropolitain 
d'Embrun. 

AIX. 

1. — Lazarus (2). — Ordonné par Proculus de Mar- 
seille , sous le règne de « l'usurpateur » Constantin , 
apparemment vers le commencement de ce règne. De 
certaines expressions du pape Zosime il parait résulter 
que son élection , favorisée par le « tyran » , souleva 
une opposition très vive, qu'il y eut une vraie bagarre, 
dans laquelle le « défenseur » de la cité d'Aix, l'un des 
principaux opposants , fut tué ou blessé (3j. Après la 



(l) Les Provinciaux romains de la fin du XII" siècle font d'Antibes un 
siège suffragant d'Embrun. Déjà, au concile général de Latran, en 1179, 
l'évêque d'Antibes signe parmi les suffragants de cette métropole. 

(î) Les deux premiers évéques du G. C, Maximinxis ei Sidonius provien- 
nent des légendes étudiées ci-dessous. 

(3) Jaffé, 330. « Ab eodem Proculo fit post multos annos (à partir du con- 
cile.de Turin)sacerdos tyrannici iudicii, defensore civitatis Aquensium, cum 
contrairet, adflicto in Ipsum penetrale, et sacerdotale solium sanguine inno- 
centis pêne respersum irrupit, stetitque in eo hactenus umbra sacerdotii donec 
tyranuo imago staret imperii. Que loco post internccionem patroni sponle 



280 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

chute de Constantin (411), il se démit de son évêcbé (1). 

2. — Basilius. — Prêtre d'Arles au temps de la mort de 
saint Hilaire (f 449) (2) ; comme évêque, il nous est connu 
par une lettre de Sidoine Apollinaire (VII, 6) qui lui est 
adressée ; sa cité épiscopale n'est pas nommée, mais comme 
Sidoine la place entre Arles, Marseille et Riez, il n'est pas 
douteux que ce ne soit Aix. Cette lettre est de 475 environ, 
comme aussi le concile d'Arles contre Lucidus, où figure 
un Basile, évéque, probablement le nôtre (3). 

3. — Maœimus. — Assista aux conciles provinciaux de 
524, 529, 533, au concile national franc, à Orléans, en 541. 

4. — Avolus. — Conciles nationnaux de 549 (Orléans), 
552 (Paris) ; concile provincial de 554. 

5. — Franco. — Connu par un récit de Grégoire de 
Tours (4), comme contemporain du roi Sigebert (561-575). 

6. — Picnthis. — Mentionné par Grégoire de Tours (5) 
à l'année 581 ; représenté, en 585, au concile de Màcon. 

7. — Protasius. — Reçut, en 596, une lettre de saint 
Grégoire le Grand (6). 

8. — X. — L'évêque d'Aix assista, en 794. au concile 



se exuit et propria cessiono damnavit. » — Je suis ici le texte de la nou- 
velle édition de la Colleriio Avellana, le seul recueil qui nous ait conservé 
cette lettre (n° 46, p. 104 Giinther). 

(1) « A quo (sacerdotio) se ipse... datis litteris in abdicationcm sui spontc 
submovit. b Jaffé, 331, cf. 330. — Albanès, G. C. noviss., insère avant Lazare 
un évéque Triferius, qui assista en 396 au concile de Niines et, plus tard, 
au concile de Turin. C'est une pure conjecture. Après Lazare il place Auxa- 
nius, dont il sera question plus loin, à propos de Nice. Ceci est absolument 
impossible. Auxanius et Basile, qui figurent ensemble dans l'intitulé de la 
lettre de Lucidus au concile d'Arles (v. 475), ne peuvent avoir été évéques 
du même siège. Du reste, la lettre de Sidoine à Basile, écrite en 474 ou 475, 
suppose qu'il n'en était pas alors à ses débuts dans l'épiscopat. 

{2) Vie de saint Hilaire d'.\rles, Acla SS. >nai'i,t. II, p. 33. 

(3) Le nom de cet évéque se rencontre dans l'cpitaphe d un de ses notai- 
res, mort en 494 (C. /. L., t. XII, n" 591). 

(4) Gl. conf., 70. 

(5) Hist. Fr., VI, 11. 

<6) Jaffé. 1439. Un Proladius. eptsropua civilulis Aquensium, figure parmi 
les signataires du privilège de Rebais (636). Est-ce un évéque d'.\ix ou un 
évéque de Dax ? Si c'est un évéque d'Aix, est-il identique à notre Prota- 
sius? Ce serait un bien long èpiscopat. 



AIX. — APT. 281 

(le Fran(;foi't; mais le canon 8, qui parle de lui, ne donne 
pas son nom. 

9. — Bcnedictns. — Convoqué, on 828, au concile de 
Lyon (1) en qualité de métropolitain (2). 

10. — Rotberius. — Convoqué, en 878, au concile de 
Troyes (3) ; une autre lettre pontificale (4) du 14 juillet 879, 
lui fut adressée ; la même année il assista à l'assemblée 
Mantaille. 

11. — Matefridus. — Marqué dans un document bien 
suspect, la vie de saint Théodard de Narbonne, comme 
ayant assisté, en 886, au concile in villa Porta (5). 



APT. 



Au concile d'Arles, en 314, l'église d'Apt est représentée 
par un prêtre, Romanus, et un exorciste, Victor (6). 



(1) Bôhm.-Mûhlb., Sll. 

(2) Albanès cite à propos de cet évéque une charte de Lérins de la mémo 
année. Après Benoît, il intercale un Honoralus, d'après une autre charte; 
c'est sans raison valable qu'il le qualifie d'évéque d'Aix. 

(3) Jaffé, 3155, du 1 juin. 

(4) J. 3264. 

(5) Je crois devoir mentionner ici une inscription signalée {Revue des So- 
ciétés savantes, 4« série, t. VI, p. 327) dans la cathédrale d'Aix. Dans les 
manuscrits fie M. de Guilhenuy, à la Bibliothèque nationale, t. XXXVI, 
p. 7, j'en ai trouvé la copie suivante : 

hic . ossa . srorum 
menelfalii . epi . necno 
a?-m/a .. ab eccla . bâti Lan 
remit . traslala . posita . s 
transilus . menelf. X. kl. maii 
aiintarii . vero . non . oclob. 

Il est possible que le personnage qui porte ici le nom bizarre de Menel- 
faliiis ait été évéque d'Aix; mais cela n'est pas prouvé. Du reste, il serait 
difficile, en dehors de tout autre document, de lui assigner une époque. 
Albanès le met après Basile. D'après M. de Guilhermy, l'inscription serait 
du X" siècle environ. 

(6) Dans le G. C, le premier rang est donné à un s. Auspicius que l'on 
identifie avec celui qui est nommé dans la passio ss. Nevei et Arhill.iei 
(Acta SS., t. m maii, p. Il ; cf. au 2 août, t. I, p. 155). Vient ensuite un s. 
Léonins, polycarpique, et un s. Quinli7\us, qui d'après une vie de s. Castor, 
d'assez basse époque, aurait été le prédécesseur de ce saint. Les chartes 



282 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

* 

1. — Castor. — Cet évêque figure parmi les destinalaires 
d'une lettre pontificale du 13 juin 419 (1). C'était un grand 
ami de la vie monastique. Il avait lui-même dirigé un 
monastère avant d'être élevé à l'épiscopat. C'est à sa 
demande (2) que Cassien rédigea son De institutis nœnohio- 
rum. Il était déjà mort lorsque la première partie des 
Collaliones, antérieure à 426, fut publiée (3). Sous son épis- 
copat, un groupe de clercs, ayant à leur tête un évêque 
Polychronius, chassés de leur pays, se réfugièrent dans le 
diocèse d'Apt et furent bien traités par lui (4). Fête le 
20 septembre. 

2. — lulius (5). — Siégea aux trois conciles de Riez 
(439), d'Orange (441), de Vaison (442). 

3. — Praete.Ttalus. — Siégea au concile d'Epaone, en 517; 
aux conciles provinciaux de 524, 529, 533 ; au concile d'Or- 
léans de 541 (6). On voit, par une lettre (7) du pape Vi- 
gile, du 22 mai 545, qu'il donnait alors de graves sujets de 
plainte. 

4. — Clementinus (8). — Siégea aux conciles nationaux 
de 549, 552, 573, ainsi qu'au concile provincial de 554. 

d'Apt, alléguées par Albanès, prouvent qu'au XI" siècle Auspicc et Quentin 
étaient considérés à Ajit comme d'anciens évéques de ce siège. 

(1) J. 349. 

(2) Lettre de Castor, P. L., t. XLIX, p. 53. 

(3) Cassien, 7ns/., préface; Coll., préfaces de la l" et de la 1^ partie. — 
D'après la vie de s. Castor, qui semble être encore manuscrite, son monas- 
tère aurait été à Nimes; c'est aussi ce document qui lui donne Quinlinus 
pour prédécesseur immédiat. La pièce, à en juger parce qu'en dit A'.banès, 
ne semble ni ancienne ni rassurante. — La mention de Castor dans la chro- 
nique dite de Tiro Frosper [M. G. Auct. an/., t. IX, p. C56j dérive des pré- 
faces de Cassien et n'y ajoute rien, si ce n'est une erreur de chronologie. 

(4) Lettre conservée dans le ms. canonique de Corbie {Paris, 12097, 
f. 143 V), publiée par Delalande, Suppl. ad conc. antiqua Galliae, p. 59 ; 
Albanès, G. C. nov., t. I, p. 441. 

(5) Inconnu au G. C. — Il y est remplacé par un Auxanius, polycarpique, 
et par un Asclepius, qui fut en réalité évêque de Cavaillon. Vient ensuite 
un Leonlius, également inventé [lar Polycarpe. 

(6) Un évêque du même nom figure dans la lettre de Lucidus (v. 575); 
mais ce ne peut être celui-ci. 

(7) Jaffé, 915. 

(8) Avant lui le G. C. insère un s. Eusebius, de provenance polycarpique, 
en tant qu 'évêque d'Apt. 



RIEZ. '^83 

5. — Pappus. — Assista aux conciles de Mâcoii et de 
Valence en 581 et 584; se fit représenter au second con- 
cile de Màcon, en 585. 

6. — Jnnocentius. — Assista au concile de Paris, en 
614 (1). 

7. — Maçinericus. - Signature au faux concile de Nar- 
bonne (788) (2). 

8. — Trudberlus. — Prit part à l'assemblée de Sermo- 
rens (v. 853) (3). 

9. — Paulus. — Nommé dans un contrat d'échange avec 
l'évêque de Sisteron, Bo)ius, en date du 4 juillet, anno oc- 
tavo re(]na7ite d. n. rege Lothario (863), ind. XV (867). La 
première date est la seule admissible (4). 

10. — Richardus. — Un évêque de ce nom signe, à l'as- 
semblée de Mantaille, en 876, avec le titre Agalhensis] il y 
a ici une faute évidente, Agde n'ayant jamais fait partie 
du royaume d'Arles; c'est probablement Aptensis qu'il faut 
lire (5). 

RIEZ. 

1. — Maœimus (6). — Ancien abbé de Lérins, où il avait 
exercé le gouvernement des moines pendant les sept années 
qui suivirent la promotion de saint Honorât à l'évèché d'Ar^ 
les (7). Ceci fixe à l'année 433 son élection au siège de 



(1) Inconnu au G. C. 

(2) L'évêque Geraldus, qui porte dans le G. C. le n° 13, provient d'une 
pièce apocryphe. — Un Paulus est marqué dans une charte dont on ne 
donne pas le texte, mais qui semble datée d'une façon incohérente. 

(3) D'Achery, Spicil., t. III, p. 343. 

(4) Albanès, qui a publié cette charte d'après le Cartulaire d'Apt (Par. 
17.778; G. C. nov., t. I, inslr., p. 442', adopte l'année 867, impossible, car 
alors la Provence obéissait à l'empereur Louis II. Même pour 863, il y a quel- 
ques difficultés (Poupardin, Le royaume de Provence, p. 34. note). 

(5) Albanès insère ici un saint Sendard, marqué dans le G. C. après Ge- 
raldus; il n'a pour lui qu'une charte fausse (G. C. nov., t. I, p. 209, 210) et 
une mention dans une charte du XI* siècle, qui ne permet pas de le dater. 

(6) Avant lui, le G. C. marque un s. Prosper, en notant bien qu'il ne doit 
pas être identifié avec le célèbre défenseur de saint Augustin. C'est saint 
Prosper de Reggio en Emilie. 

(7) Krusch, M. G. Auct. anlUjuiss., t. VIII, p. Liv. 



284 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Riez. Il assista aux conciles de Riez (439), d'Orange (441) 
et de Vaison (442) ; signa les lettres arlésiennes de 450 et 
451, et prit part au concile de Ravennius, dans l'affaire 
de Lérins. Il mourut le 27 novembre, jour où sa fête est 
marquée dans le martyrologe d'Adon. Sa vie fut écrite, au 
VP siècle, par Dynamius (1). 

2. — Faustus. — Déjà évêque en 462(2). Il avait succédé 
à saint Maxime comme abbé de Lérins ; il lui succéda 
comme évéque de Riez. Après avoir pris une part active à 
toutes les affaires ecclésiastiques de son temps et de son 
pays, Fauste fut exilé, vers 477, parle roi Euric; il revint 
à Riez après la mort de ce prince, arrivée en 485. Il vivait 
encore quand Gennadius publia son De viris illustribus (3). 
— Fête, 28 septembre (4). 

3. — Contumeliosus. — Il était déjà évéque avant la mort 
de saint Avit (518), qui lui adressa une lettre (5). Assista 
aux conciles de 524, 527, 529 ; déposé par celui de Marseille, 
en 533. Il est question de lui dans plusieurs lettres ponti- 
ficales (6), jusqu'en 535. 

4. — Faustus II. — Représenté au concile d'Orléans, en 
549. 

5. — Emeterîus. — Représenté au concile provincial de 
554 (7). 

6. — Claudianus. — Assista, en 573, au concile de Paris. 

7. — Urbicus. — Présent aux conciles de Valence (584) 



(1) Migne, P. L., t. LXXX. 

(2i II assista, le 19 novembre de cette année, à un concile de Rome 
(Jaffé, 555). 

(3) Sur Fauste, voyez l'excellente notice de M. Krusch, M. G. Scr. anliq., 
t. V!II, p. i,iv. 

(4) Albanès insère ici, sans la moindre raison, un évéque Didynie. 

(5) Ep. XV, p. 48 Peiper. Le siège, il est vrai, n'est pas indiqué; mais le 
nom est assez rare. 

(6^ Jaffé, 886, 887, 888, 890. 

(7) Ceci se déduit de ce qu'un diacre Claudianus représente à ce concile 
un évéque Emcterius; de ce que Fauste II, évéque de Riez, avait déjà été 
représenté en 549, au concile d'Orléans, par un diacre du même nom; enfin 
de ce qu'un Claudianus a été plus tard évéque de Riez, Le nom du siège 
n'est pas marqué dans le protocole de 554. 



rnKjus. 285 

et de Mâcori (585). Mentionné, vers 589, par Grégoire de 
Tours (1). C'est à lui que Dynamius dédia la vie de saint 
Maxime de Riez. 

8. — Claudius. — Marqué par Flodoard parmi les évoques 
qui assistèrent au concile de 627. Figure aussi au concile 
de Chalon-sur-Saône, en 650 (2). 

9. — Edoldus. — Assista, en 879, à l'assemblée de Man- 
taille. 

FRÉJUS. 

Il résulte du concile de Valence, tenu en 374, que, cette 
année-là, l'église de Fréjus élut pour évêque un certain 
Acceplus, lequel, pour échapper à l'épiscopat, s'accusa de 
crimes imaginaires, et fut, pour cette raison, jugé inad- 
missible. 

1. — Leontius (3). — Déjà évéque en 419, comme il ré- 
sulte d'une lettre du pape Boniface I (4). Cassien lui dédia 
ses dix premières conférences ; le concile d'Arles, relatif à 
Lérins, le mentionne comme prédécesseur du suivant. Il 
est aussi marqué dans une lettre de Célestin I, en 431 (5). 

2. — Theodorus. — Il fut élu évêque en 433, en môme 
temps ou à peu près, que saint Maxime de Riez (6). 
On trouve son nom au bas des conciles de Riez (439), 
Orange (441) et Vaison (442). Il souscrivit aussi à la lettre 
arlésienne de 450, et c'est son débat avec les Lériniens 
qui donna lieu au concile d'Arles sous Ravennius, auquel 
on assigne, par conjecture, la date de 455 (7). 

{\)Hist. Fr., IX, 41, 

(1) Le G. C. marque, sous les n" 10 et 11, des évêques, Archinricus et 
Absalo, dépourvus de références. Le n° 1?, Norlbertus, est un évéque de 
Reggio d'Emilie; quant au n» 13, Dernarius, il n'est nullement démontré 
que ce soit un évéque de Riez. Albanés aussi donne à cet endroit tout une 
série d'évéques fort douteux. 

(3) Après Acceptus, le G. C. marque, comme douteux, un Cylliiiius, dé- 
pourvu de références. 

(4) Jaflfé, 349. 

(5) Jaffé, 381. 

(6) Fauste, homélie 34, sous le nom d'Eusèbe d'Emèse. 

^7) Albanés insère ici un Aslerius, qui assista au concile romain de 465. 



286 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

3. — Victorinus. — Représenté au concile d'Agde, 
en 506. Un des correspondants de Rurice s'identifie sans 
difficulté avec lui (1). 

4. — lohannes. — Il est probable que l'évèque Jean, qui 
se fit représenter au concile artésien de 524, était un évê- 
que de Fréjus (2). 

5. — Desiderius (3). — Représenté au concile d'Orléans, 
en 541. 

6. — Expectatus. — Représenté au concile d'Orléans, 
en 549 (4) ; assista au concile national de Paris (552) et au 
concile provincial de 554. 

7. — Martinus. — Signa au privilège de Rebais (636). 

8. — X. — Un évêque de Fréjus est marqué parmi les 
signataires du faux concile de Narbonne (788) ; son nom ne 
s'est pas conservé. 

Depuis lors jusqu'au X^ siècle, on ne connaît aucun 
évêque de Fréjus. 

GAP. 

Le martyrologe biéronymien marque au 3 février deux 
évéques de Gap, Teridius et Remedius, qui ne sont men- 
tionnés dans aucun document du VI« siècle. Il est possible 
qu'ils soient antérieurs à la série ci-dessous (5). 

1. — Constanlius ou Constantinus (6). — Assista au con- 

C'cst un évoque du Forum Claudii, aux environs de Rome. Après lui il 
place l'évèque Anliolus (Sid, Apoll., ep. VIII, 14) de siège inconnu, qu'il 
identifie avec Auxilius, saint local de Fréjus. 

(1) Fausti ep. 7; Rurice, t. I, 40 [M. G. Scr. anl., t. VIII, p. Ti\, 341). 

(-1) Albanès, l. c, p. '.iii. 

(.3) Le G. C, suivi par Albanès, mari|ue avant lui un Lupercianus, qui 
assista aux conciles provinciaux du temps de saint Césairc; mais rien ne 
prouve qu'il ait été évêque de Fréjus. 

(4) Par un prêtre Epiphane, qu'Albanès croit être devenu par la suite 
évêque de Fréjus. Grégoire de Tours (H. Fr., VI, 24) parle d'un évoque Epi- 
phane, compromis dans l'affaire de Gundovald et qui mourut en prison. 

(5) Cependant on pourrait leur trouver place entre Constantius et Vellc- 
sius et entre celui-ci et Sagittarius. Sur Remedius, voy. p 101, note 2. 

(G) Le G- C. donne d'abord un saint Demelrius, considéré comme premier 
évêque, mais sans documents certains (cf. Ac/a SS. ocl , t. XL p- T'Jô) ; je 



GAP. 287 

cile d'Epaone, en 517 ; se fit représenter au concile provin- 
cial de 524 et parut à ceux de 527 et 529. Marqué au 
12 avril dans le martyrologe hiéronymien. 

2. — Vellesius (1). — Présent aux conciles nationaux de 
549 (Orléans) et de 552 (Paris), ainsi qu'au concile provin- 
cial de 554 (2). 

3. — Sagittarius. — Célèbre par ses exploits et aven- 
tures peu ecclésiastiques. Figura aux conciles de Lyon (570) 
et de Paris (573) ; fut déposé définitivement en 579 (3). 

4. — Aredius. — Assista aux conciles de Valence (584) et 
et de Màcou (585) ; correspondant de saint Grégoire le Grand 
jusqu'à l'année 601 (4). Sa vie a été écrite par un contem- 
porain (5); fête, le 1" mai. 

5. — Volatonius. — Mentionné dans la vie d'Aredius 
comme son successeur; siégea, en 614, au concile de Paris. 

6. — Potentissimus. — Siégea, en 650, au concile de 
Chalon sur-Saône. 

7. — Symphorianus. — Mentionné dans le testament 
d'Abbon (6), en 739, comme un ancien évêque de Gap, 
évincé de son siège a malis hominibus. 

8. — Donadeus. — Signature au bas du faux concile de 
Narbonne (788). 

9. — -Birico. — Assista au concile de Ponlhion, en 876, 
et à l'assemblée de Mantaille, en 879. 



soupçonne qu'il n'est pas distinct du célèbre martyr de Thessalonique: puis 
un Conslanlinus, qui est un être composite, formé du présent Constantius 
et de Constantianus, évêque de Carpcntras. Albanés reproduit cette erreur. 

(1) Le G. C. insère avant lui les deux évéques Teridius et Remigius. 

(2) Il faudrait peut-être l'identifier avec le Vellesius évêque, marqué au 
20 mai dans le martyrologe hiéronymien, sans indication de siège. 

(3) Sur ce personnage, voy. Greg. Tur., llist. Fr., IV, 42; V, 20, 27; VU, 
'28, 34, 37, 38, 39. 

(4) Jaffè. 1748, 1832. 

(5) Acla. SS. mai., t. I, p. 109; cf. Anal. BolL, t, XI, p. 384, où l'on en 
donne une recension du Xl« siècle, bien inférieure au texte original. 

(6) Marion, Carlulaire de saint Hugues, p. 34. 



288 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULË. 



SISTBRON. 

1. — lohannes (1). — Siégeait au temps du roi Gonde- 
baud (2), lequel mourut en 509. 

2. — Valerius. — Assista au concile d'Epaone, en 517. 

3. — Avolus. — Assista au concile national de 541 (Or- 
léans), se fit représenter au concile de 549, tenu aussi à 
Orléans, et au concile provincial de 554. 

4. — Genesius. — Présent au concile de Paris, en 573. 

5. — Polychronius. — Assista au concile de Valence, en 
584 ; députa à celui de Mâcon, en 585. 

6. — Secundinus. — Signa au concile de Paris, on 614. 

7. — Bonus. — Mentionné dans un contrat d'échange, 
qui paraît être de 863 (3). 

ANTIBES. 

1 . — Armentarius (4). — Assista au concile de Vaison, en 
442. On retrouve son nom au bas des épîtres arlésiennes 
de 450 et 451 (5). 

2. — Agroecius. — Assista au concile d'Agde, en 506 ; 
fut représenté, en 524 et 528, aux conciles provinciaux. 

(1) Le G. C. inarque, en tète (io sa liste, un Chrysaphius, qui a signé les 
lettres arlésiennes de 440 et de 451 : mais son siège est inconnu. L'attribu- 
tion à Sisterou remonte, en définitive, au témoignage de Polycarpe. 

(2) Ceci résulte de la vie de saint Marins, Migne, P. L., t. LXXX, p. 11. 

(3) Ci-dessus, p. 283. — Avant Bonus, le G. C. insère trois évéques : Mag- 
niberlus, Amanlius, Virmagnus, après lui un Johannes, auteur présumé 
d'une charte (Mabillon, De re dipl., p. 614) fort suspecte, datée VII kal. 
april. ind. XI, anno XII régnante domno Carolo piissimo ac serenissimo 
augusto, ce qui ne peut s'appliquer ni à Charlemagne, ni à Charles le 
Chauve, ni à Charles le Gros. L' « original » de cette charte se trouve aux 
archives du Gard (H. 138); tout le texte, y compris les signatures, y est de 
la même main, qui peut remonter au XI* siècle (Communication de M. de 
Manteyor). Elle est censée confirmée par quatre évéques, Vivenlius, Aman- 
lius, Secundinus et Virmagnus : Secundinus est sûrement le nom d'un 
évéque de Sisteron, mais antérieur à Charlemagne. 

(4) l'cut-étre y a-t-il lieu de placer avant lui le Remigius dont il a été 
question ci-dessus, p. 101, note 2. 

(5) Le G. C. insère ici un \'a/e(jus, sans réféjcnccs précises. 



ANTIBES. 289 

3. — Eucherius. — Assista aux conciles provinciaux de 
529 et 533, ainsi qu'au concile national de 541 (Orléans). 

4. — Eusebius. — Se fit représenter au concile national 
de 549 (Orléans). 

5. — Optatus. — Assista au concile de Paris, en 573; 
députa au concile de Mâcon, en 585. 

6. — Eusebius II. — Assista, en 614, au concile de 
Paris (1). 

7. — Deocarus. — Présent, en 650, au concile de Chalon- 
sur-Saône. Signa, en 660, le privilège pour Sainte-Co- 
lombe. 

8. — Autbertus. — Signature au bas du faux concile de 
Narbonne (788?) (2). 



(1) Manque au G. C. 

[1) Après Autbertus, le G. C. place un Heldebonus, dont la signature se 
trouve au bas d'un diplôme de 828, pour Lérins; mais il n'est pas sûr que 
cet Heldebonus soit un évêque d'Antibes. — Après lui, jusqu'au X* siècle 
assez avancé, aucun évêque d'Antibes n'est mentionné. 



i9 



CHAPITRE VIII 



LA PROVINCE D EMBRUN. 



Lors de son organisation à la fin du VIII® siècle, la pro- 
vince d'Embrun avait les mêmes limites que l'ancienne 
province romaine des Alpes Maritimes. Mais sur les huit 
cités que comprenait celle-ci, deux, la civitns Rigomagen- 
siuni et la civitas Salinensium avaient disparu depuis trois 
siècles environ. Réduite à six diocèses, la province se 
maintint jusqu'à la Révolution; elle s'agrandit même aux 
dépens de sa voisine, la province d'Aix, par l'accession du 
diocèse d'Autibes. 

EMBRUN. 

1. — Marcellinus. — Le premier apôtre et le premier 
évêque d'Embrun. Sa date est à peu près déterminée par 
cette circonstance, racontée dans sa vie (1), que ce fut saint 
Eusèbe de Verceil qui, avec Emilien de Valence, lui donna 
la consécration épiscopale. Eusèbe fut exilé en 355; il ne 
revint en Italie qu'à la fin de 362 et mourut en 370 ou 371. 
Je crois que la fondation de l'église d'Embrun doit être 
placée plutôt dans la seconde partie de son épiscopat que 
dans la première. La fondation du siège épiscopal doit 
être en rapport avec la résurrection de la cité, et celle-ci 
semble bien se rattacher à divers remaniements du temps 

(Il Document de bonne note; Acta SS. april., t. II, p. 751. 



EMBRUN. 291 

de Valeiitinieii I et de Gratien, comme la fondation de la 
Narbonnaise II®, le changement de Culo.ro en Gratiano- 
polis, etc. (I). 

2. — Armentarius. — L'ordination irrégulière de cet 
évéque fut annulée peu après par le concile de Riez 
(19 nov. 439). C'est sans doute à sa place que l'on installa 
le suivant. — Le concile de Riez se tint vingt mois après 
la mort du prédécesseur d'Arraentarius. C'est donc en 
mars 438 que le siège s'était trouvé vacant. 

3. — Ingenuus. — Siégea aux conciles d'Orange et de 
Vaison, en 441 et 442, ainsi qu'au concile relatif à Lérins, 
sous Ravennius. Signa les lettres arlésiennes de 450 et 451. 
Très mêlé aux affaires de la province, il est nommé, en 
464, dans une lettre du pape Hilaire. Il assista, le 19 no- 
vembre 465, au concile de Ronae. 

4. — Calulinus. — Assista, en 517, au concile d'Epaone. 

5. — Gallicanus. — Députa, en 524, au concile provin- 
cial ; il assista à ceux de 527 et de 529, ainsi qu'au concile 
national d'Orléans, en 541 ; fut représenté à celui de 549 (2). 

6. — Salonius. — Ancien diacre de Lyon, connu par des 
aventures qui finirent par lui valoir une sentence de dépo- 
sition, prononcée en 579 (3). Antérieurement, il avait as- 
sisté, en 570, au concile de Lyon, et, en 573, à celui de 
Paris. 

7. — Emeritus. — Signa, en 585, au concile de Mâcon. 

8. — Lopacharus. — Assista, en 614, au concile de Paris (4). 

9. — Aetherius. — Assista, en 650, au concile de Chalon- 



(1) Après s. Marcellin, le G. C. insère Arlemius, qui signa au concile de 
Valence, en 374, sans indication de siège, et lacobus, honoré comme saint 
dans le pays (cf. ci-dessus, p. 244). Mais rien ne prouve, comme le G. C. le 
fait remarquer pour Artemius, que ces deux personnages aient été évéques 
d'Embrun. 

(2) Le G. C. le divise, avec doute, en deux personnages séparés par un 
s. Palladius, lequel n'est connu que par des documents hagiographiques de 
peu de valeur. Cf. Acla SS. iun., t. IV, p. 95. 

(3) Greg. Tur., H. Fr., IV, 42; V, 20, 27. 

(4) Inconnu au G. C. A sa place, on trouve deux saints, Alfonsus et Albi- 
nus. Celui-ci paraît être identique à saint Aubin d'Angers. 



292 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

sur-Saône; signa le privilège de Clovis II pour Saint- 
Denis, document du 22 juin 654 (1). 

10. — Chrarulinus. — Mentionné dans un diplôme (2) de 
Thierry III, de 677, comme un usurpateur de l'évêché 
d'Embrun. 

11. — Agen'cus. — Invité, en 828, au concile de Lyon (3). 

12. — Arbertus. — Présent à l'assemblée de Sermorens 
(v. 853), où fut jugé un litige entre l'archevêque de Vienne, 
Agilmar, et le comte Wigeric (4). 

13. — Bertmundus. — Lettre (5) du pape Jean VIII (874-5) ; 
concile de Ponthion, en 876. 

14. — Aribertus. — Deux lettres de Jean VIII, toutes 
deux de l'année 878, lui sont adressées (6). 

15. — Arnaldus. — Prit part, en 890, au concile de Va- 
lence, où fut élu le roi de Provence, Louis, fils de Boson ; 
en 899, il présida à la consécration de l'archevêque de 
Vienne, Ragenfredus (7). Arnald est connu comme abbé de 
Saint-Barnard de Romans en février 889 et en 905. Il 
mourut avant novembre 908 (8). 

DIGNE. 

L'église de Digne doit sûrement sa fondation aux deux 
saints Domninus et Vincentius , mentionnés dans la vie de 



(1) La chronique de Novalaise {M. G. Scr., t. VII, p. 79) qualifie d'arche- 
vêque d'Embrun l'évéque de Maurienne Walchinus, noranié dans les char- 
tes d'Abbon. Ce témoignage tardif ne peut prévaloir contre la teneur des 
chartes, d'où il résulte que Walchinus était évéque du diocèse où Nova- 
laise fut fondée; à la rigueur cependant, on pourrait admettre qu'un même 
personnage eût réuni les deux évéchés. 

^'2) Pardessus, t. II, p. 179. Cf. Bibl de l'Ecole des chartes, t. XLVI (1885), 
p. 720 (J. Havet). 

(3) Bôhmer-Mùhlb., 827. 

(4) D'Achery, Spicil., t. III, p. 343. 

(5) Jaffé, 3001. 

(6) Jaffé, 3128, 3155. — Après lui, le G. C. insère un Ermaldus, provenant 
du faux concile narbonnais censé tenu in villa Porlu, en 886. Ce nom repré- 
sente vraisemblablement une déformation du suivant. 

(7) Marion, Cart. de Grenoble, p. 202. 

(8) Cartul. de Saint-Barnard, 2» éd., n" 4, 5 et 7. 



I 



DIGNE. — SENEZ. 293 

saint Marcellin. Mais il n'est pas démontré qu'ils aient été 
évêques (1). 

1. — Pentadius. — Assista, en 506, au concile d'Agde. 
Un Pentadius figura aussi au concile de Marseille, en 533. 
C'est peut-être le même (2). 

2. — Hilarius. — Signa, en 549, au concile national 
d'Orléans; en 554, au concile provincial d'Arles. 

3. — HeracLius. — Sa signature se trouve au bas du 
concile de Paris, en 573, et de ceux de Mâcon, en 581 et 
585. 

4. — Agapius et Bobo , évêques simultanés, soit que le 
diocèse eût été partagé, soit qu'ils fussent compétiteurs, 
furent déposés, en 650, par le concile de Chalon-sur- 
Saône (c. 20). 

5. — Ragambaldus diaconus, Dunensis (sic) vocatus epis- 
copiis, figure parmi les signataires du faux concile de Nar- 
bonne (788). 

6. — Bledricus. — Assistait, en 899, à l'élection de Ra- 
ganfredus, archevêque de Vienne (3). 

SENEZ. 

1. — Marcellus (4). — Assista au concile d'Agde, en 506. 

2. — SimpUcius. — Assista au concile d'Orléans, en 541, 
et, en 554, au concile provincial d'Arles. 

3. — Vigilius. — Députa au concile de Mâcon, en 585. 

4. — Marcellus IL — Assista, en 614, au concile de 
Paris (5). 



(1) Le G. C. les met en tête de la liste et les fait suivre d'un Nectarius, 
qui, comme il a été démontré depuis, fut en réalité évéque d'Avignon, et 
d'un Memorialis (Jaffé, 557) de siège inconnu. 

(2) Après Pentadius, le G. C. marque un Porcianus, qui signa aux con- 
ciles provinciaux de 524, 527, 529 et 533, sans indication de siège. 

(3) Marion, Cavt. de Grenoble, p. 262. 

(4) Avant lui, le G. C. marque un Ursus assigné à ce siège par le ms. de 
Savaron, c'est- à dire par un document pol^'carpique. 

(5) Manque au G. C, dont la série, après Vigilius, ne recommence que 
vers l'an mil. 



294 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

GLANDÈVE. 

1. — Claudius (1). — Députa, en 541, au concile d'Or- 
léans. 

2. — Basilius. — Assista, en 549, au concile d'Orléans; 
fut représenté, en 554, au concile provincial. 

3. — Promotus. — Siégea, en 573, au concile de Paris. 

4. — Agroecius. — Présent, en 585. au concile de Màcon. 
La série s'interrompt alors jusqu'au déclin du X® siècle. 

VENGE. 

1. — Severus (2). — Assista, en 439, au concile de Riez; 
en 442, à celui de Vaison. C'est probablement lui qui figure 
dans Tadresse d'une lettre pontificale de 419 (3). 

2. — Veianus. — Saint Veran, fils de saint Eucber de 
Lyon, élève de Salvien. Signala lettre artésienne de 451. 
Il écrivit au pape Léon avec les évéques de Grenoble 
(Ceretius) et de Genève (Salonius) (4). Il est encore ques- 
tion de lui dans la correspondance du pape Hilaire (5), 
jusqu'à l'année 465 (6). 

3. — Deuterius (7). — Siégea aux conciles d'Orléans, en 
541 et 549, et à celui de Màcon, en 585. Grégoire de 
Tours note (8) qu'il mourut en 588 et fut remplacé par 



(1) Dans le G. C. la série commence par un Fralernus, dont l'attribution à 
Glandéve repose sur un document polycarpique. 

('2) Le G. C. ouvre la série des évéques de Vence par un Eusebius, de pro- 
venance polycarpique, par un s. Iuvi)iius, tiré d'une mauvaise vie de saint 
Veran, enfln par un Arcadius, dont l'attribution à Vence est sûrement fau- 
tive, puisqu'il siégeait au concile de Riez en même temps que Severus. — 
Il ignore Severus. 

(3) Jaffé, 349. 

(4) Migne, P. L., t. LIV, p. 887 lep. 68). 

(5) Jaffé, 555, 562. 

(6) Peut-être faut-il l'identifier avec le Verianus mentionné dans l'épître 
de Lucidus, auquel cas il aurait atteint l'année 474 environ. 

(7) Avant Deuterius, le G. C. intercale Prosper et Firminus , sans réfé- 
rences. 

(8) Hist. Fr., IX, 24. Cf. ci-dessus, p. 84, n. 1. 



VENGE. — THORAME. — CASTELLANE. — CIMIEZ. 295 

4. — Phronimias, ancien évéque d'Agde. 

5. — Aurelianus. — Siégea, en 650, au concile de Chalon- 
sur-Saône. 

6. — Lieuladus. — Connu par une lettre qu'il écrivit, 
en 868, à l'archevêque de Rouen, Wenilo (1). 

7. — Utifredus. — Dans une lettre expédiée en mars 
878 (2) le pape Jean VIII reproche à l'archevêque d'Em- 
brun, Aribert, d'avoir écarté du siège de Vence un diacre, 
Waldenus, régulièrement élu et approuvé par l'empereur 
Charles le Chauve (f 6 octobre 877), et d'en avoir ordonné 
un autre. Une lettre du mois de septembre de la même 
année (3) est adressée à Utifredus, évéque de Vence, lequel 
paraît être le rival de Waldenus (4). 

Après lui, la série s'interrompt jusqu'au XP siècle. 

THORAME {civitas Bigomagensium ?). 

Le seul évéque connu est Severianus, qui assista aux 
conciles de Riez (439) et de Vaison (442), et signa, en 450, 
la requête en faveur du rétablissement de la métropole 
d'Arles (5). 

CASTELLANE [civitas Salinensium) . 

On n'en connaît aussi qu'un évéque, Claudius, qui as- 
sista, en 439, 441 et 442, aux trois conciles de Riez, Orange 
et Vaison. 

CIMIEZ. 

1. — Valerianus. — Saint Valérien (24 juillet). Assista 
aux conciles de Riez (439) et de Vaison (442) ; signa les 



(1) Migne, P. L., t. CXXIX, p. 1392. 

(2) Jafifé, 3128. 

(3) Jaffé, 3196. 

(4) Après lui, le G. C. insère un Elias comme ayant assisté à l'assemblée 
de Mantaille (879); mais c'est un évéque de Vaison. 

(b) Jaffé, 4ûU. 



296 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

lettres arlésiennes de 450 et 451 ; fut mêlé, un peu plus 
tard, au différend entre Lérins et Fréjus, différend qui fut 
porté devant le concile d'Arles (v. 455). Il reste de lui une 
lettre et des homélies (1). 

2. — Magnus. — Signa au concile national de 549 (Or- 
léans) comme episcopus Cemelensis et Nicaensis, au concile 
provincial d'Arles, en 554, comme episcopus Cemelensis. 

Le siège fut supprimé peu après lui et le diocèse réuni 
à celui de Nice. 

NICE. 

Sous le haut empire, Cimiez et Nice, bien que situées à 
trois quarts d'heure l'une de l'autre, n'appartenaient pas à 
la même province. Cimiez [Cemenelum) était alors le chef- 
lieu de la province des Alpes Maritimes ; Nice, dépourvue 
d'autonomie municipale, relevait de la cité de Marseille, 
dont les autorités y étaient représentées par un fonction- 
naire appelé episcopus (2). Au temps du concile d'Arles, 
en 314, sa situation municipale n'avait pas encore changé ; 
les délégués de l'église de Nice signent ex porlu Nicaeîisi, 
et non pas eœ civitale Nicaensi. L'évêque d'alors n'assista 
pas de sa personne au concile ; le premier dont on connaisse 
le nom est 

1. — Amantius. — Présent, en 381, au concile d'Aquilée. 

A ce concile d'Aquilée assistait aussi l'évêque de Mar- 
seille, Proculus. Comme les successeurs de Proculus, les 
évêques de Nice du V^ siècle manquent régulièrement les 
conciles provinciaux de la métropole d'Arles. Le pape (3) 
Léon (440-461), plus probablement dans la seconde moitié 
de son pontificat, réunit, à la demande de Veranus, évêque 



(1) Migne. t. LII. p. 691. Après Valerianus, le G. C. insère, avec beaucoup 
de doute, un Dulherius qui n'a, en effet, aucune référence sérieuse. 

(2) C. /. L., t. V. n°7914. 

(3) Sur ce qui suit. voy. la lettre du pape Hilaire (Jaffé, ô(Jl; Thiel, Epp. 
R. P., t. I, p. 152), et Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 
t. XLIII, 37 et suiv. 



NICE. 297 

de Vence, et de ses comprovinciuiix (1), les deux évêchés 
de Cimiez et de Nice. Un rescrit en sens contraire fut ob- 
tenu du pape Hilaire, successeur de Léon, par un évêque 
Auxanius, dont le siège n'est pas indiqué (2), qui assista, 
le 19 novembre 462, en compagnie de Fausle de Riez, à un 
concile romain. C'est probablement peu après ce concile 
que le rescrit d'Hilaire fut expédié et que les deux sièges 
furent de nouveau séparés. Mais cette solution ne faisait 
pas l'affaire de l'évéque d'Embrun, Ingenuus, lequel, en 
ces temps-là, essayait, avec l'appui du pape, de se consti- 
tuer une juridiction métropolitaine. Il commença par or- 
donner lui-même un évêque à Nice, puis il se rendit à 
Rome pour le concile du 19 novembre 465, en compagnie 
de l'évéque d'Avignon, Saturnin, et obtint d'Hilaire un se- 
cond rescrit, contraire au premier, par lequel il prescrivait 
de remettre les choses en l'état où les avait mises son pré- 
décesseur Léon. Ce rescrit, le seul des trois qui se soit 
conservé, est adressé à Léonce, évêque d'Arles, et à deux 
autres évoques, Veranus, de Vence, et Victurus, de siège in- 
connu. Ces prélats sont chargés de l'exécuter, après enquête. 
Ingenuus avait raconté au pape que, s'il avait ordonné 
un évêque à Nice, c'était pour empêcher les effets de l'am- 
bition d'un autre, ad eœcludendam cupiditatem ambitionis 
alienae. Cet autre, c'est évidemment l'évéque auquel reve- 
nait de droit l'ordination de l'évéque de Nice, du moment 
qu'il y avait un siège de Nice. Il est clair que ce ne peut 
être ni l'évéque d'Embrun ni l'évéque d'Arles (3); l'évéque 
d'Aix ne pouvait avoir aucune prétention sur une localité 
située en dehors de la Narbonnaise II". Reste l'évéque de 



(1) Cum céleris provinciae sacerdolibus (Thiel, Epp. R. P., t. l, p. 154) ; on 
ne voit pas bien s'il s'agit de la province civile des Alpes Maritimes ou de 
la province ecclésiastique d'Arles. 

(2) On lui a souvent attribué le siège d'Aix ; mais c'est une simple con- 
jecture. 

(3) Celui-ci étant chargé par le pape de régler l'affaire, se serait trouvé à 
la fois juge et partie. Ingenuus se fût bien gardé de lui laisser confier 
l'exécution du rescrit. 



298 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Marseille; Nice avait fait autrefois partie de la cité de Mar- 
seille, et rien ne prouve que cet état de choses eût encore 
été modifié. Nous avons vu que l'évêque de Nice figure 
aux conciles ou s'en absente dans les mêmes cas que 
l'évêque de Marseille. La lettre du pape Hilaire qualifie 
Nice de castellum^ et Ciraiez de civitas. Tout porte donc 
à croire que Cimiez et Nice dépendaient encore, au point 
de vue civil et au point de vue ecclésiastique, de deux 
métropoles différentes ; que Nice ressortissait encore à 
Marseille, tandis que Cimiez ressortissait à Embrun au 
civil, à Arles au spirituel. Du reste cette juridiction ec- 
clésiastique de Marseille n'est pas une anomalie trop ex- 
traordinaire. Marseille avait été, jusqu'au commencement 
du V siècle, la métropole ecclésiastique de bien d'autres 
localités de ces contrées. 

2. — X. — L'évêque ordonné par Ingenuus, dont on 
ignore le nom. 

Après lui, les deux sièges furent réunis, suivant les res- 
crits des papes Léon et Hilaire. La sentence d'exécution 
rendue par Léonce d'Arles ne nous est pas parvenue, mais 
il est sûr qu'elle fut couforme à la lettre pontificale de 465, 
puisque nous trouvons, au milieu du VP siècle, un epis- 
copus Cemelensis et Nicaensis (1). Mais si l'union était des- 
tinée à persister, c'était Nice et non pas Cimiez qui était 
appelée à en bénéficier. Cimiez fut détruite par les Lom- 
bards, et Nice devint le siège de la civitas et de l'évêché. 

3. — Austadius. — Mentionné dans un récit de Grégoire 
de Tours, relatif à l'année 581 environ (2). 

4. — Catulinus. — Se fit représenter au concile de 
Mâcon, en 585, avec le titre d'évêque a Nicia. 

5. — Abraham. — Présent, en 614, au concile de 
Paris (3). 



(1) Ci-dessus, p. 296. 

(2) HisL Fr., VI, 6. 

(3) Cet evéque est omis par le G. C, qui met à sa place un Siacrius, 
fourni par un document des plus suspects. 



NICE. 299 

6. — lohannes. — Signature au bas du faux concile de 

Narbonne (788), avec le litre Cimelanensis episcopus. 

Il faut ensuite descendre jusqu'à la fin du X* siècle pour 

rencontrer de nouveau un évêque de Nice. 



CHAPITRE IX. 



LA PROVINCE DE NARBONNE. 



Telle qu'elle esl définie dans la yotitia Galliarum, la 
province de Xarbonnaise l" comprenait cinq territoires de 
cités, dont trois grands et deux petits. Les trois grands 
étaient ceux de Toulouse, Narbonne et Nimes ; les deux 
petits, ceux de Lodève et de Béziers. Au commencement 
du V* siècle, toutes ces cités étaient devenues des dio- 
cèses épiscopaux. Par la suite des temps et pour diver- 
ses causes, les plus grands furent divisés. L'évêque 
d'Uzés apparaît dés la première moitié du V* siècle; celui 
d'Agde au commencement du siècle suivant; celui de 
Maguelonne en 589 seulement. Ces trois diocèses furent 
démembrés de celui de Nimes. En 571 il est pour la pre- 
mière fois question d'un évéque d'Elne, en 589 d'un évé- 
que de Carcassonne, diocèses démembrés de celui de Nar- 
bonne. Toulouse maintint jusqu'à la fin du XIII« siècle 
l'unité de son ressort épiscopal. 

Théoriquement, la province ecclésiastique de Narbonne 
coïncide avec la ISarbonensis Prima du temps d'Honorius. 
En fait, il en fut rarement ainsi. Aussi loin qu'on peut re- 
monter, c'est-à-dire dès la première moitié du V^ siècle, 
l'évéché d'Uzès gravite (1) autour de la métropole d'Arles 
et non point autour de celle de Narbonne. Mais c'est sur- 
tout à partir du VI® siècle que la dislocation se produit. 

(I) Cf. ci-dessus, p. 121. 



LA PROVINCE DE NARBONNE. 301 

La conquêle de l'AquiUiiiie par les Francs, au temps de 
Clovis et de Théodebert, rejeta les Wisigoths au delà des 
Corbières et des Cévennes. Toulouse devint ville franque; 
Uzès aussi (1). La ville de Niraes resta aux Wisigoths; 
mais une partie de son territoire ayant été conquise par les 
Francs, il y fut fondé un évéché spécial, celui d'Arisitum. 
Lodève, temporairement annexée, repassa avant 589 dans 
l'obédience gothique. Au VIP siècle, les notices espagno- 
les (2) décrivent la province de Narbonne comme composée 
des diocèses de Narbonne, Elne, Carcassonne, Béziers, 
Lodève, Agde, Maguelonne et Nimes. Elles trouvent une 
confirmation dans les signatures des conciles de Tolède et 
de Narbonne, en 589, et, en général, dans les documents, 
conciliaires ou autres, relatifs à cette partie du royaume 
wisigothique. 

Quand la Septimanie, conquise sur les Wisigoths par les 
Arabes, fut reprise à ceux-ci par l'empire franc (759), les 
sièges de Toulouse et d'Uzès rentrèrent naturellement 
dans l'obédience de Narbonne. 

D'autre part, un certain nombre d'évêchés (3) transpy- 
rénéens de l'ancienne province de Tarragone furent an- 
nexés à la France par les conquêtes de Charlemagne et 
de Louis le Pieux. On les rattacha à la métropole de Nar- 
bonne, et cette situation dura jusqu'à la fin du XP siècle. 
Ces évêchés étaient ceux d'Urgel, de Vich CAusona) , de 
Girone (Gerunda) et de Barcelone. Outre ces quatre an- 



(1) 11 semble bien qu'alors, comme au V' siècle, Uzès se soit rattachée à 
la province métropolitaine d'Arles. Cf. Greg. Tur. Hist. Fr., VI, 7. 

('2) Haidouin, Conc, t. III, p. 374 et suiv. L'une de ces notices mentionne 
dix noms au lieu de huit. Cela vient de ce que Nimes y figure deux fois, 
sous les noms de Nemis et d'Enemaso, et de ce que CoUioure (Caucoliberi), 
sanctuaire célèbre de saint Vincent (voir les martyrologes, depuis le hiéro- 
nymien, au 19 mai), est adjoint au siège épiscopal d'Elne. 

(3) Girone (avec Ampurias) fut conquise on 785 \^CIiron, Moissiac, cf. Al- 
cuin, ep. 14). Urgel l'était déjà en 766 ^conc. de Narbonne), ou, au plus 
tard, en 79'2. Ausona (Vich) dut avoir le même sort vers le même temps, 
en tout cas avant 795 [Vila. Ludovici, c. 6). Barcelone, après diverses vicis- 
situdes, fut définitivement annexée en 801. 



302 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

ciens sièges, les conciles wisigoths du VP et du VIP siè- 
cle nous en présentent, pour la même région, deux autres, 
ceux d'Empuriae (Ampuriasj et d' Egara. Le diocèse d'Em- 
puriae fut adjoint à celui de Girone, le diocèse d'Egara à 
celui de Barcelone. La province de Narbonne atteignit 
alors sa plus grande extension ; elle compta jusqu'à treize 
suffragants : Toulouse, Nimes, Béziers, Lodève, Uzés, 
Agde, Maguelonne, Carcassonne, Elne, Girone, Barcelone, 
Vich, Urgel. 

Au X® siècle, deux tentatives se produisirent pour re- 
constituer en Catalogne une province ecclésiastique auto- 
nome. L'abbé de Montserrat, Césaire, se fit sacrer ar- 
chevêque de Tarragone par les évoques de la Galice ; il 
essaya même de faire légaliser sa promotion par le pape 
Jean XII (1). Atton, évêque de Vich, réussit temporaire- 
ment là où Césaire avait échoué : le pape Jean XIII 
releva, en 971 (2), les droits métropolitains en faveur du 
siège de Vich. Mais il ne fut pas donné suite à cette en- 
treprise : l'archevêque de Narbonne conserva ses suffra- 
gants transpyrénéens jusqu'à la fin du XP siècle. En 1091, 
Urbain II (3) reprit un moment le dessein de Jean XIII ; 
puis un nouveau sursis intervint. On attendit que Tarra- 
gone, qui était encore en ruines et au pouvoir des Maures, 
fût reconquise et rebâtie. Cela fait, le pape Gélase II con- 
féra, en 1118, le titre de métropolitain de Tarragone à 
l'évêque de Barcelone Oldegar ; après la mort de celui-ci 
(1137), les deux diocèses furent séparés et la juridiction 
métropolitaine de Tarragone reprit son ancien fonctionne- 
ment, suspendu pendant quatre siècles. 

NARBONNE. 

1. — Pauius. — Considéré dès le VI» siècle comme le 



(1) Florez, Esp. Sagrada, t. XIX, p. 366. 
(?) Jaffé, 3746-50. 
(3) Jaffé, 5450. 



NARBONNE. 303 

premier évoque (1). Grégoire de Tours le rapporte au mi- 
lieu du IIP siècle. Sa vie (2) ne fournit aucun renseigne- 
ment sur le temps où il aurait vécu. Elle ne le met point 
en rapport avec les apôtres. Le martyrologe hiéronymien 
marque sa fête au 22 mars. Au IX* siècle, Adon, précédé 
en cela par le « petit martyrologe romain » lui donne le 
titre de discipulus apostolorum (3). On l'identifla plus tard 
avec le proconsul Sergius Paulus, dont il est question dans 
les Actes des apôtres. 

2. — Hilarius (4). — Mentionné dans les lettres pontifi- 
les en 417, 419 et 422 (5). 

3. — Husticus. — 11 résulte de la célèbre inscription de 
la cathédrale et des autres inscriptions où il est question 
de Rusticus, que son épiscopat commença le 9 octo- 
bre 427 (6) ; ces inscriptions vont de l'année 441 à l'an- 
née 456-7. Les lettres arlésiennes et la correspondance 
pontificale le mentionnent souvent (7), jusqu'à l'année 458. 
Il paraît être mort en 461 (8). 

4. — Hermès. — Ordonné par Rusticus pour l'église de 
Béziers ; n'ayant pas été agréé par les Biterrois, il revint à 
Narbonne, où il succéda à Rusticus. Cette translation dé- 



(l) Grég. de Tours, Hist. Fr., I, 30. 
(1) Acta SS. martii, t. III, p. 371. 

(3) Tous ces documents le qualifient de confesseur. Prudence, le plus 
ancien auteur qui ait parlé de ce saint {Peristeph., IV, sir. 9), semble le 
ranger au nombre des martyrs, 

(4) Le G. C. introduit ici, sans référence, un s. Sleph.mus et aussi le Ga- 
vidius de Sulpice Sévère {Chron., II, 41) que rien ne prouve avoir été évé- 
que de Narbonne. 

(5) Jaflfé, 33?, 349, 362. Cf. ci-dessus, p. 1U7, 111. 

(6) Mommsen (C. /. L., t. XII , n» 5336) fixe son avènement au 9 octo- 
bre 442. Cela est impossible. En effet, l'inscr. n« 5337 est datée de sa 
30' année d'épiscopat, et nous savons de bonne source (Jaffé, 553; qu'il était 
déjà remplacé en 462. 

(7) Jafife, 434, 479, 480, 544. 

(8) Usuard marque son anniversaire au 20 octobre, ce qui exclut l'année 
46-2. L'affaire de sa succession étant encore agitée en novembre 462 (Jafifé, 
554), il n'est guère possible de remonter plus haut que l'année 461. Cf. ci- 
dssbus, p. 127, 129. 



304 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

plut au pape Hilaire, qui priva Hermès de ses pouvoirs de 
métropolitain (1). 

5. — Caprarius. — Députa au concile d'Agde, en 506. 

6. — Migetius (%. — Conciles de Tolède et de Narbonne, 
en 589; concile de Tolède, en 597. 

7. _ Sergius. — Décret de Gundemar, en 610 (3). Une 
lettre du comte de Septimanie, Bulgar, lui est adressée; 
une autre le mentionne; ces lettres doivent aussi être de 
l'année 610 environ (4). 

8. — Selva. — Conciles de Tolède, en 633 et 638. 

9. — Argehaudus. — Mentionné par Julien de Tolède (5), à 
propos de la révolte de Paul contre le roi Waraba, en 673. 

10. — Sunifredus. ■— Représenté aux conciles de Tolède, 
en 683 et 684; présent à celui de 688. Reçut, vers 689, une 
lettre de l'évêque de Barcelone Idalius (6). 

(1) Jaffé, 554, 555; cf. ci-dessus, p. 129. 

(2) Avant lui le G, C. insère un Aquilinus, d'après une vie de saint de 
très basse époque et sans aucune autorité (Acla SS. ian., t. I, p. 741). 

(3) Publié dans les collections de conciles, à la suite du concile de To- 
lède de cette année. 

(4) M. G. Ep., t. III, p. 682, 683. 

(5) Migne, P. L., t. XCVI, p. 769 et suiv. 

(t;) Migne, /. c, p. 818. — Le Gallia chrisliana insère ici un Aribert, 
d'après une lettre d'un pape Etienne : Slephanus papa Ariberlo arcliiepis- 
copo Narbonae et omnibus polentalibus Seplitnaniae et Hispaniae salutem. 
Cette lettre est imprimée dans les collections de conciles (cf. Migne, P. L., 
t. CXXIX. p. 857), parmi celles d'Etienne VI (890-897). Mais comme l'ar- 
chevêque contemporain de ce pape s'appelait Arnust et non Aribert, et 
qu'une difficulté du même genre se présente pour les papes Etienne IV et 
Etienne V, on a rétrogradé jusqu'à Etienne III (708-772); les papes Etienne I 
et Etienne II sont exclus pour d'autres raisons. Or, au temps d'Etienne III, 
le siège de Narbonne était occupé par Daniel, lequel assista au concile tenu 
à Rome le 12 avril 769. Si l'on objectait que la lettre a pu être écrite entre 
le 7 août 768, date de la consécration d'Etienne III, et le mois d'avril de 
l'année suivante, je répondrais que cette lettre visequaedam regum Fran- 
corum praecepta délivrés aux juifs de Narbonne et des environs, alors 
qu'un seul roi des Francs, Pépin le Bref, avait été en situation d'instru- 
menter dans ce pays. D'autre part, le titre d'archevêque de Narbonne est 
contraire à l'usage encore en vigueur au temps d'Etienne III. Enfin, le for- 
mulaire de la lettre est peu d'accord avec celui des lettres authentiques de 
ce pape et de ses contemporains. Je conclus donc que si cette pièce émane 
réellement de la chancellerie romaine, elle n'est, dans sa teneur actuelle, 
ni d'Etienne III, ni d'aucun de ses successeurs homonymes antérieurs au 
X' siècle. 



NARBONNE. 305 

11. — Daniel. — Assista, en 769, au concile de Rome (1). 
Il siégeait encore le 5 juillet 782 (2). C'est son nom qui 
ouvre la liste (probablement authentique) des signataires du 
(faux) concile de Narbonne, daté de 788. 

12. — Nebridius. — Souvent mentionné dans les docu- 
ments depuis les conciles d'Urgel en 799 et 800 relatifs à 
l'évéque Félix, jusqu'à la charte de Louis le Pieux en fa- 
veur de Bagnols, datée du 11 septembre 822 (3). — Date 
obituaire, l^*" janvier (Nécrologe de la Grasse). 

13. — Bartholomaeus. — Convoqué, en 828, au concile 
de Toulouse; déposé, en 835, par le concile de Thionville, 
en même temps qu'Ebbon de Reims. Les deux sièges fu- 
rent cependant laissés inoccupés. Ils l'étaient encore, en 
844, lorsque Barthélémy alla, avec Ebbon, demander au 
pape Serge II une réhabilitation qui ne fut pas accordée (4). 

14. — Berarius. — Diplôme de Charles le Chauve, du 
20 juin 844 (5). 

15. — Fredoldus. — Mentionné dans une lettre du pape 
Léon IV, qui parait être de 852, comme ayant excommunié 
à tort, trois ans auparavant, un prêtre appelé Ganta. Le 
pape l'excommunie lui-même (6). Il reçut de Charles le 
Chauve un diplôme daté du 15 février 857 (7), et assista au 
concile de Thuzey (860). On le trouve encore en 871 (8) ; il 
mourut peu avant le mois d'avril 873, comme il résulte 
d'un acte du 23 de ce mois (9). 

16. — Sigebodus. — Mentionné pour la première fois à 
propos d'une consécration d'église, le 21 septembre 873 (10) ; 
il signa le privilège de Touruus, daté de 875 ; plusieurs 

(1) Liber pontif., t. I, p. 473. 

(2) A. XIIII Karoli régis Fr. G. C, t. VI, p. 1 {inslr.). 

(3) Bôhmer-M., 734. 

(4) Lib. ponlif. (Serge II), t. II, p. 90. 

(5) Hist. du Languedoc, 2' édit., t. Il, p. 237 {pr.). 

(6) Jafifé, 2623. 

(7) Hist. du Languedoc, 2^ édit., t. II, p. 305 {pr.). 

(8) Dachery, Spicil., t. VIII, p. 349. 

(9) Hist. du Languedoc, t. I, p. 1113; cf. t. II, p. 371 (pr.). 
00) Hist. du Languedoc, t. 1, p. 1113; t. II, p. 372. 

20 



3Ô6 Fastes épiscopaux de l'ancienne gaule. 

lettres de Jean VIII (1) lui sont adressées ; son épiscopat, 
comme on le voit par les chartes, et comme il résulte de 
la vie de son successeur, se prolongea jusqu'en 885. 

17. — Theodardus. — Successeur du précédent. La vie 
de saint Théodard (2), composition de basse époque, con- 
tient diverses pièces fausses et ne peut guère être prise 
elle-même en considération. Cependant on peut accepter 
la date, 15 août 885, qu'elle assigne à l'ordination du 
saint (3), et celle de sa mort, 1" mai 893. L'archevêque 
Teudardus est mentionné dans une lettre d'Etienne V (885- 
891) (4). Il assista, en 891, à l'assemblée de Meung-sur- 
Loire. 

18. — Arnustus. — Mentionné dans une lettre pontificale 
du 20 août 896 (5) et dans un grand nombre de documents 
postérieurs. Assassiné en 912 (6). 

TOULOUSE. . 

1. — Saturnmus. — Le premier évêque de Toulouse, 
martyr en 250 ou peu après (7). La fête de saint Saturnin 
est marquée au 29 novembre dans le martyrologe hiéro- 
nymien ; on y trouve aussi, au 30 octobre, l'anniversaire 
de sa translation. 

2. — Rliodanius (8). — Condamné par le concile de 
Béziers (356) et exilé avec saint Hilaire de Poitiers ; mourut 
en Phrygie, vers 358 (9). 



(1) Jaffé, 3004, 3147, 3155, 3190, 3264. 

(2) Acla SS. maii, t. I, p. 142. 

(3) Celte date concorde avec celle de rcxéculion (rapportée dans la vie) 
d'une chaire épiscopale, en 889, ind. VIII, an. III Odonis régis, episcopalns 
sui V ; l'indiction VIII suppose que l'on est dans les quatre derniers mois 
de l'année, par conséquent en l'an 5 de Théodard. 

(4) Jaffé, 3459. 

(5) Jaffé, 3511. 

(6) Hist. du Languedoc, t. III, p. 79 

(7) Cf. ci-dessus, p. 26 

(8) Le saint Honorât que l'on insère avant Rhodanius provient de la lé- 
gende de saint Firmin d'Amiens, pièce des plus fabuleuses. 

(9) Sulpice Sévère, Cliron., Il, 39, 45. Cf. saint Hilaire, De Synodis, titre. 



TOULOUSE. 307 

3. — Hllarius. — Ordonné évoque longtemps (multum 
tempons) après saint Saturnin, commence à s'occuper de 
son tombeau (l). Connu, comme les deux suivants, par la 
Passio Salurnini. 

4. — Silvius. — Commence la construction de la basi- 
que de saint Saturnin. 

5. — Exuperius. — Achève la basilique et y transporte les 
restes du martyr. Reçoit, en 405, une lettre du pape Inno- 
cent (2). Mentionné, avec d'autres évêques contemporains, 
dans une pièce du commencement du V® siècle, citée par 
Grégoire de Tours (3). Saint Jérôme fut en relation avec 
lui ; de sa correspondance il résulte qu'Exupére atteignit 
l'année 411 (4). 

6. — Heraclianus. — Assista au concile d'Agde, en 506 (5). 

7. — Magnulfus. — Représenté au concile de Mâcon, 
en 585. Grégoire de Tours parle de lui à propos de l'affaire 
de Gondovald (6). 

8. — Hiltigisilus ou Wiligisilus. — Assista en 614 au 
concile de Paris, en 627 à celui de Clichy. 

9. — Erembertus. — Moine de Fontenelle, nommé évé- 



(1) Ces détails, joints au fait qu'Hilaire a besoin de s'informer de l'his- 
toire de son prédécesseur Saturnin (de antecessoris sui obitu instruclus et 
Tnerilis), me portent à le placer plutôt dans la deuxième moitié du qua- 
trième siècle que dans la première, par conséquent après Rhodanius. 

(2) Jaffé, 293; cf. ci-dessus, p. 93, 

(3) Hist. Fr., II, 13. 

(4) Jérôme, ep. 47, 91, 95. Il lui dédia, en 406, son commentaire sur Zacha- 
rie. J'écarte ici le Maximus que l'on attribue quelquefois à Toulouse 
d'après l'épître IV, 24, de Sidoine Apollinaire. Il est possible que ce Maxime 
ait été évéque, mais rien ne prouve qu'il ait été évéque de Toulouse. 

(5) Ici on place un saint Germerius, d'après une tradition hagiographique 
qui laisse beaucoup à désirer. La vie du saint a été publiée, après Pape- 
broch [Acta SS. maii, t. III, p. 592), par M. l'abbé Douais {Mémoires des 
antiquaires de France, t. L, et par M. l'abbé L. Saltet, dans les Annales 
du Midi, t. XIII, p. 145); cf. Analecta BoU., t. X, p. 60. C'est un bien 
pauvre document. Il semble pouvoir s'en déduire que s. Germier fut un 
saint local, qui aura reçu de Clovis III (691-695) une charte où étaient 
nommés quelques évéques, entre autres Tornoald de Paris. Les moines de 
Lézat, qui écrivirent sa vie au XII' siècle, pourraient bien l'avoir promu à 
1 episcopat. 

(6) Hist. Fj:, VII, 27, 32. 



308 Fastes épiscopaux de l'ancienne gaule. 

que de Toulouse par Clotaire III (657-673). La chronique 
des abbés de Fontenelle (1 noie que son corps, qui re- 
posait dans l'abbaye, fut l'objet d'une translation en l'an 10 
de Childebert III (704-5) (2), 33 ans environ après la pre- 
mière sépulture. Cette chronique lui donne la qualité 
d'évêque, mais sans indiquer son siège ; nous ne le con- 
naissons que par sa vie (3), document bien tardif (4). 

10. — Arricho. — Signature au faux concile de Nar- 
bonne (788?). L'un des destinataires (Harirlcho) d'une 
lettre de Charlemagne (5), écrite entre 784 et 800. Un 
Ericius ou Aricius signa, en 785, l'acte de fondation du 
monastère de Charroux (6). 

il. — Mantio. — Nommé dans un récit de Théodulfe 
d'Orléans (7), à propos d'un fait qui se passa près de Tou- 
louse au commencement du IX^ siècle. 

12. — Samuel. — Diplôme de Charles le Chauve, 
du 5 avril 844 (8). 

13. — Salomon. — Mentionné dans une charte du 30 dé- 
cembre 859 (9). 

14. — Helisachar. — Il est question de lui dans le 
récit de la fondation de l'abbaye de Vabres, en 861 (10) et 
dans celui de la translation de saint Vincent (11), à propos 
d'un fait de l'année 863. 

15. — Beraardus. — Signe un acte relatif au monastère 



(1) M. Germ. Scr., t. II, p. 276. 

(i) Ceux des exemplaires du martyrologe hiéronymien qui dérivent de 
la rédaction constituée à Fontenelle au VIII' siècle portent au 30 avril : 
In Gallia., Fon/aneUa monaslerio , deposilio (ou Iranslatio) Ermenberti 
episcopi et confessoris. 

(3) Acta SS mai, t. III (14), p. 390. 

(4) Si l'épiscopat toulousain de s. Germier était accepté (v. ci-dessus, 
p. 307, n. 5), c"est ici qu'il faudrait le placer. 

(5) Jaffé, Monum. Carol., p. 314. 

(6) Mabillon, A7in., XXV, 48; app., 29. 

(7) Carm., IV, 7 (P. L , t. GV, p. 342). 

(8) Histoire du Languedoc, t. II {pr.), p. 219. 

(9) Hisl. du Languedoc, t. II (pr.), p. 313. 

(10) Hist. du Languedoc, t. II (pr.), p. 32G. 

(il) Aimoin de S. Germain, P. L., t. CXXVI, p. 1021. 



BÉZIERS. 309 

de Vabres, le 6 avril 883 (1) ; marqué par la vie de saint 
Tliéodard comme ayant assisté au concile in villa Poriu, 
en 886. 

BÉZIERS. 

1. — Aphrodisius. — La tradition, représentée ancienne- 
ment par la vie de saint Paul de Narbonne, reconnaît saint 
Aphrodisius comme le premier évêque de Béziers. Il est 
marqué comme tel dans le martyrologe d'Usuard (22 mars). 

2. — Paulinus. — Une lettre de lui, relative à certains 
signa terrifica, adressée ubique, est mentionnée par le chro- 
niqueur Idace, à l'année 418 environ (2). 

3. — Hermès [3). — Ordonné pour Béziers, mais repoussé 
par les habitants de cette ville, vers 461 (4). 

4. — Sedatus. — Siégea, en 589, aux conciles de Tolède 
et de Narbonne. 

5. — Pelrus. — Concile de Tolède, de 633. 

6. — Cresciturus. — Concile de Tolède, de 683. 

7. — Pacotasis. — Concile de Tolède, de 688. 

8. — Ervigius. — Concile de Tolède, de 693. 

9. — Vulfegarius. — Signature au concile de Narbonne 
(V. 788) (5). 

10. — Alaricus. — Concile de Troyes, en 878 ; signa le 
privilège pour Tournus, daté de 875. 

11. — Agilhertus. — L'évéque Agilbert de Béziers est 



(l) llisl. du Languedoc, t. II {pr.), p. 407. 
{V) Migne, P. L., t. LI, p. 878. 

(3) Avant Hermès, le G. C. intercale un Dynamius, qui parait bien être 
un évèque du pays narbonnais, car il est marqué dans l'inscription relative 
à la reconstruction de la cathédrale de Narbonne (C. /. L., t. XII, 5336); 
un Dynamius figure aussi, sans indication de siège, dans la lettre arlé- 
sienne de 415. 

(4) Cf. ci-dessus, p. 129. 

(5) Le G. C. insère ici un Stephanus, comme ayant signé, en 833, le pri- 
vilège d'Aldric de Sens pour Saint-Remi (Hardouin, t. IV, p. 1373) : c'est 
un évéquc de Bourges; un Slephai-ius episcopus figure, sans indication de 
siège, parmi les signataires d'un jugement rendu en faveur d'Aldric du 
Mans contre les moines de Saint-Calais (Migne, P. L., t. CIV, p. 1290); je 
ne vois pas de raison pour l'attribuer à Béziers. 



310 FASTES ÉPISCOPAUS DE l'aNCIENNE GAULE. 

marqué par la vie de saint Théodard au nombre desconsé- 
crateurs de cet évéque et au nombre des évêques qui sont 
dits avoir figuré en 886 au concile tenu in villa Portw 
dans le diocèse de Nimes. Diverses chartes le mention- 
nent depuis 888 (1); il figure pour la dernière fois dans la 
liste des évêques présents au concile provincial de 897, 
encore m villa Portu , lequel paraît authentique; cepen- 
dant ce n'est pas sa signature, mais celle de son succes- 
seur Fructuarius^ qui est au bas du décret. 

12. — Fructuarius. — Mentionné dans une charte de 
Béziers, du 16 juillet 897 (2). 

NIMES. 

L'église de Nimes existait certainement en 396. Cette 
année-là, le 1" octobre, il se tint à Nimes un concile (3) 
dont la lettre synodale, adressée aux évêques per Gallias et 
Septem provincias commence ainsi qu'il suit : Cum ad Ne- 
mausensem ecclesiam... veriissemus. Le terme ecclesia Ne- 
mausensis est un terme technique, de signification précise; 
il serait inconcevable qu'on l'eût emi)loyé ici pour dési- 
gner une église qui n'eût pas été épiscopale. Malheureuse- 
ment les signatures des évêques présents à ce concile ne 
contiennent pas, dans l'unique manuscrit que nous en 
avons, l'indication de leurs sièges. On pourrait être tenté 
de rapporter à Nimes l'évêque Aprunculus, qui signe le 
premier. Mais il ne faut pas oublier que l'évêque Foega- 
dius, qui signa le premier aux conciles de Valence et de 
Saragosse, était un évêque d'Agen ; ce fait porte à douter 
qu'il fût d'usage alors que les honneurs de la première si- 
gnature fussent attribués au prélat chez lequel se tenait le 
concile. 

Un lectionnaire du XIII» siècle, provenant de la cathé- 



(l)Marca, Marca hispanica, p. 820; Espaîia sagrada, t. XMII, p. 384. 

(2) Hist. du Languedoc, t. V, p. 92. 

(3) Sulpice Sévère, Dial., Il, 15. 



NIMES. 311 

drale de Nimes el actuellement conservé à la bibliothèque 
de cette ville, sous le n° 14, contient, au f° 218, un cata- 
logue épiscopal évidemment incomplet et en désordre. Je 
le reproduis ici, d'après l'édition de Ménard (1) : 

Hec sunt nomina Nemausensium episcoporum qui ad prcsens in nos- 
tra sunt mcmoria. 

Girbeitiis episcopus cui Karolus magnus dodit abatiam Salmodiensem. 

Cbristianus episcopiis cui Lodoycus dédit abatiam s. Egidii et Torna- 
censem. 

Crocus episcopus, cuius tempoie fueiunt b. Egidius et rex Flavius. 

Isnardus episcopus, cui Nicolaus papa concessit predicta monasteria. 

Anglardus episcopus, cui simililer concessa sunt predicta monasteria. 

Rainardus episcopus, cui lohannes papa dedlt predicta monasteria et 
ecclesias de Vallefrancisca. 

Utbertus episcopus, cui Sergius papa concessit predicta monasteria. 

Ageraldus episcopus, cui restitute sunt ecclesie de Vallefrancisca. 

S. Remesarius episcopus, qui multas possessiones Nemauscnsi eccle- 
sie dédit. 

S. lohannes episcopus, qui requiescit cum beato Remesario in eccle- 
sia s. Iuliani, 

Witericus episcopus. 

Palladius episcopus. 

Cesatus episcopus. 

Gregorius episcopus. 

Bernardus episcopus frater P. Andusiensis domini, qui dédit ecclesie 
Nemausensi castrum s. Martialis. 

Froterius episcopus, frater Atonis vicecomitis. 

Giraldus episcopus, filius Bcrnardi Andusiensis domini. 

Froterius episcopus, qui monasterium S. Salvatoris de Fonte con- 
struxit. 

Petrus Ermengaudi episcopus, cuius tempore ecclesia Nemausensis 
cepit habere canon icos rrgulares. 

Bertrandus episcopus, cuius tempore consecrata est ecclesia Nemau- 
sensis ab Urbano papa II. 

Raimundus G. episcopus. Consecratus est MXCVIII. Obiit MGXII. 

Le titre de ce document indique assez que celui qui l'a 
rédigé a eu conscience de l'imperfection de son travail. 
Depuis Bernard, qui devint évêque de Nimes vers le 
milieu du X® siècle, la suite des noms concorde avec les 



(I) Histoire de Nismes, t. I, p. 9 (pr.). 



312 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

faits connus. Pour la partie antérieure, on parait s'être 
surtout préoccupé de recueillir les noms d'évêques qui se 
lisaient dans les chartes. Les neuf premiers proviennent 
évidemment de là. Le dixième, celui de saint Jean, a été 
fourni par la tradition liturgique; on connaissait aussi le 
tombeau decetévêque et celui de Remessarius. Quant aux 
quatre noms suivis de la simple qualification episcopiis, les 
deux premiers sont probablement identiques à ceux de 
Vinteric et de Pelage, qui siégèrent, l'un à la fin du 
VIII® siècle, l'autre à la fin du VP; des deux autres, je ne 
saurais rien dire; ce sont des noms d'évêques de Nimes; 
mais où les placer ? Voici la série que les documents, le 
catalogue y compris, permettent d'établir. 

\. — Sedatus (1). — Assista au concile d'Agde, en 506. 
Correspondant de Ruricius de Limoges (2). 

2. — lohannes. — D'abord archidiacre; élevé à l'épisco- 
pat au temps de Théodoric (510-526) (3). 

3. — Pelagius. — Représenté au concile de Tolède, 
en 589. 

4. — Remessarius. — Concile de Tolède de 633. 

5. — Aregius. — Evêque au temps de la révolte de Paul 
(573); il fut livré aux Francs (4) par le comte de Nimes, 
Hildéric, fauteur de cette insurrection, et remplacé irrégu- 
lièrement par l'abbè 

6. — Ranimirus (5). 



(1) Avant Sedatus, le G. C. marque un Félix, qui doit son existence à 
Polycarpo de la Rivière. Un Eugenius, de même provenance, est écarté par 
les doctes auteurs, et aussi un Crocus (Sid. ApolL, ép. VI, 7/, de siège in- 
déterminé. 

('2) Voir les lettres 9. 10, 13 de la collection de Fauste; II, IS, 19, 34, 35 
de celle de Kurice, dans l'édition de Krusch, Mon. Germ. Aucl. anliq., 
t. VIII. 

(3) Greg. Tur., Gl. mari., c. 77. 

(4) Julien de Tolède (Migne, P. L., t. XCVI, p. 767). 

(5) Ibid. — Dans la trouvaille de Cimiez, avec de nombreux deniers d'ar- 
gent portant les noms des derniers patrices de Provence, il s'en est ren- 
contré quatorze avec la légende rane qui ont été attribués à 1 cvéque Rane- 
mirus (A. Chabouillet, Calalogue raisonné de la collection de deniers 
mérovingiens des VII* el V1II° siècles de la trouvaille de Cimiez. Paris, 



NIMES. — LODÈVE. 313 

7. — Crocus. — Mentionné (hms le catalogue comme 
contemporain de saint Gilles. 11 aurait ainsi siégé vers 680. 

8. — Sesnandus. — Mentionné dans une charte de 788 (1). 

9. — Witericus ou Vinlcricus. — Signature au faux con- 
cile de Narbonne (v. 788); ce nom figure dans le catalogue 
sous la forme Witericus, 

lu. — Christianus. — Mentionné dans un diplôme de 
Charlemagne , actuellement perdu (2), en date de la 
40^ année de ce prince (808), et dans une charte de Louis 
le Pieux, du 28 novembre 814 (3). Assista, en 835, à l'as- 
semblée de Thionville. 

11. — Isnardus. — Le catalogue le met en rapport avec 
le pape Nicolas I (858-867). 

12. — Girbertus. — Mentionné dans un très grand nom- 
bre de documents, depuis le privilège pour Tournus, daté 
de 875, jusqu'à une charte d'avril 892 (4), 

13. — Agelardus. — Chartes du 3 avril 897 et du 23 mai 
898 (5). C'est sans doute VAnglardus du catalogue. 

LODÈVE. 

L'église de Lodéve est mentionnée pour la première fois 
à propos d'une ordination d'évéque, qui eut lieu en 421 (6). 
Mais ni l'évêque ordonné alors, ni ses prédécesseurs et ses 
successeurs jusqu'à la fin du V® siècle, ne sont connus par 
leurs noms (7). 



Rollin, 1890, pp. 23, U et pi. VI, n- 94, 95, 96). Après Ranimirus, le G. C. 
insère les évoques Palladius, Casatus et Gregovins , marqués dans le cata- 
logue, sans aucune indication chronologique. Palladius semble être iden- 
tique au Pelagius ou Peladius de 589. Après Vinteric, le G. C. place un 
évéque Jean mentionné dans une charte de 813 (Hist. du Languedoc, t. II 
pr., p. 83), mais non comme évéque de Nimes. 

(1) Ménard, Hist. de Nismes, t. I, p. 111. 

(2) Mais Ménard l'avait vu; cela sufBt (/. c, p. 115). 

(3) Bohmer-M.,n° 530. 

(4) Hist. du Languedoc, t. V, p. 83. 

(5) Ménard, l. c, p. 136; p. 16 (pr.). 

(6) Jaffé, 362; cf. ci-dessus, p. 26. 

(7) Le G. C. admet dubitativement comme premier évéque un saint Florus 



314 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNXIENNE GAULE. 

1. — Maternus. — Concile d'Agde, en 506. 

2. — Deuterius. — Assista au concile d'Auvergne, en 
535 ; ceci prouve qu'alors la cité de Lodéve faisait partie 
du royaume d'Austrasie. 

3. — Agrippinus. — Conciles de Tolède et de Narbonne, 
en 589. 

4. — Leontianus. — Décret du roi Gondemar (610) (1). 

5. — Analolius. — Conciles de Tolède, en 633 et 638 (2). 

6. — Ansemundus . — Concile de Tolède de 683. 

7. — Sisemundus. — Diplôme de Louis Le PieuX; du 
19 mai 817 (3). 

8. — Tatila. — Diplôme de Charles le Chauve, du 
28 mai 844 (4). 

9. — Georgius. — Diplôme de Charles le Chauve (5). 

10. — Macarins. — D'après la vie de saint Théodard, il 
était évêque à l'avènement de celui-ci (15 août 885) et 
assista au concile de, 886. 



UZES. 



1. — Constantius. — Assista au concile de Vaison , en 
442 ; signa les lettres arlésiennes de 450 et 451 ; fut 
chargé, en 462, par le pape Hilaire, de présider l'épiscopat 
de la Première Narbonaise à la place du métropolitain 
Hermès (6). 



à qui, depuis le XIV* siècle, la tradition locale reconnaît ce titre. Sur ce 
saint, V. Acta SS. nov., t. II, p. '266. Le Florus des lettres arlésiennes de 
449 et des années suivantes est sûrement un suffragant d'Arles et non de 
Narbonne. 

(1) Cf. p. 304, n. 4. 

(2) Le G. C, à la suite de Bernard Gui, insère ici un Firminus, sans ré- 
férences. 

(3) Bôhmer-M., n° 625. 

(4) Cette charte est mentionnée par Plantavit, Chronologia praesulum Lo- 
dovensium, p. 31, qui la rapporte à l'année 879 ; mais, comme elle est datée 
du camp devant Toulouse, il est clair qu'il s'agit de l'année 844. 

(5) Charte mentionnée aussi par Plantavit, op. cit., p. 39, qui ne donne 
aucune indication sur la date. 

(6j Jaffé, 556. Cf. ci-dessus, p. 130. 



uzÈs. 315 

2. — Probatius. — Assista au concile d'Agde, en 506(1). 

3. — Firminus. — Contemporain et ami de saint Césaire 
d'Arles, il figure au nombre de ses biographes (2). Le poète 
romain Arator (v. 544) l'a célébré dans ses vers (3). Il assista 
aux conciles d'Orléans, en 541 et 549, et de Paris (552). 
Honoré le il octobre (4). 

4. _ Ferreolus. — Mentionné par Grégoire de Tours 
comme épistolographe. Honoré le 4 janvier. Sa mort doit 
se placer en 581 (5). 

5. ^ Albinus. — Succède au précédent, mais seulement 
pendant trois mois (6). 

6. — Marcellus. — Succède au précédent, en 581 ; Gré- 
goire de Tours (/. c.) raconte les luttes qu'il eut à soutenir 
contre un compétiteur appelé lovinus. 

7. — Aurelianus. — Contemporain de saint Eloi, qui le 
visita dans son évêché (7). 

3. — Mummolus. — Mentionné défavorablement dans les 
vies de saint Amand et de saint Aigulfe (8). D'après le 
premier de ces documents, il aurait siégé sous Childéric H 
(673-675). 

9. — Arimandus. — Figure parmi les signataires du faux 
concile de Narbonne (v. 788). 

10. — Elephanlus. — Mentionné dans le Manuale Doda- 
nae (9) pour un fait de l'année 841. 

11. _ Walafridus. —Mentionné à l'année 8.58 dans un 
récit de translation de reliques par Aimoin de Saint-Ger- 



(1) Le G. C. insère ici un Roricius, père du suivant, d'après la légende de 
celui-ci, laquelle est des moins rassurantes. 

(2) Vita Caes., II, 1. 

(3) Ep. ad Parlhenium, Migne, P. L., t. LXVIII, p. 252. 

(4) Acta SS. oct., t. V, p. 641. 

(5) Grég. de Tours, Hist. Fr., VI, 7. 

(6) Grég., /. c. 

(7) Vita Eligii, 11, 12 {P.L., t. LXXXVIl, p. 520). 

(8) Mabiîlon, Acta SS. 0. S. B., t. II, p. 718 et 660. 

(9) P. L., t. CVI, p. 110. 



316 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

main-des-Prés (1). Il apparaît ensuite à diverses réunions 
épiscopales, de 877 à 879 (2). 

12. — Asael. — La vie de saint Théodard le donne 
comme siégeant au moment de l'avènement de celui-ci 
(15 août 885) ; c'est peut-être le même que le suivant. 

13. — Amelius. — Mentionné dans la correspondance 
pontificale depuis le temps d'Etienne V (885-91) (3) jusqu'à 
904. Son nom figure au bas des deux conciles du Port 
(886, 897) (4) et dans diverses chartes. Il vivait encore 
en 912(5). 

ARISITUM. 

La campagne dirigée en 534 par Théodebert contre les 
Wisigolhs de Septimanie et les Ostrogoths de Provence 
avait eu pour résultat certaines annexions dont il a été 
question ci-dessus. Rodez et Lodève étaient restées entre 
ses mains, ainsi qu'un assez vaste canton des Cévennes, 
dépendant de la cité de Nimes. Ce canton avait pour chef- 
lieu une localité appelée Arisitum (6) et comprenait quinze 
paroisses. Vers 570, le roi d'Austrasie Sigebert en fit un 
diocèse épiscopal et le confia à Mondencus, évéque en 
disponibilité (7). Plus lard, sans doute à la mort de Monde- 
ricus, ce pays passa sous la juridiction de l'évêque de Rodez 



(1) Migne, P. L., t. XCV, p. 942. 

(1) Couronnement de Louis le Bègue (M. G. Leges, t. I, p. 544); conciles 
de Troyes (878; cf. Jaffé, 3190) et de Mantaillc (879). 

(3) Jaffé. 3459, 3534. 

(4) Dans celui-ci le nom est défiguré en Aurelius. 

(5) Hist. du Languedoc, t. III, p. 80. 

(C) M. Longnon, Géogr. de la Gaule au VI' siècle, p. 538; cf. Bulletin des 
Antiquaires de France, t. XL, p. 102, 115, identifie cette localité avec la 
ville actuelle d'Alais. Quicherat, avec beaucoup plus de raison, comme l'a 
montré M. l'abbé L. Saltet, L'évêché d'Arisitum, dans le Bulletin de litlé- 
ralure ecclésiastique de Toulouse, juillet-octobre 1902, en retrouve le nom 
dans celui d'une viguerie ou pays d'Arisitum, Arisdum, Erisdium, Hierle, 
qui correspond à peu près aux cantons du Vigan, d'AIzon, de Sumène, de 
Valleraugue, de Trêves, dans le département du Gard, et de Peyreleau 
dans l'Aveyron. 

(7) Greg. Tur., Hist. Fr., V, 5. 



ARISITUM. — AGDE. 317 

Dalmatius. Tel élait l'état des choses au moment où Gré- 
goire de Tours écrivait le livre V de son Histoire. En 627, 
un évêque d'Arisitum, Emmo, assistait au concile de 
Clichy (1). 

D'après un document messin du VIII* siècle (2), ce dis- 
trict aurait été soumis par Théodebert II à l'évêque de Metz 
Agiulf, lequel aurait sacré pour ce siège d'abord son frère 
Deotarius, puis son neveu Modericus. Si ce renseignement 
est fondé, Deuterius et Modericus devront être placés avant 
Emmo. 

L'évèclié d'Arisitum disparut au VHP siècle, lors de 
l'annexion de la Septimanie à l'empire franc ; son terri- 
toire revint naturelllement au diocèse de Nimes d'où il 
avait été démembré. 

AGDE. 

1. — Sophronius (3). — Assista au concile d'Agde, en 506. 

2. — Léo. — Figure dans un récit de Grégoire de Tours 
dont la date n'est pas précisée (4). 

3. — Phronimius. — Ordonné sous le roi wisigoth 
Leuva (567-568) ; persécuté par Léovigild et réduit à 
s'échapper en France, vers 579 (5). Il devint évêque de 
Vence en 588. 

4. — Tigridius. — Assista aux conciles de Tolède et de 
Narbonne, en 589. 

5. — Georgius. — Concile de Tolède, de 653. 

6. — Wilesiîidus. — Mentionné par Julien de Tolède, à 
propos de la révolte de Paul, en 673 (6). 



(1) Ce nom ne figure pas dans les deux textes de ce concile; on ne le 
trouve que dans celui de Flodoard [M. G. Concilia, t. 1, p. '203). 

(2) M. G. Script., t. II, p. 310. 

(3) Le G. C. donne en tête de la série uq Venustus de provenance poly- 
carpiqiie et un Belicus connu par la légende de saint Sever d'Agde (Acta 
SS. aug., t. V, p. 159). 

(4) Gl. mart., c, 78. 

(5) Grégoire de Tours, Hisl. Fr., IX, 24. Cf. Vitae PP., VIII, 8. 

(6) Migne, P. L., t. XCVI, p. 805. 



318 FASTES KPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

7. — Primus. — Représenté au concile de Tolède, 
en 683. 

8. — Justus. — Signature au faux concile de Nar- 
bonne (788 ?). 

9. — Dagbertus. — Mentionné dans deux actes, l'un 
du 11 août 848, l'autre du 23 octobre 872 (1). Dans l'inter- 
valle, il assista, en 860, au concile de Thuzey. 

10. — Boso. — Mentionné dans les documents, fort sus- 
pects, de l'épiscopat de saint Tbéodard, à propos de son 
sacre (885) et du premier concile du Port (886) ; il figure 
aussi dans le protocole du second concile du Port (897). 

11. — Gerardus. — Charte de 899 (2; ; siégeait encore 
en 914 (3). 

MAGUELONNE. 

1. — Boelius. — Représenté au concile de Tolède, en 
589 ; assista à celui de Narbonne, la même année. 

2. — Genesius. — Présent aux conciles de Tolède, en 
597 et 633. 

3. — Gumildus. — Compromis dans la révolte de 673(4). 

4. — Vincentius. — Assista au concile de Tolède, en 683. 

5. — lohannes. — Signature au faux concile de Nar- 
bonne (788?) (5). 

6. — Augemirus. — Diplôme de Louis le Pieux, du 
15 mars 819 (6). 

7. — Stabilis. — Mentionné dans la vie de saint Benoit 
d'Aniane, comme vivant au moment de la mort du saint, 
laquelle arriva le 11 février 821 (7). 



(1) G. C, t. VI, p. 311 et 314, inslr. Cf. Hist. du Languedoc, t. II, p. 278 
et 369 (pr.). 

('2) Gall. christ., t. XII, p. 13 {instr.). 

(3) Jafifé, 3554. 

(4) Migne, P. L., t. p. XGVI, p. 767 et suiv. 

(5) Ici le G. C. indique un Ricuinus, sans références sérieuses. 

(6) Bohmer-M., n" 665. 

(7) Ici le G. C. insère un évéque A/a/domaris, nommé dans le décret du 
concile du Port, en 897, comme ayant possédé un alleu près de Mague- 



MAGUELONNE. — CARCASSOXNE. — ELNE. 319 

8. — Abbo. — Signa le privilège de Tournus, lequel est 
daté de 875 ; présent, en 878, au concile de Troyes ; en 897, 
au concile du Port. 

CARCASSONNE. 

1. — Sergius (1). — Présent aux conciles de Tolède et 
deNarbonne, en 589. 

2. — Solemnius. — Représenté au concile de Tolède, en 
633. 

3. — SUvester. — Assista au concile de Tolède, en 653. 

4. — Stephanus. — Députa au concile de Tolède, en 683. 

5. — Hiscipio. — Signature au faux concile de Nar- 
bonne (788 ?) (2). 

6. — Senior. — Son nom figure dans une charte de l'ab- 
baye de la Grasse, du 14 octobre 813 (3). 

7. — Eurus. — Signa au concile de Thuzey, en 860 (4). 

8. — Willerannus. — Mentionné dans un document de 
Carcassonne, du 24 février 883 (5) ; assista en 897 au con- 
cile in villa Portu. 



ELNE. 



1. — Domnus. — Mentionné à l'année 571, dans la chro- 
nique de Jean de Biclar (6). 



loane. Il est fort possible que ce personnage ait été un évêque du lieu; 
mais le document qui nous fournit son nom ne nous met pas en état de lui 
assigner son rang chronologique. 

(!) Le G. C. place en tète un saint Hilarius. Il y a eu, sans parler des 
saints Hilaire de Poitiers et d'Arles, un Hilaire, évéque de Toulouse, au 
IV* siècle, et un autre Hilaire, évéque de Narbonne, au V^. 

(2) Ici, le G. C. marque un Rogerius, sans référence. 

(3' Cette charte est indiquée sans autre référence par le G. C. ; je ne la 
trouve pas dans V Histoire du Languedoc. Après cet évéque, le G. C. marque 
un Liviula, qui provient d'un document apocryphe. Cf. Hist. du Languedoc, 
t. I, p. 10G4. 

(4) Ici, le G. C. place un abbé d'Aniane, Arnulfe, mais sans indiquer 
d'autres preuves qu'un simple dicilur. 

(5) tlisl. du Languedoc, t. V, p. 72. 
(Gj Migne, P. L., t. LXXII, p. 864. 



320 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

2. — Benenatus. — Siégea aux conciles de Tolède et de 
Narbonne, en 589. 

3. — Acululus. — Siégea aux conciles de Tolède, en 
633 et 638. 

4. — llilaricus. — Assista, en 656, au concile de Tolède. 

5. — Hyacinthus. — Mentionné dans l'histoire de la ré- 
volte de Paul, en 673 (1). 

6. — Clarus. — Députa au concile de Tolède, en 683. 

7. — Wenedurius. — Signature au faux concile de Nar- 
bonne (788 ?). 

8. — Salomo. — Mentionné dans un document relatif à 
Elne, du 2 avril 832 (2). Diplômes de Lothaire, du 7 avril 
834 (3), et de Louis le Pieux, du 5 mars 836 (4). 

9. — Audesindus. — Excommunié par le pape Léon IV, 
vers 852 (5). On le trouve dans divers actes du temps de 
Charles le Chauve. La vie de saint Théodard le présente 
comme un de ses consécrateurs (15 août 885). 

10. — Riculfus. — D'après la même vie de saint Théo- 
dard, il aurait pris part, en 886, au concile in villa Portu. 
Plusieurs chartes (6) mentionnent son épiscopat, qui durait 
encore en 915 (7). 



(1) Migne, P. L., t. XGVI, p. 804. 

(2) Hisl. du Languedoc, l. II (pc), p. 177. 

(3) Bôhmer-M., n» 1010. 

(4) Bôhmer-M., n° 925. Ici, l'évéque est appelé Fulmo d'après la copie qui 
nous a conservé le texte entier de cette charte; une autre copie, moins 
complète, donne ce nom sous la forme Ramno, ce qui a porté les auteurs 
du G. C. à introduire, avant Salomon, un évéque Ramno. Voir les obser- 
vations de M. Mùhlbacher, l. c. 

(5) Jaffé, 2623. 

(6) Hist. du Languedoc, t. V, p. 1505-7. 

(7) Hisl. du Languedoc, t. V, p. 135; cf. Jaffé, 3554. 



CHAPITRE X. 

LA LÉGENDE DE SAINTE MARIE-MADELEINE. 

Dans les chapitres qui précèdent je n'ai tenu aucun 
compte des légendes provençales sur Lazare, Marie-Made- 
leine et autres personnages des temps apostoliques que l'on 
dit avoir vécu dans le midi de la Gaule. On sait que ces 
légendes ont influé grandement, depuis le XIV* siècle, sur 
la rédaction des listes épiscopales de ce pays. Il est donc 
de mon devoir d'en étudier la genèse et de chercher à dé- 
mêler ce qui s'y peut trouver de données traditionnelles. 
Les auteurs du Gallia Chrisùiana s'en sont beaucoup défiés. 
Ils estimaient que tout cela était douteux ou plutôt faux (1). 
Cependant ils s'abstinrent d'entrer dans une discussion mé- 
thodique, jugeant apparemment que Launoy avait fait, à cet 
égard, ce qu'il y avait à faire. M. Faillon, de SaintSulpice, 
a depuis publié deux gros volumes où il s'est efforcé, avec 
plus de bonne volonté que de critique, de remettre sur 
pied les thèses provençales. Il s'en faut qu'il ait amélioré 
leur situation. Les Bollandistes (2), à la première occasion, 
témoignèrent de leur défiance, et ils ne furent pas les 
seuls (3). 11 suffit, d'ailleurs, d'une très faible dose de sens 



(1) G. c, t. I, p. 299. 

(2) AcLa SS. oct., t. IX, p. 646 et suiv. 

(3) Je citerai, en particulier, les Lettres à dom Paul Piolin, de M. d'Ozou- 
ville, Paris, 1855, p. 44 et suiv. Je n'avais pas lu cet ouvrage quand j'ai 
publié pour la première fois, dans les Annales du Midi, la présente disser- 
tation. 

21 



322 Fastes épiscopaux de l'ancienne gaule. 

critique, pour apprécier le peu de fondement de ces pré- 
tentions. On verra bientôt qu'elles ne peuvent se réclamer 
d'aucun témoignage antérieur au XV siècle avancé ; il est 
manifeste qu'il n'y en a pas la moindre trace dans les écrits 
des auteurs provençaux du V^ et du VP siècle, pas plus 
que dans les livres historiques, liturgiques ou autres qui, 
sans être de provenance provençale, sont cependant propres 
à nous renseigner sur les traditions de ce pays. 

C'est en vain que l'on chercherait à expliquer cette 
pénurie par les ravages des Sarrasins ou par d'autres cir- 
constances locales. Les Sarrasins ont ravagé bien d'autres 
contrées que la Provence : ils ont pu endommager les sanc- 
tuaires ; ils n'ont point aboli les traditions de culte, surtout 
les traditions de premier ordre, comme auraient été cel- 
les-ci, si elles avaient existé. En Provence même, ils 
n'ont fait disparaître ni saint Victor de Marseille^ ni saint 
Genès d'Arles, ni saint Mitre d'Aix, ni saint Valérien de 
Cimiez, ni tant d'autres qu'il est inutile d'énumérer. Ils 
n'ont pas davantage supprimé les œuvres de Cassien, de 
Fauste, de Vincent de Lèrins, de saint Césaire, de Po- 
mère, de Gennade, ni les vies des saints, martyrs ou con- 
fesseurs, dues à la plume d'Honorat de Marseille, de Cyprien 
de Toulon, de Verus d'Orange et de leurs émules. Aucune 
des régions de la Gaule ne nous offre une littérature ecclé- 
siastique aussi riche, aussi variée. Si elle s'est conservée, 
pourquoi n'en aurait-il pas été ainsi de quelques-uns, au 
moins, des documents de sainte Madeleine ? 

Et par quelle autre fatalité tant d'écrivains, tant d'hagio- 
graphes provençaux, s'accordent-ils à ne pas souffler le 
moindre mot sur le culte le plus important de leur pays? 
Comment se fait-il qu'à leur silence se joigne celui des 
auteurs étrangers à la Provence, mais curieux de traditions 
sur les saints et leurs sanctuaires, de Grégoire de Tours, 
par exemple ? 

Ces considérations sont de nature à frapper toute per- 
sonne capable de comprendre qu'un fait passé ne s'établit 



LA LÉGENDE DE SAINTE MARIE-MADELEINE. 323 

que par témoignage et qu'une tradition se manifeste trop 
tard quand elle n'apparaît qu'après un silence de mille ans. 
Aussi s'accorde-t-on à refuser à celle-ci toute valeur histori- 
que. Cependant il ne sera pas inutile de montrer où, quand 
et comment elle s'est formée. Le lecteur verra mieux pour- 
quoi j'ai cru devoir écarter des listes épiscopales les noms 
de Lazare et de Maximin, et négliger à plus forte raison 
d'autres légendes, de formation secondaire, fabriquées au 
XIV® et au XV' siècle à l'imitation de la légende principale. 



I 



LA TRADITION AVANT LE XI" SIÈCLE. 

Dans l'antiquité chrétienne, le souvenir de Lazare et de 
ses deux sœurs était consacré par un édifice religieux situé 
à Béthanie et appelé le Lazarium (1). En 333, comme on 
le voit par l'Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem, il n'y 
avait encore là que la crypte où l'on croyait que Lazare 
avait été enterré avant sa résurrection. Au temps de Théo- 
dose, la Peregrinatio Silviae [Etheriae] distingue deux égli- 
ses; dont l'une, située à cinq cents pas avant l'entrée du 
village, marquait l'emplacement de la rencontre entre Jésus 
et Marie (2), sœur de Lazare ; quant à l'autre, c'est proba- 
blement là que l'on voyait, au dire de saint Jérôme, sepul- 
chrum Lazari, Mariae et Marthae hospilium (3). C'est un lieu 
saint évangelique ; mais il n'est dit nulle part que les per- 
sonnes dont le souvenir y était honoré eussent leur sépul- 
ture en cet endroit. 



(1) L'endroit s'appelle encore El Alzirièh. On y montre le tombeau de 
Lazare, au fond d'une église qui date des croisades. 

(2) In eo loco in quo occurrit Domino Maria soroi- Lazari, dit la Pere- 
grinatio. En fait, le texte évangelique fait rencontrer avec Jésus, au même 
endroit, d'abord Marthe, puis Marie {Jo. XI, 20, 30, 32). 

(3) Saint Jérôme, Epit. Paulae, t. IV, p. 676, Martianay. Il est possible 
aussi que saint Jérôme, dont le style est ici oratoircmcnt obscur, ait songé 
aux deux sanctuaires. 



324 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENXE GAULE. 

La fête de ce sanctuaire n'est pas indiquée, à ma con- 
naissance, dans les calendriers grecs. Adon la marque au 
17 décembre ; il l'avait trouvée dans le Petit martyrologe 
romain (neuvième siècle). Usuard ne fait ici que suivre 
Adon. La teneur de celui-ci est remarquable : Eodem die 
b. Lazari quem dominus lesus in evangelio legitur resusci- 
tasse a mortuis ; item b. Marthae soronis eius. Quorum vene- 
rabilem memoriam exstructa ecclesia non longe a Bethania 
ubi e vicino domus eorum, fuit conservât. Le Petit martyro- 
loge romain ne parle aussi que de Lazare et de Marthe, 
sous la simple rubrique In Bethania. Le fait que, des trois 
frères, Lazare et Marthe soient seuls nommés ici est, je 
crois, en relation avec l'existence de deux églises, dont 
l'une était consacrée uniquement au souvenir de Marthe, 
tandis que l'autre portait le nom de Lazare seul. Marie, 
n'ayant point de sanctuaire spécial à Béthanie, aura été 
négligée dans les calendriers. 

La rubrique d'Adon me paraît provenir, directement ou 
indirectement, de quelque document relatif au culte pales- 
tinien de Lazare et de ses sœurs. Je ne saurais en dire 
autant de l'indication Marthae^ sororis Lazari, qui se ren- 
contre, sans aucune attache topographique, au 17 octobre, 
dans le Petit martyrologe romain et dans celui d'Adon (1). 

Dans le martyrologe hiéronymien, on trouve au 19 jan- 
vier : Hierosolyma, Marthae et Mariae, sororum Lazari. Ces 
mots étant attestés par tous les manuscrits, il y a lieu de 
croire qu'ils remontent au plus tard à la recension d'Auxerre, 
établie vers 595. Mais il s'en faut bien qu'ils aient fait par- 
tie du texte original et qu'ils correspondent à une tradition 
liturgique. Ce n'est autre chose qu'une conjecture ou plu- 



(1) C'est peut-être une reduplicatioa de la précédente, 17 octobre pour 
17 décembre. De telles fautes ne sont pas rares dans les martyrologes. 
Cependant, il est à noter que le 17 octobre fut plus tard le jour assigné 
dans les calendriers grecs à la translation de saint Lazare à Constantinople. 
Serait ce le jour de la fête cypriote, et le martyrologiste italien du neu- 
vième siècle l'aurait-il transportée de Lazare à Marthe par suite de quelque 
confusion ? 



LA LÉGENDE DE SAINTE MARIE-MADELEINE. 325 

tôt qu'une faninisie de compilateur. Le lendemain, 20 jan- 
vier, le vieux calendrier romain indiquait la fête des saints 
Marins, Marthe, Andifax et Abacum, persans martyrisés à 
Rome. La similitude des noms [aura attiré ici Marthe et 
Marie, sœurs de Lazare. Des déterminations de ce genre, 
où l'on voit rattacher des saints de date inconnue à des 
anniversaires de saints homonymes, se rencontrent très 
fréquemment dans le martyrologe hiéronymien. Il est à 
peine nécessaire de dire que tous les martyrologes posté- 
rieurs au VI® siècle, où la fête des deux sœurs de Bétha- 
nie est marquée au 19 janvier, dérivent en ceci du texte 
hiéronymien et n'ajoutent rien à son autorité. 

Les Grecs ont toujours distingué Marie-Madeleine de 
Marie de Béthanie. Celle-ci, on l'a vu, a peu de relief dans 
leurs traditions. Il n'en est pas de même de la Madeleine, 
dont le tombeau était, dés le YV siècle, un des lieux saints 
d'Ephèse. Grégoire de Tours, l'homme le plus renseigné 
de son temps en matière de pèlerinages, connaît ce sanc- 
tuaire : 1)1 ea urbe (Ephèse) Maria Magdalene quiescit, nul- 
lum super se tegumen habens (1). Au temps de Charles- 
Martel, il fut visité par le moine anglo-saxon Willibald (2). 
Modeste, évêque de Jérusalem dans la première moitié du 
VIP siècle, le mentionnait dans une de ses homélies (3). 

Quant à Lazare, certaines traditions le rattachaient aussi 
à Ephèse. C'est du moins ce que dit le moine Bernard, 
qui visita les lieux saints d'Italie et d'Orient vers l'an- 
née 870 : Qui (Lazare) dicilur postea (après sa résurrection) 
perslitisse episcopus in Epheso XL amiis. Quoi qu'il en soit, 
son tombeau se voyait à Citium (Larnaca), dans l'île de 
Chypre, où Ton trouve encore une vieille église de son 
vocable (4). C'est de là, en effet, que son corps fut tiré, 

(t) Gl. màrl., 1^. 

(T) On doit cependant noter qu'il n'en est question que dans la deuxième 
rédaction de son udœporicus (Tobler, llin. Hieron., p. 288). 

(3) Photius, Bibl. cod., 275. 

(4) On pense bien que je ne me porte pas garant de l'authenticité de ce 
tombeau, pas plus que de celui de la Madeleine à Ephèse. Je me borne à 



326 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

en 899, par l'empereur Léon VI, pour être transporté à 
Constantinople, avec celui de sainte Madeleine, venu 
d'Ephése. On les déposa dans une église nouvellement 
érigée au lieu appelé Tottoi, tout près de la mer, au-dessous 
de l'ancien palais impérial, à l'endroit où le Bosphore dé- 
bouche dans la Propontide. Cette double translation est 
relatée par un grand nombre d'historiens byzantins du 
X® siècle ; elle ne saurait être mise en doute (1). 

En ces temps-là, l'Occident n'avait encore aucune pré- 
tention sur les reliques de la Madeleine et de la sainte 
famille de Béthanie. On n'y connaissait aucune fête, aucun 
anniversaire de Lazare, sauf la commémoration du 17 dé- 
cembre, dont j'ai indiqué l'origine probable. Cependant, 
depuis le IX" siècle, peut-être depuis le VHP, les marty- 
rologes s'accordaient (2) à marquer la fête de sainte Made- 
leine^au 22 juillet, sans aucune indication géographique, 
il est vrai, sans rattachement spécial à Ephèse. La même 
date se rencontre dans les calendriers grecs à partir du 
X^ siècle, et il est moralement sur qu'ils ne l'ont point 
empruntée aux Latins. On peut donc la considérer comme 
remontant à une date antérieure à la translation d'Ephése 
à Constantinople ; c'est celle de la fête éphésienne. 

Les commémorations de ce genre, c'est-à-dire relatives 



constater qu'on les montrait dans ces localités. Au VI« siècle, Théodose, 
De Terra sancta, 14, dit de Lazare : secundam mortem eUts nemo cogno- 
vU. Je suis de son avis. 

(1) Léo Grammaticus, dans Migne, P. G., t. CVIII, p. 1108; — Continua- 
teur de Théophanc, ibid , t. CIX, p. 381; — Siméon Magister, ibid., p. 765; 
— Georges le Moine, ibid., p. 9Î1 ; cf. t. CX, p. llO.ô. — Le pèlerin russe 
Daniel (1106) vit encore à Ephèse le tombeau et la tète de la Madeleine (To- 
maschek, Zur hislorischen Topographie von Kle\n-Asien im Millelaller. 
Extrait des comptes rendus de l'Acad. de Vienne, t. GXXIX, p. 33). — Le 
monastère d'Andlau, en Alsace, possédait un corps de s. Lazare, que l'on 
disait avoir été donné par l'empereur de Constantinople à la fondatrice, 
l'impératrice Richarde, femme de Charles le Gros. V. là-dessus Grandidier, 
Hist. de l'église de Strasbourg, t. 1, p. 228, et J. Rietsch, Die nachevange- 
lischen Geschiche der Bethanischen Geschwisler und die Lnzarusreliquieri 
zu Andlau, Strasbourg, 1902, p. 42. 

(2) Bèdo( le martyrologe publié sous ce nom par Dusollier), Raban, Wan- 
delbert, le Petit Romain, Adon, Usuard, etc. 



LA LÉGENDE DE SAINTE MARIE-MADELEINE. 327 

à des personnages célèbres de l'Ancien et du Nouveau 
Testament, se rencontrent souvent dans les martyrologes 
latins, sans que l'on soit en droit d'en conclure à l'exis- 
tence d'une fête réellement observée dans les églises 
d'Occident. Aucun des anciens livres liturgiques latins, 
romains ou gallicans, ne contient une messe au nom de 
sainte Madeleine. Lazare, Madeleine et leur groupe ne sont 
connus alors en Occident que par l'Evangile et les marty- 
rologes. Ils n'ont ni légende ni sanctuaire spécial (1). Même 
en Orient, où l'on vénérait les reliques de Lazare et de 
Madeleine, où les sanctuaires de Bélhanie, d'Ephèse, de 
Chypre, de Constantinople, perpétuaient leur souvenir et 
leur culte, on n'en savait guère plus long sur leur compte 
qu'il n'y en a dans l'Evangile. 

Cette situation se maintint pendant le X® siècle tout 
entier. J'ai déjà parlé des historiens byzantins, qui ne 
voient rien au delà de l'église èv ToVotç, si ce n'est les trans- 
lations qui l'ont consacrée. En Occident, Flodoard parle ("2) 
de nos saints uniquement d'après l'Evangile et d'après 
Adon, où il a pris ce qu'il dit du sanctuaire de Béthanie : 

Hic domus ecclesia est tua (Lazare) sanctarumque sororuin. 

Odon de Cluny, son contemporain, nous a laissé une 
homélie (3) sur sainte Madeleine, où il ne trahit aucune 
notion plus précise. Qu'il y ait eu alors, dans le monde 
latin, un lieu où Madeleine, Lazare et ses sœurs fussent 



(1) On a cru trouver, dans une lettre de saint Didier de Cahors (Vil* siè- 
cle), la trace d'une vie de sainte Madeleine. Il s'agit, en réalité, non d'une 
composition hagiographique, mais d'un passage de l'Evangile (Luc, 5) que 
saint Didier envoie à une religieuse déchue pour la consoler par l'exemple 
d'une autre pécheresse repentie : Historiam de Evangelio egregiae illius 
mulieris, etc. (Migne. P. L., t. LXXXVII, p. 2.55). Il est à remarquer que 
saint Didier n'identifie pas Madeleine et la pécheresse de saint Luc; en 
parlant de celle-ci, il lui conserve son anonymat. 

Il) Migne. P. L , t. CXXXV, p. 510. 

(3) Migne, P. L., t. CXXXIU, p. 713. Je n'ai pas à tenir compte ici de la 
recension interpolée publiée comme originale par Faillon, l. c, p. 559 et 
suiv.; cf. Uist. lill. de la France, t. VI, p. 242. 



328 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENKE GAULE. 

honorés d'un culte spécial, un lieu saint de l'un quelcon- 
que d'entre eux, c'est ce dont il n'y a trace, ni dans les 
auteurs cités, ni dans aucun autre, avant le milieu du 
XP siècle. 

II 

LES LÉGENDES BOURGUIGNONNES. 

Il y avait à Vézelay, dans le diocèse d'Autun, une ab- 
baye fondée vers 860 par le célèbre comte Girard de Rous- 
sillon et sa femme Berte, en même temps que celle de 
Pothiéres, au diocèse de Langres. Ce monastère était placé 
sous la protection du Sauveur et de Notre-Dame. Les do- 
cuments qui s'y rapportent forment une longue série, de- 
puis la fondation jusqu'au quatorzième siècle et au delà. 
Dans les plus anciens (1), c'est-à-dire dans ceux du neu 
viéme siècle et du dixième, jusqu'à la lettre de Silvestre II, 
datée de l'an 1001, la titulature du monastère ne comprend 
pas le vocable de sainte Madeleine; il n'y a non plus, jus- 
que-là, aucune trace d'un culte spécial de cette sainte à 
Vézelay. Après Silvestre II, le monastère traversa une 
période d'extrême décadence, à laquelle succéda une re- 
naissance due à l'intervention des moines de Cluny. Un 
abbé Geoffroy, installé en 1037, restaura la discipline. 
C'est sous son gouvernement que l'on voit, pour la pre- 
mière fois, apparaître à Vézelay le culte et le pèlerinage de 
sainte Madeleine. Vézelay devint alors le sanctuaire de 
sainte Madeleine, tout comme Fleury était celui de saint 
Benoît. Le nom de sainte Madeleine entra dans la titula- 
ture officielle de l'abbaye; on l'y rencontre, dès l'an- 
née 1050, en tète d'une lettre du pape Léon IX, délivrée 
le 27 avril (2). 



(1) Jaffé, 2831 (Nicolas I). 3189 (Jean VIII), 3514 (Etienne Vil, 3542 
(Serge III), 3589 (Jean XI), 3621 (Mann II), 3770 (Benoît VI), 3786 (Be- 
noît VII), 3920 (Silvestre II;. 

(2) Jaffé, 4213. 



LA LÉGENDE DE SAINTE MARIE-MADELEINE. 329 

La sainte était invoquée spécialement par les prison- 
niers, dont elle brisait les chaînes et les carcans. Une fois 
en liberté, ils s'acheminaient vers Vézelay et déposaient 
dans son sanctuaire les liens dont ils avaient été délivrés 
par son intercession. Ces ex-votos s'accumulèrent au point 
que l'abbé Geoffroy put en tirer le métal nécessaire pour 
entourer de grilles l'autel de son église. 

Ces hommages s'adressaient à un tombeau. Le corps de 
la sainte était censé reposer dans l'église du monastère. 
Comment y élait-il venu ? On l'ignora d'abord, et l'on ne 
savait trop que répondre à certains questionneurs impor- 
tuns. Le plus ancien document du culte de Vézelay (1) est 
très instructif sur ce point. L'auteur commence par ra- 
conter la renaissance du monastère sous l'abbé Geoffroy, 
la prospérité du culte de sainte Madeleine et les miracles 
qui se produisaient ; il attribue même à la sainte le succès 
de la Trêve de Dieu, qui faisait alors son apparition dans 
le pays. Puis il passe aux objections de ceux qui deman- 
dent « commuent le corps de la bienheureuse Marie-Made- 
leine, qui était de Judée, a pu être apporté de si loin dans 
les Gaules. » A cela il répond d'abord que rien n'est im- 
possible à Dieu ; ensuite, que la plupart de ceux qui ont 
douté ont été réduits par des châtiments divins à se re- 
pentir de leur incrédulité. Si le premier argument est peu 
concluant, le second était déjà propre à faire réfléchir les 
incrédules. Mais le narrateur en ajoute deux autres. Sainte 
Madeleine lui est apparue, à lui qui parle, debout auprès 
de sa châsse, et lui disant : « C'est moi celle que beaucoup 
de personnes croient être ici (2). » Enfin, on ne saurait 
citer, en dehors de Vézelay, aucun lieu où l'on prétende 
avoir le corps de Madeleine, tandis que nombre de saints 
sont réclamés par diverses localités (3). 



(1) Faillon, t. II, p. 735. 

(2) Ego sum quae hic a multis existimor esse. 

(3) Illud etiam certissime praenotandum quod nusquam ab aliquo , ut de 
plerisque solet, praeter Viceliacum dicatur corpus eiusdem haberi. 



330 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

De ce raisonnement peu convaincant il résulte pour- 
tant que notre hagiographe n'avait pas le moindre vent 
d'une tradition concurrente, et que, selon lui, Madeleine 
était morte loin de la Gaule, ses ossements seuls y ayant 
été apportés à une date inconnue (1). 

Ses explications ne semblent pas avoir eu beaucoup de 
succès. Les moines de Vézelay durent s'ingénier à trouver 
autre chose pour accréditer leur possession. Le système 
auquel ils s'arrêtèrent consiste à supposer que le corps saint 
leur venait d'une sépulture des environs d'Aix et que cette 
sépulture était vraiment celle de sainte Marie-Madeleine. 
Pour l'établir, ils fabriquèrent une double relation (2), 
dont l'une exposait comment Madeleine était venue mou- 
rir en Provence et en quel endroit on l'avait enterrée, 
l'autre contenait le récit du « pieux larcin » auquel on 
devait son transfert de Provence en Bourgogne. 

La sépulture provençale est indiquée avec une grande 
précision. Elle se trouvait au lieu appelé Saint-Maximin, 
dans une église monacale, dont l'entrée était interdite aux 
femmes. C'était un sarcophage de marbre blanc, orné de 
sculptures; on croyait y discerner la scène du repas où 
Madeleine, identifiée suivant l'usage latin avec Marie de 
Béthanie, aurait parfumé la tête (3) du Sauveur. 



(1) Dans un manuscrit qui n'a pas été à ma disposition, le n" 13 de l'ab- 
baye d'Heiligen Krcuz, de la fin du XII" siècle, le récit que je viens d'ex- 
poser se termine par quelques chapitres inédits. Les PP. Bollandistcs en 
ont publié un, tout récemment (Analecta BolL, t. XII, p. 297), en rendant 
compte du présent mémoire. Il y est dit que l'abbé Geoffroy ayant voulu 
tirer sainte Madeleine de la petite crypte où elle reposait, pour la mettre 
dans une châsse précieuse, l'église fut aussitôt plongée dans des ténèbres 
épaisses; les personnes qui assistaient à l'opération s'enfuirent épouvan- 
tées; toutes furent plus ou moins mises à mal. Aussi renonça-t-on à toute 
tentative d'ouvrir le saint tombeau, « Ce récit, » disent les Bollandistes, 
« est assez clair pour qui sait et veut le comprendre. Il en ressort nette- 
» ment qu'on eût été fort embarrassé à Vézelay, si quelqu'un de ces ques- 
» tionneurs importuns dont parle M. l'abbé Duchesne avait demandé à voir 
» le corps saint que l'on prétendait posséder. » 

(2) Paillon, t. II, p. 440. 

(3) Les pieds d'après saint Jean (XII, 3), la tête d'après Marc (XIV, 3) et 
Matthieu (XXVI, 7); la mention de Simon le lépreux, propre à ces deux 



LA LÉGENDE DE SAINTE MAKIE-MADELEINE. 331 

Le lieu, l'église, le sarcophage existent encore. Ce sar- 
cophage n'est pas isolé; il fait partie d'un groupe de tom- 
beaux du même genre réunis dans une crypte de l'église 
Saint-Maximin. Tous ces sarcophages sont sculptés (1) ; 
quatre dalles plates, qui font partie de la décoration de la 
crypte," portent des figures gravées en creux. Aucun de 
ces monuments, il est vrai, n'offre la moindre relation 
avec les histoires évangéliques où soit Madeleine, soit 
Marie de Béthanie, soit la pécheresse de saint Luc, ont 
joué un rôle. On n'y trouve même pas la résurrection de 
Lazare, si fréquemment représentée sur les anciens sar- 
cophages chrétiens. Mais de ce que les yeux exercés des 
archéologues d'à présent ne découvrent rien de semblable 
dans la crypte de Saint-Maximin, il ne s'ensuit pas que 
les visiteurs du XV siècle et des siècles suivants aient été 
aussi peu perspicaces, surtout lorsque leur déchiffrement 
était guidé par l'intérêt. 

Pour toute personne impartiale, la crypte de Saint- 
Maximin n'est autre chose que la sépulture d'une famille 
gallo-romaine du V® ou du VP siècle. Une sépulture du 
même genre se trouvait à la Gayole, près de Brignoles, 
non loin de Saint-Maximin. D'autres pourraient être signa- 
lées soit à proximité de certaines villes gallo-romaines, 
soit dans la campagne (2). Les membres de l'aristocratie, 
en nos contrées, aimaient à résider sur leurs terres, dans 
leurs immenses villas ; ils y avaient des chapelles et s'y 
faisaient volontiers enterrer. Le monument de Saint- 
Maximin n'a rien d'extraordinaire, sinon sa fortune. 

Malheureusement, il ne subsiste aucune inscription, 
aucun texte quelconque d'où l'on puisse déduire le nom 
des défunts enterrés là et même celui que portait la 

évangélistes, donne lieu de penser que le légendaire de Vézelay les a suivis 
plutôt que s. Jean. 

(1) Leblant, ^Les sarcophages cliréiiens delà Gaule, pi. lii-lviii. 

(2) La crypte de saint Corcodème, dont il est question dans la Vie de 
saint Germain d'Auxerre, celle de saint Vénérand à Clermont, celle de Mel- 
lébaude à la porte de Poitiers, celle de Saint-Martial de Limoges, etc. 



332 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

localité dans les temps romains. Les plus anciens docu- 
ments qui la mentionnent sont des chartes (1) de Saint- 
Victor de Marseille; celle qui remonte le plus haut est 
de 1038. Dans celle-ci, on voit que Pierre, archevêque 
d'Aix, et ses frères donnent à Saint-Victor une terre allo- 
diale qu'ils avaient reçu de leurs parents ; elle était sise 
au comté d'Aix, dans le territoire d'un château [castrum] 
appelé Roda7ias, et comprenait quatre églises : celles de 
Saint-Maximin, Sainte-Marie, Saint-Jean et Saint-Mitre. 
Les moines de Saint-Victor ne tardèrent pas à fonder un 
prieuré à Saint-Maximin, qui devint ainsi, si elle ne l'était 
déjà, la principale église du lieu. Ce lieu était appelé à de 
hautes destinées. 

Antérieurement toutefois, et avant qu'il ne fût donné à 
Saint-Victor, ce n'était qu'une église rurale, élevée sur une 
propriété particulière. Pourquoi portait-elle le nom de Saint- 
Maximin ? De quel saint Maximin dérivait ce vocable? On 
n'en sait rien, absolument rien. Les textes antérieurs au 
XP siècle ne mentionnent aucun saint Maximin provençal. 
Quant aux chartes de Saint-Victor, elles se bornent au vo- 
cable Sancti Maximini, sans donner au titulaire de l'église 
une qualification quelconque, comme celle d'évêque, de 
martyr, de confesseur. Tout ce qui en a été raconté depuis 
dérive, non d'une tradition locale, mais des écrits fabriqués' 
par les moines de Vézelay. 

Quelqu'un d'entre eux, ou de leurs amis, préoccupé 
comme on l'était alors à Vézelay, d'expliquer l'origine des 
reliques de la Madeleine, aura passé par Saint-Maximin 
et remarqué les bas-reliefs. L'un d'eux lui aura paru re- 
présenter l'onction du Christ chez Simon le lépreux; et, 
suivant un raisonnement familier aux gens d'alors, il se 
sera dit que puisque Madeleine était figurée sur ce sarco- 
phage, c'est qu'elle y avait été ensevelie. Dès lors, la lé- 
gende était virtuellement constituée. Madeleine a été enter- 

(1) Paillon, t. II, p. 665-688. 



LA LÉGENDE DE SAINTE MARIE-MADELEINE. 333 

rée en Provence : c'est donc qu'elle y est morte. Elle n'y 
est pas venu seule : une femme a toujours besoin d'appui. 
La mère du Seigneur s'attacha à saint Jean ; Madeleine aura 
eu pour compagnon et protecteur le saint dont l'église 
abritait son tombeau. Une fois en Provence, que pouvaient- 
ils faire, sinon prêcher l'Evangile ? Maximin aura été 
l'apôtre du pays et le premier évêque d'Aix. On les aura 
naturellement enterrés l'un auprès de l'autre. 

Maintenant, comment les corps saints ont-ils passé de 
Provence en Bourgogne ? Il y avait, pour ces translations, 
un type classique. Saint Benoît et sainte Scholastique 
étaient venus du mont Cassin à Fleury-sur-Loire, parce 
que de pieuses personnes, voyant leurs tombes abandon- 
nées dans le pays occupé par les Lombards, avaient eu 
l'idée d'en extraire les reliques et de les transporter en 
France. Au XP siècle on savait très bien que la Provence 
avait été longtemps occupée ou ravagée par les Sarrasins. 
Il n'était pas difficile de se figurer que des fidèles zélés 
eussent trouvé moyen de soustraire à leurs insultes les reli- 
ques de l'église Saint-Maximin et d'en enrichir le monas- 
tère de Vézelay (1). 

En effet, les moines de Vézelay, après l'échec de leurs 
premières explications, se mirent à raconter (2) que Marie- 
Madeleine avait pris pour tuteur l'un des soixante-douze 
disciples, appelé Maximin, à peu près comme la Vierge 
Marie s'était attachée à saint Jean l'Evangéliste. Lors de la 
persécution qui suivit le martyre de saint Etienne, ils s'em- 
barquèrent tous les deux pour Marseille, et vinrent s'ins- 



(1) Tout cela est fort naturel. Au XI» siècle nous aurions tous raisonné 
de cette façon. M. G. Doncieux l'a fort bien expliqué (Annales du Midi, 
t. VI, 1894, p. 351). Il a même réussi à découvrir sur le sarcophage de la 
Madeleine à Saint-Maximin, la scène qui aura été prise pour celle de l'onc- 
tion du Christ. Elle représente en réalité Pilate se lavant les mains; mais 
un archéologue du XI^ siècle pouvait confondre. C'est la seule qui soit 
visée dans la plus ancienne légende; l'autre, la plus répandue, indique bien 
d'autres épisodes; mais son auteur n'a pas vu le monument et parle d'ima- 
gination. 

(i) Faillon, t. II, p. 440 et 741. 



334 FASTES ÉPISCOPAUS DE l'aNXIENNE GAULE. 

taller dans le « comté » d'Aix, où ils prêchèreni l'Evangile. 
Maximin fut le premier évéque d'Aix. Madeleine mourut 
avant lui; il lui donna la sépulture ; et quand il eut lui- 
même terminé sa carrière, on l'enterra à côté de sa sainte 
amie. Leurs sarcophages se voyaient dans l'église qui porte 
son nom, Saint-Maximin. Sous le roi Carloman, l'évéque 
d'Autun, Adalgar, étant venu à Vézelay, en compagnie du 
chevalier Adelelme, celui-ci, qui était le frère de l'abbé en 
fonctions, Eudes, déclara qu'il savait où était le tombeau 
de la patronne du monastère. Naturellement, on le pria de 
se mettre en route et de tâcher de rapporter des reliques 
aussi importantes. Adelelme partit pour la Provence avec 
une escorte ; arrivé à Arles, il apprit que le sanctuaire qu'il 
cherchait se trouvait dans une contrée au pouvoir des Sar- 
rasins. Il se risqua cependant, se saisit des corps de sainte 
Madeleine et de saint Maximin, et parvint à les transporter 
jusqu'à Vézelay. 

Dans ce récit, il y a juste ce qu'il faut pour authentiquer 
les reliques de Vézelay. De Lazare, de Marthe, des autres 
personnages évangéliques auxquels on donna plus tard un 
rôle en ces histoires, il n'y a pas la moindre trace. Cepen- 
dant la mention de saint Maximin, utile pour la détermi- 
nation du lieu de provenance, était de nature à éveiller 
certaines susceptibilités. Les moines du prieuré provençal 
n'ayant nullement conscience du séjour de Madeleine dans 
leur pays et de sa sépulture dans leur église, n'avaient pas 
de raison majeure pour réclamer contre le prétendu larcin 
d'Adelelme, en ce qui regardait cette sainte. Il n'en était 
pas tout à fait de même pour saint Maximin, dont leur 
église portait le nom. Qui sait si elle ne contenait pas son 
corps? En cent endroits divers, à Vézelay même, on con- 
cluait du vocable au tombeau. 

On ne sait si les religieux provençaux réclamèrent. Il 
est sur, en tout cas, que ceux de Vézelay substituèrent 
bientôt une autre relation à celle dont leurs confrères au- 
raient pu se plaindre, et que, cette fuis, saint Maximin 



LA LÉGENDE DE SAINTE MARIE-MADELEINE. 335 

fut laissé dans son prieuré, sainte Madeleine seule ayant 
été emportée en Bourgogne. 

Dans cette nouvelle rédaction (1), on ne voit plus inter- 
venir ni l'évêque Adalgar, ni le chevalier Adelelme, mais 
le comte Girard et le moine Badilon. Le premier, c'est- 
à-dire le fondateur de Vézelay, s'entend avec l'abbé Eudes 
pour envoyer Badilon dans le territoire d'Aix, où l'on sa- 
vait, par la rumeur publique, que Marie-Madeleine avait 
été enterrée. Badilon se rend en effet à Aix et parvient, 
après quelques recherches, à trouver le précieux trésor et 
à s'en emparer. 

Ce système avait l'avantage de donner un rôle à Girard 
de Roussillon, personnage dontla légende populaire s'était 
déjà occupée et qui figurait comme principal héros dans 
plusieurs chansons de geste (2). 

Si bien combiné que fût leur récit, les moines de Vézelay 
n'en avaient pas moins commis une grave imprudence en 
indiquant avec tant de précision le lieu de provenance de 
leurs reliques. Il y avait là comme une attache toute pré- 
parée pour des revendications futures. Les Provençaux ne 
pouvaient laisser dire indéfiniment qu'on leur avait volé 
leur sainte. 

Cependant, le conflit ne se produisit qu'au XIIP siècle. 
Pour le moment, il ne vint de Provence aucune réclama- 
tion et l'opinion donna pleine créance aux explications 
des religieux bourguignons. Au XIP siècle il n'y avait 
guère en France de pèlerinage plus célèbre que celui de 
sainte Madeleine de Vézelay. Dans leurs bulles, les papes 
Lucius III, Urbain III, Clément III, constatent sans hési- 
ter que l'abbaye de Vézelay possède le corps de l'amie du 
Christ. Les rois de France, les évoques, les écrivains, tout 



(1) Paillon, t. II, p. 745. C'est celle que l'on rencontre le plus souvent dans 
les lectionnaires. 

(2) P. Meyer, Romania, t. VII, p. 161 et suiv.; Longnon, Revue histori- 
que, t. VIII, p. 241 et suiv. 



336 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

ce qui marque dans le aïonde et dans la littérature s'ac- 
corde à relever ce lieu saint. 

Avant le déclin du XIP siècle, les chartes provençales 
authentiques et les autres documents de l'opinion reçue 
en ces contrées ne laissent pas voir qu'on s'y intéressât à 
Madeleine et à Lazare. Le martyrologe d'Arles, à l'usage de 
l'église de Toulon, a été étudié récemment (1). M. de Man- 
teyer a fixé aux environs de 1120 la date de sa transcrip- 
tion originale. Le texte est, pour l'ensemble, celui d'Adon, 
mais il a été enrichi de nombreuses fêtes de saints pro- 
vençaux. Sur les personnages évangéliques, Madeleine, 
Lazare et les autres, il ne contient rien qui ne se trouve 
déjà chez Adon, c'est-à-dire rien qui décèle une spécialité 
provençale, une préoccupation quelconque des légendes 
de Vézelay. Maximin (6 juin) n'y figure pas. 

Quant aux chartes, M. de Manteyer a fait observer que 
celles du XV et du XII^ siècle où l'influence de ces légendes 
se fait sentir ne se sont point conservées en original, tan- 
dis que celles, assez nombreuses, dont nous avons les ori- 
ginaux, sont toutes absolument muettes. A la première 
catégorie appartient la circulaire de l'évêque Rostaing de 
Fos (1056-1082) pour la reconstruction de l'église Saint- 
Sauveur d'Aix. Sa teneur est des plus suspectes : je ne 
crois pas qu'un diplomatiste sérieux la puisse considérer 
comme authentique. Elle mentionne à la fois Maximin, 
Madeleine et Lazare, lequel est représenté comme évêque 
de Marseille. C'est quelque chose de plus que la légende 
de Vézelay. 

Les deux autres documents, une lettre de Pascal II 
(28 mars 1102) et une note relative à la consécration de 
l'église Saint-Sauveur (7 août 1103) ne soulèvent pas les 
mêmes objections. Ces documents sont probablement au- 



(1) De Manteyer, Les légendes saintes de Provence el le marlyrologe 
d'Arles-Toulon, dans les Mélanges de l'école de Rome, t. XVII (1897), p. 4(i7 
et suiv. — dom G. Morin, Un martyrologe d'Arles, dans la Revue d'Iiist 
et de lilt. religieuse, t. III (1898), p. 10 et suiv. 



LA LÉGENDE DE SAINTE MARIE-MADELEINE. 337 

thentiques dans l'ensemble. Toutefois, les détails ne peu- 
vent être garantis, car on a pu aisément les interpoler dans 
la copie. Il n'est question que de Madeleine et deMaximin. 
Leurs fêtes sont indiquées, dans la bulle, comme princi- 
pales pour le diocèse d'Aix; dans l'acte de consécration, 
on note que, les fondateurs de Saint-Sauveur et de deux 
églises voisines ayant été Maximin et Madeleine, on a dé- 
dié un autel en leur honneur dans l'église Saint-Sauveur. 
La phrase où il est question des deux saints est une inter- 
polation manifeste (1). 

Ainsi les chartes d'Aix, antérieurement au XIIP siècle, 
n'offrent aucun appui sérieux à ce que l'on prétend être la 
tradition. Toutefois, il y a lieu de relever certains faits 
propres à expliquer, dans une certaine mesure, la genèse 
des légendes provençales. 

Celles de Vézelay ne donnaient à Madeleine qu'un 
seul compagnon, Maximin ; il était pourtant assez naturel 
de lui associer sa sœur Marthe et son frère Lazare. C'est ce 
qu'a fait, dès la fin du XI* siècle, l'auteur d'un récit qui figure 
avec d'autres pièces relatives à Sainte-Madeleine de Vézelay 
dans un manuscrit de la fin du XP siècle ou du commen- 
cement du XIP (2). Il commence par les mots Omnipotentis 
Domini clementia, et raconte comme quoi, d'après une ve- 
ridica multorum relatio, Madeleine, fuyant la persécution 
des Juifs, se transporta par mer à Marseille, en compagnie 
de son frère Lazare et de sa sœur Marthe. Ici il n'est plus 
question de saint Maximin, au moins comme d'un disciple 
palestinien; la cité d'Aix n'est pas nommée. C'est Marseille 
qui est le champ d'apostolat et c'est Lazare qui le cultive, 
car Madeleine sait qu'en ce genre de choses le rôle des 



(1) La suivante, Cuius consecralionis diem etc., suppose qu'on vient de 
parler non d'un autel en particulier, mais de l'église elle-même. Elle se rat- 
tache, par dessus la phrase où Madeleine et Maximin sont nommés, à ce 
qui précède immédiatement : ... qualenus venerabilis ecclesia gloriosi Sal- 
vatoris, a venerabilibus viris consecrata, in posterum per infinilum vene- 
rabilius veneraretur. 

{1) Paris, 17G27 {Noire-Dame, 101). — Paillon, t. II, p. 573. 

22 



338 FASTES ÉPISCOPAUX DE L'ANCIENNE GAULE. 

femmes est restreint : Quia muliebri sexui noverat prohibi- 
tum publicis audilibus... divinum inferre sermonem. Cepen- 
dant la sainte famille finit par se retirer autre part. 
Lazare, Marthe et Madeleine meurent et sont enterrés on 
un lieu où l'on voit encore une belle église élevée en 
l'honneur de saint Maxime (sic), confesseur, évêque prae- 
fatae civitatis, c'est-à-dire de Marseille. 

Le lieu indiqué ici est Saint-Maximin. Il résulte de cette 
légende, si peu d'accord avec les plus anciennes références 
provençales du pèlerinage de Vézelay, que la « tradition » 
était encore bien flottante, vers la fin du XI* siècle : 1° sur 
le siège épiscopal de Maximin ; 2° sur le groupement de 
ce saint avec Marie-Madeleine ; 3° sur le lieu où Lazare 
et Marthe avaient reçu la sépulture. Celte version, qui fut 
peu copiée, ne paraît avoir joui d'aucun crédit. Ce n'est 
pas à Saint-Maximin que l'on trouva Lazare et Marthe. A 
Marseille, dans la très vieille église de Saint-Victor, on 
possédait le tombeau d'un saint Lazare évêque. Nous en 
connaissons l'inscription par une copie de Peiresc. Elle se 
lisait (1) ainsi : Hic lacet bone rti(e)r)i(orie) p(a)p(a) Lazar(us) 
que vixit in timoré D(e)i p(Lus) mÇiyius) an(nos) LXX et re- 
qwievit in pace... Ce Lazare est très vraisemblablement (2) 
l'évêque d'Aix du V* siècle qui eut tant de démêlés avec 
le pape Zosime et le métropolitain Patrocle. Il aura fini par 
se retirer à Marseille près de son ami Proculus, qui l'avait 
lui-même ordonné. Dans une charte relative à la consécra- 
tion de Saint-Victor, en 1040 (3;, on mentionne, entre au- 
tres reliques possédées par l'abbaye, celles de Lazare le 
ressuscité... seu et sancti Lazari a Clirislo Ihesu ressuscitati 
etsanctorum Innocentum. 

A Autun aussi, on croyait, dans la première moitié du 

(1) Leblant, n«216. 

(2) Albanés, G. C. nov., t. I, p. 29; dom G. Morin, Mém. des Antiquaires 
de France, 1897, p. 33. 

(3) Albanès-Ghevalier, G. C. 7iov., t. II, p. 55. Il est possible que ces reli- 
ques soient celles de Lazare d'Aix; peut-être aussi était-il venu quelque 
chose ue Chypre ou de Constantinople. 



LA LÉGENDE DE SAINTE MARIE-MADELEINE. 339 

XIP siècle, avoir les reliques de saint Lazare. Cette croyance 
n'élail pas très ancienne. Honorius, écolàtre d'Autun vers 
le commencement du XII® siècle, parle de Lazare comme 
ayant été pendant trente ans évéque en Chypre (1) ; il ne 
trahit pas la moindre idée d'un séjour de ce personnage 
en Gaule ou d'une translation de ses reliques en Bourgo- 
gne. La cathédrale d'Autun était sous le vocable de saint 
Nazaire. De Nazarius, semble- 1- il, on passa à Lazarus. 
Comme elle était devenue trop étroite, on en commença 
une autre vers l'année 1120. En 1131, la nouvelle église 
fut consacrée par le pape Innocent II ; enfin, en 1147, on 
y transféra les restes du saint dont elle devait désormais 
porter le vocable. Nous avons (2) un récit fort circonstancié 
de cette translation ; c'est l'œuvre d'un témoin oculaire. 
Il note, entre autres choses, que, dans la châsse qui fut 
considérée comme celle de saint Lazare, on trouva des 
gants d'évêque et un bâton pastoral, ce qui donne lieu de 
craindre que l'on n'ait dérangé dans sa dernière demeure 
quelque évêque d'Autun des temps carolingiens. Celte 
longue narration est absolument muette sur la provenance 
des reliques. L'épiscopat de Lazare n'est indiqué que par 
la circonstance des gants et de la crosse ; on ne dit pas où 
il avait été évéque (3). 

Enfin, nous apprenons, par un document de 1093 (4), 
qu'un des autels de Saint-Maximin était sous le vocable 
d'un saint Sidoine, qui, comme on le voit par d'autres piè- 
ces, de 1060 (5) et de 1068 (6), était honoré dans le pays. 

(1) Migne, P. L., t. CLXXII, p. 917. S. Epiphane, Haev., LXVI, 34, dit 
aussi que Lazare survécut trente ans à sa résurrection. 

(2) Paillon, t. II, p. 715-724. 

(3) Un mausolée, œuvre d'un moine appelé Martin, fut élevé dans la nou- 
velle cathédrale sous l'évéque Etienne II (1170-1189). Il fut démoli en 1706 
par ordre du chapitre d'Autun (Triollier, Les débris du tombeau de saint 
Lazare dans le Bull. arch. du com. des travaux hist., 1894, p. 445 et suiv. >. 
On trouvera dans ce mémoire une inscription commémorative de la déco'i- 
verte gravée sur le cercueil de plomb qui contenait les reliques. 

(4) Cart. de Saint- Victor, n" 222. 

(5) Cart. de Saint- Victor, n' 470. 

(6) Albanùs, G. C. nov., t. I, p. 24. 



340 FASTES ÉPISCOPAL'X DE l'aNCIENNE GAULE. 

Il faut avoir tous ces faits présents à res[»ril pour bien 
saisir ce qui va suivre, c'est-à-dire l'intervention des Pro- 
vençaux dans une affaire où, pendant plus d'un siècle, ils 
s'étaient tenus passifs. 



III 



LA LEGENDE DE SAINTE MARTHE. 

Il y avait à Tarascon, dans le diocèse d'Avignon, une 
très ancienne église sous le vocable de sainte Marthe (1). 
Cette sainte Marthe était-elle vraiment la sœur de Lazare? 
On ne saurait l'affirmer, mais rien n'empêche, après tout, 
que l'église de Béthanie, fréquentée par tous les pèlerins 
des lieux saints, ait suggéré ce vocable. Qu'il remontât ou 
non à la première fondation de l'édifice sacré, du moment 
où il était traditionnel, et il l'était sûrement au XII^ siècle, 
il ne pouvait manquer de donner lieu à des réflexions. 
Madeleine était venue en Provence : personne n'en doutait 
plus. Son frère Lazare aussi, car d'où pouvaient venir les 
reliques d'Autun ? On commençait déjà à dire, en Bour- 
gogne au moins, qu'elles venaient aussi de Saint-Maximin. 
Comment Marthe aurait-elle pu faire défaut ? Même en 
faisant abstraction de la légende citée plus haut (p. 337), 
le raisonnement seul suffisait pour conclure à la venue de 
Marthe dans le pays. Son nom était attaché à une église 
de Tarascon. Elle avait dû y être enterrée, et, comme 
personne ne la réclamait, les Bourguignons s'étant con- 
tentés de Madeleine et de Lazare, ses restes devaient y 
être encore. Il n'y avait qu'à chercher. 

On chercha, on trouva. La découverte eut lieu en 1187. 
Ici, il est à noter que, de tout le groupe de Béthanie et de 

(1) Une terra sancte Marthe ou sancta Martha est indiquée dans deux- 
chartes de 967 et 964, comme se trouvant à Tarascon. L'église actuelle de 
Sainte-Marthe a conservé des parties qui remontent fort haut. V. Hellet, 
Les origines des églises de France, 2* éd., p. "Jôl et suiv. 



LA LÉGlîxN'DE DE SAINTE MARIE-MADELEINE. 341 

ses annexes, sainte Marthe est la première qui ait été 
revendiquée par les Provençaux. Avant la fin du XII" siècle, 
ce que l'on racontait des saints de Palestine émigrés en 
Provence, on le tenait des Bourguignons et spécialement 
(les moines de Vézelay. Tarascon introduisit dans ce déve- 
loppement légendaire un élément- nouveau et vraiment 
indigène. Là, au moins, on trouve une tradition po[)ulaire: 
celle de la célèbre Tarasque, vaincue par la sainte du 
pays. Il est possible que cet élément légendaire ait préexisté 
à la découverte de 1187. 

Celle-ci eut pour conséquence la construction d'une belle 
église en l'honneur de sainte Marthe ; elle fut consacrée 
dix ans après, en 1197, comme le dit une inscription encore 
visible à la porte de ce sanctuaire : 

Vigenti novies septem cum mille relapsis 
Anno postreino nobis patet ospita Christi. 
Mille ducentis iransaclis minus at tribus annis, 
Imbertus presul Rostagno presule secum 
In prima iunii consecrat ecclesiam. 

On ne pouvait laisser sans légende un lieu saint comme 
celui-là. Les écrivains du pays se mirent à l'œuvre (1). 
L'Evangile leur fournissait déjà des données importantes; 
ils connaissaient la légende de Vézelay sur saint Maximin 
et sainte Madeleine. C'est celle-ci qui fournit le cadre pour 
la partie provençale. J'ai dit le cadre. Les moines de Vé- 
zelay, qui n'avaient fabriqué cette légende que pour au- 
thentiquer leurs reliques, ne s'étaient pas mis en peine de 
développements historiques. A Tarascon, on ne pouvait 
se contenter de si peu. Le légendaire ne manqua pas de 
faire arriver sainte Marthe en compagnie de sa sœur Ma- 
deleine ; et, comme celle-ci avait eu en Maximin une sorte 



(l) CeUe légende ne se trouve ni dans Surius ni dans les Uollandistes. Il 
faut la chercher soit dans le Sancliiarium de Monibrilius (t. II), soit dans 
les manuscrits. Vincent de Beauvais et Jacques de Voragine la reprodui- 
sent d'une façon satisfaisante. 



342 FASTES ÉPISCOPAUX DE l" ANCIENNE GAULE. 

de tuteur, il adjoignit à sainte Marthe, en cette qualité, 
un des sept diacres de Jérusalem, Parménas. De plus, il 
fit embarquer avec eux tout un personnel d'archevêques 
et d'évêques pour les différentes villes de Gaule, saint 
Trophime d'Arles, saint Paul de Narbonne, saint Saturnin 
de Toulouse, saint Martial de Limoges, saint Eutrope de 
Saintes, saint Julien du Mans, saint Auslregisile de Bour- 
ges, saint Gatien de Tours, saint Irénée de Lyon, saint 
Ferjeux de Besançon, saint Eutro[»e d'Orange, saint Front 
de Périguenx, saint Georges du Puy-en-Velay, saint Denis 
de Paris. Cette incursion dans l'histoire ecclésiastique 
n'était pas très heureuse, car elle réunissait dans la même 
mission des personnages qui ont vécu en divers siècles, 
depuis le 11= jusqu'au VIP. Chose remarquable, Lazare 
n'est pas du voyage ; il est même noté expressément qu'il 
était évêque en Chypre. 

A Marseille, sainte Madeleine convertit le duc de l'en- 
droit, qui entreprend un pèlerinage en Palestine avec sa 
femme enceinte. Celle-ci accouche pendant la traversée et 
meurt aussitôt. Son mari, très affligé et très embarrassé, 
se décide à déposer la morte dans une île déserte, et à 
laisser l'enfant auprès du cadavre, puis il poursuit son 
chemin. A Jérusalem, il est accueilli par saint Pierre, qui 
lui fait visiter les Lieux Saints pendant deux ans. En reve- 
nant, il repasse par l'île, où il trouve son enfant vivant et 
obtient la résurrection de sa femme par l'intercession de 
sainte Madeleine (1). 

Quant à sainte Marthe, elle s'établit à Tarascon, où elle 
triomphe du monstre Tharascvrus, venu aussi d'Orient et 
descendant en droite ligne du Léviathan dont parle le livre 
de Job. A Avignon, elle ressuscite un jeune homme qui 

(1) Cet épisode, il faut le dire, Pst absent de plusieurs manuscrits, parmi 
lesquels je citerai les Parisini 5345 et 11104, qui sont du commencement du 
treizième siècle et doivent être au nombre des plus anciens. Le pseudo- 
Raban, dont il sera question plus loin, l'ignore également. Il n'a du reste 
aucun lien avec l'ensemble du récit, dont le principal personnage est sainte 
Marthe et non sainte Madeleine. 



LA LÉGKNDE UE SAINTI:: MAIUE-MADELEINE. .'M3 

s'était noyé dans le Rhône. Cet événement donne lieu à la 
construction d'une église, que dédient les évêques du voi- 
sinage : saint Maximin est du nombre. Madeleine, qui s'est 
retirée du monde, meurt (2'2 juillet) peu après; sept jours 
après sa mort, elle apparaît à sa sœur et l'invite à la suivre 
dans la béatitude céleste. Marthe obéit (29 juillet). Vien- 
nent ensuite des détails sur ses funérailles, qui sont pré- 
sidées miraculeusement par saint Front de Périgueux, et 
sur les prodiges accomplis à son tombeau. 

Ce pieux roman est censé avoir été écrit en hébreu par 
une certaine Marcelle, suivante de sainte Marthe, et tra- 
duit en latin par Syntique, autre compagne de la sainte. 
Syntique a été évidemment empruntée à l'épitre de saint 
Paul aux Philip[)iens ; quant à Marcelle, c'est le décalque 
féminin du prétendu Marcellus, sous le nom duquel circu- 
laient des légendes relatives à saint Pierre et à saint Paul. 

M. Paillon n'a pas inséré cette pièce dans son recueil de 
documents sur les saints de Provence. Launoy avait mené 
grand ramage des énormes absurdités qui s'y rencontrent. 
En revanche, on trouvera dans les Monuments inédits de 
M. Paillon une pièce dérivée de celle-ci, dont elle ne diffère 
que par de longs développements tirés de l'Ecriture sainte 
et par une rhétorique plus délayée. C'est ce que l'édi- 
teur (1) appelle La vie de sainte Marie-Madeleine et de sainte 
Marthe, par Raban Maur. Il en fait le plus grand état. Cette 
rédaction a été tirée par lui d'un manuscrit d'Oxford, du 
XIV* siècle au plus tôt ; on n'a pas lieu de croire qu'elle 
remonte beaucoup plus haut que sa transcription dans ce 
manuscrit (2). Quant au nom de Raban, qui se lit en tête, 



(H Faillon, t. II, p. 453. 

(2) Voyez, sur ce sujet, Acla SS. oclobr., t. IX, p. 646 et suiv. Cf. [D'Ozou- 
ville,] Lettres à dom Paul Piolin, Paris, Julien-Lanier, 1855, p. 44 et suiv. 
L'auteur de ce livre pense que le pseudo-Raban est un clerc du collège de 
la Madeleine, à Oxford, et que sa compilation ne remonte qu'à l'année 1456 
environ. Les raisons alléguées en faveur de celte origine et de celte date 
me paraissent fort plausibles ; j'ai du reste appris, par une lettre de M. Wil- 
son, que le manuscrit en question, lat. 89, est du XV' siècle. 



344 FASTES ÉPISCOPAUX DE LAN'CIENNE GALLE. 

il ne saurait en imposer beaucou[j plus que ceux de Mar- 
celle et de Syntique. 

C'est de sainte Marthe surtout qu'il est question dans 
ces pièces, au moins en ce qui concerne la partie proven- 
çale du récit. On n'y insiste pas sur le sanctuaire de Saint- 
Maximin ; il n'est dit ni que Madeleine y soit encore, ni 
qu'elle ait été transportée ailleurs. Le lieu de sa retraite et 
de sa mort est très vaguement indiqué : ce que l'on en 
sait, on le tient de la légende bourguignonne et non d'une 
tradition locale. L'intérêt se concentre sur le tombeau de 
sainte Marthe, à Tarascon. 

Deux récits de voyage, contemporains de la reconstruc- 
tion de Sainte-Marthe, nous renseignent un peu sur le dé- 
veloppement de la tradition. En 1190, Guy de Bazoches, 
chanoine de la cathédrale de. Châlons, vint s'embarquer à 
Marseille pour la Palestine. Dans une de ses lettres (1) il 
décrit son voyage. A Vézelay, il se souvient que le duc 
Gérard y fit transporter le corps de sainte Madeleine ex 
Aquensi destructa provincia sevicia paganornm. Il ne men- 
tionne ni Tarascon, ni Aix; mais, arrivé à Marseille, il dit 
que, suivant les livres, il y aborda autrefois plusieurs per- 
sonnages : Maximin, l'un des disciples, Lazare le ressus- 
cité, Marie-Madeleine avec sa sœur Marthe, enfin l'aveugle- 
ué, appelé Cidonius. Maximindevint le premier métropolitain 
d'Aix, et Lazare le premier évêque de Marseille. Longtemps 
après, celui-ci fut transporté à Avallon (2), par Gérard, 
prince de Bourgogne, en même temps que sa sœur Made- 
leine l'était à Vézelay. 

La même année, la flotte de Richard Cœur-de-Lion 

(1) lieues Archïv, t. XVI, p. 101-104. 

(V) Témoignage intéressant sur l'antiquité du culte d'Avallon, en concur- 
rence célèbre avec celui d'Autun. Les chanoines d'Autun et ceux d'Avallon 
furent souvent en procès à propos du chef de saint Lazare. Au XV' siècle 
ils eurent occasion de consulter le chapitre de Marseille, qui les mit indi- 
rectement dans leur tort, les uns et les autres, en revendiquant pour lui- 
même la possession du chef en litige. Toutefois, il ne contesta pas que le 
corps de Lazare eût été transporté de Marseille à Autun. \"uir là-dessus 
Paillon, t. I, p. 1172 et suiv.; cf. t. II, p. 1337-i:5ô4. 



LA LÉGEN'DE DE SAINTE MARIE-MAUELEINE. 34Ô 

longeait la côle de Provence, à destination de la croisade. 
Un chroniqueur contemporain, Richard de Devizes, dans 
le récit qu'il nous a laissé de cette f>xpédition, rapporte 
que la flotte royale toucha à Marseille, oîi, dit-il, il y a, 
entre autres reliques, celles de Lazare, frère de Madeleine 
et de Marthe, qui fut sept ans évèque de cette ville (1). 

Voilà donc deux auteurs, l'un français, l'autre anglais, 
qui, vers la fin du XIP siècle, nous attestent la croyance à 
l'épiscopat marseillais de Lazare. J'ai déjà signalé cette idée 
dans un texte plus ancien de prés d'un siècle. Mais ce texte 
pouvait représenter une combinaison personnelle plutôt 
qu'une opinion reçue dans le pays. Nos chroniqueurs, au 
contraire, sont l'écho de ce que l'on racontait couramment 
à Marseille. 

En 1212 nous rencontrons enfin une expression proven- 
çale de la tradition, dans les Otia imperialia de Gervais de 
Tilbury, maréchal du royaume d'Arles, ouvrage dédié à 
l'empereur Othon IV. Il y est question de la fameuse église 
des Saintes-Mariés, sur le littoral de la Camargue. A l'oii- 
gine, cette église avait été dédiée à la sainte Vierge; elle 
est désignée dans les anciens titres par l'expression ecclesia 
S. Mariae de Ratis (2). Une excroissance de la légende de 
sainte Marthe la rattacha de bonne heure aux souvenirs de 
l'émigration palestinienne. Gervais la présente comme 
la première de toutes les églises transmarines dédiées à 
la sainte Vierge ; elle avait été fondée par des disciples 
chassés de là Judée et abandonnés en mer dans une 
barque sans rames, Maximin d'Aix, Lazare de Marseille, 
Eutrope d'Orange, Georges de Velay, Saturnin de Tou- 
louse, Martial de Limoges, Marthe, Madeleine et beau- 
coup d'autres (3). Ce récit de Gervais dépend évidemment 
de la légende de sainte Marthe. Il ajoute qu'aux Saintes- 
Mariés il y avait six corps saints, dont ceux des deux 

(1)M. G. So- , t. XXVII, p. 115. 

(2) Sur le sens de ce terme, v. de Manteyer, La Provence, p. 58. 

(3) Leibnitz, Scriptores rerum Brunswirensium, p. 914. 



346 FASTES ÉPISCOPAUX UE l'aNCIENNE GALLE. 

Maries, les deux évidemment que l'on y vénère depuis ce 
temps-là, Marie Jacobi et Marie Salomé (1). 

Dans le texte de Guy de Bazoches il faut remarquer 
l'identification de C/t/onms avec l'aveugle-né de l'Evangile. 
Il s'agit évidemment du saint Sidoine honoré à Saint- 
Maximin. L'un des sarcophages de la célèbre crypte était, 
au XIIP siècle, considéré comme celui de Sidoine, et cela 
évidemment parce que, dans les sculptures qui le déco- 
rent, figure la guérison de l'aveugle-né (2). 

Marcelle aussi, la suivante et l'historiographe de sainte 
Marthe, obtint un sarcophage. En entrant dans la crypte 
on voyait et l'on voit encore les sarcophages de Marcelle à 
gauche, de Sidoine à droite; plus loin ceux de Madeleine à 
gauche, de Maximin à droite. 

En somme, à Saint-Maximin comme à Marseille, à Ta- 
rascon, aux Saintes-Mariés, la semence bourguignonne 
portait ses fruits. Cependant le lieu saint de la Madeleine 
était toujours Vézelay, celui de Lazare, Autun ou Avallon. 
Les Provençaux devaient se contenter des personnages se- 
condaires et des débris du festin. Cela ne pouvait durer. 

IV 

LE CULTE PROVENÇAL DE SAINTE MADELEINE. 

D'assez bonne heure, dans le courant du XIP siècle, on 
avait annexé à l'histoire de sainte Madeleine un long épi- 
sode emprunté plus ou moins textuellement à celle de sainte 
Marie l'Egyptienne. Il y était question d'une longue et ter- 
rible pénitence accomplie par l'amie du Christ dans un lieu 



(I) Sur ce culte, v. Acla SS. octobris, t. IX, p, 435 et suiv. 

('2) Dorn G. Moriii a fait de très curieux rapprochements entre les saints 
d'Auvergne et ceux de Saint-Maximin {Mém. des Anliquaires de France, 
t. LVI, 1895, p. 37 et suiv.) ; ses conclusions ont été confirmées et préci- 
sées par M. de Manteyer, La Provence du preinier au XII" siècle, p. 37 
et suiv. 



LA LÉGENDE DE SAINTE MA It lE-MADELEINE. 347 

désert de Provence. Cet épisode fut localisé. Une grande 
caverne qui s'ouvre dans une montagne sauvage, à l'est de 
Marseille et à quatre lieues environ au sud-ouest de Saint- 
Maximin, contenait une chapelle en l'honneur de la sainte 
Vierge. Ce petit sanctuaire a[)partenait aux religieux de 
Saint-Victor; il est mentionné dans leurs chartes de- 
puis 1113 jusqu'en 1174, au moins (1), sous le nom de 
Sainte-Marie de la Baume, c'est-à-dire de la Caverne, Saticta 
Maria de Balma. L'idée finit par venir aux gens du pays que 
cette caverne était le lieu où Madeleine avait fait péni- 
tence ; ce fut pour eux le lieu saint de la Madeleine. On 
s'était habitué en Provence, surtout depuis la fin du 
XII« siècle et la « découverte » de Tarascon, à croire que 
les saintes sœurs avaient réellement habité le pays. On y 
avait désormais les reliques de sainte Marthe. Celles de 
Madeleine ne pouvaient guère être contestées à Vézelay,; 
mais les Bourguignons n'avaient point emporté les monta- 
gnes provençales et leurs déserts. La Sainte-Baume devint 
un lieu de [)élerinage. Frà Salimbene la visita en 1248 (2). 
Saint-Louis y vint aussi, en 1254, au retour de sa première 
croisade : « Li roys, » dit Joinville (3), « s'en vint par la 
» contée de Provence jusques a une citei que on appelé 
» Ays en Provence, là ou l'on disoit que li cors à Magde- 
)) leinne gisoit; et fumes en une voûte de roche moût 
» haute, la ou l'on disoit que la Magdeleinne avoit estei en 
» en hermitaige dix-sept ans. Quant li rois vint à Biau- 
» kaire, etc. » La Sainte-Baume est sûrement indiquée 
dans ce texte ; il me semble aussi que c'est Saint-Maximin 
qui est visé à l'endroit où il est question du corps de 
Madeleine. Ce texte prouverait donc que déjà, vers l'an- 
née 1254, les Provençaux revendiquaient non seulement 



(t) Albanès, Le eouvcnl royal de Sainl-Maximin (1880), p. î*?, Î3. 

(?) Albant'S, op. cit., p. 16. M. Albanès reproduit ici le ms. original de 
Salimbene (Val. 7?60, f. îvîS). Cf. Monumenla hislorica ad piovincias Par- 
mensem et Placentinam pertinenlia, Parme, 1857, p. 191. 

(3) G. 134; éd. de Wailly, p. 238. 



348 FASTES ÉPISCOPAUX DE LANCIENNE GAULE. 

Vhermitaige de la sainte, mais ses reliques. Ce n'est pas 
impossible. Cependant il convient d'observer iciqueJoin- 
ville écrivit son histoire entre 1304 et 1309, en un temps 
oîi cette dernière revendication avait reçu les consécrations 
les plus solennelles et se trouvait en quelque sorte sous 
le patronage de la maison royale de France. 

Dans la première moitié du XIIP siècle, les reliques pro- 
vençales, en ce qui regarde la Madeleine, étaient tirées de 
la Sainte-Baume et non de Saint-Maximin. C'est ce qui 
résulte d'une curieuse inscription alléguée par M. Alba- 
nès (1), un catalogue de reliques conservé dans la petite 
église de la Nunziatella, près Rome. Ce catalogue est gravé 
sur marbre; l'inscription originale de l'année 1220 a dis 
paru ; le marbre actuel est une copie datée de 1518. On y 
voit, entre autres reliques : de lapide spelunce uhi Maria 
Magdalena fecit penilentiam; de brachio s. Maximini. 

En somme, le sanctuaire provençal de sainte Madeleine, 
dans la première moitié du treizième siècle, c'était la 
Sainte-Baume et la Sainte-Baume seule (2). Aucun texte 
antérieur à 1279 ne nous montre les Provençaux reven- 
diquant, contre Vézelay, la possession des reliques de 
Madeleine. 

Les bulles pontificales relatives à Vézelay continuent à 
viser la présence du corps saint dans ce monastère; les 
écrivains, comme Vincent de Beauvais et Jacques de Vo- 
ragine, relatent sans hésitation le transfert à Vézelay. Il 

(1) Op. cit., p. 21. Je suis oblige, en ce qui regarde cette inscription, de 
m'en tenir à ce que dit M. .\ibanès, et je le fais volontiers. Il ne m'a pas 
été possible de pénétrer dans l'église de la Nunziatella. J'aurais aimé à voir 
par moi-même si, des deux dates de l'inscription, c'est bien la première 
(l^îft) qui concerne les reliques provençales. 

{1) M. Albanès {op. cil., p. 35) croit pouvoir alléguer ici une liste de pè- 
lerinages qui figure dans une pièce relative aux Albigeois convertis: on y 
voit marqué le pèlerinage B. Mariae Magdalenae in S. Maximino in Pro- 
vincia (Hist. de Languedoc, t. III, preuves, n° 216); mais il n'a pas indiqué 
la date de cette pièce. Comme on y mentionne aussi le pèlerinage S. Ludo- 
vici in Fraiicia, il est clair qu'elle est postérieure à la canonisation de 
saint Louis (r297) et. par suite, qu'elle n'a aucune valeur dans la question 
présente. 



LA LÉGENDE DE SAINTE MAHIE-MADELEINE. .'i49 

semble qu'il n'yait rien dechangé et que la tradition bour- 
guignonne soit encore aussi solide que centans auparavant. 
Cependant, soit que les esprits eussent assez travaillé en 
Provence pour causer quelque inquiétude, soit que des dé- 
fiances fussent venues d'ailleurs (1), toujours est-il qu'en 
1265 les moines de Vézelay jugèrent à propos de faire au- 
tbentiquer leurs reliques. Deux évoques, celui d'Auxerre et 
celui de Panéade, furent priés par eux de faire les recher- 
ches nécessaires. Ces prélats s'associèrent l'abbé de Saint- 
Marien d'Auxerre et le préchantre de la métropole de Sens. 
Des fouilles furent pratiquées en leur présence : elles amenè- 
rent (2) la découverte d'ossements et de cheveux de femme, 
auxquels était joint un certificat signé du roi Charles. 

Ce certificat, il faul l'avouer, n'est pas d'une teneur bien 
rassurante (3), et, quant au roi Charles, il est difficile de 
savoir quel est, parmi les princes de ce nom, celui que 
l'on a entendu désigner. J'ai bien peur que, comme il est 
arrivé parfois (4) dans les enquêtes de cette nature, on 
n'ait quelque peu {)réparé la découverte. 

Les reliques ainsi mises au jour furent l'objet d'une 
translation solennelle, à laquelle assista le roi de France 
saint Louis avec plusieurs princes français, le cardinal Si- 
mon, légat du pape, et d'autres prélats. On n'a plus le pro- 
cès verbal officiel de cette cérémonie ; mais, peu après, des 
lettres du roi et du légat, adressées aux moines de Vézelay, 
visent en termes fort clairs leurs titres à la possession des 
restes de sainte Madeleine (5). En 1281, le légat Simon, 

(1) La chronique de Sigebert de Gembloux, ouvrage fort répandu, oppose 
à la légende de Vézelay le texte de Grégoire de Tours sur le tombeau 
d'Ephése. 

(2) Ceci est certifié par une pièce émanée des enquêteurs eux-mêmes 
(Paillon, t. II, p. 754). 

(3) « In nomine s. et individuae Trinitatis Carolus Dei gratia rex. RegaJis 
celsitudinis... Idcirco noverit experientia et industria omnium fidelium 
quod in hoc sacro loculo reconditum est corpus beatissimae Mariae Mag- 
dalenae. — Signura Caroli gloriosissimi régis. » 11 n'y a pas de date. 

(4) J'ai déjà eu l'occasion d'étudier un fait de ce genre, arrivé à Rome en 
1217 {Mélanges de l'Ecole de Rome, t. X, p. 248). 

i,5) Paillon, t. II, p. 757, 759. 



350 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

devenu pape sous le nom de Martin IV, raconte dans une 
lettre (1) adressée à l'archevêque et au chapitre de Sens 
comment, quatorze ans auparavant, il avait présidé à la 
translation en présence du roi de France. Il envoie à l'ar- 
chevêque un os que les moines lui avaient donné alors et 
qu'il avait fait enchâsser dans un beau reliquaire. Cette 
relique est présentée comme étant certainement de sainte 
Madeleine ; il n'y a pas, dan- toute la lettre, la moindre 
trace d'hésitation là-dessus, la moindre allusion à une ob- 
jection quelconque contre l'authenticité. 

Cependant il y avait déjà deux ans que les Provençaux 
étaient en possession d'une autre sainte Madeleine, dont 
l'authenticité était absolument incompatible avec celle des 
reliques de Vézelay. 

Le plus ancien récit de cette découverte est dû au célè- 
bre historien franciscain frà Salimbene (2), qui l'inséra 
dans sa chronique, écrite à peu prés au jour le jour. Sa- 
limbene rapporte donc qu'en l'année l'283 on découvrit à 
Saint-Maximin en Provence le corps de la bienheureuse 
Marie-Madeleine, au complet, sauf une jambe. Il était ac- 
compagné d'une épitaphe si ancienne qu'on eut de la peine 
à la déchiffrer, « même en s'aidant d'un cristal. » Le roi 
Charles d'Anjou, qui était alors en Provence et se rendait 
justement à Bordeaux pour son célèbre duel avec Pierre 
d'Aragon, donna des ordres pour que la découverte fût 
célébrée avec la i)lus grande pompe. Le chroniqueur fran- 
ciscain s'applaudit fort de cet événement qui mettra, 
pense-t-il, un terme aux querelles que Ton se fait à propos 
des leliques de Madeleine, « Les gens de Sinigaglia pré- 
tendent l'avoir ; ceux de Vézelay en Bourgogne la récla- 
ment aussi ; ils ont même une légende à ce sujet. Et 
pourtant il est clair que le corps de la même femme ne 
saurait se trouver en trois endroits à la fois. » 



(1) Potthast, ?1789; Paillon, t. II, p. 761. 

(2) MùHuin. Pairnensia, p. 291 et suiv. 



LA LÉGENDE DE SAINTE MARIE-MADELEINE. 351 

Salimbene parle ensuite de hi Sainte-Baume, qu'il avait 
visitée jadis, puis il raconte un miracle. Un jeune boucher 
revenait de Saint-Maximin, où il avait baisé le « tibia » de 
sainte Madeleine. En chemin, il rencontre un de ses amis, 
fort incrédule, qui lui tient des propos irrespectueux : 
« Ce n'est pas sa jambe que tu as baisée, c'est celle d'une 
ânesse ou de quelque autre bête, que les clercs font voir 
aux imbéciles pour gagner de l'argent. » Ces sarcasmes 
excitent la bile du pèlerin ; on se bat : l'incrédule est tué 
par le croyant, qui s'échappe aussitôt le malheur arrivé. 
Rattrapé à Saint-Gilles, il est condamné à la potence. 
Il s'y balançait déjà quand la corde se rompit. Une blanche 
colombe était venue du ciel se poser sur le gibet ; sainte 
Madeleine protégeait son champion. 

Les chroniqueurs dominicains du commencement du 
XIV* siècle, Ptolémée de Lucques (1) et Bernard Gui, re- 
portent la découverte à quatre ans en arrière. 

Ptolémée de Lucques, le plus ancien des deux, se borne 
à noter, au pontificat de Nicolas III et à l'année 1280 (2), 
que le prince de Salerne, Charles, fils de Charles d'Anjou, 
releva et transféra le corps de sainte Madeleine, découvert 
à Saint-Maximin ; les archevêques de Narbonne, d'Arles 
et d'Aix assistèrent à cette cérémonie avec beaucoup d'au- 
tres prélats et de seigneurs. 

Bernard Gui (3) est beaucoup plus complet. Il parle 
d'après ce que lui ont raconté des personnes présentes à 
la découverte et de ce qu'il a vu lui-même, assez long- 
temps après, il est vrai, dans l'église et le couvent de 
Saint-Maximin. C'est peut-être d'après Ptolémée de Luc- 
ques qu'il rapporte la translation solennelle de 1280; mais 
il en précise le jour : elle eut lieu le 5 mai. De plus, il 
dislingue nettement de cette cérémonie l'événement capi- 



(1) Faillon, t. II, p. 775 et suiv. 

(2) XXIII, 35-36; Muratori, Script., t. XI, p. llî 

(3) Muratori, Script., t. III, 1" partie, p. G07. 



352 FASTES ÉPISCOPAUX DE l' ANCIENNE GAULE. 

tal de la découverte. Celle-ci est du 9 décembre 1279. Le 
prince de Salerne y était. 

Les dates de ces chroniqueurs sont inconciliables avec 
celle de 1283 que marque Salimbene, auteur plus rappro- 
ché des événements. Il faut pourtant s'y tenir, car elles sont 
confirmées d'ailleurs (1) et Salimbene s'est sûrement em- 
brouillé dans la chronologie. En 1283, le prince de Salerne 
était en Italie; il remplaçait son père absent; il fut même 
fait prisonnier au mois de juin, dans une bataille navale 
livrée devant Naples, et sa captivité dura de longues an- 
nées. Il est donc impossible qu'il ait assisté alors en Pro- 
vence à la découverte ou à la translation que rai)portent les 
auteurs dominicains. Si frà Salimbene parle de sainte 
Madeleine à l'année 1283, ce retard tient sans doute à 
quelque raison s[)éciale. Charles d'Anjou était très intime- 
ment lié avec le pape Martin IV. Peut-être celui-ci, étroite- 
ment engagé avec Vézelay, aura-t-il eu quelque scrupule à 
laisser s'établir le nouveau culte provençal. Son avène- 
ment est du 22 février 1281. Je soupçonne qu'il n'aura pas 
donné tout de suite son approbation, et que ce fut seule- 
ment en 1283 qu'il l'accorda ou du moins qu'il laissa les 
mains libres au roi de Sicile. 

Quoi qu'il en soit de cette explication relative à la date 
de Salimbene, venons à l'histoire de la découverte telle 
({u'on la racontait à Saint Maximin du temps de Bernard 
Guy. Cette histoire, notre chroniqueur l'a reproduite deux 
fois, dans sa Vie de Nicolas III (2) et dans son Sanctoral. 
Plusieurs détails s'y présentent, il est vrai, avec une ap- 
parence merveilleuse, propre à exciter certains soupçons. 
Cependant on peut se dispenser d'insister sur ce point. 
L'examen de l'un des objets trouvés avec les reliques 
suffira à montrer que la « découverte » avait été préparée. 

Parmi les sarcophages que contenait et contient encore 



(1) Document cité plus loin, p. 354, note. 

(2) Loc. cil. 



LA LÉGENDE DE SAINTE MARIE-MADELEINE. 353 

la crypte de Saint-Maximiu, il y en a un d'un grain spécial, 
que l'on se figurait être en albâtre (1). Etait-ce celui-là que 
la légende désignait comme ayant contenu le corps de la 
sainte? Il est permis d'en douter. Je ne vois pas qu'il soit 
question d'albâtre dans les diverses vies ou translations 
rédigées du XP siècle au XIIP ; on y parle d'un sarcophage 
sculpté, sans le décrire assez pour qu'il soit possible de 
savoir duquel on a voulu parler. La détermination fut faite 
sur les lieux. On discerna le sarcophage que les Bourgui- 
gnons étaient censés avoir ouvert ; et, comme on n'était 
pas en mesure de contester l'ouverture et le larcin, on 
s'arrangea de manière à prouver que les voleurs de reliques 
s'étaient mal adressés. 

Les recherches officielles furent faites, comme il a été 
dit plus haut, le 9 décembre 1279, en présence du prince 
de Salerne. La crypte fut déblayée et les tombeaux ou- 
verts. Dans un sarcophage qui n'était pas le sarcophage 
d'albâtre, on découvrit, avec des ossements, une caisse de 
bois, d'ancienne apparence, contenant un parchemin où se 
lisait ce qui suit : 

« L'an 710 de la Nativité du Seigneur, le 6 du mois de 
décembre, de nuit, très secrètement, sous le règne du très 
pieux Odoin {var. Clovis), roi des Francs, au temps des 
ravages de la nation perfide des Sarrasins, ce corps de la 
très sainte et vénérable bienheureuse Marie-Madeleine a 
été transporté de son sépulcre d'albâtre dans celui-ci qui 
est de marbre, par crainte de ladite nation perfide, et parce 
qu'il est mieux caché ici, le corps de Sidoine {var. Chéli- 
doine) en ayant été enlevé (2). » 



(1) Il est, en réalité, d'un marbre très ordinaire (Leblant, Sarcophages 
chrétiens de la Gaule, p. 152). 

(2) Faillon, t. II, p. 779 et 781 : « Anno nativitatis Dominicae DCCX, 
VI die mensis decernbris, in nocte, secretissime, régnante Odoino piissimo 
rege Francorum, tempore infestationis gentis perfidae Sarraconorum, trans- 
latum fuit corpus hoc sanctissimae ac venerandae beatae Mariae Magda- 
lenae de sepulcro suo alabaustri in hoc marmoreo, timoré gentis dictae per- 
fidae et quod secrelius hic, amoto corpore Sedonii. » — Je cite le texte 

23 



354 FASTES ÉPISCOPAUX DE LANCIENNE GAULE. 

Que cet authentique soit apocryphe, c'est ce qui crève 
tous les yeux non provençaux. Avant d'entrer dans le dé- 
tail, apprécions le dessein, et, pour ce faire, efforçons- 
nous d'entrer dans les préoccupations sous lesquelles la 
pièce est censée avoir été rédigée. 

Les Sarrasins sont proches ; ils menacent le pays de 
Saint-Maximin. Comment mettre le cher trésor à l'abri de 
la profanation? Le plus simple, semble-t-il, était d'empor- 
ter les reliques de sainte Madeleine en dehors de l'église, 
de les cacher dans la montagne ou chez un particulier. 
C'est ainsi que l'on procéda au temps de la Révolution. 
Ici, rien de semblable. On ne les tire pas de la crypte ; on 
se borne à les changer de sarcophage. Contre quels Sarra- 
sins prend-on cette précaution naive ? De ceux que nous 
connaissons et que les gens du VII' siècle connaissaient 
encore mieux que nous, on devait attendre le pillage du 
sanctuaire et des objets de prix qu'il pouvait renfermer; 
subsidiairement, des dégâts matériels, des polissonneries, 
l'incendie enfin pour couronner la fête. Est-ce bien ces 
mécréants que l'on a eus en vue, et ne semble t-on pas 
plutôt s'être défendu contre des Sarrasins en froc, capa- 
bles de discerner entre sarcophage et sarcophage, et de 
forcer celui qu'ils croiraient abriter les meilleures reliques? 

Ainsi le dessein d'après lequel a été combiné le certifi- 
cat trahit l'origine de celui-ci. Les Sarrasins qu'il vise sont 



donné par Muratori, loc. cil. — Dans la discussion qui va suivre, j'accepte 
la leçon Odoino... rege, mise en circulation par Bernard Gui. H est juste 
pourtant de reconnaître que cette leçon n'est peut-être qu'une correction de 
Bernard et que le texte a été lu d'abord Clodoveo... rege. Ceci résulte d'un 
procès-verbal rédigé entre \1S0 et 1297, pour être envoyé au pape et le ren- 
seigner sur les circonstances de la découverte. M. Paillon, t. II, p. 801, a 
publié ce procés-verbal par fragments; il a eu tort, je crois (t. I, p. 874, n. a), 
d'en déprécier la valeur en ce qui regarde le nom contesté. L^ plus proba- 
ble c'est que le faussaire avait d'abord marqué le nom de Glovis, et que 
quelqu'un, soit Bernard Gui, soit un autre, ayant remarqué que ce nom ne 
convenait pus à la date de 710 (Glovis III, dernier de ce nom, mourut 
en 695), on aura corrigé. La correction me parait avoir été suggérée par le 
Liber ponlificalis. Cf. ci-dessous, p. 356, note 1 ; d'Ozouville, op. cit., p. 165 
et suiv. 



LA LÉGENDE DE SAINTE MAIUE-MADELEINE. 355 

ceux de Vézelay. Quant aux autres, il est clair que jamais 
contemporain n'aurait parlé d'eux en ces termes. 

D'abord, en 710, on ne datait pas encore en France, et 
surtout dans le Midi, par l'ère de l'Incarnation. Cette fa- 
çon de dater nous est venue d'Angleterre, où on la voit 
employée par Bédé, dont l'Histoire ecclésiastique est de 
l'année 735. Les plus anciens documents continentaux qui 
datent ainsi ont été rédigés par des anglo-saxons. C'est le 
cas pour la note écrite par saint Willibrord, en 728, en 
marge de son calendrier (1), et pour le Concilium germani 
cum de 742, tenu sous la direction de Carloman et la pré 
sidence de saint Boniface, qui en libella le protocole 
L'emjjloi de ce comput, au VHP siècle, dans la France nié 
ridionale, l'Espagne et l'Italie, attend encore un document 

De plus, la formule spéciale anno Nativitatis Dominicae 
est postérieure de plusieurs siècles à l'introduction de 
l'ère chrétienne. Dans les recueils de documents relatifs à 
la Provence, comme le Cartulaire de Saint-Victor et les 
appendices des tomes I et XVI du Galiia christiana^ il faut 
descendre jusqu'au XIV* siècle, ou, au plus tôt, jusqu'aux 
dernières années du XIIP, pour trouver Yannus Nativitatis 
ou a Nalivitate. Jusque-là, c'est toujours \'a7inus Incarjia- 
tionis, ou, dans les derniers temps, ïannus Domini. La 
formule de notre document correspond donc à l'usage, non 
du VHP siècle, mais du XIII« avancé. 

En 710 (2), les Arabes musulmans étaient encore en Afri- 
que ; rien n'annonçait qu'ils dussent de sitôt, je ne dis pas 



(1) Pairisiniis 10837, fol. 39. — J'ai publié cette note dans mon édition du 
Liber ponliftcalis, t. I, p. 382. 

(2) La date est bien 710 et non 716, comme le veut Albanès; pour s'en 
assurer, il n'y a qu'à comparer les divers passages où Bernard Gui repro- 
duit l'inscription : Anno nat. Dom. DCCX, VI die mensis decembris (Flores 
chron )., Anno nat. Dom. DCCX, die VI mensis decembris (Sanctoral). 
C'est à tort que l'on voudrait, contre la teneur naturelle du texte, ponctuer 
ainsi la première des deux rédactions : Anno n. D. DCCXVI, die mensis 
decembris. Que signifierait alors l'expression die mensis decembris? Si 
l'on avait voulu se borner à indiquer le mois, sans distinction de jour, on 
eût écrit mense decembri. 



356 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

envahir la Gaule, mais même franchir le délroit de Gi- 
braltar. Les clercs ou moines de Sainl-Maximin eussent 
été bien précautionneux s'ils avaient eu peur, à ce mo- 
ment, de recevoir leur visite, et s'ils avaient qualifie le 
temps où ils avaient vécu jusqu'alors de tempus infesta- 
tionis Sarracenorum. 

Enfin, quel est cet Odoin que l'on qualifie de roi des 
Francs, rex Francorum? Un roi de ce nom ne se retrouve 
nulle part dans la longue série des rois de [France. Il ne 
peut être question du roi Eudes (888-896), sous lequel, du 
reste, la Provence obéissait au rpi d'Arles, Louis. Aussi 
s'esl-on rejeté sur le duc d'Aquitaine Eudes (Eudo)^ qui 
n'a jamais porté le titre de rex Francorum et n'a jamais 
exercé une autorité quelconque au delà du Rhône, dont il 
était séparé par la province wisigothique de Septimanie (1). 
Ce système n'a donc pas plus de vraisemblance que l'autre. 
Du reste, le nom Eudo n'est pas identique à Odoinus ; jamais 
un contemporain n'eût fait pareille faute. 

Il est donc bien sûr que nous avons affaire ici à un 
faux (2), et à un faux perpétré en vue de ruiner le sys- 
tème sur lequel les moines de Vézelay fondaient l'authen- 
ticité de leurs reliques. Une main coupable a fabriqué ce 
prétendu certificat et l'a inséré dans le sarcophage avant 
son ouverture officielle. Cela suffit pour édifier la critique. 



(1) Le Liber ponlificalis a joué son rôle dans cette confusion. Des deux 
recensions de la vie de Grégoire II, que j'ai publiées en colonnes parallèles, 
la plus ancienne ne prête à aucune ambiguïté. Eudes y est représente 
comme prince d'Aquitaine, et comme prince d'Aquitaine seulement. Dans la 
seconde, où deux invasions, des Sarrasins sont confondues, il semble que le 
Rhône ait été menacé dès l'année 7"21 et que les Sarrasins aient été obligés 
de le franchir pour envahir la France et le gouvernement d'Eudes, Fran- 
cias occupandum utii Eodo praeeral. Cette erreur se comprend de la part 
d'un auteur romain, écrivant à quelque distance des évcneinents. Mais notre 
inscription se donne comme contemporaine^et rédigée sur les lieux ; elle 
doit être exacte dans tous les détails, sans circonstance atténuante. 

('2) Ce jugement sur le prétendu aulhenlique des reliques de sainte 
Madeleine a été porté avant moi par beaucoup d'autres personnes. Voyez, 
en particulier, les observations de M. Siméon Luce dans la Revue des 
Sociélés savantes, t. VI (188-2), p. 115. 



LA LÉGENDE DE SAINTE MARIE-MADELEINE. 357 

Les autres signes, merveilleux ou non, sont pur là même 
suspects d'avoir été préparés eux aussi. La fraude réussit 
auprès de ceux qu'elle était destinée à tromper, mais ce 
n'en est pas moins une fraude. Dès lors, il importe peu 
qu'elle ait été consacrée par un nombre plus ou moins 
grand de chartes royales, de bulles pontificales, d'attesta- 
tions de miracles. L'architecture, les mosaïques, les vi- 
traux, les pèlerinages, les sanctions liturgiques, rien ne 
peut prévaloir contre l'évidence absolue de ce mensonge 
originel. Pour l'histoire sincère, tout ce qui dérive de la 
découverte de 1279 est nul et non avenu, non pas en soi, 
car il y a ici un développement religieux intéressant à 
suivre (1), mais comme témoignage en faveur d'une tra- 
dition antérieure à cette date. Si l'on veut établir qu'une 
telle tradition a réellement existé, il faut produire des té- 
moignages qui n'aient point été influencés par la célèbre 
« découverte ». 

Patronnée par les puissants comtes de Provence qui 
étaient aussi rois de Naples, reconnue par les papes, pro- 
pagée activement par les dominicains, qui furent chargés, 
depuis 1295, de la desservance du sanctuaire, la dévotion 
aux reliques provençales de la Madeleine prit bientôt un 
grand essor. La tradition de Vézelay se vit battue en brè- 
che et le pèlerinage bourguignon alla en déclinant de plus 
en plus. 

En résumé : 

1. Avant le milieu du XV siècle, il n'y a pas la moindre 
trace du système d'après lequel les saints de Béthanie et 



(1) L'autorité ecclésiastique est obligée d'en tenir compte; elle compren- 
drait mal son devoir si elle faisait table rase d'une tradition de culte qui 
dure depuis six cents ans. Après tout, les honneurs rendus à la mémoire 
de sainte Marie Madeleine sont tout à fait légitimes. Que le lieu où on les 
lui rend ait été déterminé d'après une tradition plus ou moins suspecte, que 
les reliques de ce sanctuaire soient autlienliques ou apocryphes, cela n'em- 
pêche pas la piété d'être sincère, et c'est ce qui importe à Dieu et aux 
hommes. 



358 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

autres saints palestiniens seraient venus en Provence. La 
tradition de l'Église grecque, en tant qu'elle les mentionne, 
les fait vivre et mourir eu Orient, où ils sont enterrés, 
honorés, transférés. 

2. Vers le milieu du XI« siècle apparaît à Vézelay le 
culte de sainte Madeleine. Pour authentiquer les reliques 
que Ton croit avoir d'elle, on imagine le voyage de Made- 
leine et de Maximin, de Palestine en Provence ; on iden- 
tifie leurs tombeaux avec les sarcophages de SaintMaximin ; 
enfin, on prétend les avoir ouverts [)Our y voler les corps 
saints. Dans un premier récit, on les fait voler tous les 
deux, puis on se décide à ne réclamer que sainte Made- 
leine. Cette histoire s'accrédite et fait foi jusque vers la 
fin du XIII« siècle. 

3. A Tarascon, en 1187, on découvre un corps saint qui 
est réputé être celui de sainte Marthe. La légende com- 
posée en son honneur rattache naturellement la venue de 
Marthe à celle de Madeleine, d'après les données de la 
légende de Vézelay. 

4. Dans la première moitié du XIIP siècle s'établit le 
pèlerinage de la Sainte-Baume. Jusque-là cette caverne 
était dédiée à la sainte Vierge ; on y localise ré|)isode de 
la pénitence de Madeleine, épisode adveutice, ajouté après 
coup à la légende de Vézelay, d'après la vie de sainte 
Marie l'Égyptienne. 

5. Dans la seconde moitié du XIIP siècle on conteste le 
transfert de sainte Madeleine à Vézelay et l'on prétend 
qu'elle est restée à Saint-Maximin. Pour l'établir, sans 
cependant heurter la légende bourguignonne de la trans- 
lation, on a recours, en 1279, à une supercherie, qui réussit. 

6. Les nombreuses chartes provençales qui, depuis 
l'année 1038 jusqu'au milieu du XIII» siècle, mentionnent 
les églises de Saint-Maximin et de Sainte-Marie-de-la- 
Baume, ne contiennent pas la moindre trace d'une tradi- 
tion locale quelconque relative à sainte Madeleine. 

7. Le saint Maximin honoré dans l'église qui porte son 



LA LÉr.ENDE UE SAINTE MAIUE-MADELEINE. 351) 

nom, n'a été considéré comme évêque d'Aix que d'après 
les indications do la légende de Vézelay. On ne [leuL savoir 
quel il est, si c'est un saint du pays ou d'ailleurs, un martyr, 
un confesseur, un évêque. 

8. Les sarcophages du V® et du VI" siècle que l'on voit 
dans la cry[tte de Saint-Maximin et la crypte elle-même ne 
présentent aucun indice qui favorise leur attribution aux 
personnages de la légende. Ce sont vraisemblablement des 
tombes appartenant à quelque riche famille gallo-romaine. 

9. Au commencement du XII* siècle, on se figura, à 
Autun, que le tombeau de saint Lazare devait se trouver 
dans la cathédrale, dédiée jusque-là à saint Nazaire. On 
releva, en 1147, et on transféra solennellement des restes 
qui furent considérés comme ceux du Ressuscité, mais 
sans s'inquiéter de savoir comment ils se trouvaient en 
France. 

10. Au déclin du XIP siècle, la croyance se répandit en 
Provence que Lazare était venu dans le pays avec ses deux 
sœurs et qu'il avait été évêque de Marseille. Cependant 
lés Marseillais n'inquiétèrent pas les gens d'Autun dans la 
possession de ses reliques. On finit par admettre qu'elles 
avaient été transférées, elles aussi, en Bourgogne, au temps 
des Sarrasins. 



APPENDICE 



J'espère donner, à la suite du volume qui terminera ces 
Fastes épiscopaux, une chronologie complète des conciles 
et autres documents qui nous servent maintenant à établir 
les séries épiscopales ou à vérifier les listes traditionnelles. 
Pour le moment, je crois pouvoir me borner à quelques 
notes sur les pièces qui intéressent plus particulièrement 
la région du sud-est. 

1°. — Le document de 3k6. 

Dans son Apologie contre les ariens, publiée en 350 ou peu 
après, s. Athanase inséra, à la suite de la lettre encyclique du 
concile de Sardique, la liste des évêqnes qui l'avaient signée, 
soit au moment du concile, soit après. Cette liste comprend plu- 
sieurs sections : 1° les évèques présents au concile; 2" ceux de 
Gaule ; 3° ceux d'Afrique ; 4'' ceux d'Egypte ; 5° ceux d'Italie ; 
6° ceux de Chypre; 7° ceux de Palestine. Quelques noms seule- 
ment, en tête du premier groupe, sont accompagnés d'une indi- 
cation géographique ; par ailleurs il n'y a que les noms des 
évêques, sans indication de siège. Les signatures données à 
Sardique étaient sûrement pourvues de ces indications ; on le 
voit par les textes qui se sont conservés dans le Fragment II 
de s. Hilaire et dans les collections canoniques. Athanase les a 
supprimées, sauf pour Osius, les légats romains et Protogéne de 
Sardique. Il y a lieu de croire que le libellé des adhésions 
comprenait aussi le nom du siège avec celui de l'évêque et 
qu'Athanase, là encore, aura supprimé. En ce qui regarde le 
second groupe, celui de Gaule, Athanase, en y transportant le 
nom de Verissimus, présent à Sardique. a écarté la mention de 



362 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Lyon, qui figure dans les signatures latines. Il est bien regret- 
table qu"il ait procédé ainsi, car, sur les trente-quatre noms que 
comprend sa liste, bien peu sont susceptibles d'être rapportés 
à des sièges déterminés. Outre Vérissime de Lyon, on reconnaît 
Maximin de Trêves, Servais de Tongres, Declopetus d'Orléans. 
Quelques autres se rencontrent dans certaines listes épiscopales 
à une telle place que Tidentification paraît possible; mais, sans 
autre document, comment se fier à la simple homonymie"? Passe 
encore pour le cas de Declopetus dont le nom est des plus rares ; 
mais pour des Eusêbe, des Séverin, des Simplicius, c'est une 
autre affaire. 

On sortirait d'embarras si l'on acceptait comme authentique 
le concile de Cologne dont il nous reste un protocole du 
12 mai 346. Là figurent vingt-quatre noms d'évêques contempo- 
rains du concile de Sardique, qui se retrouvent dans la liste 
d'Athanase. Malheureusement la pièce est apocryphe (1) ; les 
efforts récemment faits pour la sauver n'ont abouti qu'à en 
mieux faire ressortir l'absolue fausseté. Toutefois il paraît bien 
que le faussaire disposait d'un document de cjuelque valeur sur 
le personnel épiscopal des Gaules au temps où il a placé la réu- 
nion du concile. Sur ses vingt-quatre évêques, vingt-deux se 
retrouvent sûrement dans la liste athanasienne ; les deux 
autres (2) y ont peut-être figuré aussi. A certains moments, 
l'ordre des noms lui-même est identique dans les deux pièces. 
Il y a donc lieu d'admettre entre elles une certaine connexité. 

Mais en quel sens? Le faussaire sera-t-il parti du texte atha- 
nasien tel que nous l'avons, avec les noms tout seuls ? On con- 
çoit qu'il ait pu suppléer les sièges de Maximin et de Servais, 
personnages fort connus. Mais pour les autres? Comment, au 
VHP siècle assez avancé, aura-t-il pu tomber juste non seule- 
ment pour Declopetus d'Orléans, mais pour un nombre relati- 
vement considérable d'autres évêques ? Il lui aurait fallu con- 
naître les listes épiscopales de Langres, Rouen, Sens, Auxerre. 
Troyes. Orléans, Paris. Metz, Verdun. Or, cela est moralement 

([) Je ne puis que maintenir ce que j'en ai dit dans la Reoue d^histoire 
ecclésiastique de Louvain, 3* année (190-), p. 1 et suiv., en ajoutant qu'il 
est moralement impossible qu'une condamnation aussi solennelle d'un dis- 
ciple de Photin — si l'on veut que tel ait été le cas d'Euphratas — ait 
échappé à s. Hilaire ou ait été par lui passée sous silence dans ses écrits. 
Voir aussi, sur ce sujet, l'excellent travail de M. l'abbé G. Rasneur, Le 
Concile de Cologne, Bruxelles, 190."^. 

(2) lâ-rupo; a pu être transformé en Sanclinus, IlaxàTo; en Pancharius, ou 
réciproquement. 



APPENDICE. 363 

impossible; les listes épiscopales étaient des documents peu 
connus en dehors des églises qu'elles concernaient: nulle part 
il n"y en avait de recueil. J'ajoute que, si la lettre de Sar- 
dique circulait en latin (1), avec d'autres documents du concile 
et notamment les signatures données à Sardique même, il nen 
était nullement ainsi des appendices dont elle est pourvue dans 
l'Apologie contre les Ariens. Que cet ouvrage de s. Alhanase ail 
été, en ces temps-là, traduit en latin, c'est ce dont je ne vois 
nulle part le moindre indice. Ainsi, ni la liste athanasienne, ni 
les catalogues épiscopaux n'étaient à la portée du faussaire. Il 
faut chercher une autre explication. 

Or, du moment où la connexité des deux listes est admise, 
sans qu'il soit possible de les faire dépendre l'une de l'autre, il 
n'y a plus qu'une ressource, c'est de les ramener toutes les deux 
à une source commune. Et cette source ne peut être que la liste 
originale des adhésions au concile de Sardique, telle qu'elle fut 
présentée à s. Athanase. Il est assez naturel que la copie de ce 
document soit restée en Gaule, et. plus spécialement, au lieu 
d'où elle fut expédiée. Or on sait que, parmi les évêques de 
Gaule, c'est Maximin de Trêves qui était le plus étroitement lié 
avec Athanase; celui-ci le connaissait : il avait habité avec lui. 
Le nom de Maximin est le premier sur la liste athanasienne. 
Peu après l'année 346, Athanase reçut à Alexandrie les lettres de 
rétractation des évêques ariens Ursace et Valens. Qui les lui 
fit parvenir? L'évêque de Trêves, Paulin, successeur de 
Maximin (2). 

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que la liste des signatures 
apposées à la lettre synodale de Sardique se soit conservée à 
Trêves, sans doute avec la lettre synodale elle-même, et que 
l'auteur du faux concile en ait eu connaissance. Il est fort pos- 
sible que les signatures aient été réunies dans une assemblée 
épiscopale, tenue à la date reproduite correctement en tête du 
faux concile. C'est justement au printemps de l'année 346 
qu'Athanase préparait son retour à Alexandrie et qu'il vint en 
Gaule prendre congé de l'empereur Constant. Il aura jugé utile 
d'emporter un témoignage des sentiments du clergé des Gaules 
à son égard, et, à cet effet, on se sera réuni à Trêves, autour de 

(1) Hilaire, Fragm. II. C'est l'original latin ; quant au texte grec, conservé 
par s. Athanase {Ap. c. Ar., c. 44 et suiv.), et par Théodoret (H. E. II, 6), 
on en connaît deux traductions latines, celle de l'Histoire tripartite et 
celle de la collection du diacre Théodose (Maassen, Quelien, t. I. p. 64). 

(2) Apol. c. Ar.. 38. 



364 FASTES ÉPISCOPAUX DE l"aNCIENNE GAULE. 

lévêque Maximin, peut-être aussi d'Athanase et de l'eniperpur 
Constant. C'est l'explication la plus simple ; en l'adoptant on se 
rend mieux compte de ce fait qu'il n"y a que trente-quatre adhé- 
sions, alors que la Gaule comptait alors un bien plus grand 
nombre d'évêques et que, nul d'entre eux, à notre connaissance, 
n'était alors défavorable à l'évêque d'Alexandrie et à sa réha- 
bilitation par le concile de Sardique. Les seuls évêques présents 
ont apposé leurs signatures. C'est ainsi, du reste, que les signa- 
tures palestiniennes furent réunies, dans un concile qui se tint 
à Jérusalem, au moment du passage d'Athanase. Il semble bien 
que celles de Chypre et d'Afrique Talent été d'une manière 
semblable. Pour l'Italie il n'en fut pas de même. Athanase n'in- 
sère dans sa liste que des signatures recueillies èv tw xavaXicp t^ç 
'ItaXta;, c'est-à-dire sur la grande route, sur celle qu'il avait 
suivie pour aller à Rome et en revenir. 

De tout ceci il résulte, je crois, que les noms d'évêques et les 
indications de sièges, dans le faux concile de Cologne, méritent 
plus d'attention que les critiques, et moi tout le premier, ne 
leur en ont accordé jusqu'ici. J'en ferai donc usage, dans cette 
seconde édition , en les considérant comme empruntées au 
même document que la liste athanasienne. Il est assurément 
possible que le faussaire ait commis quelques erreurs; à de 
tels écrivains on ne peut, même pour ces détails, accorder la 
même confiance qu'aux auteurs sérieux. Mais, dans l'ensemble, 
le document de 346 — c'est ainsi que je le désignerai — ne 
saui-ait être négligé dans des recherches comme celles-ci. 

Liste d'Athanase. Désignations du faux Concile. 

1. Ma5i|iiavô; Maximinus Treveris. 

2 . BïipîfftiJLo; 

3. BrjxToupo; Victor MediomaU-icorum. 

4. BaXevTîvo; Valentinus ab Arelato. 

5. AiTtSépto: Desidcrius Ivingonie. 

6. EOéyio; Eologius .Aiiibianorum. 

7. lapêdTioî , Sei-vatius Tungrorum. 

8. AuffxôXioî Discolius Remorum. 

9. loviTrepicop Superioi- Nerviorum. 

10. Mîpxoûpw; Mercurinus Suessioiuiin 

1 1. At]x),o71£to; Diclopetus Aurilianoriim. 

12. Eùfféoto; Eusebiiis Rotomagentiuin. 

13. leêripivo; Severinus Senonum. 

14. làTupo; (?) Sanctinus Aiticlavoruin. 

15. MapTïvo; Marlinus Mogontiacoiisium. 



365 



APPENDICE. 

16. riaùXo; 

17. 'OreTaTcavô; Optatianiis Tricassium. 

18. Nixâffto;. 

19. BîxTwp Victor Vangioiium. 

20. Se|i7tpôvtoç 

21 . BaXepTvoç Valerianiis Aiitisidorensium. 

2"2. riaxàTo; (?) Pancharius Visoncensium. 

23. '\trs(7fii lessis Nimitiim. 

24. 'Apîffxwv 

25. ItuTcXixto; Simplicius Augustodinensium 

26. Mexiavô; 

27. 'AfiavTOî Amandus Argentoratensiiiin. 

2S. 'AiAiXXtavô; 

29. 'loua-rivtavô; ' Iiistianus Raui'acorum. 

30. BixTwpïvo; Victorinus Pariseoruni. 

31 . IttTopvïXo; 

32. 'ASouvôàvTioç 

33. AwvaTiavôî Domitianus Cabillonorum. 

34. Mâ?i[xo; 

Le faussaire n'a pas pris tous les noms. Il nous est difficile 
de savoir pourquoi. Celui de Verissimus ne figurait probable- 
ment pas dans le document de 346. L'évêque de Lyon avait as- 
sisté au concile de Sardique ; sa signature aurait dû figurer 
dans le premier groupe de la liste athanasienne. Si elle n'y est 
pas, c'est qu'Athanase aura jugé utile de la transporter au se- 
cond groupe avec celles des autres évêques de Gaule. Vérissime 
mis à part, les quatorze autres noms par lesquels s'ouvre la liste 
athanasienne (2^ groupe), ont été tous recueillis par le faussaire. 

Le nom d'Euphratas ne figure pas dans la liste athanasienne; 
mais cela peut tenir à ce que, pour une raison ou pour une 
autre, il n'assista pas au concile. Il était peut-être mort. Il est 
bien possible que l'absence de son nom en un tel document ait 
été pour quelque chose dans la formation de la fâcheuse légende 
qui sert de base au concile de Cologne. 



2°. — Signataires du concile de Valence (12 juillet 374). 

1. Florentius (Vienne). — 2. Aemilianus (Valence). — 3. Eumerius 
(Nantes?). — 4. Arlemiiis. — 5. Evodius. — 6. Antherius. — 7. Rho- 
danius. — 8. Chrestus. — 9. Neoterius. — 10. Urbaniis. — 11. F'aiilus. 
— 12. Simplicius. — 13. liistus (Lyon?). — 14. Eortius (Orléans?). — 
15. Mritto (Ti'èvos). — 16 Concordius (Arles). — 17. Urbanus. — 18. 
Nicetius. — 19. Vincentius. 



366 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Les suscriplions des deux letti-es émanées du concile donnent 
de plus : 

20. Foegadius (Agen). — 21. Constantius. — 22. Feli.v. 

3°. — Signataires du concile de Nimes (]" octobre 396). 

1. Aprunculus. — 2. Uisus — 3. Genialis (Cavaillon ?). — 4. Syagrius. 

— 5. Alitiiis (Cahoi-s?). — 6. Aper. — 7. Folix. — 8. Solinus. — 9. 
Adelfus. — 10. Hemigiiis.— 11. Epetemius (Angeis?). — 12 .Modestus. 

— 13. Eusebius. — 14. Octavius. — 15. Nicesius. — 16. Evantius. — 17. 
Ingenuus (Arles). — 18. Aratus. — 19. Urbaniis. — 20. Mclanius. —21. 
Treferiiis. 

Ce concile se tint à Nimes le 1" octobre d'une année indiquée 
par la note consulaire Arcadio et Honorio augg. co7iss. (1). Comme 
saint Martin vivait encore au moment du concile, et qu'il est 
mort en 397. il n'y a à considérer ici que les consulats anté- 
rieurs à cette date. Arcadius et Honorius augustes ont été con- 
suls ensemble en 394 {Arcadio III et Honorio II] et en 396 (Arca- 
dio un et Honorio III). La première de ces deux dates semble 
devoir être exclue ; en effet, jusqu'à la bataille d'Aquilée, livrée 
le 6 septembre 394, la Gaule était au pouvoir de l'usurpateur 
Eugène. La nouvelle du triomphe de Théodose dut, il est vrai, 
parvenir à Nimes avant le 1" octobre, mais peu avant. Ce n'est 
sûrement pas après son arrivée que l'on put lancer les convoca- 
tions et faire les diligences nécessaires pour cette grande 
réunion épiscopale. Il est, d'ailleurs, peu naturel que les évo- 
ques aient choisi, pour s'assembler, un moment aussi critique. 
En adoptant la date de 396 ces difficultés disparaissent. 

4°. — ± 400. — Evêques gallicans nommés dans la synodique 
du concile de Turin. 

1. Prociilus (Marseille). — 2. Octavius. — 3 Ursio. — 4. Remigius. 

— 5. Tryferius. — 6. Félix (Tièvesl. 

5°. — 419. — Destinataires de la lettre du pape Boniface I, du 
13 juin 419 (2), Valenlinae. 

l. Patroclus (Arles). — 2. llcinigius. — 3. Maximus. — 4. Hilarius 

(1) Ce concile manque aux anciennes collections. On le trouvera dans le 
Bullelin de la Société de l'Hisloire de France de 1839 et dans Vllisloire des 
conciles de Hefele, à son rang chronologique. 

(1) Jaffc, 349. 



APPENDICE. 367 

(Narbonne). — 5. Severus. — 6 Valerius. — 7. lulianus. — 8. Castorius 
(Apt). — 9. Leontius. — 10. Constantiniis. — 11. loliannes. — 12. Mon- 
tanus. — 1.3. Mariiius. — 14. Mauricius. 

6°. — Destinataires de la lettre du pape Célestin I, Aposlolici 
verba (1)(431). 

1. Venerius (Marseille). — 2. Marinus. — 3. Leontius. — 4. Auxo- 
nius. — 5. Arcadins. — 6. Fillucius. 

7°. — Signatures du concile d'Orange, tenu le 8 novem- 
bre 441 (2). 

Nomina eorum qui Arausicae civitatis sijnodo interfuerunt. 

Ex provincia Viennensi .Aïolats civit. Helarius episcopus, Ravenuius 
presbyter, Petroniiis diaconus. 

Ex provincia supra dicta civit, Viennensis Claudius episcopus, Auxiiius 
et Severus diaconi. 

Ex provincia Luj^dunensi prima civit Lugdunins Eucherius episcopus, 
Aper presbyter, Veranus diaconus. 

Ex provincia Vienninsi civit. Genavensis SaUinis episcopus, Marius 
diaconus. 

Ex provincia Vienninsi Carpentoratinsis civit. Constantianus episcopus, 
Lycorius, Segetius presbyteri. 

Ex provincia civit. Voconsioruin Audentins episcopus. 

Ex provincia os (3). civit. Vasensi Auspicius episcopus, Fontedius pres- 
byter, lulianus diaconus. 

Ex provincia secunda Narboninsi civitas Aptns Iulius episcopus, Con- 
cordius diaconus. 

Ex provincia Gallecia civit. Lecentium Agrestius episcopus, Deudatus 
diaconus. 

Ex provincia Vienninsium civit. Avennica, Necterius episcopus, Fonte- 
dius diaconus. 

Ex provincia os civit. Gratianopolitana Cherelius episcopus, locundus 
diaconus. 

Ex secunda Narboninsi civit. Foroiuliens. Theudorus episcopus, Cbris- 
pinus presbyter. 



(1) Jaffé, 381. 

(2) Cette liste de signatures se rencontre dans plusieurs manuscrits con- 
nus depuis longtemps, mais sans indications géographiques. Ces dernières 
sont propres au manuscrit de Cologne. Le texte ci-dessus est emprunté à 
l'édition de Maassen, Gescliichte der Quellen und der Lileralur des cano- 
nischen Redits, etc. Gratz, 1870, p. 951. 

(3) Cette abréviation, dont il n'est pas aisé de rendre compte, a pourtant 
un sens clair: elle équivaut à supra scripla. 



368 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

Ex provincia os civit. Regensis Maximus episcopus, Magnentius jjres- 

byter. 
Ex provincia Vienninsis civit. Arausicorum iustus episcopus, Carenti- 

nus presbyter. 
Ex provincia Alpium Maritimaruni civit. Ebreduno Ingenuos episcopus. 
Ex pi-ovincia Vien. loco Telonensi Agustalis episcopus. 
Ex provincia Alpium Maritimarum de civit. Saiiniensi pro Claudio epis- 

copo Superventur presbyter. 

Expl. synod. epiacopi XVII. 

8°. — Signatures du concile de Vaison, 13 novembre 442 (1). 

Ex provincia Vienninsis civit. Vasensium Auspicius episcopus, Fonle- 
dius presbyter, Saturninus diaconus. 

Ex provincia os civit. Arelatensium Helarius episcopus, Petronius pres- 
byter, Leontius diaconus. 

Ex provincia os civit. Vienninsis Claudius episcopus, Auxilius et 
Namatius diaconi. 

Ex provincia civit. Carpintoratinses Constantianiis episcopus, Lupicinus 
presbyter. 

Ex provincia Alpium Maritimarum civit. Eturamine Severianus episco- 
pus, diaconi. 

Ex provincia secunda Narboninsis civit. Antipolyt. Armcntarius epis- 
copus. 

Ex provincia Vienninsis civit. Voconsiorum Audentius p|)iscopus, Con- 
coi'dius presbytei-. 

Ex provincia secunda Narbonninsi civit. Apteiisis lulius e[)iscopus, Con- 
cordius diaconus . 

Ex provincia Alpium Maritimarum civit. Vensiensis Severus episcopus, 
Emelerius diaconus. 

Ex provincia supra dicta civit. Cymelensis Valerianus episcopus, Sucio 
diaconus. 

Ex pi'ovincia prima Narboninsi Eucesia oppido Constantius episcopus, 
Principius diaconus. 

Ex proviocia Vienninsis civit. Avennicam Nectarius episcopus, Fonteius 
et Salurniiuis lectores. 

Ex supra dicta [)rovincia civit. Caveliionenss Asciepius episcopus, lector 
unus. 

Ex provincia os civit. Gratianopoiylana Ceretius episcopus, locundus et 
Bitio diaconi. 

Ex provincia os civit. Geneventium Salonius episcopus, Castinus et 
Claudius diaconi. 

Ex provincia os loco Telonensi Agustalis episcopus et lectores duo. 



(1) Absentes de tous les manuscrits, sauf celui de Cologne; je les repro- 
duis aussi d'après Maassen. 



API'KNDICE. 369 

Ex |)roviiicia secuiida Narbononsis civit. Foi'oiulieiiss Tlieiidoiuis opis- 
copus et diaconiis iinus. 

Ex provincia os Regcntium Maximus episcopiis, Leontius subdiaconus, 
ieclor iinus. 

Ex pi-ovincia Vioniiinsiuin civit. Araiisicoriim lustus episcopus et dia- 
coiuis un us. 

Ex provincia Alpiuin Maritimarum civit. Ebrenens. Ingonuiis episco- 
pus, lectores duo. 

Ex provincia os Supeiveiitoi' episcopus lector unus. 

Ex supra dicta |)rovincia de civit. Saliniens. pro Claudio episcopo Super- 
ventoi" fiiius. 

Ex provincia Vienss de civit. Vnlentina pro Cariathone episcopo Gala- 
tbeus archyd 

9". — Gonsécrateiirs de l'évêque d'Arles Ravennius, connus 
par une lettre du pape Léon, du 22 août 449 (1). 

I. Constantinus (Carpentras). — 2. Audentius (Die). — 3. Rusticus 
(Narbonne). — 4. Auspicius (Vaison). — 5. Nicetas (Vienne). — 6. Nec- 
tarius (Avignon). — 7. Fiorus. — 8. Asclepius (Cavaillon). — 9. lustus 
(Orange). — 10. Augustalis (Toulon) . — 11, Ynantius. — 12. Cbrysapbius. 

10°. — 450. — Suffragants d'Arles réclamant en faveur du ré- 
tablissement de la métropole (2). 

1. Gonstantius (Carpentras). — 2. Armentarius (Antibes) — -3. .Au- 
dentius (Die). — 4. Severianus (Thorame). — 5. Valerianus (Cintiiez). — 
6. Ursus. — T. Stephanus. — 8. Nectarius (Avignon). — 9. Gonstantius. 
— 10. Maximus (liiez). — 11. Asolepius (Cavaillon). — 12. Theodorus 
(Fréjus). — 13. lustus (Orange). — 14. Ingenuus (Eml)run). — lo. Au- 
gustalis (Toulon). — 16. Superventor (3). — 17. Ynantius. — 18. Fon- 
teius (Vaison). — 19. Falladius. 

11°. — 451. — Signataires de la lettre dogmatique adressée au 
pape Léon à propos d'Eutychès (4). 

1. Ravennius (Arles). — 2. Rusticus (Narbonne). — 3. Venerius (.Mar- 

(1) Jaflfé, 434. 

(2) Lettre de ces évéques, Migne; P. L., t. LIV, p. 879 ; réponse du pape, 
Jaffé, 450, du 5 mai. 

(3) Siège inconnu, mais dans les Alpes-Maritimes ; cf. ci-dessus, la liste 
des signatures du concile de Vaison. 

(4) Migne, P. L., t. LIV, p. 879 ; réponse du pape, Jaffé, 479. Je souligne les 
noms qui, sans pouvoir être rapportés à un siège déterminé, semblent, 
d'après la comparaison avec le personnel des lettres immédiatement anté- 
rieures ou postérieures, devoir être ceux d'évéques de la grande province 
d'Arles. 

24 



370 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

scilli'). — 4. Constanlinus (Carpentras). — 5. Maximus (Riez). — 6. Ar- 
mentai-ius (Antibes). — 7. Florus. — 8. Sabinus — 9. Valerianus (Ci- 
miez). — 10. Nectarius (Avignon). — II. Constantius (Uzès). — 12. 
Maximus. — 13. Asclepius (Cavaillon). — 14.. Maximus. — 15. Ursus. 

— 16. Ingenuus (Einl)raii). — 17. lustus (Orange). — 18. Valerius. — 
19. Superventor (Alpes-Maritimes). — 20. Verus. — 21. Helladius. — 
'22. Aetherius. — 23. Eulalius. — 24. Anémias. — 25. Chrysaphius. — 
26. Petronius. — 27. Foiiteius (Vaison). — 28. Ydalius. — 29. Hilai-ius. 

— 30. Viclurus. — 31. Eugenius. — 32. Palladixis. — 33. Fralernus — 
34. .\mandus. — 35. Gerontius. — 36. Pruculeianus{\). — 37. Dynamius. 

— 38. Iulianus. — 39. Armentarius. — 40 Hoiioratus. — 41 . Eparchius. 

— 42. Eustachius. — 43. Maximus. — 44. Ynantius. 

12°. — 463. — Signataires de la protestation adressée au pape 
Hilaire contre l'ordination de l'évêque de Die par le métropoli- 
tain de Vienne (2). 

1. Victurus. — 2. Ingcniius (Enibiun). — 3. Ydatius. — 4. Eustasius 
(Marseille). — 5. Fonteius (Vaison). — 6. Viventiu>!. — 7. Eulalius. — 
8. Veranus (Vence). — 9. Faustus (Riez). — 10. Auxanius. — 11. Pro- 
culus. — 12. Ausonius. — 13. P.iulus. — 14. Memorialis. — 15. Cae- 
iestius. — IG. Proieclus. — 17. Euti-opius (Orange). — 18. Avitianus. 

— 19. Ursus. — 20. Leonlius (Arles). — 21. Antonius (3). 

13°. — Destinataires de la lettre de rétractation du prêtre Lu- 
cidus ; ces évéques paraissent s"être réunis en concile en 474 
ou 475 (4). 

1. Eufrouius (.-Vulun). — 2. Leontius (Arles). — 3. Fonteius (Vaison). 

— 4. Vivenlius. — 5. Mamei-tus (Vienne). — 6. Patiens(Lyon). — 7. Ve- 
rianus (5). — 8. .Auxanius. — 9. Faustus (Riez). — 10. Megetliius. — 
11. Graecus (Marseille). — 12. Eutropius (Orange). — 13. Leontius — 
14. Claudius. — 15. Marcellus (Oie). — 16. Crocus. — 17. Basilius (Aix).. 

— 18. Glaudius. — 19. Ursiciniis. — 20. Praetextatus. — 21. Pragma- 
tius. — 22. Tlieoplastus (Genève). — 23. Leucadius. — 24. Viventius. 

— 25. Iulianus. — 26. Amicalis. — 27. lohannes (Chalon-sur-Saône). — 
28. Opilio. — 29. Licinius. 

140. — Le concile de Lyon au temps du roi Sigismond. — 

(1) Semble identique au Pioculus de la lettre suivante. 
C?) Gi-dessus, p. 130. Ces évéques sont connus par la réponse du pape 
(JaÊfc, bbl). Ils doivent être tous de la province d'Arles. 

(3) Celui-ci e^t mentionné dans la réponse du pape comme le porteur de 
la lettre de ses collègues. 

(4) Ci-dessus, p. 132. 

(5) Veranus de Vcncc (?). 



APPENDICE. 371 

Maassen (1) le laisse Jlotter entre les années 51() cl 523. dates 
extrêmes de ce roi. Mais comme le successeur de saint Avit de 
Vienne y figure déjà, l'assemblée n'a pu se tenir avant 518 (2). 

15° — Les conciles de la province d'Arles tenus au temps de 
saint Gésaire sont ceux d'Arles. (> juin 524 ; Garpentras. 6 no- 
vembre 527; Orange, 3 juillet 529; Vaison, 5 novembre 529 ; 
Marseille, 26 mai 533. Ge dernier, connu seulement par le 
manuscrit de Gologne, mancfiie aux anciennes collections de 
conciles. On le trouvera dans le Bulletin de la Société de l'his- 
toire de France de 1839. dans l'Histoire des Conciles de Hefele et 
dans la nouvelle édition des conciles mérovingiens publiée par 
Maassen (3). 

16°. — Concile de Lyon de 570. - Les indications chronolo- 
giques ne sont pas d'accord : anno VI Guntramni régis (567), in- 
dictione tertia (570). Je ci-ois devoir pi'éférer celle de Findiction, 
parce que si l'indiction est fautive, il faudra admettre comme 
leçon primitive indictione décima quinta [ind. XV), tandis que, 
si c'est l'indiction qui est exacte, la bonne leçon du chiffre des 
années sera VIIII. Or VI et VIIII sont des leçons plus voisines 
que /// et XV. 

17°. — Goncile de Mâcon. 1" novembre 581. —M. Maassen 
distingue deux conciles de Lyon, qu'il place l'un en 581, l'autre 
en 583; il assigne cette dernière date au premier concile de 
Mâcon. Je crois devoir identifier les deux conciles de Lyon et 
les rapporter, comme celui de Mâcon, à l'année 581; voici 
pourquoi. Grégoire de Tours {Hist. Fr., VI, 1) dit, à l'année 
sixième de Childebert II (581) : Apitd Lugdunum sinodus episco- 
ponim coniungitur diversarum causarvm altercationes incidens ne- 
glegentioresque iudicio dampnans. Sinodus ad regem revertilur ; 
mulla de fuga Mummoli ducis, nonnulla de discordiis tractant. 
Geci suppose un concile de Lyon et un autre ad regem, c'est-à- 
dire dans une des résidences royales de Bourgogne, vers Ghalon 
ou Mâcon, la même année. Or nous avons deux conciles tenus 
la même année du roi Gontran. l'un à Lyon, l'autre à Mâcon. 

(1) Mon. Germ. Legum seclio III, Concilia. Hanovre, 1893, p. 31. C'est à 
celte édition que je me réfère pour tous les conciles célébrés en Gaule 
depuis 511 jusqu'aux derniers temps mérovingiens. 

(2) Cf. ci-dessus, p. 206, n. 3. 

(3) Cf. la note 1. 



372 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIENNE GAULE. 

L'année royale est marquée pour les deux : c'est la 22« (583) ; 
pour le second elle est accompagnée de la note ind. XV (581. en 
novembre). Ici encore je crois devoir préférer la donnée fournie 
par l'indiction, pour les mêmes raisons que ci-dessus. 

18°. — Concile de Valence. 22 juin 584. — Même situation. Le 
titre donne anno XXIIII Giintrnmni régis (585), indictione secunda 
(584). 

19°. — Concile de Clialon-sur-Saône. 24 octobre 650. — Con- 
cile royal de Neustrie-Bourgogne. M. Maassen donne pour 
limites delà date l'année 639. première de Clovis II, lequel est 
nommé dans le prologue, et l'année 654, date à laquelle plu- 
sieurs des signataires du concile étaient déjà remplacés. Je crois 
devoir maintenir la date reçue, celle de 650. Le concile de Cha- 
lon. par une exception assez rare, a senti le besoin de rappeler 
la foi de Nicée et de Ghalcédoine; c'est l'objet de son premier 
canon. Une telle préoccupation ne se rencontre, dans les con- 
ciles francs, qu'en 549, alors que la querelle des Trois Chapi- 
tres avait mis en cause le maintien des décrets de Cbalcédoine, 
En 649 le pape Martin avait tenu, au mois d'octobre, un concile 
célèbre pour assurer le maintien des mêmes décrets, toujours 
contestés en Orient, et il avait pris soin do communiquer ses 
décisions à l'épiscopat des deux royaumes francs. Nous avons 
encore la lettre (1) adressée à ce sujet à saint Amand, évêque de 
Maestricht. Le pape lui transmet les actes de son synode, ré- 
clamant de ses soins et de la bienveillance du roi d'Austrasie, 
Sigebert III, l'appui moral d'une démarche conciliaii-e et même 
d'une députation d'évêques. En Neustrie, l'épiscopat fut saisi 
également de cette alFaire. La Vita E ligii (2) dii que le pape avait 
écrit, demandant au roi d'envoyer des évêques à Rome, et que 
saint Eloi et saint Ouen y seraient allés volontiers s'ils n'avaient 
eu des empêchements. Saint Ouen et saint Eloi figurent parmi 
les signataires du concile. De tout cela il résulte, je crois, que 
cette assemblée se tint peu après la réception des lettres du 
pape Martin. 

20°. — Signatures du privilège de Groseau (Grasellum) délivré 
en 685 par l'évêque de Vaison, Petruinus (ci-dessus, p. 263). 



(1) Jafifé, 2059. 
(•2) I, 33, 34. 



APPENDICE. 373 

1. F'etiuiiuis sive Aredius — 2. Wolbertus. — 3. Aghiacus. — 4 Am- 
brosius. — 5. TrccJicus. — 6. Godebertus. — 7. Lcodegarius, — 8. Pas- 
casius. — 9, RusticLis. 

21°. — Concile deNarbonne. sous Charlemagne. — Les dates 
de ce concile sont contradictoires; on y marque l'an 788. l'indic- 
tion XII (789), l'an 23 de Charlemagne (791); Charlemagne y 
est qualifié d'empereur (801-813). Parmi les raisons pour les- 
quelles l'assemblée se dit convoquée, deux, l'hérésie de Félix 
d'Urgel et la situation du diocèse de Vich (Ausona) sont sûre- 
ment inventées. Cependant les signatures, au nombre de 28, 
toutes d'évêques des provinces de Narbonne, Arles, Vienne, 
Eauze, ne semblent pas apocryphes. Quelques-unes sont celles 
d'évêques de ce temps-là, connus par d'autres documents. Elles 
auront pu être relevées au bas de quelque privilège, ou même 
d'un concile réellement tenti h Narbonne vers 790 pour régler 
des querelles de circonscriptions, comme celles qui mettaient en 
conflit avec le métropolitain ses deux suffragants d'Elne et de 
Béziers; celles-ci sont mentionnées dans le document tel que 
nous l'avons. 

22°. — Les deux conciles invilln Portu et la vie de saint Théo- 
dard de Narbonne. — Le second de ces conciles, daté de 897, ne 
soulève pas d'objections graves. Quant au premier, tenu, dit-on, 
en 886, il ne nous est counu que par la vie de saint Théodard, 
document tardif, qui contient plus d'une pièce suspecte. Elle 
semble avoir été écrite au X* ou au XI« siècle et se rattacher 
aux efforts faits alors pour défendre l'autorité métropolitaine de 
Narbonne sur les évêchés catalans. Il serait bien à désirer que 
cette vie fût l'objet d'une étude critique, à laquelle on joindrait 
utilement l'examen des conciles du X« siècle que Marca, dans 
sa Marca hispanica, dit avoir trouvés- dans les archives de Vich 
et d'Urgel. Je n'ai pu faire moi-même ce travail, qui, du reste, 
n'intéresse que très faiblement le présent ouvrage. Le concile 
de 897 m'a fourni quelques dates; quant à celui de 886 et à la 
vie de saint Théodard, je ne m'en suis servi que dans les cas où 
il n'y avait pas autre chose. Il est évident que tout n'est pas 
faux dans ces pièces ; comme le concile de Narbonne de 788, 
celui de la villa Porius semble formé d'un texte apocryphe et 
de signatures réelles provenant d'un document authentique. 



TABI.E 



,-> * 



Préface ^ 

Avertissement sur la seconde édition "viii 

(Chapitre préliminaire. — De l'origine des diocèses épiscopaux dans 

l'ancienne Gaule ^ 

I. — Catalogues épiscopaux -^ 

II — Informations locales sur l'origine des églises 8 

m, — Conséquence des faits constatés ci-dessus 30 

IV. — Analogie offerte par la Haute-Italie 35 

V. — Le témoignage de Théodore de Mopsueste 37 

VI. — L'église de Lyon au temps des origines 39 

VII. — Le souvenir des origines dans l'histoire et dans la légende. 48 

PREMIÈRE PARTIE 

LES PROVINCES DU SUD-EST : GAULE NARBONNAISE, RÉGION 
DES ALPES. 

Chapitre premier. — Généralités 65 

I. — La Gaule Narbonnaise 65 

II. — Les provinces alpines 7'2 

III. — L'évangélisation 75 

IV. — Divisions politiques après l'empire romain 80 

Chapitre IL — Les métropoles du sud-est et la primatie d'Arles. . . 80 

I. — Les origines 8'.i 

II. — Patrocle 95 

III. —Saint Hilaire 112 

IV^. — Ravennius 119 

V. — Léonce l'ÎS 

VI. — Saint Césaire 133 

VII. — Les temps mérovingiens 136 

VIII. — Arles et le droit canonique 142 

Chapitre III. — L'histoire épiscopale à Vienne 147 

I. — î^e catalogue d'Adon 147 

IL — Les faux privilèges 162 

III. — Le livre épiscopal de l'archevêque Léger 1G6 

Liber episcopalis Viennensis ecclesiae 178 

IV. — Chronologie réelle 204 

Chapitre IV. — Les suffragants de Vienne. 212 

Valence 215 

Genève 225 

Grenoble 230 

Die 233 

Viviers 235 

Maurienne 239 

(*) Les tables alphabétiques des sièges et des évéques sont renvoyées à la 
un de l'ouvrage. 



&v 



V 



376 TABLE DES MATIÈRES. 

Chapitre V. — La province de Tarantaise 243 

Tarantaise 243 

Sion 245 

Aoste 247 

Chapitre VI. — La province d'Arles (réduite) 249 

Arles 249 

Vaison 262 

Saint-Paul-Trois-Chàteaux 263 

Orange 265 

Avignon 266 

Cavaillon 270 

Carpentras , 271 

Marseille 274 

Toulon 277 

Chapitre VIT. — La province d'Aix 279 

Aix 279 

Apt 281 

Rinz 283 

Fréjus 285 

Gap 286 

Sisteron . 288 

Antibes 288 

Chapitre VIIL — La province d'Embrun 290 

Embrun 290 

Digne 292 

Senez 293 

Glandève 294 

Vence 294 

Thorame (ciu. Riyomagensiurn ?) 295 

Castellane 295 

Cimiez 295 

Nice 296 

Chapitre IX. — La province de Narbonne 300 

Narbonne 302 

Toulouse. 306 

Béziers 309 

Nimes 310 

Lodève 313 

Uzès 314 

Arisitum 316 

Agde 317 

Maguelonne 318 

Carcassonne 319 

Elne 319 

Chapitre X. — La légende de sainte Marie-Madeleine ... . . 321 

I. — La tradition avant le XI« siècle 323 

II. — Les légendes bourguignonnes 328 

III. — La légende de sainte Marthe 340 

IV. — Le culte provençal de sainte Madeleine 346 

Appendice 361 



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59 QUEEN'S FARK CRSSCENT 

TORONTO— 5. CANADA 

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Ca'edon East, Ont. 









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